Steve Albini, le problème est résolu

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Frontman et figure emblématique de Shellac, un des groupes les plus authentiques du circuit, mais également producteur d’une ribambelle d’albums (cultes pour certains), Steve Albini a forcément une opinion assez tranchée au sujet de la musique et de son business. Sans cesse bousculé par les nouvelles technologies et une succession d’analyses souvent interprétées comme des généralités, le marché du disque avait déjà été la cible du bonhomme quand, en 1993, il publiait l’essai ‘The Problem With Music’. Alors, Albini clamait haut et fort que l’industrie dominée par les majors était inefficace, exploitait les musiciens, et tirait la musique vers le bas. Vingt ans plus tard, il est toujours difficile de lui donner tort.

Le 15 novembre dernier, cette figure du monde indépendant passait par Melbourne à l’occasion de la conférence Face The Music. Là, il s’est lancé dans une longue et très intéressante comparaison de l’industrie de la musique, avant et après l’apparition d’internet, ce formidable outil qui aura non seulement démantelé un système rongé de l’intérieur, mais qui aura aussi pointé toutes ses inégalités.

Parce qu’on est des dingues, et surtout parce que ce discours éclairé mérite d’être lu par un grand nombre d’acteurs des métiers de la musique (qu’ils soient pointés du doigt ou non), on s’est donné la peine de le traduire intégralement ci-dessous. Grand donneur de leçon pour certains, Steve Albini en adresse ici une belle et instructive.

Steve Albini: Je vais d’abord revenir sur quelques points me concernant. J’ai 52 ans, j’ai constamment fait partie de groupes, j’ai toujours été actif – d’une manière ou d’une autre – dans le domaine de la musique depuis 1978. A ce jour, je joue toujours, je travaille en tant qu’ingénieur du son, et je possède mon propre studio d’enregistrement à Chicago. Par le passé, j’ai écrit pour un fanzine, j’ai été programmateur radio, organisateur de concerts, et j’ai aussi monté un petit label. Je n’ai pas toujours été convaincant dans tout ce que j’ai entrepris, mais ces choses, je les ai faites, donc elles font partie de mon CV. Je travaille la musique tous les jours, avec des musiciens, depuis plus de trente ans. J’ai enregistré près de 2000 disques pour des groupes indépendants comme pour des rock stars, pour des petits labels comme pour des gros. J’en ai enregistré un il y a deux jours, et je me pencherai sur un nouveau lundi à ma descente d’avion. Donc, en sachant comme elle était et ce qu’elle est devenue, je pense que ça me place dans une bonne position pour évaluer l’état de santé de la musique.

Nous sommes tous ici pour en parler, comme de celui de la communauté qui l’entoure. Je commencerais en disant que je suis à la fois satisfait et optimiste, que j’approuve les changements sociaux et technologiques qui ont influé sur lui. J’espère que mes remarques seront matière à discussion, et que nous pourrons ainsi mesurer à quel point la communauté musicale est résistante, solidaire, et à quel point elle devrait continuer de faire envie.

J’entends de la bouche de mes collègues que les temps sont durs, qu’internet a coupé les pattes de la musique et que, bientôt, plus personne n’en fera parce qu’il n’y aura plus d’argent. Dans pratiquement tous les endroits où elle est jouée, il existe une version différente de cette perspective inquiétante. Les gens qui avaient pris l’habitude de tirer de bons revenus des royalties les ont vus se tarir. Ceux qui ont passé leur vie à vendre des disques n’en sortent plus car ils ont toutes les difficultés à muter vers le téléchargement. En conséquence, on suppose implicitement que cet argent perdu doit être compensé. Beaucoup d’énergie a donc été dépensée à chercher comment, dans cette veulerie où chacun insiste sur le fait que quelqu’un doive (le) payer, sans qu’il ait à payer pour quelqu’un d’autre. J’aimerais que ce mécontentement cesse.

Il est nécessaire de se rappeler d’où nous venons, et d’où provient cette réflexion. Des années 70 jusqu’aux années 90, la période pendant laquelle j’étais le plus actif au sein de groupes – appelons-la la période pré-internet – l’industrie de la musique se résumait seulement à celle du disque. C’est par ce biais, comme par la radio, que les gens découvraient et écoutaient la musique. Puis, dans les années 80 et 90, est arrivé MTV et les clips, sans pour autant que le rapport des gens à la musique soit détourné du disque. On a alors vu beaucoup de groupes se former et tous, pour leur légitimité, aspiraient à enregistrer. Mais l’enregistrement était quelque chose de rare et cher, même celui d’une démo demandait un certain investissement. Du coup, quand j’ai commencé à jouer dans les années 70 et 80, la plupart des groupes disparaissaient sans avoir jamais enregistré une seule note de leur musique.

