disques

Notwist - “The Devil, You + Me”

The Devil, You + Me[Album]
12/05/2008
(City Slang/Pias)

Six ans sont passés depuis que The Notwist a accouché de “Neon Golden“, un véritable chef d’oeuvre electro pop vers lequel on retourne encore très régulièrement, bien que ce genre de mariage musical se soit souvent révélé éphémère. Six ans: beaucoup trop, pour qui connaît un peu le parcours des Allemands, pour parier sur une nouvelle salve prévisible, une suite logique de la dernière trace discographique en date. D’autant plus quand on sait, qu’entre temps, ces trois génies se sont, entre autres, laissés séduire par le travail quelque peu marginal de la clique Anticon au sein de 13&God. L’annonce de ce tant attendu “The Devil, You + Me” laissait donc échapper avec elle de nombreuses interrogations, cependant plus dictées par une excitation débordante qu’un scepticisme bien mal venu

The Notwist semble finalement ne pas avoir eu l’intention de brouiller les pistes, mais plutôt de poursuivre un chemin bien tracé depuis “Shrink”, comme si le temps qui passe, les modes et les courants musicaux successifs ne pouvaient en rien influer sur le combo, aussi impénétrable que les troncs centenaires de sa forêt bavaroise. Les Allemands reprennent donc les choses là ou ils les ont laissées en 2002, sans avoir à faire de gros efforts pour conserver leur place parmi l’élite indie-electro. Quant à nous, on retrouve comme nos automatismes, ce terrain devenu familier qu’il est impossible de ne plus vouloir fouler

En effet, difficile de refuser une nouvelle louche de pop à guitare saupoudrée de fines programmations électroniques, ou l’inverse, comme ces trois teutons en ont le secret. “Good Lies”, premier extrait divulgué sur le net, ou “Where In This World”, premier single marqué par la collaboration du Andromeda Mega Express Orchestra venu poser ses cordes à la fois douces et oppressantes (idem sur “Hands On Us”), en disent encore long sur cette capacité à faire mouche quelle que soit l’approche adoptée. Encore plus quand Markus Acher délivre son doux timbre de voix à la mélancolie envoûtante, capable à lui seul de faire de certains titres des tubes aussi solides, bien que moins immédiats, que ceux de “Neon Golden”. Pour preuve, testez “Gloomy Planets”, magnifique chanson d’amour, ou la délicieuse ballade acoustique “The Devil, You + Me”

Une fois n’est pas coutume, The Notwist rappelle son attention toute particulière pour les arrangements, clés indéniables de ce “The Devil, You + Me” cultivant lui aussi ce paradoxe récurent entre la beauté des mélodies, une précision aussi chirurgicale que rassurante, qui font toutes deux cette ambiance générale trop douce pour ne pas nous rendre paranoïaque (à raison sur un titre comme “Alphabet”). Un degré de maîtrise qui rend les Allemands reconnaissables à la première note, et qui les fait rejoindre sans contestation possible le rang des groupes avant-gardistes tels Radiohead (pour ne citer que le plus évident) qui ne sortent jamais leur disque sans avoir la certitude de ne pas y avoir tout mis, comme s’il s’agissait de leur dernier. Après tout, c’est bien la seule et ultime crainte qui puisse persister une fois digéré ce nouvel album, très certainement voué à devenir aussi classique que son prédécesseur

En écouteGood Lies

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Seun Kuti - “Many Things”

Many Things[Album]
28/04/2008
(Tôt Ou Tard/Warner)

Près de quatre décennies après la création du genre, afrobeat rime encore et toujours avec Kuti, si bien qu’il n’existe sûrement aucun mouvement musical autant associé à un patronyme que celui qui fut créé à Lagos sous l’impulsion de Fela Anikulapo. A sa disparition en 1997, on aurait difficilement pu penser à une autre personne qu’à un Kuti pour prendre la relève du fondateur charismatique à la tête du groupe Egypt 80… Sans grande surprise, c’est finalement Oluseun aka Seun, le benjamin des trois fils reconnus par Fela, alors âgé de quinze ans, qui fut choisi

