On y était ! Retour sur la Route du Rock 2016

On ne peut pas dire que la vie sur La Route du Rock soit un long fleuve tranquille. Fier de son indépendance, le festival malouin en paye le prix chaque année, rendant sa longévité toujours plus exceptionnelle. On se souvient de l’annulation de Bjork l’an passé qui lui avait déjà mis un coup dans l’aile, et dont il ressent encore quelques douleurs aujourd’hui. Cette édition 2016 était donc censée panser les plaies si sa réputation d’événement estival plutôt humide, et plus encore le climat de tension régnant actuellement en France autour de tous les rassemblements, n’étaient pas venus fourrer leur nez dans ses petites affaires et contribuer à des préventes pour le moins inquiétantes. Cerise sur le gâteau, The Avalanches – quelques semaines avant – ainsi que The Field – forfait le jour même – ont maintenu un taux d’absentéisme devenu malheureusement habituel, et pour le moins fâcheux pour un festival se voyant priver de têtes d’affiche exclusivement bien gardées par d’autres bien maqués avec certains tourneurs. Reste qu’en guise de bouée de secours, et non des moindres, un invité exceptionnel s’est glissé cette année au sein du Fort Saint Père : le soleil. Sans lui, pas de doute que cette 26ème édition pourtant parfaitement digne des précédentes – meilleure même en termes d’organisation générale – aurait trouvé quelques bouts d’os dans sa galette saucisse. Retour sur trois jours toujours aussi incontournables pour tout amateur de musique indépendante.

Et les réjouissances n’ont pas tardé puisque, dès le before du jeudi soir, la novatrice Colonie de Vacances (collaboration de haut vol entre Marvin, Papier Tigre, Pneu et Electric Electric) investissait les quatre coins de La Nouvelle Vague pour administrer un set tout en progression, pendant lequel le public s’est vu offrir un son et image à 360 degrés. Fondus au coeur de la fosse, parfois face à face tant il faut avoir un oeil partout, les présents en sont sortis électrisés, surtout captivés et déconcertés. Le lendemain, c’est avant tout Minor Victories (photo ci-dessous) qui mit fin à toutes nos interrogations : l’album réussi d’une collaboration de haute facture (Mogwai, Slowdive, Editors) peut-il être fusillé par un live appelant trop la nostalgie ? Les premières secondes d’un concert à la fois lourd, percutant et hypnotisant, majoritairement porté par Rachel Goswell, auront suffi à dissiper les doutes.

La journée du samedi portait en elle plus de promesses encore. A commencer par Tindersticks qui, malgré notre besoin de passer à un registre moins dépressif que celui de la veille, s’est lancé dans un parfait best of ponctué de quelques titres de son récent album. Porté par la classe de Stuart Staples, la grâce comme la beauté mélodique de l’ensemble, le groupe a finalement offert un parfait trait d’union à ces deux premiers jours. Bien que les avis divergent à son sujet, La Femme a plutôt bien pris le relais en prenant ses nombreux fans malouins sous son aile et en les sortant pour la première fois vraiment de leur torpeur. Les sceptiques, eux, ne le sont toujours pas moins en revanche. Tout cela avant que Suuns (photo ci-dessous) n’entre en scène pour s’accaparer le statut de groupe phare de cette 26ème édition. Forts d’un nouvel album ‘Hold/Still‘ qui figurera incontestablement parmi les grandes réussites de cette année, les montréalais ont réitéré ce qu’on avait déjà aperçu lors de quelques festivals. Malgré un son perfectible, la lourdeur et l’efficacité redoutable de leurs morceaux hypnotiques ont broyé quelques tripes et fait vibrer le Fort tout entier avant que Battles en fasse de même. Lui aussi habitué de la Route du Rock, le trio new yorkais – à la fois glaçant et communicatif – a laissé parler la machine sous laquelle beaucoup sont passés désormais.

Celle du dimanche n’avait pas à rougir pour autant. Alors que certains festivaliers répondaient présents plus tôt que nous histoire de trouver leur bonheur sous les accords nostalgiques de Lush ou la richesse musicale de Julia Holter, c’est avec Fidlar qu’on entrait dans l’ambiance de cette dernière journée. Des rockers-skaters biberonnés aux années 90, ayant la bonne idée de commencer leur concert par une reprise du ‘Sabotage’ des Beastie Boys. Jusque-là, personne n’avait trouvé plus efficace pour faire rappliquer illico les badauds du Fort. Dommage en revanche que la seconde moitié du concert n’ait pas bénéficié de la même débauche d’énergie, contrairement à ce petit vent d’impertinence qui a continué de souffler jusqu’à la prestation de The Fat White Family (photo en début d’article), entré en scène en criant un ‘Allahu akbar’ qui a dû tourbillonné sévère dans les ouïes des forces de sécurité présentes en nombre cette année. Porté par un Lias Saoudi au charisme et à la nonchalance débordante, le groupe a littéralement fini d’enfoncer un clou sur lequel il tape lourdement depuis maintenant quelques mois. Et tant qu’à être dans le ‘British as fuck’, c’est Sleaford Mods (photo ci-dessous) qui s’est chargé du dernier coup de pelle de cette édition. S’il a plu cette année à Saint Malo, c’est uniquement aux premiers rangs, sous les postillons de Jason Williamson. Aussi brut, minimaliste et drôle qu’à son habitude, le duo ne perd manifestement rien de son efficacité au fil du temps, de ses concerts, et d’une popularité qui n’en finit plus de grimper.

Derrière un état des lieux quelque peu tristounet et déprimant, La Route du Rock 2016 a donc tenu toutes ses promesses, forte d’une programmation toujours plus exigeante que celles des voisins. Mais en tirant ses éternelles ficelles. Trop peut-être pour s’assurer un avenir lumineux auprès de ses fidèles festivaliers qui commencent à regretter de voir leur festival favori plonger trop facilement dans la nostalgie (Lush, Belle & Sebastian, Tindersticks), et la redite (Suuns, Battles, Fat White Family, Savages…). Si Saint Malo fait toujours rêver, la Route du Rock doit maintenant faire souffler un vent frais (et sec !) sur la ville. A condition qu’elle en ait les moyens. Pourvu qu’on traîne par là-bas encore l’an prochain…

Toutes les photos sont de Rod Maurice

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