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Maintenant, je vais vous parler du marché de la musique tel que je l’ai vécu en Amérique, mais je me doute que la plupart des structures et des conditions que j’ai observées ont leur équivalent dans d’autres pays. Pour se donner un repère économique, on pouvait – en 1979 – acheter un 45t pour un dollar, un nouvel album pour 5, payer l’entrée d’un concert dans un club pour un dollar, dans un stade pour 7. Je sais cela parce que j’ai toujours quelques vieux tickets, même encore quelques étiquettes de prix collées sur mes disques. Notez au passage la relative parité entre le prix des concerts et des disques. Plus tard, dans les années 90, l’inflation progressive a rendu les disques plus chers à l’achat, alors qu’ils étaient toujours le principal moyen d’écouter de la musique. Toute l’industrie dépendait alors de ces ventes qui, elles-mêmes, dépendaient de l’exposition. Les groupes signés sur de grosses maisons tournaient afin de promouvoir leurs disques, tandis que les labels leur offraient un support logistique et promotionnel pour les maintenir sur la route, ce qui impliquait tout un réseau d’agents, de managers, de roadies, et de promoteurs. Les dépenses étaient considérables.

En guise de revenus supplémentaires, les disquaires proposaient aussi des emplacements spéciaux et des opérations à but promotionnel: affiches, PLV, mentions sur des flyers, bibelots et autres plus-produits étaient alors grassement payés par les labels. Les chaines appliquaient parfois cela à l’intégralité de leurs magasins, sans même se demander si la clientèle de quelques-uns allait apprécier. Ainsi, il n’était pas rare de voir de grandes publicités pour des groupes de hair métal chez des disquaires qui n’avaient même pas le potentiel de vendre un seul de leur disque. Seulement, le label avait payé, donc ils coopéraient.

Les stations de radio – seul endroit où il était possible d’écouter la musique de n’importe qui – étant également très influentes, les maisons de disques dépensaient donc aussi beaucoup pour les influencer. Bien que la payola ait été déclarée illégale (car assimilée à de la corruption, ndlr), elle restait néanmoins fréquente par l’intermédiaire des programmateurs: les labels payaient les stations pour pouvoir entrer directement en contact avec eux, et les rencontrer quand de nouveaux disques sortaient. Toutes ces offres étaient assez lucratives pour les radios, mais elles dépendaient des indicateurs qui listaient les titres joués. De fait, pour satisfaire cette exigence et conserver les budgets alloués à la promotion, les stations ne jouaient souvent que de petites parties de morceaux les unes après les autres, la nuit, dans un flux incohérent mais qui contentait tout le monde. Les plus populaires organisaient parfois des concerts gigantesques auxquels les groupes des labels se joignaient gratuitement. Les revenus des tournées avaient beau en prendre un coup, la portée promotionnelle de l’évènement était censée compenser la perte.

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Les journalistes et éditeurs susceptibles d’écrire des chroniques, les directeurs de programme, les djs indépendants qui pouvaient intégrer les morceaux à leur playlists ou à leurs sets, se sont beaucoup fait passer la pommade. Cadeaux promotionnels et avant premières de disques leur étaient envoyées, parfois directement chez eux. Il s’agissait de pots de vin immédiatement revendus chez des disquaires d’occasion se retrouvant parfois surstockés sur des références qui n’étaient pas encore officiellement sorties. Dans les années 90, ma femme a travaillé chez un disquaire qui achetait de l’occasion. Ses plus gros clients étaient de loin ceux qui apparaissaient sur les listes promo des labels. Pendant un certain temps, le personnel du magasin a gardé le décompte de ses achats, et il s’est avéré que le rédacteur en chef musique du journal local se faisait un confortable pactole mensuel de 1000 dollars supplémentaires.

Le système avait beau être plein de failles et inefficace, beaucoup de gens en vivaient. Propriétaires de magasins de disques, acheteurs, employés, agents publicitaires, designers, propriétaires de club, représentants des labels, producteurs, studios d’enregistrement, juristes, journalistes, directeurs de programme, distributeurs, responsables de tournée, bookers, manageurs des groupes, et tout prestataire de service qui rodait autour: qu’il soit dans la banque, le transport, l’impression, la photographie, les agences de voyage, les limousines, les garde robes, la cocaïne, les prostituées. Tout cela imposait à l’industrie de se maintenir, donc tous œuvraient dans ce sens.

L’astuce la plus significative était comptable: l’amortissement des coûts. Ceux engendrés par la fabrication d’un disque n’étaient pas pris en charge par les labels, si ce n’est au tout début du projet, mais étaient amortis et récupérés sur les revenus que les groupes tiraient de leurs royalties. Il en était de même pour les copies promo, les posters, les pots de vin, les producteurs, les publicitaires, la promotion des tournées, les frais d’envoi. En fait, toute dépense qui pouvait être associée à un groupe ou un disque était finalement payée par le groupe, et non par le label.