Aujourd’hui, Egypt 80, brillamment dirigé par le jeune successeur, continue son scrupuleux travail de transmission de l’héritage du maître, comme en témoignent les nombreux concerts frénétiques donnés par l’orchestre ces dernières années. Mais si jusqu’à une période récente Seun et son groupe semblaient se limiter à la reprise du répertoire de Fela, les choses évoluent sensiblement depuis l’été dernier, marqué par la sortie d’un premier maxi très prometteur. Loin de s’arrêter en si bon chemin, le chanteur saxophoniste, toujours épaulé par sa grande famille musicale, signe aujourd’hui un album complet, “Many Things”, prouvant ainsi sa capacité à voler de ses propres ailes, sans pour autant quitter des yeux l’horizon paternel

Car incontestablement, Seun s’élance ici sur les rails du Black President avec la même ardeur, le même engagement et la même soif de partage. Tous les ingrédients de l’afrobeat originel sont réunis et restitués à merveille par l’exceptionnelle musicalité de chaque membre d’Egypt 80: des rythmiques aiguisées et percutantes, de puissantes nappes de cuivres ainsi qu’un refus des formats radiophoniques, comme l’indique la longueur des morceaux frôlant volontiers les dix minutes. Seun et l’orchestre paternel suivent ainsi les principes fondateurs de l’afrobeat, qui en font par définition une musique de scène qui se vit et mène jusqu’à une transe enivrante, quasi inévitable à l’écoute du bien nommé “Fire Dance” ou de “Think Afrika”

Mais là où le passage de relais entre le père et le fils est peut-être le plus flagrant, c’est certainement dans l’engagement politique indétrônable niché au coeur de chaque titre du fils Kuti, qui ne cesse de dénoncer les maux dont est victime l’Afrique, à commencer par la corruption et la dictature (comme dans le titre “Many Things”, contenant une sévère critique de la dictature d’Obasanjo au Nigeria), le capitalisme occidental, ou encore la maladie (”Mosquito Song” évoque ainsi l’indifférence des gouvernements face au fléau de la malaria en Afrique). Le morceau le plus emblématique reste sûrement “Don’t Give That Shit To Me”, offrant un refrain enflammé dans lequel Seun scande avec une énergie explosive “Don’t Bring Bullshit To Africa”. Les paroles sont parfois brèves mais toujours corrosives et sans compromis, portées par la voix rocailleuse et rugissante du jeune Kuti. Le nigérian a en effet réussi à façonner sa propre identité vocale en marge de celle de son père, n’hésitant pas à emprunter de temps à autre un flow rapide et incisif inspiré du rap et du spoken word, comme l’illustre le puissant “African Problems” qui clôt en beauté l’opus

Finalement, ce nouveau “Many Things” actualise efficacement l’engagement de Fela et vient nous rappeler que l’afrobeat est avant tout une musique de combat, dans laquelle l’esthétique sonore est plus un support pour diffuser un message politique qu’une fin en soi. Assumant haut et fort son statut de “fils de Fela”, Seun pérennise ainsi un genre qui, ne comptant à ce jour que peu de représentants médiatisés, a besoin de consolider ses racines pour se développer par la suite dans d’autres directions. Dans cette optique, il réalise aux côtés d’Egypt 80 avec ce chaleureux “Many Things” un parcours sans faute, riche en couleurs et en émotions. Une belle preuve que la lutte du grand Fela appartient toujours au temps présent

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Portishead - “Third”

Third[Album]
28/04/2008
(Barclay/Universal)

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que Portishead, trio Bristolien quasi-inventeur du trip hop, daigne donner suite à un album éponyme successeur du désormais classique “Dummy”. Dix ans et beaucoup de rumeurs. Des rumeurs qui enflaient à mesure que la date fatidique de sortie approchait, et qui en disaient long sur les intentions du groupe. Avec le sobrement intitulé “Third”, on allait voir ce qu’on allait voir. Aujourd’hui, l’album entre les mains, on en sait un peu plus sur un projet que les plus ambitieux comparent au “Mezzanine” de Massive Attack et qui, aux yeux de Adrian Utley, ne doit ni plus ni moins être accueilli comme le “grand frère” des deux premiers albums

