Lecture musicale – « Tais Toi ou Meurs » de Mark Oliver Everett (Eels)

TAIS TOI OU MEURS
Mark Oliver Everett
(13e Note Edition)
18/05/2011
221 pages

Auteur du rassurant « Wonderful Glorious » en février dernier, Eels en a profité pour fouler tout récemment quelques scènes françaises. L’occasion de revoir sur scène un artiste rare dont la tristesse récurrente des compositions a toujours reflété une personnalité atypique, pas toujours facile à comprendre. Pour cela, rien de mieux que de se replonger dans « Tais Toi ou Meurs », autobiographie parue il y a quelques années, signée par un Mark Oliver Everett qui met cartes sur table durant un peu plus de deux cents pages.

De ses débuts jusqu’à ce qu’il s’attèle à sa récente trilogie, il dit tout ou presque: Everett affiche aussi haut son amour pour la musique qui l’a sauvée que sa haine du music business, défend sa totale indépendance face au métier comme face à son public, met ses sentiments à nu, aborde sans pudeur son dysfonctionnement social responsable de sa solitude comme de ses nombreuses ruptures amoureuses, et revient sur les multiples tragédies qui n’ont cessé de ponctuer une vie que la mort n’a cessé de poursuivre. C’est alors dans le détail qu’il expose les moments les plus difficiles de son existence: la mort de son père (génie scientifique auteur de la « théorie des mondes multiples »), de sa cousine hôtesse de l’air dans les avions du 11 septembre 2001, du suicide de sa soeur suivi un an plus tard du décès de sa mère atteinte d’un cancer, puis celui d’un proche compagnon de route.

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Avec une telle destinée et une vie qui n’a cessé de le voir passer entre les gouttes, Mark Oliver Everett apparait ainsi aujourd’hui tel un artiste immortel frappé d’un incroyable manque de bol. Pas mieux donc que ce « Tais Toi ou Meurs » pour véritablement peser le poids de sa musique, mieux aborder l’intégralité de son oeuvre, et plus accessoirement d’en apprendre sur les difficultés de devenir quelqu’un au sein de l’impitoyable circuit de la musique.

Bordé de références à sa discographie, le bouquin permet également au leader de Eels de poser quelques mots, sentiments, et explications au sujet de certains de ses morceaux. Retrouvez en quelques uns en écoute ci-dessous, accompagnés d’extraits du livre qui, on vous le souhaite, vous donnera envie de découvrir un peu plus la vie de ce talentueux Monsieur Pas de Chance.

Hello Cruel World

« A Man Called E » est sorti à la date prévue. Comme d’habitude, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Un matin, assis dans ma cuisine à Echo Park, j’ai allumé la radio et entendu la première chanson de l’album, la bien nommée « Hello Cruel World » sur la station de rock « alternatif » KROQ. (…) J’ai appelé ma copine (…) en rapprochant le téléphone des enceintes, exactement comme dans un film, quand quelqu’un s’entend pour la toute première fois ».

Novocaine For The Soul

« Les nouvelles technologies avaient énormément étendu les possibilité d’assemblages de son. J’ai appelé des potes pour leur demander s’ils connaissaient des gens qui faisaient de la musique sur ordinateur (…) C’était un nouvel horizon qui ouvrait dans mon esprit une infinité de potentialités. Je me sentais artistiquement régénéré (…) J’étais emballé par cette chanson. J’avais le sentiment d’entamer une phase inédite. »

Electro Shock Blues

« Je voulais honorer la mémoire de Liz (sa soeur, ndr) en adoptant son point de vue (…) Etre capable de faire ces chansons, c’est ce qui m’a sauvé. Liz n’a jamais eu ça. Elle se sentait complètement vide et perdue. Je voulais lui faire ce cadeau: faire d’elle une artiste en mettant ses mots en musique (…) J’y mélangeais ses propres mots et ce que j’imaginais avoir été son ressenti. »

Ant Farm

« Le temps passé à essayer de tirer quelque chose de positif de tout ça était ma raison de vivre. Dès que j’arrêtais d’écrire ou d’enregistrer, j’étais trop malheureux (…) En tournée, j’étais assis un après midi sur le lit de ma chambre d’hotel dans la campagne française, pensant à ma mère, à l’évolution de notre relation au cours des années et à la personne que j’étais devenu. J’ai attrapé ma guitare acoustique et je me suis mis à chanter »

Dead of Winter

« La chanson la plus triste de ma vie. Même si elle était triste, je voulais qu’elle fasse office de déclic pour ceux d’entre nous qui étaient encore bien vivants ».

Packing Blankets

« Comme guidé par mon instinct de survie, j’ai senti qu’il fallait que je me concentre sur le côté positif des choses et que j’essaie de voir cette période de ma vie comme une sorte de nouveau départ. J’ai commencé à écrire des chansons qui reflétaient parfois la tristesse qui me submergeait, conséquence naturelle de la mort, mais qui célebraient aussi la vie. Ces deuils m’avaient fait comprendre une chose, c’est que j’étais bien vivant ».

It’s a Motherfucker

« Les responsables de la campagne destinée à faire élire à la Maison Blanche George W Bush (…) ont désigné l’album « Daisies Of The Galaxy » comme exemple des obscénités que l’industrie du divertissement vend aux enfants. (…) La pochette du CD ressemblait à une couverture de livre de contes et les chansons avaient des titres comme « It’s a Motherfucker » (qui était en fait une tendre ritournelle sur la rupture éprouvante avec ma dernière petite copine qui me manquait ») (…) C’était génial. On pouvait télécharger mes paroles sur le site « George W Bush president ».

Dog Faced Boy

« La première chanson écrite pour l’album avec John Parish s’appelle « Dog Faced Boy ». Une femme m’avait raconté que les autres élèves se moquaient d’elle quand elle était petite parce qu’elle avait les bras poilus (…). Elle suppliait sa mère, chrétienne fondamentaliste, de les raser, mais en vain. Elle est devenue très jolie en grandissant et a eu le dernier mot. (…) J’ai modifié l’histoire pour que ce soit un garçon au visage velu (…) ce qui me permettait de chanter de manière plus convaincante à la première personne ».

Citations extraites de « Tais Toi ou Meurs », 13e Note Editions.

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