En optant pour le CD plutôt que le vinyle comme support dominant, les labels ont pu facilement vendre un objet pratique, compact, que l’on puisse écouter sans problème. Leurs marges bénéficiaires ont alors explosé et – le CD se vendant deux fois plus cher que le vinyle alors que ses coûts de fabrication, d’envoi et de stockage étaient bien moindre – l’argent coulait à flot. En parallèle, les maisons de disque ont tiré profit de l’abandon du vinyle en augmentant leurs charges. Elles facturaient aux groupes un packaging unique alors que celui du CD avait été pensé tel un standard, ainsi qu’une assurance contre la casse à un taux correspondant à une attaque de l’inventaire à la hache… En conséquence, les groupes qui œuvraient dans ce système – à moins qu’ils soient des superstars – gagnaient très peu des ventes de leurs disques. Souvent, pas mal d’entre eux passaient même leur carrière toute entière au sein d’un même label, sans jamais voir arriver le moment où ils avaient suffisamment rapporté pour ne plus rien avoir à payer. Le label pouvait alors toucher sa commission sur chaque disque vendu, amortir les coûts générés par les invendus, et tout le monde était payé sur les royalties que le groupe aurait du toucher. Et évidemment, ils étaient tous très bien payés. Il va de soi que si le label te paye avec l’argent d’un d’autre, il ne se préoccupe pas beaucoup du montant qui lui est facturé.

Dans les années 90, il y avait comme une course à celui qui écrirait le plus gros contrat. Autrement dit, un contrat mentionnant la plus grosse somme dépensée au nom d’un groupe. De deux choses l’une: soit l’argent était donné en termes de royalties au groupe qui l’aurait dépensé en dehors du système, dans des maisons, de l’alimentaire ou dans des études; soit il était offert à d’autres intervenants de l’industrie, ce qui ne faisait qu’accroitre l’influence et le prestige du généreux donateur. C’est comme si votre patron, plutôt que de vous donner votre salaire, le filait en votre nom à des amis ou des associés. Parce que la somme serait finalement la même, et que ses amis ou associés pourraient lui retourner la faveur plus tard, pourquoi vous l’attribuerait-il? Ce système était spécialement conçu pour gaspiller l’argent des musiciens, et récompensait les plus dépensiers.

En parallèle, certains groupes évoluaient en dehors de ce spectre. Pour eux, ceux dont j’ai toujours fait partie, tout était toujours plus petit et plus simple. La promotion se résumait à l’impression de flyers, quelques apparitions dans des fanzines, quelques passages sur des college radio. Si tu calais un concert dans une salle qui n’avait pas fait de pub, il y avait de grandes chances que tu joues dans un endroit vide. Les médias locaux ne prenaient pas les groupes au sérieux tant qu’ils n’avaient pas une réputation nationale, donc tu pouvais oublier toute couverture de presse. Quant aux radios commerciales, elles étaient cadenassées par les dessous de table adressés aux programmateurs et directeurs de programme.

Une exposition internationale était extraordinairement onéreuse. Pour que tes disques traversent les océans, il fallait convaincre un distributeur de les exporter. Du coup, personne ne pouvait les écouter ou les acheter à l’étranger, et tu finissais par envoyer quelques copies promo qui coutaient très cher, alors qu’elles n’étaient peut-être jamais écoutées. La seule exception fut le brillant John Peel, Dj à la BBC. Il écoutait religieusement chaque disque qu’il recevait, accordait des heures à cela chaque jour. Je lui avais envoyé une copie du tout premier album que j’ai enregistré, et il ne s’était pas contenté de le passer à la radio: il m’avait aussi renvoyé une carte postale d’un de ses souvenirs de Chicago datant de son enfance, lorsqu’il était venu rendre visite à sa tante, dans le même quartier que celui ou ma boite aux lettres se trouvait. Pour moi, c’était une première indication que John Peel était un grand homme.

De fait, les groupes indépendants devaient faire preuve d’ingéniosité, se faire leur propre réseau de clubs indépendants, de promoteurs, de fanzines et de DJs. Ils avaient leur propre chaine de promotion, y compris de forums et d’autres groupes de discussion apparus au tout début de cette culture internet qui prévaut tant aujourd’hui. Ils devaient aussi monter leur propre label: certains étaient collectifs, quand ceux qui ne l’étaient pas fonctionnaient plus sur une base de partage des bénéfices encourageant l’efficacité, que sur un système de recoupement. C’est là que je me suis fait les dents, au sein de cette scène indépendante pleine de punks, de ‘noiseux’, de drag queens, de compositeurs expérimentaux et de soi-disant poètes de rue. Vous pouvez remercier le punk rock pour tout cela. C’est là que la plupart d’entre nous avons appris qu’il était possible de sortir nos propres disques, de mener notre propre business, et de garder le contrôle de nos carrières respectives. Si une bande de sniffeurs de colle boutonneux pouvaient le faire, il n’y avait pas de raison que nous ne puissions pas en faire autant.

Le nombre de disques parus de cette manière était incroyable. Des centaines de petites sorties ont fait leur chemin jusqu’aux magasins spécialisés qui offraient alors un marché à la distribution indépendante. C’était le début d’une alternative au paradigme du label. C’était lourd et lent, mais toujours plus efficace que de chasser les gros labels qui répondent à chaque problème en dépensant toujours plus l’argent des groupes. C’était aussi le début de ce qu’on peut appeler le ‘peer network’. Au milieu des années 90, alors que des labels et distributeurs tiraient des millions de dollars des ventes de disques (et plus particulièrement de CD), il y avait aussi une économie underground saine, alimentée par des groupes qui généraient des revenus raisonnables du fait de l’efficacité supérieure des méthodes indépendantes. Mon groupe, par exemple, a touché 50% de chaque unité vendue via notre propre label. En me renseignant, je me suis aperçu que c’était plus que ce que touchaient Michael Jackson, Bruce Springsteen, Prince, Madonna ou n’importe quelle autre superstar. Et nous n’étions qu’un groupe parmi des milliers d’autres.

