Putain déjà – Nirvana fête les 25 ans de ‘In Utero’

Putain déjà – Nirvana fête les 25 ans de ‘In Utero’

On imagine le défi qu’a dû affronter Nirvana au moment de sortir In Utero, son troisième et dernier album, successeur d’un Nevermind à jamais parmi les pièces les plus indispensables de l’histoire du rock. Pour cela, le groupe de Seattle – convaincu par le Surfer Rosa des Pixies – décidait de faire appel à Steve Albini avec qui il s’isola dans un studio du Minnesota, loin de toutes sollicitations. Le producteur de Chicago, réputé pour aller droit en but et favoriser un son minimal, brut et abrasif, proche du rendu live, aida alors la bande de Kurt Kobain à renouer avec ses caractéristiques de l’époque Bleach, et ne pas répéter l’expérience Nevermind que les principaux intéressés jugeaient trop lisse à posteriori.

Mais la pression du label, désireux de rééditer un énorme succès commercial, fut trop forte, et le groupe finit par retravailler ses futurs singles (Heart-Shaped Box et All Apologies) avec Scott Litt (REM) et revoir le mix de l’album au grand désarroi d’Albini, déçu de voir le combo courber si facilement l’échine. Malgré ses périples de production, In Utero affichait alors la volonté du groupe de se tourner de nouveau vers le son underground, ce que ne manquaient pas de souligner les critiques, également séduites par la puissance et la qualité de compositions, jugées par certains comme allant à l’encontre de la destinée commerciale de leurs géniteurs.

Pourtant fort de son succès planétaire et de ses multiples millions de ventes d’albums, Nirvana dut aussi affronter quelques problèmes de distribution au moment de la sortie de In Utero, principalement en raison de la présence d’un foetus sur le dos de la pochette et du titre Rape Me, jugés trop provocants au goût de certains. Mais, conscient du moindre potentiel commercial de ce nouvel album qu’il préférait pourtant musicalement à Nevermind, le groupe accepta de faire quelques concessions : corriger la cover pour autoriser le disque à la vente dans certains pays, et rebaptiser Rape Me en Waif Me.

Durant ses 12 titres oscillant entre punk (Milk It, Tourette’s) et pop (Dumb), et comme en atteste l’écart creusé par le furieux Scentless Aprentice et la ballade All Apologies, jamais les extrêmes musicales ne se sont retrouvées si éloignées chez Nirvana. Certainement un moyen comme un autre de retranscrire les principaux thèmes abordés par Kurt Cobain, de ses angoisses de rock star et sa haine des médias (Serve The Servants, Rape Me, Radio Friendly Unit Shifter), jusqu’à la maladie et la souffrance (Milk It, Pennyroyal Tea).

Car au-delà d’être un disque profondément psychologique capable de mettre mal à l’aise à quelques-unes de ses entournures, le cathartique In Utero entretient encore aujourd’hui son ambiguïté, entre le caractère autodestructeur de ses géniteurs avides de défaire le monument qu’ils avaient érigé seulement quelques mois auparavant, et des compositions qui resteront parmi les plus réussies de l’existence du groupe. Porté par une mélodicité hors pair, ce troisième album n’est certes pas le best-seller de Nirvana, mais il reste sans nul doute le plus abouti de sa discographie. Maudit au possible, coincé entre sa puissance mal assumée, et sa sincérité à fleur de peau, il sera pour toujours aussi la démonstration de l’authenticité d’un groupe qui, au creux de chacun de ses sillons, a tout fait pour redescendre sur Terre après sa grande envolée.

En vain car, 25 ans plus tard, In Utero s’écoute avec toujours autant de plaisir et de nostalgie tant il remémore le songwriter exceptionnel que fut Kurt Cobain, cette éternelle rock star qui s’est donnée la mort en 1994, notamment parce que ce dernier disque n’a jamais réussi à l’extirper d’une popularité qu’il jugeait aussi nocive qu’indécente. Avec le recul, et à le lire entre ses lignes, Cobain nous prévenait peut être. Mais comment aurions-nous pu tourner le dos à tant de talents, parfaitement incarnés ici par ses compositions les plus belles et intenses, dixit Novoselic. Ecoute intégrale pour marquer ce quart de siècle.

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