Et si on ne doute pas une seconde que l’état d’esprit qui anime Portishead depuis ses débuts reste inchangé, le résultat, lui, a de quoi surprendre. Loin des ambiances vaporeuses et des mélodies étirées qui firent le succès du groupe, “Third” brille par la froideur qui s’en dégage, autant des accords de guitare acoustique (”The Rip”) que de l’electro aux sonorités industrielles qu’on croyait jusqu’ici bannies d’un tel disque (”Machine Gun”). Une bande son de l’apocalypse qui s’étire sur onze pistes au cours desquelles, bon gré mal gré, on passe des violons/violoncelles lancinant bien connus des amoureux du trip hop (”Small”, “Silence”) à des rythmiques bien plus inhabituelles (les 120 bpm de “We Carry On” par exemple), le tout en compagnie des textes de Beth Gibbons dont le spleen trouve ici un nouvel écho, bienvenu sur la plupart des titres

On voit d’ici les fans de la première heure crier à la trahison mais qu’importe, malgré la noirceur et la mélancolie qui s’en dégage, “Third”, sans pour autant rivaliser dans le registre crépusculaire avec son proche cousin “Mezzanine”, prend le risque salutaire d’innover dans un genre que l’on dit cloisonné, condamné à tourner en rond et passéiste. Probablement déboussolés à la première écoute, espérons que les puristes adeptes du groupe finissent par l’entendre de cette oreille

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Sporto Kantes - “3 At Last”

3 At Last[Album]
21/04/2008
(Village Vert/Pias)

Depuis 2001, date de leur premier album “Acte 1″, les deux énergumènes de Sporto Kantes occupent fièrement leur place sur une scène musicale française séduite par cette science du mélange qui les caractérise. Ainsi, chaque nouveau disque fait la part belle au reggae, au dub, au hip hop et à l’electro, avec comme seul but d’amener un peu de fun et de légèreté à un auditoire qui ne cherche rien d’autre qu’une bonne dose d’entertainment sous cette cascade d’ambiances, de rythmes et de samples, qui fait, depuis toujours, la couleur Sporto. Jusqu’à parfois refléter un certain manque de stabilité que l’on retrouve bizarrement jusqu’en interne, l’avenir du duo s’étant révélé particulièrement flou de son “2nd Round“, en 2004, jusqu’à l’année passée ou la raison a repris ses droits

Fort d’une complicité retrouvée, Sporto Kantes dévoile avec “3 At Last” une inspiration qui lui promet encore de belles années devant lui. Pourtant, si l’approche reste identique, Nicolas Kantorowicz et Benjamin Sportès y vont cette fois d’une généreuse touche second degré, plus que jamais le fil rouge indispensable de ce nouvel album, encore plus varié que ses prédécesseurs. Finies donc ces variantes surfant gaiement sur des rythmiques downtempo qui, moins évidentes aujourd’hui (”Waiting Man”), n’auraient pas fait frissonner grand monde si elles avaient été resservies à l’identique

“3 At Last”, confirmant l’omni présence du chant, marque plutôt un bel effort de composition, au point de s’inscrire parmi ces albums pop, légers, naïfs et trans-générationnels, qui coulent comme du petit lait, et sonnent résolument modernes sans jamais froisser les âmes et les oreilles sensibles. Et cela, bien que les mélanges de Sporto Kantes restent relativement inqualifiables, qu’ils lorgnent vers la soul (”Concrete”), le rocksteady yéyé (”Whistle”), les fameuses sixties françaises (”Slits”), la new wave (”Da Rock”), l’electro aux délicieuses chaloupes funkies (”U Are The Light”), ou qu’ils rebondissent au sein d’un même morceau (le rocksteady oriental de “Fight”). Que de titres qui, déjà, soulignent la consécration de Sporto Kantes

Mais, quatre autres viennent particulièrement enfoncer le clou. Incontestablement, on se souviendra longtemps de ce “3 At Last” pour ce “Liquid” dansant, magnifiquement emmené par la voix de Yelena Neva qui, mariée à ce groove imparable, invite aux claquements de mains et aux dodelinements; et le folklore caniculaire de “Roma’s Life” qui ne trouvera pas moments plus adéquats que les apéros des premiers soleils. Mais plus que tout encore, Sporto Kantes s’offre deux pépites indélébiles, deux hymnes redoutables, deux véritables tubes, deux brûlots festifs qui n’ont pas fini de distiller leur bonne humeur: “Tower” avec son beat hip hop et son “1,2, s’il vous plait, montrez ma chérie que vous savez danser” répété en boucle, et “Sick Song” à la pop sucrée et décalée, aux dangereuses embardées folkloriques, certainement le titre le plus abouti de ce disque

