Les disques qui ont changé leur vie, vol.1

Les disques qui ont changé leur vie, vol.1

Il ne faut parfois pas grand chose pour tracer définitivement votre destinée. Pour les artistes cités ci-dessous à qui on a pu poser la question au fil de nos rencontres, il n’a fallu que quelques sillons parcourus pour que le déclic se fasse, tant artistiquement que d’un point de vue plus personnel. Et c’est toute la magie de la musique : ces sentiments qu’elle procure parfois, de manière totalement imprévisible, et qui vous suivent à vie. Et comme toujours au sein des pages de Mowno, l’occasion est belle de (re)découvrir quelques albums indispensables.

SELECTION

BROTHER ALI

It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back de Public Enemy, autant pour le son et les textes, que pour Chuck D. et Flav. Ce disque a eu un impact énorme, non seulement sur ma musique, mais aussi sur ma vie. Leurs propos révolutionnaires étaient tellement puissants. Chuck D, c’est mon Malcolm X, c’est le Martin Luther King de ma génération. Les Public Enemy sont mes Black Panthers. Cet album-là m’a poussé à lire davantage, à devenir quelqu’un de meilleur, à vouloir changer les choses. Il a contribué à réveiller un esprit révolutionnaire en moi, qui nous incite à nous battre pour un monde meilleur et à ne jamais abandonner, peu importe nos défaites.

BUCK 65

Yo ! Bum Rush The Show de Public Enemy. Pour moi, il est encore plus puissant que It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back. Plus jeune, j’appréciais surtout la musique qui faisait travailler mon intellect, et je crois que rien n’a jamais été aussi fort que cet album. Pas seulement à cause des textes, mais aussi de la musique telle qu’elle était composée. Aucune autre musique ne m’a jamais donné un tel sentiment lorsque je l’ai entendue pour la première fois. Je me souviens de l’espèce de sirène qui parcourait le morceau Public Enemy No 1 du début à la fin. Quand j’ai entendu ça, mon cerveau a explosé. Ce disque m’a ouvert les yeux sur ce que la musique pouvait être.

CHOKEBORE

Troy Von Balthazar : Fulfillingness’ First Finale de Stevie Wonder. Parce que… J’étais en train de faire l’amour à une fille, elle faisait tourner ce disque en fond sonore dans une autre pièce, et j’ai arrêté… Je suis allé dans la pièce à côté et je me suis juste posé pour écouter l’album en entier. C’était tellement merveilleux. Ca a juste instantanément changé ma perception de la musique. La fille ne m’aimait plus beaucoup après ça! (rires)

DANGERMOUSE

Wish You Were Here de Pink Floyd. Simplement parce que je l’ai entendu pour la première fois à 18 ans alors qu’il était sorti l’année de ma naissance. Je me suis donc obligatoirement demandé pourquoi j’avais mis si longtemps à entendre cet album. Là, j’ai réalisé à quel point les tendances peuvent te faire passer à côté de belles choses. J’ai trouvé ça tellement magnifique… C’est même pas mon album préféré de Pink Floyd, mais ça m’a quand même fait évoluer…

EDAN

Straight Outta Compton de NWA m’a beaucoup marqué. Je ne l’écouterais plus, mais à l’époque j’avais dix ans, et j’ai été fasciné par sa vulgarité, sa violence. Je suis désolé, c’est une réponse ennuyeuse et décevante car ce n’est pas l’un de mes disques préférés.

EZ3KIEL

Stéphane : Aenima de Tool. C’est une pure merveille de créativité et d’innovation en termes de construction rythmique. Sur cet aspect, ce disque est une mine d’idées toutes plus tordues les unes que les autres. C’est ce qui me fascine encore dans cet album.

