Playlist – Dans la discothèque de Prohibition

Difficile de dresser le portrait de la scène rock indépendante française des nineties sans mentionner le nom de Prohibition. Formé à la fin des années 80 par les frères Laureau, et bien qu’anglophone, le groupe est rapidement devenu un des plus solides ambassadeurs de l’underground hexagonal, au même titre que les Condense, Thugs et Bästard, autres acteurs dynamiques d’une période qui l’était tout autant. Fort de plusieurs albums et de maintes tournées, notamment aux côtés de Blonde Redhead, Fugazi, The Ex, ou Tarwater, le quatuor parisien a raccroché les gants à la veille des années 2000 pour mieux vaquer à d’autres occupations (NLF3, F/lor, Don Nino entre autres), et prendre sérieusement en main le label Prohibited Records qui fêtait ses vingt ans cette année.
C’est d’ailleurs en cette occasion que Prohibition remonte sur scène, dans le cadre d’une tournée de reformation (voir dates en fin d’article) entamée fin août lors du festival Teriaki devant un public manceau qui n’a pu que constater le peu d’emprise du temps sur la musique du groupe (vidéo Mowno disponible bientôt). C’est donc avant qu’ils repartent sur les routes de France et de Belgique que Nicolas Laureau, Fabrice Laureau, Quentin Rollet et Ludovic Morillon ont sélectionné pour nous quelques-uns des titres qui résonneront dans le camion.


SLINT – ‘Good Morning Captain’


Fabrice: L’énergie, un nouveau langage rock (Post-Rock) et le génie incarné par de jeunes lycéens qui, comme nous, avaient décidé de monter un groupe en sculptant leur voie.

THE WHITE BIRCH – ‘Your Spain’


Ludovic: Groupe norvégien devenu une seule personne. Atmosphère cotonneuse, une voix mélodique et posée. la musique est envoutante, aérienne.

ALBERT AYLER – ‘Music Is The Healing Force Of The Universe’


Quentin: Un des plus grands saxophonistes, toujours assez méconnu. Sa musique transcende les genres. Un mélange de musique militaire, de gospel avec des instruments assez peu utilisés en jazz (clavecin électrique, cornemuse, guitare électrique). J’aimerais entendre la musique qu’il ferait actuellement (il est décédé en 1970).

DRIVE LIKE JEHU – ‘Luau’


Nicolas: Drive Like Jehu fait partie des groupes noise-rock que nous écoutions à l’époque, et que nous écoutons encore aujourd’hui avec beaucoup de plaisir. Puissant, nerveux et original dans ses rythmiques, j’ai vu que le groupe s’est reformé lui aussi il y a peu de temps pour une série de concerts.

JACO PASTORIUS – ‘Okonkole y Trompa’


Fabrice: Celui qui a révolutionné l’approche de la basse électrique dans un morceau exemplaire où la basse se fait rythme et notes à la fois. Mélange peu commun de percussions, basse et cor d’une fluidité impressionnante et élégante.

THE EX & TOM CORA – ‘Propadada’


Nicolas: Les rencontres entre The Ex et Tom Cora sur disque et sur scène avaient suscité chez moi un grand chamboulement esthétique. Je trouve cela toujours aussi émouvant et réussi.

JOY DIVISION – ‘Dead Souls’


Ludovic: La voix arrive tard, le morceau s’installe et les cycles tournent afin de laisser le temps à Ian Curtis de chanter. Cela a été souvent le morceau d’ouverture des concerts selon l’état de Ian. Groupe majeur dans la simplicité des mélodies avec un son reconnaissable dès les premières notes de basse et patterns de batterie.

ALICE COLTRANE – ‘Journey in Satchindananda’


Fabrice: Que ce soit au piano ou à la harpe, la compagne de John Coltrane est inventive et ouverte sur le son comme vecteur de spiritualité. Elle fait corps avec les musiciens particulièrement doués et inspirés qui l’entourent.

THE CURE – ‘Prayers For Rain’


Ludovic: Groupe incontournable qui nous a sans doute beaucoup influencés en l’ayant découvert à l’aube de notre adolescence. Robert Smith a été un grand professeur de guitare pour Nicolas et moi-même quand je m’y suis mis, mais le batteur Boris Williams m’a aussi beaucoup appris. La partie batterie de ce titre, comme la plupart de cet album, est magnifique. L’ère numérique et des logiciels de son n’est pas encore développé, le pattern est joué en boucle et certainement du début à la fin sans drop. L’arpège de guitare est d’une simplicité mais d’une efficacité redoutable. Les arrangements cordes/claviers sont presque atonaux à certains moments, ce qui rend la chanson très mystérieuse.