Le système était ainsi, et c’est ce que nous avons perdu quand internet a tout rendu disponible partout, gratuitement. Car, ne vous méprenez pas, nous l’avons perdu. Il y a toujours aujourd’hui un réseau de labels indépendants, mais c’est une partie infime de ce qui pouvait exister à l’époque. Ceux qui ont réussi à survivre y sont parvenus en sortant des musiques de niche à destination d’une audience bien ciblée. Et parce qu’ils ont grandi avec des méthodes efficaces, ils réussissent encore à répondre à la demande restante.

Vous avez peut être remarqué que, dans ma description du marché de masse et de l’industrie de l’ère pré-internet, j’ai peu fait allusion au public et aux groupes. Ces deux extrémités du spectre étaient alors difficilement considérées par le reste du business. Les fans étaient censés écouter la radio et acheter des disques, tandis que les groupes étaient censés enregistrer des disques et tourner pour les défendre. Ca s’arrêtait là, alors que l’argent venait des fans, et la musique, des groupes.

Par le biais d’internet, qui plus que tout autre outil offre l’accès aux choses, la musique est apparue sans limite, et gratuite. Les grosses maisons de disques n’ont pas considéré la distribution digitale comme un business rentable donc elles l’ont ignorée et laissée aux hackers comme au public. Alors, les personnes qui préféraient déjà le côté pratique du CD ont encore plus privilégié le format digital et ses fichiers compressés qu’elles pouvaient télécharger, streamer, écouter sur YouTube, ou partager en ligne avec quelques amis. En un claquement de doigt, la musique autrefois rare, chère, et uniquement disponible sur support physique, est devenue gratuite et disponible partout. Quelle évolution fantastique! Un avis que ne partagent pas beaucoup d’acteurs de l’industrie affirmant à quel point il est terrible de partager la musique, criant ni plus ni moins qu’au vol… Ce ne sont que des conneries, et nous allons voir pourquoi dans une minute. Parce qu’avant, je veux que vous abordiez l’expérience de la musique dans la perspective du fan de l’ère post internet. Pour lui, la musique difficile à trouver est arrivée à sa portée. Celle qui répond à mes goûts spécifiques, aussi nases soient-ils, l’est également devenue en seulement quelques clics, ou pour le prix d’un message posté sur un forum. Porté par des amateurs désireux de m’orienter vers de bonnes choses et de me faire écouter la meilleure musique qui soit, j’ai fini par avoir plus accès à elle que je ne l’aurais jamais imaginé.

Cette distribution contrôlée par les fans a d’autres avantages. La musique longtemps oubliée s’est vue offrir une seconde vie. Des musiciens en avance sur leur temps ont finalement pu toucher une niche d’auditeurs que la distribution de masse n’avait jamais réussi à atteindre par le passé. Il y a un documentaire terrifiant sur le sujet, celui de Death, ce groupe de Detroit dont le seul album est paru en 1975 je crois, et qui a disparu jusqu’à ce qu’il soit digitalisé et rendu public sur internet. Progressivement, Death a trouvé un public, sa musique a été rééditée, puis il s’est reformé pour donner des concerts et tourner. Aujourd’hui, le groupe peut enfin vivre la carrière dont il a toujours été privé par le vieux star-system. Des histoires comme celle-ci, il y en a des centaines, il existe même des labels qui ne font rien d’autre que la réédition de classiques oubliés.

Maintenant, abordez le sujet dans la perspective du groupe et des conditions qui lui sont offertes. La technologie et le matériel d’enregistrement ont été simplifiés et rendus très accessibles, les ordinateurs sont désormais équipés de logiciels permettant d’enregistrer des démos décentes, et les magasins de musique vendent aujourd’hui des micros et autres équipements à des prix très abordables, alors qu’ils étaient jadis uniquement disponibles via des canaux très spécialisés. Dorénavant, chaque groupe a l’opportunité de s’enregistrer lui-même, et peut faire beaucoup de choses avec sa musique. Il peut la poster partout: Bandcamp, YouTube, SoundCloud, son propre site. Il peut la diffuser sur des forums, sur Reddit, Instagram, Twitter, ou dans les commentaires d’autres posts. ‘Lol’, ‘ça craint’, ‘bien mieux’, ‘mort au faux métal’… Plutôt que de dépenser une fortune dans des coups de téléphone afin de trouver une personne qui puisse écouter ta musique dans chaque pays, tout groupe sur cette planète a maintenant au bout de ses doigts un accès libre et instantané au monde entier.