Comptant un ex Wampas dans ses rangs, Sporto Kantes fait définitivement mentir Didier Wampas quand celui-ci se défendait d’une attaque du duo en intitulant son dernier album “Never Trust a Guy Who After Having Been a Punk Is Now Playing Electro”. Car s’il a encore des risques de rester dans la catégorie des entités musicales injustement sous-médiatisées, Sporto Kantes accouche là d’un album totalement jouissif, la bande son idéale et rêvée des nombreuses soirées barbecue estivales qu’on attend toujours impatiemment. Et pour une fois, cette connotation n’est en rien négative. Car du fin fond de la province au Marais parisien, la France entière pourrait bien montrer qu’elle sait danser

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Son Of Dave - “03″

03[Album]
07/04/2008
(Kartel/Discograph)

Sans pourtant qu’ils n’osent s’en vanter, ils auront été quelques uns à enfin se mettre au blues, ce genre musical d’un autre temps pour beaucoup, et remis au goût du jour par quelques artistes inspirés dont Son Of Dave, génialissime homme d’orchestre. Il faut dire que “02“, son précédent opus sorti en 2006, détenait plus d’un atout pour réussir cette mission que de nombreux autres avaient échoué avant lui. Et pour couronner un savoir faire bien personnel, le bonhomme remet le couvert avec “03″ (logique pour un quatrième opus), un nouvel album qui, bien que toujours affublé de ce son authentique car sans fioriture, marque une certaine évolution en élargissant la palette des instruments utilisés. Cette fois, pour le bien de ce disque comme pour éviter la redite, piano, guitare, orgue, violoncelle et choeurs viennent s’ajouter aux boite à rythme, harmonica, et battements de pied, qui n’étaient jusqu’à présent que les seules composites de l’oeuvre de ce résident anglais

Ce qui ne veut pas dire pour autant que Son Of Dave s’est embourgeoisé, s’est habitué au confort des grands studios hyper équipés… Non, c’est toujours bien entouré de quelques équipiers de beuverie, accoudé au zinc, là ou on refait le monde, qu’on s’adonne à quelques blagues bien grasses, qu’on s’empoignent, et qu’on prend la défense du plus faible, que notre homme se sent le plus à l’aise. “03″ est une affaire d’homme, un de ces disques qui étalent plus volontiers leur groove que leur débauche d’énergie pour afficher leur virilités. Un registre dans lequel Son Of Dave excelle particulièrement, notamment quand il offre au “Low Rider” de War une version émaillée sans lui ôter son côté fédérateur et dansant, ou qu’on l’imagine prendre autant de plaisir seul que devant son public en s’abandonnant aux excellents “Old Times Were Good Times”, “Nike Town” et surtout “Lover Not a Fighter” au refrain qui ne manquera pas de rentrer dans les annales. Ca ne fait aucun doute, bien calé entre le rock incandescent de The Kills ou The Black Keys, et le jazz./funk aseptisé de Jamie Lidell, Son Of Dave fait plutôt bonne figure

Pourtant, et même si “Hellhound” et “Squat That Rabbit” empêchent de tomber dans une somnolence que Son Of Dave n’aurait de toute façon pas mérité, il règne comme une ambiance de fin de soirée en cette fin d’album, comme si Benjamin Darvill (de son vrai nom) avait lâché ses meilleures cartouches dans un tout premier temps. Ce qui ne fait pas pour autant de “03″, plutôt mal équilibré qu’inégal, un nouveau disque dispensable. Ne serait ce que pour les excellents titres qu’il contient, qui raviront ceux hésitant encore entre Tom Waits, Marvin Gaye ou Bob Dylan, et qui ne manqueront pas d’enivrer petits et grands sans modération. Une dernière

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The Black Keys - “Attack & Release”

Attack & Release[Album]
07/04/2008
(Nonesuch/Pias)

