On y était – Karma To Burn + Honky + Coffin On Tyres, Paris (Glazart) le 13/09/2012!

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Karma to Burn, depuis sa reformation en 2009, se montre zélé. Pas moins de 278 passages en France depuis six mois, quelques albums sous le bras, un split avec Öfö AM (un groupe de chez nous): les tontons du stoner ont apparemment un faible pour notre pays, et personne ne s’en plaindra tant il reste définitivement un groupe à voir sur scène. Ma première fois remonte à fin 2009 à Lyon, où ils s’étaient posés là, comme des seigneurs, et avaient littéralement démoli la salle. On a d’ailleurs compté plus d’une centaine de morts sous les décombres ce soir-là.

Les américains, ce 13 septembre, respecteront la procédure: guitare façon grosse mandale dans les dents, batterie à l’imparable groove et basse qui soutient le tout. Karma to Burn reste LE groupe qui sait le mieux magnifier cette musique de drogués rednecks hippies refoulés qu’on appelle le stoner. Depuis les années 2000, ces mecs n’ont eu cesse de sortir des albums tous aussi bons les uns que les autres, avec un sens de la dynamique et une puissance de feu hors du commun, tirant le maximum de la formation simple et classique que constitue un trio basse/guitare/batterie. Une science qui leur permet bien évidemment de lâcher des riffs de prince servant une pelletée de tubes à l’incontestable puissance.

to1L’exécution est parfaite, et le show n’a pas bougé d’un iota depuis ce que j’ai pu voir à Lyon. Le constat est donc le même: le bassiste tricote toujours son instrument en tapant un grand écart et en pointant le plafond de son index comme s’il allait sortir la ligne de basse qui annulerait à elle toute seule la discographie de Black Sabbath, le guitariste – casquette vissée sur le crâne – sort toujours ces riffs monstrueux tout en secouant élégamment la tête comme s’il refusait de prendre son goûter, et Oswald – à la batterie – s’en sort comme un chef, précis, méthodique et tueur. Tant de pureté mène évidemment à une espèce de bordel sans nom devant la scène, où les gens se marchent dessus avec le sourire. L’ambiance est donc là, au sein d’un public hétéroclite dont la moitié est vêtue d’un t-shirt Down, et qui ne peut que constater que Karma to Burn remplit facilement le contrat.

Deux morceaux de l’inatteignable « Almost Heathen » sont joués. Il n’en fallait pas plus pour mettre la salle à feu et à sang. Ceci dit, on sentait un petit air de nostalgie flotter dans l’air… Karma to Burn est un groupe qui a quasiment inventé un style, qui en a posé les bases avec d’autres, et qui était clairement en avance au début des années 2000, quand tout le monde se foutait du rock et troquait sa guitare contre un laptop. Le problème est que, petit à petit, et même après leur reformation, les américains n’ont jamais vraiment réussi à se renouveler, usinant toujours les mêmes riffs, certes très bons mais sentant une forte odeur de redite. Pas de quoi bouder notre plaisir pour autant puisque, si ces mecs n’ont plus grand chose à dire, ils ont manifestement encore l’air de s’amuser comme des gosses sur scène et se donnent toujours à fond. Un bon concert donc, efficace comme chacune de leurs représentations. Et si Karma to Burn a fait son temps, il montre toujours qu’il est le maitre incontesté du genre, grâce notamment à une simplicité qui confine à une incroyable efficacité. Pas besoin de chanteur (ils font tout le temps chier), pas de deuxième guitare (ça ferait mauvais genre), le groupe reste en trio, fait le boulot les mains dans le dos et la grosse classe en bandoulière.

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Mais participer à l’invention d’un style n’est pas sans revers de médaille, comme celui d’engendrer des milliers de rejetons plus ou moins bons. C’était précisément le cas des parisiens de Coffin On Tyres (photo ci-dessous) qui, malgré leur indéniable volonté de bien faire, faisaient beaucoup trop référence à Queens of the Stone Age, Kyuss, et Karma to Burn pour espérer provoquer autre chose qu’un ennui poli. Honky a suivi durant trente minutes chrono, et avec lui les pires clichés texans: barbes à la ZZ Top, chapeaux de cowboys, et aucun frisson de honte et de culpabilité à titrer un de ses albums « Attacked By Lesbians In A Chicago Bowling Alley ». J’apprendrai d’ailleurs après le concert que le bassiste (Pinkus) a optionnellement terrorisé des milliers d’enfants avec les Butthole Surfers dans les années 90. Ce qui ne suffira malheureusement pas à réfréner quelques rires gênés.

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