Coups de Bulles en Septembre – L’actualité BD

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C’est la rentrée. Eté pourri. Début de mois de Septembre pourri. Retard habituel. Mauvaise humeur. Nouvelles BD. Vite.

rupture_couv« La Rupture Tranquille »
Terreur Graphique
Même pas mal
21,5 x 21,5 com
80 pages

meme-pas-mal.fr
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Terreur Graphique aurait-il viré sa cuti et signé un livre d’illustration du programme sarkozyste? Euh… Disons que, si c’était le cas, la campagne pour 2012 risque d’être (encore plus) sanglante que prévue. Ceux qui ont lu son récent « Rorschach » peuvent imaginer le massacre. Non, le dessinateur nantais sort en fait un recueil d’histoires courtes restées inédites ou simplement parues sur son blog. M. Graphique y joue encore et toujours avec les tabous les plus tendancieux de nos sociétés, détourne quelques faits divers récents avec une indécence jouissive, et ne se prend surtout jamais au sérieux. Au même titre qu’un Ivan Brunetti (voir ici), on conseillera tout de même ce livre à un public très averti (ou de goût, c’est pareil): les fans d’humour grolandais peuvent par exemple y aller les yeux fermés.

face-cachee_couv« Face Cachée vol.1 & 2 »
Sylvain Runberg & Olivier Martin
Futuropolis
19,5 x 26,5 cm
152 pages

www.futuropolis.fr
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Un des inconvénients de la BD, c’est que de plus en plus d’histoires sortent en plusieurs volumes, pour des motifs pratiques (c’est un travail très long pour les auteurs) et probablement économiques (vous en achetez un et vous êtes ensuite harponnés pour une durée indéterminée). Le problème, c’est l’attente forcément trop longue entre chaque épisode. C’est la raison pour laquelle on avait préféré garder sous silence le premier tome de « Face Cachée », paru il y a plus d’un an, et ainsi attendre la sortie de la suite et fin du diptyque. On a d’ailleurs bien fait puisque entretemps le premier volume s’est vu remettre le prestigieux « Prix d’Excellence » au quatrième International Manga Award au Japon. Le second tome ne démérite pas. Mayumi et Satoshi, deux collègues qui entretiennent une liaison cachée, tentent de vivre leur amour en sauvant les apparences. Mais c’est loin d’être le seul secret de l’histoire. Sylvain Runberg et Olivier Martin connaissent bien la société japonaise et on est vite immergé dans la vie quotidienne des personnages, leurs rites, leur hypocrisie, leur mal-être. Ce qui s’annonçait comme un triangle amoureux presque banal dans le premier tome va soudainement basculer dans le thriller psychologique dans le second. Ne vous arrêtez donc surtout pas au premier volume qui sert surtout à poser l’ambiance et les personnages. Les rebondissements sont plutôt au menu du second. Les dessins d’Oliver Martin sont vraiment de toute beauté, entre crayonné et aquarelle, tout en nuances de gris. Les vues de Tokyo sont même proprement renversantes. Chapeau bas!

kaze_couv« Kaze: Cadavres à la Croisée de Chemins »
Vincent Dutreuil
La Boîte à Bulles
16,4 x 24 cm
128 pages

www.la-boite-a-bulles.com
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Évitons les allers/retours inutiles: nous étions au Japon, restons-y. On change toutefois d’époque puisque on plonge en plein XVIIème siècle, au temps des samouraïs et des rônins. Kaze, un rônin sur les routes pour retrouver la fille de sa patronne assassinée, tombe à un carrefour sur un cadavre transpercé d’une flèche dans le dos. Un pauvre hère est déjà à son chevet, d’ailleurs vite accusé du crime par les autorités. Peu convaincu, Kaze demande au Seigneur du coin de le laisser mener l’enquête. Vincent Dutreuil adapte ici le romancier américain Dale Furutani. Les polars transposés dans un passé historique et/ou exotique fonctionnent généralement assez bien (rappelez-vous « Le Nom de la Rose »). L’enquête de Kaze se suit donc avec plaisir même si le trait épais de Dutreuil n’aide pas toujours à s’y retrouver dans les personnages (bon, ça me fait pareil avec les films asiatiques, donc ça vient peut-être de moi). Ce n’est pas non plus le polar du siècle mais si vous aimez les nipponeries historiques, vous devriez y trouver votre compte sans souci. NB: « Kaze » souffre du problème dont on parlait au début de « Face Cachée ». Et on ne sait pas combien ni quand d’autres tomes sortiront. Bon, au moins, une intrigue est résolue, c’est déjà ça.