Comme pour beaucoup de duos blues/rock, il aura été difficile pour The Black Keys de se dépêtrer de l’ombre des White Stripes, et se défaire de la pression du plagiat que la presse à la gâchette facile laissait planer au-dessus de sa tête. Encore plus au moment de leur premier album, sorti en 2002, alors que Dan Auerbach et Patrick Carney passaient à peine la vingtaine, mais attisaient les curiosités avec une voix mature, un répertoire capable de divaguer autant vers la funk et la soul que le rock, et une affection toute particulière pour les enregistrements maison leur offrant un son brut et volontairement cradingue. Au fil des ans et jusqu’à ce cinquième album, The Black Keys auront ainsi cultivé une personnalité atypique qui aura pris le temps de conquérir toute la planète musique, de Metallica à Thom Yorke, en passant par les Arctic Monkeys, Robert Plant, Fat Possum et Nonesuch Records: un capital sympathie qui n’aura pourtant pas conforté les deux Américains dans leur voie Lire la suite…

Victor Démé - “s/t 102″

s/t[Album]
25/03/2008
(Chapa Blues/ Makasound/Pias)

Sa voix en or et son sens exceptionnel de la musique, Victor Démé les tient à n’en pas douter de sa mère, une griotte burkinabé très renommée dans les années 60 à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. C’est néanmoins à Abidjan que l’artiste fît ses premiers pas dans le milieu musical, notamment au sein de l’orchestre d’Abdoulaye Diabaté. Victor devint par la suite l’un des chanteurs les plus populaires et les plus primés du Burkina, avant de tomber tragiquement malade et d’être brusquement éloigné des scènes pendant plusieurs années.

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MGMT - “Oracular Spectacular”

Oracular Spectacular[Album]
24/03/2008
(Columbia/Sony BMG)

Depuis que l’hypermarché musical des années 80 a ouvert grand ses portes, les nouvelles pousses prennent leur ticket de loterie dans l’espoir de devenir la nouvelle coqueluche du mois, rythme auquel elles s’enchaînent depuis quelques temps. Mars sera celui de MGMT (pour “Management”), duo allumé d’étudiants en art tout droit venus de Brooklyn, qui se sera extirpé de ce lot de prétendants jeunes et frais, par une excellence évidente à l’écoute de son premier album. Et, il ne fait aucun doute qu’il fallait viser haut, vu le nombre de volontaires à s’être cassés le nez avant eux, en voulant mélanger ainsi couleurs glam rock, disco, et new wave

Mais les new yorkais ont peut être tiré avantage de cette insouciance soulignée jusque dans leurs paroles (”This our decision, to live fast and die young”, “Let’s make some music, make some money, find some models for wives, I’ll move to Paris, shoot some heroin and fuck with the stars”). Comme si ne rien calculer, composer librement en laissant agir le destin, s’était révélé être leur formule gagnante. Du coup, “Oracular Spectacular” affiche une diversité aussi plaisante que captivante, s’amuse à brouiller les pistes des influences (même si on pourrait citer Klaxons, Bowie, Rolling Stones, Royal Trux…), sans jamais altérer la cohérence globale de cet album, consolidée par les talents de producteur de David Fridmann (Mercury Rev, Flaming Lips…). En effet, de la pop psyché de “Time To Pretend” à l’indie electro de “Future Reflections”, toujours MGMT se montre inspiré et souligne un réel effort de composition, qu’il sorte des sentiers battus (”4th Dimensional Transition”, “Of Moons, Birds & Monsters”) ou qu’il accouche de titres à l’efficacité mélodique d’une rare immédiateté. C’est notamment le cas de la ballade “The Youth”, de “Weekend Wars” passant du calme de l’acoustique au chaos synthétique, et de “Kids” renvoyant aux premières galoches de discothèque

Preuve aussi d’une étonnante maturité, le duo échappe constamment aux pièges habituellement tendus par les eighties et leur légendaire ringardise. Ainsi, le funky et discoïde “Electric Feel” tient largement son rang au sein de ce disque alors qu’il n’aurait pas non plus volé sa place, perdu au beau milieu d’une compilation des standards de l’époque. Et c’est aussi ce qui fait le charme de MGMT, forçant encore plus l’affection quand il va jusqu’à laisser l’impression de se découvrir lui-même, gonflant du coup un capital confiance qui l’emmènera certainement très loin. A condition que, d’ici là, il ne se saborde pas lui-même dans l’euphorie d’une jeunesse irresponsable et d’une folie adolescente

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Why? - “Alopecia”

Alopecia[Album]
11/03/2008
(Anticon/Differ Ant)

