Putain déjà – My Bloody Valentine fête les 25 ans de ‘Loveless’

Putain déjà – My Bloody Valentine fête les 25 ans de ‘Loveless’

En 1991, le rock n’en était pas à ses premiers coups d’éclats en matière de groupes précurseurs devant se faire un nom dans l’histoire, ouvrir la voie à de nouveaux mouvements, et bouleverser le cours de la musique. Le heavy métal de Black Sabbath avait dès 1968 hérissé les longs cheveux du Flower Power, le punk rageur des Sex Pistols avait ensuite commis l’irréparable en défiant la Reine. La cold-wave caverneuse de Joy Division, le trash de Metallica, le grunge de Nirvana – contemporains des My Bloody Valentine – ont tous été instigateurs d’un courant, d’une mode. Mais ces renversements musicaux se sont ancrés, bien souvent avec une certaine violence, dans des évolutions et des revendications sociales, à contre-courant d’une musique galvaudée, mainstream, qui n’était plus en accord avec les idéaux des générations montantes.

Aucune théorie cyclique ou contextuelle n’aurait pu anticiper le choc sonique et libérateur de ‘Loveless’, l’album chef-d’oeuvre des My Bloody Valentine. Aux manettes, Kevin Shields, génie perfectionniste aussi distordu qu’incompris. Car si l’homme est devenu un producteur confirmé (Primal Scream, Mogwai, Dinosaur Jr…), ses compositions relativement popularisées avec le temps – l’utilisation, entre autres, de la plus belle chanson du monde (‘Sometimes’) dans le film ‘Lost In Translation’ de Sofia Coppola – sont aujourd’hui encore auréolées d’un certain mystère. Personne semble-t-il ne peut comprendre totalement la musique de My Bloody Valentine. Celle-ci, opaque, ombrageuse, merveilleusement androgyne, n’aura jamais autant influencé son époque (et pardon pour le MBV de 2013) qu’avec ce pénultième album. ‘Loveless’, monolithe de distorsions empilées, cimentées par des mélodies atmosphériques, presque insaisissables (‘When You Sleep’), est le disque qui – en manquant d’entraîner la faillite du label Creation Records – a défini le shoegaze.

Trop inaccessible, trop renfermé sur lui-même, ce sous-genre qui ne sera jamais devenu un mouvement à part entière avait pourtant trouvé son étendard sous la forme de 48 minutes qui nécessitèrent deux ans et demi de studio, entrecoupés de pannes d’inspiration, de semaines erratiques et de difficultés financières. 48 minutes de dream pop flottante où, dans l’éther des saturations, se noient et s’harmonisent des voix sibyllines, des dissonances expérimentales, un capharnaüm de guitares lo-fi. Mais cette description pourrait déjà faire songer à quelques groupes précurseurs des nineties (Sonic Youth, The Jesus & Mary Chain, Cocteau Twins…). Ce qu’a véritablement révélé ‘Loveless’, c’est un son. Et une approche. Un son d’une extraordinaire épaisseur, tant au niveau de la composition – avec des accords ouverts (‘What You Want’), des accordages recherchés (‘Sometimes’), une utilisation particulière du vibrato (‘Loomer’) – qu’en termes de traitement, avec des murs d’amplis, des effets en cascade, des expérimentations. Une vision musicale à la fois bruitiste et mélodique – ‘la beauté dans le chaos’ diront certains – comme une manière d’enfouir ses sentiments, qui donnera quelques très beaux moments shoegaze, mais pas que. De nombreux groupes d’horizons variés (post rock, métal, cold wave…) se réclament toujours de l’influence de ‘Loveless’. Et pour longtemps.

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