40 éditions des Transmusicales de Rennes en 100 titres

40 éditions des Transmusicales de Rennes en 100 titres

Tous les ans depuis quatre décennies, les regards des passionnés de musique se tournent vers Rennes, là ou durant quelques jours, se produisent quelques uns des artistes de demain. Car il en est ainsi depuis 1979, lorsque l’association locale Terrapin – ou officiaient déjà le programmateur Jean Louis Brossard et la productrice Béatrice Macé (photo ci-dessous) – tente de se sauver du déficit en organisant deux jours de concerts réunissant quelques dignes musiciens du coin. Sans que quiconque ne se doute encore de sa destinée, une grande aventure était alors lancée, donnant rendez vous chaque début décembre pour découvrir de nouvelles têtes. Et à voir la liste de tous les groupes et artistes ayant foulé ses scènes – le plus souvent qu’une seule fois pour respecter le mot d’ordre de l’équipe dirigeante – difficile de ne pas voir en les Transmusicales, à la fois un flair artistique incontestable, mais aussi une véritable rétrospective des plus grands chapitres écrits par les musiques actuelles depuis maintenant quarante ans.

En effet, il faut l’avouer, aussi attentif aux tendances qu’il puisse être, le festival rennais n’a jamais manqué un épisode, tout en prenant soin de ne jamais griller les étapes. Centré sur la scène locale jusqu’en 1983, les Transmusicales ouvraient ensuite leur programmation au territoire français tout entier, puis se professionnalisaient en 1986, et marquaient le coup en invitant Noir Desir et Bérurier Noir, faisant ainsi cohabiter les grands du présent et du futur. La new wave et le rock alternatif ainsi célébrés, c’est une nouvelle décennie qui s’ouvrait, durant laquelle la programmation du festival marqua à jamais les esprits. Car si le rap (IAM en 1990, Cypress Hill en 1998, Public Enemy en 1999), le trip hop (Portishead et Massive Attack en 1994), comme la musique électronique (Daft Punk en 1995 et 1996) ont aussi trouvé leur place à l’affiche, la décennie 90 restera définitivement celle de l’indie rock. Et, dans le genre, la bande de Brossard a eu le nez particulièrement fin, voyant passer Nirvana, Sonic Youth, Pavement, Jesus Lizard, Shellac, Foo Fighers, Girls Against Boys, Tortoise

Bien installées sur leur réputation de défricheurs, les Transmusicales de Rennes ont ensuite traversé les années 2000 sur leurs lauriers, piochant dans tous les genres musicaux avec, toujours, une sélection aussi qualitative que pointue, partagée entre artistes reconnus (Amon Tobin en 2000, les Beastie Boys en 2004, Cat Power en 2006) et quelques paris bien sentis (LCD Soundsystem en 2002, Justice en 2006, Sixto Rodriguez en 2009). Puis se sont présentées les années 2010 marquant un désir à peine avoué mais bel et bien constaté de s’en aller piocher plus profond encore pour dégoter de nouveaux talents. Stromae (2010), Benjamin Clementine (2013), ou Fishbach (2016) ont été de ceux à incarner le fruit de cette nouvelle curiosité, de nouvelles envies, mais aussi d’un désir conservé intact. Car une chose est certaine : à force de constantes remises en question au fil de leur existence, Les Transmusicales ne subiront pas la crise de la quarantaine.

A cette occasion, nous sommes allés piocher parmi les plus de 2500 artistes à être apparus au programme du festival rennais, afin d’en ressortir les 100 plus essentiels à nos yeux, tous alignés au sein de la playlist en écoute ci-dessous. Et puis quitte à éplucher, Mowno vous sélectionne 10 groupes à voir cette année, tout en sachant que la liste peut considérablement s’allonger, les surprises étant sans cesse de mise dans l’antre du Parc Expo.

40 ANS DE TRANSMUSICALES

A VOIR EN 2018

NOVA MATERIA
Mercredi 5 décembre – Ubu, 00h10

Échappé du déjanté combo punk funk Pànico, ce tandem franco-chilien cale un groove martial, colle des coups de boutoirs indus à l’electro-funk, joue avec la matière (tôle, ferraille, cailloux, guitares détournées…) et fait planer une sensualité un brin disciplinaire. Après un EP chez Kill The DJ, le duo a publié son fabuleux premier album chez Crammed Discs, et nous prépare un live à la frontière entre le concert et la performance, mais où la danse l’emporte à la fin.