GENERAL ELEKTRIKS

Innervisions de Stevie Wonder qui, à plein de points de vue pour un mec comme moi, est une bible incroyable. Au niveau des claviers, c’est insensé: la virtuosité du jeu, les textures sont dingues. Et puis, c’est un enregistrement un peu comme les enregistrements de home-studio actuels. Si le contexte n’était pas le même, c’est dans la façon de faire qu’il y a une analogie. Dans le fait de tout jouer aux claviers, hormis certaines batteries et certaines basses. Et puis l’écriture mélodique est sensationnelle.

GHINZU

John Stargasm : Chocolate & Cheese de Ween que j’ai beaucoup écouté. Il y a énormément de disques que je consomme, que j’écoute deux ou trois semaines. Deux écoutes et je passe à autre chose. Les albums qui restent sont extrêmement rares. Qu’ils soient bons ou mauvais, ce sont ceux qui m’ont touché. Il y en a quelques-uns comme ça, et le Ween en fait partie. Mais il n’a rien à voir avec mon désir de faire de la musique. Il est seulement resté très longtemps dans mon player…

HOCUS POCUS

20Syl : Like Water For Chocolate de Common, parce que j’ai changé de style de hip hop à ce moment là. Je n’étais pas un gros fan de Jay Dee avant ça, mais là j’ai vraiment pris une baffe. A cette époque, j’étais beaucoup plus de hip hop new-yorkais. A partir de Like Water For Chocolate, je me suis mis à écouter D’Angelo, beaucoup de nu soul, de jazz, et j’ai fini par revenir à des groupes comme Tribe Called Quest et De La Soul. J’aurais aussi pu dire Moment Of Truth de Gang Starr, je l’ai écouté en boucle et je le connais par coeur, mais Like Water For Chocolate m’a beaucoup plus inspiré par la suite.

JAMES MERCER (THE SHINS)

Dark Side Of The Moon de Pink Floyd, et il n’était même pas à moi. C’est mon voisin du dessus qui l’avait. On écoutait ça en jouant à Donjons & Dragons… J’étais assez jeune, j’avais sûrement 10 ou 11 ans alors que lui devait en avoir 12 ou 13. Il m’apprenait à jouer à ce jeu, et il passait toujours ce disque. Je me souviens que, au début, je trouvais ça flippant avec les battements de cœur, les chants déglingués, les crashs, tous ces sons étranges… Mais c’est un vrai disque avant gardiste qui m’a fait réaliser à quel point un album pouvait voir large. Et puis il y a beaucoup d’influences pop sur ce disque.

JAWBOX

Bill Barbot : Le premier album de Rites Of Spring. J’en ai profondément adoré d’autres avant et après, mais ça a été le premier disque avec lequel j’ai été émotionnellement connecté. Pas grâce aux chansons en elles mêmes, mais à travers le fait que ce disque ait été fait par des mecs comme moi, qui habitaient à côté de chez moi, et qui le sortaient sur un label de ma ville. J’ai adoré beaucoup de disques Dischord, comme ceux d’autres labels locaux avant, mais aucun n’a eu autant d’impact émotionnel, vicéral et brutal, que celui là.

MARVIN

Greg : Futureworld de Trans Am. C’est la première fois que je me suis mis à vraiment aimer le synthé dans le rock.
Emilie : Clone Theory de Six Finger Satellite m’a le plus influencé dans ce groupe. Parce que Trans Am, on l’avait bien digéré. Là, c’était vraiment une découverte qui nous a donné envie de faire quelque chose de pêchu.
Fred : Rock Bottom de Robert Wyatt, je l’écoute depuis vingt ans.

MASSIVE ATTACK

Daddy G : Doggystyle de Snoop Dogg, au même titre que The Chronic de Dr Dre. En construisant le disque comme une seule et même histoire, il a eu beaucoup d’influence. Avec ce premier album, il a su parfaitement développer ce côté storytelling. En l’écoutant, j’avais l’impression de m’entendre conter une histoire, c’était quelque chose d’incroyable, tu pouvais fermer les yeux et t’imaginer vivre ce qu’il raconte !