Je n’insisterai jamais assez sur l’importance de ce développement. Auparavant, l’industrie dictait quelle musique allait pouvoir être disponible sur tel marché, à tel endroit. Il était inconcevable qu’un petit groupe indépendant puisse pénétrer des pays comme la Grèce, la Turquie, le Japon, la Chine, l’Amérique du Sud, l’Afrique ou les Balkans. A qui confieriez-vous votre musique sur ces territoires? Comment trouveriez-vous la personne compétente? Et comment justifieriez-vous que le business et les complications qui vont de pair nécessitent d’y envoyer quatre ou cinq exemplaires? Maintenant, ces endroits sont aussi bien servis que New York ou Londres. Les fans peuvent y trouver la musique qu’ils aiment, et développer une relation directement avec les groupes. C’est absolument possible – je suis même sûr que ça arrive tous les jours – qu’un gamin originaire de ces endroits éloignés trouve un nouveau groupe favori, lui envoie un message, que le chanteur ou un autre membre le lise sur son téléphone portable, et lui réponde de l’autre bout du monde. Qu’y a-t-il de mieux? C’est infiniment préférable qu’une relation tenant à la seule lecture du livret du CD. Si cela avait été possible quand j’étais adolescent, je suis sûr que je n’aurais rien été de moins qu’une nuisance pour les Ramones.

Il y a quelques années, mon groupe a monté une tournée en Europe de l’Est. Nous sommes allés en République Tchèque, en Pologne, en Croatie, en Slovénie, en Macédoine, en Bulgarie, jusqu’en Turquie. Ce fut une expérience magique de se présenter devant des gens qui n’étaient pas blasés par les concerts, et qui nous ont accueillis comme des amis. On a joué devant des salles combles, de même taille qu’ailleurs, et le public semblait familier avec notre musique. La grosse différence est que chacune des villes visitées n’a littéralement jamais vendu le moindre de nos disques. 100% de notre renommée là-bas s’est faite de manière informelle, par le biais d’internet ou de la main à la main. Durant ce voyage, on a établi des contacts avec des promoteurs locaux, des associations artistiques, et le public a développé un certain intérêt pour notre musique, ce qui nous a permis d’y vendre quelques albums depuis. Du coup, la seconde tournée dans cette région s’est avérée plus facile, et nous retournons à Istanbul au printemps, grâce à des contacts rencontrés la première fois. Je m’attends à un moment merveilleux.

Bref, internet a permis aux groupes de gérer plus facilement leur business au quotidien, et a considérablement amélioré leur efficacité. Du planning des répétitions tenu à l’aide d’agendas online, aux tournées bookées par email, en passant par la vente de merchandising et de disques sur les stores en ligne, ou le recours au crowdfunding en vue d’un nouvel album, toutes ces facilités feraient aujourd’hui saliver n’importe quel musicien de la période pré-internet. L’ancien système était pensé par l’industrie dans le but de servir ses propres pions. Le nouveau, celui ou la musique est partagée de manière informelle et ou les groupes sont en contact direct avec leurs fans, l’a été par les groupes et les fans, sur le modèle de l’ancien underground. Toutes les étapes intermédiaires y sont zappées, et les artistes ont désormais par défaut le contrôle de leur exposition. Il n’est plus nécessaire de payer des gens qui en soudoient d’autres pour jouer vos disques à la radio et qui ne les jouent finalement pas. Aussi, il n’y a plus besoin de dépenser de l’argent pour que les gens écoutent votre musique. Ça se fait tout seul.

Il y a un autre changement, plus subtil, que tout cela a amené: puisque les gens ne sont plus obligés d’écouter tout ce qui passe à la radio et ne sont plus limités aux stocks des magasins, ils sont devenus plus ouverts. Un collègue du studio passe ainsi tout autant le nouveau 45t du groupe hardcore Leather, que l’electro drone de Tim Hecker, un morceau de soul de Cincinanati, du disco, des improvisations de guitare… Désormais, chacun peut à tout moment écouter seulement la musique qui l’intéresse, rejoindre des communautés en ligne très actives, dédiées à chaque style de musique et leurs dérivés. Que vous soyez fan de reggae, d’electro minimale, de pop symphonique, de blues texan, de noise japonaise, de musiques pour enfants, de noël, de Raymond Scott ou de Burl Ives, je vous garantis qu’il existe un site sur lequel vous pouvez vous connecter pour partager vos goûts avec d’autres amateurs. Ces communautés sont devenues une partie vitale du marché de la musique. Moi-même, j’ai peut-être inconsciemment formaté quelques-unes de mes positions dans les remarques puisées au gré de discussions que j’ai pu entretenir au sein d’elles. Si c’est le cas, je confesse ce plagiat et incite chacun de vous à rejoindre ces forums ou se tiennent toutes les conversations musicales les plus intéressantes.

Par conséquent, les fans sont encore plus passionnés: ils sont prêts à dépenser plus pour l’apprécier en live, ont envie d’établir une relation personnelle avec les groupes qu’ils admirent. Du coup, les stands de merchandising aux concerts ne désemplissent pas, le prix des places a grimpé. Les concerts qui coutaient 5 ou 6 dollars en coûtent désormais 20 ou 30, parfois même 80 dollars, voire plus, dans certains clubs. En parallèle, les revenus des groupes générés par le live ont également augmenté. Le mien, par exemple, joue depuis 20 ans dans quasiment toujours les mêmes salles. Je devine que vous vous dites que notre public en a marre, pourtant certaines d’entre elles nous payent plus qu’il y a 10 ou 15 ans. Il arrive qu’on nous paye maintenant 4000 ou 5000 quand elles nous payaient 400 ou 500.