CANDELOROS
Jeudi 6 décembre – Hall 8, 20h40

Ces six musiciens sudaméricains dont les chemins se sont croisés à Madrid proposent, tels des cousins des Meridian Brothers, un mélange détonnant de sons afro-caribéens : cumbia psychédélique, chicha, champeta, merengue, salsa ou dub – entre autres ! Avec leurs guitares, synthé, basse, batterie, bongos et autres percussions, Candeleros est aujourd’hui l’un des rares groupes basés en Europe spécialistes des rythmes de danses afro-caribéennes.

ROBERT FINLEY
Jeudi 6 décembre – Hall 3, 22h

Quel parcours ! Robert Finley passa des années à l’armée, devint charpentier puis perdit la vue, pour finir musicien de rue. En 2016, paraissait un premier LP, Age Don’t Mean a Thing – il avait 63 ans. Séduit par cette voix hors du commun, Dan Auerbach (The Black Keys) appela, entre autres,  Duane Eddy ou Nick Lowe pour un second essai terrassant : un blues à l’os, mâtiné de soul et de gospel – totalement hors d’âge.

BLACK PUMAS
Jeudi 6 décembre – Hall 3, 23h50

Ce sextet né à Austin (Texas) joue une soul mélancolique et sensuelle aux accents psychédéliques. Depuis son premier concert (en février) et son premier single Black Moon Rising (en mars, chez Colemine Records), la rumeur ne cesse de grandir à propos des performances scéniques du groupe et notamment de son chanteur qui maîtrise toutes les nuances des grandes voix de la soul.

CYRIL CYRIL
Vendredi 7 décembre – Ubu, 16h30

Cyril Bondi (ex-Plaistow) et Cyril Yeterian (ex-Mama Rosin et boss du label et magasin de disque genevois Bongo Joe) semblent à la fois hors du temps et bien de notre époque : un banjo, des pédales d’effets, une batterie modifiée et des vers déclamés par on ne sait quel prophète allumé. A l’écoute de cette rencontre azimutée entre trad, blues, jazz, folk, techno et hip hop sur leur premier album (sorti par Bongo Joe et Born Bad Records), on songe à Aksak Maboul, Dashiell Hedayat et à quelques autres iconoclastes indispensables.

DOMBRANCE
Vendredi 7 décembre – Hall 9

Bertrand Lacombe est un homme de l’ombre qui a travaillé avec Calc, Emily Loizeau, Charlélie Couture, Superpoze… Sous son alias Dombrance, le multi-instrumentiste bordelais a signé un grand disque de pop éclectique en 2004 et joue dans DBFC (l’une des révélations des Trans 2014). Aujourd’hui, il créé un nouveau projet solo électronique où chaque titre est inspiré par une personnalité politique (Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin…). Son programme est ici très simple : nous faire danser avec le sourire sur une disco moderne et malicieuse.

PRESSYES
Vendredi 7 décembre – Hall 3, 21h15

PRESSYES est un peu le nouveau venu dans la famille néo-psychédélique. Sur son premier album (On The Run, 2018), le songwriter/producteur dévoile des paysages oniriques et multicolores, de superbes mélodies pop ainsi que des rythmes dont le groove évoque parfois le meilleur de la scène anglaise Madchester de la fin des années 1980. PRESSYES a donc de quoi marquer les esprits.

UNDERGROUND SYSTEM
Vendredi 7 décembre – Hall 8, 01h30

Tirant leur nom d’un fameux morceau de Fela Kuti, ces six musiciens, menés par une chanteuse flûtiste ardente, sont des enfants de l’afrobeat. Et, en bons New-Yorkais, confrontent le genre aux multiples sons de la Grosse Pomme, dans les pas d’ESG et de LCD Soundsystem : ainsi, disco, punk, house, no wave et autres fréquences de la grande sono mondiale fusionnent dans un immense chaudron bouillant.

BODEGA
Samedi 8 décembre – Hall 3, 23h05

Ce quintet mixte de Brooklyn est l’une des grosses sensations rock du moment. Leur talent ? Rassembler dans des morceaux de moins de deux minutes leurs influences indie rock (Parquet Courts), post-punk et dance punk new-yorkaises (Teenage Jesus & The Jerks, LCD Soundsystem) mais aussi britanniques (Wire en première ligne) pour proposer un show rock and roll, fun et dansant. L’âme rock de New York en 2018, c’est Bodega !

THE PSYCHOTIC MONKS
Samedi 8 décembre – Hall 3, 00h35

The Psychotic Monks, c’est quatre musiciens possédés – deux guitares, batterie, claviers et chant –  qui développent sur scène une intensité extrême nourrie de psychédélisme noir et souvent bruitiste. Et à force d’incantations chamaniques, ces « moines psychotiques » sont aujourd’hui ce qui se fait de mieux quant il s’agit de provoquer et de dompter le chaos sonore.


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