Jawbox, relais entre deux époques

L’histoire débute en 1989 alors que Jay Robbins était bassiste de Government Issue, figure de proue du punk US et plus particulièrement de Washington, D.C. Cela faisait alors trois ans que J.R. officiait quand le groupe donne son dernier concert au 9.30 Club de Washington. Robbins crée alors un nouveau groupe répondant au doux nom de Jawbox. Désireux de se mettre à la guitare et au chant, de tester ses compétences à se renouveler, il fait appel à Kim Coletta (bassiste de talent), Adam Wade à la batterie et la carrière du groupe est lancée. Les influences de départ sont plutôt larges allant de la musique classique du 20ème siècle à Husker Du en passant par Dinosaur Jr, Sonic Youth ou Buzzcocks. Les textes sont écrits par Kim et Jay. La première s’inspire d’opinions politiques alors que le second s’oriente vers des sentiments et expériences personnels, le but étant de provoquer la rébellion chez l’auditeur afin qu’il utilise sa créativité.

Le premier concert se fait avec deux groupes peu connus et sans véritable talent notoire: Fugazi et Shudder To Think. Excusez du peu, c’est plutôt un baptême avec un grand B. Un second guitariste rejoint le combo un an et demi après sa création: Bill Barbot. L’album « Grippe » est alors déjà sorti chez Dischord. Jay projetait cela depuis un moment mais ne voulait pas tomber dans le schéma classique des guitaristes rythmique et soliste. Bill est la bonne personne, il complète le jeu de J.R., apporte des textures. L’objectif est atteint. Arrive la période « Novelty » qui marque le départ de Adam Wade, immédiatement remplacé par Zack Barocas. Les choses changent, le nouvel arrivant apporte une présence indéniable de par son personnage et sa manière de jouer, à tel point qu’il fait complètement oublier le jeu d’Adam, désormais partie prenante de Shudder To Think. Tous les membres s’investissent dorénavant dans le processus créatif et le groupe se fait plus stable.

Tellement stable, que le groupe décide de faire le grand pas à la veille du troisième album. Jawbox quitte l’intégrité Dischord pour le business Atlantic. Etape surprenante mais le groupe semble savoir ce qu’il fait, continuant de gérer sa carrière sur le bout des doigts. Les gens imaginent alors un clash croustillant entre le groupe et le label fondé par Ian McKaye. Que nenni! Les deux parties sont restées amies, chacune comprenant l’autre ainsi que ses besoins. En effet, jusqu’alors, les membres de Jawbox devaient assumer leur vie professionnelle et rémunératrice ainsi que le côté promotionnel de leur groupe, Dischord accomplissant un travail insuffisant à ce sujet. La politique Dischord arrange même les choses puisque aucun contrat ne lie un quelconque groupe au label. Les opportunités sont plus nombreuses, le groupe sait les saisir, jouissant de leur toujours entière liberté de composition. N’ayant jamais cherché à aguicher l’ennemi, Jawbox ne peut refuser l’offre d’Atlantic qui va ainsi leur permettre de se consacrer au groupe à plein temps et surtout, de pouvoir en vivre. Le label américain presse alors les CD’s mais, Jawbox, en tant que puristes du style et amateurs de beaux objets, décide de créer leur propre label afin de presser leurs albums en vynils: Desoto Records voit alors le jour. De plus, n’ignorant pas le poids de l’Europe, ils font appel à City Sang pour les appuyer sur le vieux continent. Christof, gérant du label, les sauve d’une signature « major » européenne qui les auraient perdus.

Desoto prend alors pas mal de temps à Kim et Jay. Les premières productions (Edsel, Jawbox, Candy Machine) lancent la machine pour arriver aujourd’hui à de nombreuses productions dont Juno et Jejune de qualité notoire.

Jawbox se termine alors que des dissensions se font sentir au niveau de la composition des morceaux, celle-ci se faisant souvent conflictuelle et de moins en moins spontanée. Le groupe sent qu’il est temps de s’arrêter avant que les choses n’empirent La situation est d’autant plus délicate que le batteur déménage à New York afin de reprendre ses études et est de ce fait moins présent en répétition.

Aujourd’hui, Jay officie au sein de Buming Airlines en compagnie de Bill, désormais à la basse. Son temps libre est occupé par la production avec entre autres Jets Te Brazil (ex-Jawbreaker), Kerosene 454, Braid, Most Secret Method, Promise Ring…).

Comme bon nombre de groupes incontournables, Jay n’a jamais voulu faire de Jawbox un « gros » groupe. Le talent de chacun des membres en a voulu autrement, et le groupe est désormais a classé au panthéon de la scène post hardcore. Jawbox a construit et amené quelque chose d’original, cette musique en constante évolution, au climat tendu et au sens subtil de la mélodie. Sans cette étape, qui sait de quoi serait faite la scène d’aujourd’hui…

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