Cette facilité d’accès, ce redoublement d’intérêt, et l’augmentation des revenus ont créé une nouvelle relation privilégiée entre les gens, les groupes et autres artistes, les réalisateurs de films online, les chorégraphes, et j’en passe. Les collaborations se font désormais en temps réel, ou à travers internet, parfois sans jamais que les parties ne se rencontrent. J’ai un ami proche qui a eu pas mal de temps libre l’année dernière et qui a donc formé deux nouveaux groupes, dont un entièrement composé de musiciens rencontrés en ligne, qui ont seulement composé par l’intermédiaire du net. Leur musique est donc un pur produit de l’interconnexion offerte par internet. Tout cela, toutes ces caractéristiques, toutes ces possibilités n’ont pu voir le jour que grâce au partage en ligne de la musique. Concrètement pour les groupes qui ont travaillé leur popularité (comme pour Death ou mon groupe dans les Balkans), ou plus indirectement en influant plus généralement sur l’attente des auditeurs et des musiciens. Ca explique mon enthousiasme envers l’évolution de l’environnement musical. Mais passons sur mon optimisme, je pourrais m’étendre longuement sur l’exposition offerte par la musique en ligne.

De toutes parts, il y a toujours une phrase qui revient: ‘nous devons trouver un moyen de rendre la distribution digitale intéressante pour tout le monde’. Je mets des guillemets pour bien prendre mes distances avec cette citation. J’ai un ami, Tim Midgett, qui utilise toujours trois doigts pour mimer les guillemets et souligner ainsi une extra ironie. Je n’en utiliserais que deux. Je m’oppose à cette affirmation. Elle ne sert à rien, elle est insipide, et revient systématiquement chaque fois que quelqu’un pose la question ‘comment se porte la scène musicale aujourd’hui?’. Elle ne fait que maintenir l’espoir que cet état, présumé tragique, ne peut que s’améliorer. ‘Pour tout le monde’. Ces mots, ‘pour tout le monde’, sont très importants pour ceux qui les prononcent parce que, dans leur esprit, le modèle de distribution physique a fonctionné pour tout le monde. Mais pas le nouveau. Pas encore en tous cas, pas tant que ‘on n’a pas trouvé le moyen de’. Je ne pense pas que cette phrase soit justifiée, notamment parce ce qu’elle implique va à l’encontre de tout ce que j’ai toujours fait. Elle cache le squelette d’un monstre.

Commençons par le début. ‘Nous devons trouver le moyen de’. Le sujet de cette phrase, la première personne du pluriel, nous implique directement, bien que le contexte ne s’y prête pas. Qui aurait le pouvoir de mettre en place un nouveau système de distribution? Qui serait présent dans la salle au moment d’en discuter? Qui superviserait la mise en œuvre des décisions? L’industrie et les consommateurs? Les consommateurs probablement, mais est ce qu’ils ont déjà eu leur mot à dire quand leur musique a été compressée, taguée, protégée contre la copie, ou rendue effaçable? Est ce qu’ils ont eu le choix quand iTunes a automatiquement téléchargé le nouvel album de U2 dans leur discothèque? Bien sûr que non. Toutes ces choses ont été décidées, et nous avons dû nous y soumettre. N’avoir plus qu’à se plaindre ou se rebeller n’est pas la même chose que d’être impliqué dans des décisions. Clairement, le ‘nous’ de cette phrase n’inclut donc pas l’auditeur. Et, personnellement, je considère que toute tentative de changer le marché de la musique en ignorant l’auditeur est vouée à l’échec.

Et qu’en est-il des groupes? Est ce qu’ils ont eux aussi un siège à la table des discussions? Bien sûr que non. Si vous leur demandez ce qu’ils veulent – et je sais cela parce que je fais partie d’un et que je travaille avec d’autres tous les jours – ils vous répondront: l’exposition de leur musique, et avoir une chance de toucher l’argent des ventes de leurs disques. Je crois que le fonctionnement actuel répond à leur premier souhait, contrairement au second qui s’aligne sur le vieux modèle du label. Donc qui est ce ‘nous’? Les parties administratives du vieux marché du disque, voilà. Les labels verticaux qui détiennent des droits sur beaucoup d’œuvres. Eux veulent tirer leur épingle du jeu, reprendre les rênes, restructurer. Les groupes, le public, ceux qui font la musique ou qui payent pour elle, ne sont manifestement pas conviés dans la discussion.

Passons au mot ‘devons’, nous ‘devons’ trouver un moyen de… En fait, le devoir n’est ici qu’une volonté, un désir. Ces anciens de l’industrie de la musique ne voient pas internet d’un bon œil, et n’apprécient de voir les groupes et le public se débrouiller sans eux. Donc ils préfèrent changer les choses pour rétablir leur propre pertinence. Preuves en sont les innombrables deals à 360° qui sont offerts désormais, dans le cadre desquels tout ce qu’un groupe fait – de sa musique à ses t-shirts, en passant par son compte Twitter – appartient au label qui, en échange, lui accorde une avance. Je pense que cette façon de faire est perdue d’avance à cause de choses comme Kickstarter, qui ont déjà prouvé toute leur efficacité à récolter de l’argent directement auprès du public qui souhaite soutenir sa musique.