Vous croyiez avoir tout entendu de la pop music? Reset, table rase, on reprend tout, on recommence, et on considère ces artistes autrefois rattachés au hip hop comme à la musique électronique, désormais capables de pondre quelques sucreries du meilleur goût. Dans le viseur, Why?, trio Anticon emmené par Yoni Wolf, son frère Josiah et Doug McDiarmid, qui affine son registre depuis quelques temps maintenant, en se détachant peu à peu de son passé électronique pour définitivement laisser ses instruments prendre le dessus. “Alopecia”, le nouvel album de ces trois californiens, vient donc confirmer ce qu’ils laissaient de plus en plus entendre au fil de “Rubber Traits” et “The Hollows“, leurs récents maxis. Mais il vient surtout sceller cette image de groupe définitivement pop en intégrant Andrew Broder (tête pensante de Fog) et le bassiste Mark Erickson au line up Lire la suite…

Lykke Li - “Youth Novels”

Youth Novels[Album]
11/03/2008
(LL/Import)

Du haut de ses vingt-deux ans, Li Lykke Timotej Zachrisson, plus connue sous le nom de Lykke Li, bénéficie d’une expérience déjà non négligeable, dans sa vie privée passée par le Portugal, le Maroc, l’Inde et le Népal, mais aussi d’un point de vue artistique puisque les Suédois ont déjà pu l’apercevoir en tant que danseuse sur les shows télévisés locaux. Mais, c’est surtout depuis qu’elle a décidé de marcher sur les traces de son père musicien, mais aussi de Madonna dont elle admire à demi mots le parcours, qu’elle n’en finit plus de faire parler d’elle, et de répandre sa musique telle une tache d’huile irrécupérable, dont l’idée de se séparer ne vient même pas effleurer l’esprit. Encore plus une fois “Youth Novels” écouté et digéré, ce premier album composé à l’aide d’un large panel d’instruments originaux, et qui vient l’imposer sans détour parmi les grandes révélations inclassables que la musique voit de plus en plus éclore ces temps-ci

Comme nombre d’artistes contemporains, la Suédoise ne se fixe donc aucune limite, se réfugie sous la large étiquette pop qui lui permet quelques écarts sur les terrains hip hop, electro, folk et blues. Elle signe ainsi un premier opus d’une fraîcheur et d’une personnalité indéniables, qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des nombreux médias musicaux du web dés ses premiers retentissements en 2007, et le titre “Tonight” alors proposé au téléchargement sur sa page Myspace. Celui-ci n’aura pourtant pas passé le casting de “Youth Novels”, bien trop occupé par d’autres richesses plus récentes, plus représentatives d’une maturité incontestable, et toutes marquées par un minimalisme jamais insuffisant: “Dance Dance Dance” rythmé par des cloches, l’épuré “Let It Fall”, le cinématographique “This Trumpet In My Head”, l’électronique et robotique “Complaint Department”, ou le mystique “Window Blues”. Que d’exemples bien éloignés du tout aussi réussi “I’m Good I’m Gone”, seul titre aux allures quelque peu conventionnelles avec son refrain bien marqué

Mais l’impact musical de “Youth Novels”, produit par Bjorn Yttling de Peter Björn and John, ne serait rien s’il n’était pas constamment sublimé par la voix atypique et non moins envoûtante de Lykke Li qui, ici ou là, murmure, chantonne avec une justesse mélodique et une douceur presque enfantine définitivement séduisantes. C’est flagrant sur les ballades “My Love” et “Hanging High”, les “puissants” singles “Little Bit” et “Break It Up”, et surtout le voluptueux “Time Flies”, tous divinement orchestrés, épurés en apparence mais finalement d’une richesse infinie. Car Lykke Li sait y faire, voit juste, multiplie les petits riens plutôt que d’ouvrir les robinets en grand et pondre un album écoeurant. “Youth Novels”, avec son caractère et sa fausse fragilité, est finalement le parfait reflet de son auteur qui, en douze titres, parvient à faire oublier toutes ces nouvelles égéries pop qu’on nous a servies sur un plateau ces derniers mois

Déjà disponible dans les pays du Nord, depuis peu aux Etats Unis et en Grande-Bretagne, ne manque plus à ce premier effort que la France se penche sur son cas. Ce qui ne devrait logiquement plus tarder..

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