ACID MOTHERS TEMPLE & THE COSMIC INFERNO – ‘Anthem of the Space’

Quentin: Plus qu’un hommage au rock psychédélique, AMT en est l’incarnation véritable. Des morceaux pouvant aller jusqu’à une heure, des solos fleuves saturés, et avec le son de l’époque. Il y a 5 ou 6 formations autour de Makoto Kawabata sous le nom Acid Mothers Temple, dans lesquelles on retrouve des membres de Ruins, Zeni Geva, Gong, Guru Guru…

UNIVERSAL ORDER OF ARMAGEDDON – ‘Visible Distance’


Fabrice: Groupe Emo/Noise des 90’s qui a pondu quelques perles. Leurs concerts dépassaient rarement les 30min, volontairement plus proches de la performance (violente) que du récital.

FUGAZI – ‘Do You Like Me’


Nicolas: Nous avions partagé des dates de la tournée ‘Red Medecine’ de Fugazi sur lesquelles le groupe nous avait convié. Ça reste de grands souvenirs.

SAVAGE REPUBLIC – ‘Sono Cairo’


Ludovic: Groupe méconnu découvert quasiment en même temps que Sonic Youth. Je cherchais à écouter des groupes dans cette mouvance. Un vendeur de Virgin Champs Elysées me dit avoir reçu cet album de Savage Republic et que je devrais m’y retrouver. Un groupe aussi bien calme que sous tension. Un groupe qui joue dans l’opposition des ambiances.

DEREK BAILEY – ‘Tap 1a’


Quentin: Derek a inventé une manière unique de jouer de la guitare, qui fait qu’on le reconnait dès la première note. C’est comme si il jouait un seul et même morceau depuis toujours. Ce qui fait que n’importe lequel de ses disques est une ‘tranche’ de sa musique, un petit bout de son immense oeuvre.

SISTER IODINE – ‘Bip’

Fabrice: Des amis de longue date (mais jamais produits par Prohibited). Groupe atypique où l’épure et l’idée même de ‘son’ est le fil conducteur d’une recherche et d’une complicité toujours passionnante.

BLONDE REDHEAD – ‘Symphony of Treble’

Nicolas: Dans la même lignée que Fugazi, réécouter ces titres aujourd’hui nous plonge dans des beaux souvenirs de concerts partagés à la fin des années 90 en France et aux USA.

NURSE WITH WOUND – ‘(I Don’t Want to Have) Easy Listening Nightmares’

Quentin: Un groupe, plutôt une personne – Steven Stapleton – qui ne cesse d’expérimenter dans toutes les directions depuis la fin des années 70. Du collage bruitiste au détournement de l’easy listening en passant par les drones, tout ça avec beaucoup d’humour. Il existe plus d’une centaine d’albums de ce groupe toujours actuel!

BÄSTARD – ‘Chinatown’

Nicolas: De très beaux souvenirs de Bästard en live et sur disque dans la fin des années 90 où nous tournions assez souvent avec les autres amis Lyonnais de Condense… Ce ‘Chinatown’ était toujours un moment fort des concerts.

SONIC YOUTH – ‘Shadow of a Doubt’


Ludovic: Pas toujours évident de choisir parmi la grande discographie du groupe. Je n’ai jamais apprécié la voix de Kim Gordon mais ce morceau reste un chef d’oeuvre. Morceau doux, issu d’un album sombre, il est depuis l’arrivée des téléphones portables ma sonnerie de réveil matin. Ce groupe est doté d’un univers unique que l’on reconnait immédiatement. Un groupe bruitiste qui sait écrire des chansons. C’est toute la différence.

TERRY RILEY – ‘Persian Surgery Dervishes’

Quentin: Un des papes de la musique répétitive et psychédélique. Cet enregistrement à Paris (et LA) du début des années 70 est un véritable trip. Terry Riley, avec un orgue et un delay à bande nous fait voyager de l’Inde à la Californie, en douceur.


PROHIBITION en tournée:

24/09/2015 : PARIS • Le Point Ephémère w/ ANTILLES + PATTON
01/10/2015 : NANCY • L’Autre Canal Nancy
16/10/2015 : ORLEANS • L’Astrolabe – Orléans
23/10/2015 : LILLE • L’Aéronef Spectacles Sans Gravité
09/11/2015 : NAMUR • Le Belvédère
13/11/2015 : LYON • Sonic Lyon
14/11/2015 : MACON • La Cave à Musique @ Mâcon
20/11/2015 : BRUSSELS • Magasin 4
28/11/2015 : DIJON • Le Consortium par La Vapeur @ Dijon

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