‘Trouver le moyen de’. ‘Nous devons trouver le moyen de’. Ceci laisse entendre que nous serions donc en mesure de lancer un nouveau système de distribution, juste après qu’internet l’ait précisément fait avec efficacité, et sans douleur. Il y a une bonne raison pour que concept du robinet d’eau n’ait pas changé au fil des ans. Le temps et la pratique ont prouvé que le meilleur moyen – et le plus simple – pour contrôler l’eau chaude était de tourner un bouton. Le problème est résolu, donc on ne cherche plus aucune autre solution. Pourtant, il n’est pas possible que je sois le seul à être agacé par les robinets constamment mal réglés dans les toilettes publiques. Imaginez si écouter de la musique était aussi frustrant que cela.

La suite de la phrase, c’est ‘rendre’ la distribution intéressante. Cela induit que nous avons le contrôle sur cette distribution, que nous pouvons lui faire faire certaines choses, et d’autres non. Internet a déjà prouvé que c’était une erreur. Une fois que la musique est libérée, elle est incontrôlable. J’utilise le mot ‘libérée’ parce que c’est finalement une parfaite description, encore plus quand tu considères ce qui arrive quand tu libères d’autres choses, comme un oiseau ou un pet. Alors, ils font partie du monde, puis le monde réagira et les utilisera comme il l’entend. Le pet va déranger les nez jusqu’à ce qu’il se dissipe. L’oiseau va s’envoler et s’écraser sur un pare-brise ou se faire tirer dessus par un fermier. Ils ont été libérés, et plus personne ne peut faire quoi que ce soit. Vous ne pourriez pas rappeler le pet, même si vous le désiriez fortement. Et vous ne pourriez pas protéger l’oiseau.

Distribution est un terme qui pose problème. Son sens premier sous-entend la pénurie comme la répartition des produits physiques. Vous pouvez les inventorier, les taxer, les légiférer… Rien de tout cela n’est possible avec les fichiers digitaux. S’il était possible que les labels reprennent la main sur eux (c’est impossible, ne vous inquiétez pas), pourquoi seraient ils honnêtes dans leur comptabilité? Dans le modèle de distribution physique, vous pouvez inventorier chaque référence stockée dans un entrepôt durant un audit, comparer avec les cahiers de livraison des fournisseurs, et ainsi savoir combien de copies ont été vendues. Comment feriez-vous avec des fichiers digitaux? Comptez combien ont été téléchargés pour voir…

Le mot est donc problématique, mais celui qui l’est encore plus dans la phrase est ‘intéressante’. Il est impossible dans ce contexte. Selon qui l’utilise, il aura des significations contradictoires. Pour le label, le système serait ‘intéressant’ s’il générait un profit à chaque lecture, s’il lui permettait d’offrir les auditeurs aux publicitaires pour des revenus supplémentaires, et s’il lui permettait d’y faire sa promotion. Pour l’auditeur, il le serait dans le cadre d’un accès libre, s’il pouvait y trouver une musique spécifique voire de niche, s’il pouvait écouter en continu, facilement, sur tous ses appareils, sans nuisance ni traçage, gratuitement ou à moindre coût. Pour un groupe, cela signifierait y trouver un public qui puisse les écouter sans limite, et pouvoir y mettre à disposition toute la musique qu’il souhaite. Vous voyez donc sûrement déjà ou se situe le problème : il est littéralement impossible que tout le monde, avec tant d’intérêts divergents, finisse par s’entendre. D’ailleurs, toutes les tentatives se sont révélées maladroites et infructueuses. J’ai récemment essayé de streamer un podcast à partir d’un site officiel sous licence. Quand mes chats ont commencé à se battre, je me suis détourné de ce que j’étais en train de faire pour les séparer, les nourrir puis les calmer. Je suis ensuite revenu sur mon ordinateur, j’ai essayé de remettre les minutes que j’avais manquées, mais est apparu un message me disant que, en raison d’accords de droits d’auteur, je n’étais pas autorisé à réécouter. Je trouve inconcevable que les personnes qui ont posté le podcast puissent vouloir que cela soit ainsi.