MAYER HAWTHORNE

Sans hésitation, Fantastic Vol. 2 de Slum Village. Aucun album ne m’a autant bouleversé que celui-là. J’ai halluciné la première fois que je l’ai écouté, je n’avais jamais entendu quoi que ce soit de semblable auparavant, je n’arrivais même pas à le comprendre en fait. Il est clair qu’aucun disque n’est resté aussi longtemps sur mes platines que celui-ci. Il a révolutionné le hip hop.

MIKE LADD

My Melody, maxi de Eric B & Rakim. Ce sont des amis qui m’ont fait découvrir ça la première fois que je suis allé à New York sans mes parents. J’avais quatorze ans, ils vivaient dans le Bronx. En arrivant en voiture dans ce quartier, et en entendant ce son, cette lourdeur, c’était la première fois que j’entendais quelque chose qui sonnait exactement comme ce que j’étais en train de voir. C’est aussi la première fois qu’un groupe faisait quelque chose d’un peu psychédélique dans le hip hop.

MOGWAI

Dominic Aitchison : En tant qu’adolescent, il y avait toujours des albums qui sortaient et qui me rendaient vraiment dingue. Mais c’est évident que quand tu écoutes notre musique, c’est Spiderland de Slint. Je n’arrivais pas à croire à ce disque quand je l’ai entendu pour la première fois. C’était juste les dynamiques incroyables, le fait que la musique était assez austère, épurée. J’ai peté un cable quand j’ai entendu ça. C’était tellement original et excitant.

PAPIER TIGRE

Pierre Antoine : Dirty de Sonic Youth qui est le premier disque que j’ai eu, que ma soeur m’a offert, et que j’ai beaucoup écouté en boucle. Avant cela, je pourrais citer Nirvana ou Pixies qui, quand tu es gamin, te montrent une manière surprenante de faire de la musique.
Eric : Soit un album de Dylan, soit Pet Sounds des Beach Boys, un grand classique de pop qui a été une découverte vraiment personnelle. C’était mon univers et je suis vraiment allé le chercher moi-même, dans le passé.  Pour ça, il a été important, pas forcément musicalement, mais au moins pour mon développement personnel.

P.O.S.

The Shape Of Punk To Come de Refused, parce que c’est le premier disque hardcore que j’ai jamais entendu. Sans se justifier, ils ont pioché dans tous les styles musicaux, les ont incorporés à leur musique pour l’améliorer. Et cela, sans faire le moindre compromis sur ce qu’ils étaient et faisaient déjà. Ce n’est peut-être pas mon album préféré de tous les temps, mais c’est un de mes favoris. Et vu ce qu’il a fait pour la musique hardcore, et même la musique agressive en général, c’est le premier exemple dont je me souvienne d’un groupe qui n’a pas changé son style, mais a réussi à vraiment le faire évoluer sans le compromettre. Et ça, c’est cool, ça m’impressionne.

TORTOISE

Jeff Parker: Donuts de JDilla. Je pense que j’ai écouté cet album une bonne centaine de fois et je l’écoute toujours en boucle. La première écoute m’a laissé assez perplexe, je ne savais pas trop quoi en penser, et je ne l’ai pas vraiment aimé à vrai dire. Et puis j’ai pris le temps de le réécouter. Ce disque est majestueux, techniquement parlant c’est tout à fait incroyable, je ne vois pas du tout comment il a pu réussir à faire 90% de la musique avec des samples…

WAX TAILOR

Fear Of A Black Planet de Public Enemy. Quand je suis retourné à la fac il y a quelques années, j’avais un module de psychanalyse de l’art et un prof super ouvert qui m’a permis de faire un micro-mémoire sur cet album. J’ai vraiment kiffé faire ça, et je me suis rendu compte à quel point ce disque avait changé ma vie. Il est arrivé à un moment précis, j’avais 14/15 ans, c’est le moment où je suis passé de passif à actif. J’écoutais du rap, et d’un coup je me suis dis: je vais en faire.


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