La conclusion de la phrase, ‘pour tout le monde’, pose également problème. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, même préférable, d’impliquer tout le monde dans la façon de définir l’expérience à la musique, et plus généralement dans la relation qu’un groupe entretient avec son public. Il semble évident que les disquaires, qui autrefois étaient les visages accueillants de l’industrie mais aussi le théâtre de toute la promotion dont on a parlé plus tôt, n’ont plus leur place dans cette ère digitale. Ils trouvent encore un moyen d’exister en vendant des disques d’occasion, chose sur laquelle l’industrie n’a jamais daigné se pencher, ainsi qu’en vendant de la musique spécialisée, trop marginale pour se retrouver dans les rayons des grands magasins, et pour se retrouver inclue dans ce ‘pour tout le monde’. Il n’y a donc aucune raison d’insister à faire du neuf avec du vieux. L’industrie de la musique a fondu, laissant ses deux extrémités – groupes et fans – gérer seuls leur relation. Ce qui est quelque chose d’à la fois sain et excitant. Car si nous avons appris quelque chose de ces trente dernières années, c’est bien que groupes et fans peuvent se débrouiller seuls: les premiers livrent de la musique aux seconds, qui savent comment leur renvoyer la balle. Internet a permis d’instaurer une relation plus directe et efficace que jamais entre le groupe et son public. Je ne pleure donc pas la perte de ces grands bureaux inefficaces qui ont disparu durant cette mutation, même si je suppose que certaines personnes sont au chômage. Mais il s’est passé la même chose quand l’automobile a remplacé le cheval: tous les forgerons ont dû s’adapter, passer leur temps à faire des portes de jardin plutôt de des fers de chevaux.

Quand j’ai relu mes notes aujourd’hui dans l’avion, j’ai eu le sentiment de passer trop de temps à énumérer les plaintes. Je ne veux pas conclure sans vous rappeler à quel point l’environnement musical actuel est ‘terrible’. Je vois plus de groupes, j’écoute plus de musique que jamais dans ma vie. Il y a plus de concerts, il y a beaucoup plus de morceaux disponibles qu’auparavant, les groupes sont traités avec plus de respect, et ont un peu plus le contrôle de leurs carrières et de leurs destins. En fait, je les vois évoluer comme dans une constellation de projets: il y en a des gros, surtout des petits, mais tous bénéficient d’un retour immédiat de leur public, et ont donc de plus grandes chances de réussir. C’est vraiment passionnant.

Je parle depuis très longtemps, mais je n’ai pas encore abordé le débat sur la propriété intellectuelle. Ce que je vais faire brièvement maintenant, avant de laisser ceux qui le souhaitent poser leurs questions, même si on n’aura pas eu le temps de parler du publishing, des crédits non déclarés, des samples, de l’équité, de l’inspiration. Pour ma part, j’ai beaucoup de respect pour le concept tout entier de propriété intellectuelle exclusive quand il considère la musique enregistrée comme une fin naturelle, ou quelque chose qui y ressemble. Par la technologie, les esprits ont tellement intégré cette notion de ‘libérer’ (comme pour l’oiseau et le pet), qu’il n’est plus possible de contrôler le digital. Puis, je ne crois pas que contrôler aille dans le sens du bien public, contrairement au fait de laisser la création s’en remettre à la propriété publique. Le droit d’auteur a tellement été revu durant les dernières décennies qu’il n’est plus efficace, et laisse place à des absurdités chaque fois qu’il est évoqué. Par exemple, il y a une énorme partie du patrimoine – celui dont les titulaires des droits, les auteurs, et les créateurs sont décédés ou ont disparu du business – qui n’est pas légalement compris dans le domaine public. De fait, du point de vue juridique, personne ne peut copier ou rééditer ces œuvres encore soumises aux droits d’auteur. D’autres absurdités abondent: l’utilisation de musique en fond de vidéos amateur ou de projets d’étudiants est techniquement une violation de droit, donc des procédures sont mises en place pour l’empêcher. Donc, si vous souhaitez faire une vidéo de votre mariage, de la première danse de votre père avec sa nouvelle épouse, elle va passer outre la légalité dès qu’elle ne sera plus muette. Si votre fille fait une danse farfelue sur une chanson de Prince, n’essayez même pas de la mettre sur YouTube pour que les grands-parents la voient: le nain pourpre portera plainte. Ai-je dit du mal de ce petit gars? Fuck. Sa musique, c’est du poison.

La musique est entrée dans l’environnement au même titre que le vent ou n’importe quel élément atmosphérique. Par conséquent, elle ne devrait plus être sujette au contrôle et à la compensation. A moins que les détenteurs de droit retournent la table. S’ils pensent que mon écoute vaut vraiment quelque chose, qu’ils me donnent 20$ quand j’entends Phil Collins au supermarché, 100$ quand c’est Def Leppard, et pour Miley Cyrus…. Ils n’impriment pas encore assez de billets.

Discours prononcé lors de la conférence Face The Music à Melbourne, Australie, le 15 novembre 2014 – Retranscription écrite de The Guardian le 17 novembre 2014, traduite ici en français par Matthieu Choquet pour Mowno.com – Autres photos disponibles sur mixwiththemasters.com/, séminaires en production musicale ayant lieu en France

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3 réponses à Steve Albini, le problème est résolu

  1. KzDat 19 mars 2015 à 18 h 20 min #

    Bonjour internet,
    C’est le magazine papier. Tu vas bien? Tu pourrais nous rendre notre mise en page s’il te plait?

  2. FM 20 mars 2015 à 11 h 40 min #

    Je ne vais pas réagir sur le fond je dois digérer.
    Mais quel pied de pouvoir lire cela, merci à vous !

  3. ujulhez 13 janvier 2016 à 16 h 59 min #

    http:/// http:///

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