_20_couv« -20% Sur l’Esprit de la Forêt »
Fabcaro
6 Pieds Sous Terre
21 x 27,5 cm
48 pages

www.pastis.org/jade
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« Quand j’étais enfant, je jouais dans l’escalier à inventer des histoires de cowboys avec mes playmobils, il y avait toujours la télé en fond qui venait interférer dans mes histoires, et cela donnait des scenarios décousus et incohérents qui étaient pour moi parfaitement crédibles. Et puis un jour, l’incohérence m’a dérangé. Un jour, je n’ai plus été enfant. Et puis un jour, finalement, si, de nouveau. » Cette petite explication de Fabcaro est quand même bien utile pour comprendre le sens de son travail. Le lecteur non-averti pourrait être décontenancé voire rebuté par ces incessants sauts du coq à l’âne totalement absurdes. Mais c’est également rapidement ce qui fait le charme et l’humour de ce livre difficilement racontable. Sachez qu’on y croise des cow-boys qui se tapent sur la fesse pour allez vite, des dessinateurs qui aimeraient bien vivre dans leur(s) bulle(s), des crimes de lèse-Bacri, un repas chez une grand-tante qui se passe moyennement bien, des playmobils, du PQ pour un copain, etc. etc. Le bordel, quoi. Mais organisé. Et finalement presque cohérent, et surtout souvent très drôle si vous goûtez un minimum les délires à la limite de l’absurde. Une véritable réussite!

tatanic_couv« Tatanic »
Laurence Tramaux & Tom
Manolosanctis
19,5 x 28 cm
104 pages

www.manolosanctis.com
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Difficile de croire que le Tom qui dessine ce « Tatanic » est le même Tom qui dessinait « Le Monstre« . Non point que son trait ait radicalement changé, mais l’ambiance à l’opposé des deux histoires influe bien entendu sur les couleurs, la mise en case, l’énergie du dessin. Car autant « Le Monstre » sentait la mort, autant « Tatanic » sent la vie. Bon, ok, la vie de gros losers quand même, hein. Dans une cité d’Île de France, une bande de potes essaie ainsi de survivre tant bien que mal malgré la précarité et les violences de la société. Forcément, on frôle rapidement les limites de la légalité. Quand on ne les dépasse pas allègrement. « Tatanic » est donc une cavale improvisée, avec des voyous joyeusement incompétents pour l’exercice. Certes, on n’est pas dans l’excellence d’un Baru avec son « Fais Péter les Basses, Bruno » (voir ici), mais on a  tout de même passé un agréable moment avec Jérôme, Badgi et les autres. Les auteurs auront réussi à signer un livre drôle sur la jeunesse des banlieues, sans trop de langue de bois angélique, ni de clichés TF1. C’est déjà un exploit en soi.

femme-de-logre_couv« La Femme de l’Ogre »
Etienne et Bernadette Appert
La Boîte à Bulles
19,5 x 27 cm
144 pages

www.la-boite-a-bulles.com
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En parlant de TF1, de clichés, tout ça, ça nous rappelle qu’en ce moment on nous balance un peu du féminisme/machisme à toutes les sauces, parfois même un peu à tort et à travers. Voilà un livre qui se soucie véritablement de ce que pensent les femmes. Enfin, au moins une, et dont personne ne parle jamais: la femme de l’ogre dans la fable du Petit Poucet. Qu’a-t-elle ressenti lorsqu’elle a découvert ses filles dévorées par son mari par erreur? Comment avait-elle pu tomber amoureuse de cet ogre? Qu’est-elle devenue par la suite? N’allez surtout pas croire que « La Femme de l’Ogre » est un livre léger, qui s’amuserait à parodier les contes pour enfants. Bien au contraire, c’est un livre rugueux, totalement muet, au graphisme chiadé et aux thématiques dures (le deuil, la rancune, le mal-être…). Autant dire que vous ne le laissez pas près du lit des petits. Une belle découverte en tout cas!

vers-la-sortie_couv« Vers la Sortie »
Joyce Farmer
L’An 2
18,5 x 25,5 com
206 pages

www.editionsdelan2.com
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Puisqu’on vient un peu de plomber l’ambiance, on n’a plus de raisons pour ne pas vous parler de « Vers la Sortie ». Joyce Farmer y traite un sujet qu’on préfère tous éluder: la fin de vie de nos parents. La dessinatrice septuagénaire, grand nom de l’underground américain des 70s, trouve le ton et le temps justes. En 200 pages, on suit en effet le quotidien répétitif de Lars et Rachel, vieux couple d’octogénaires dont la santé physique et/ou mentale s’étiole au fur et à mesure des semaines. Les années ne passent pas vite, on a l’impression de revivre sans cesse les mêmes scènes, et pourtant les changements, même infimes, mènent inéluctablement vers le drame. Farmer pose toutes les problématiques: comment aider, accompagner, sans interférer, diligenter la vie de nos géniteurs? Comment concilier sa propre vie avec la mort annoncée de ceux qui nous sont chers? « Vers la Sortie » est un livre tendre, sobre, et intelligent. Le trait de Joyce est typique de cette école américaine que les lecteurs de Crumb devraient par conséquent apprécier (Crumb lui-même ne tarit pas d’éloges sur ce livre qu’il compare au « Maus » de Spiegelman ou « Persepolis » de Satrapi). Ne passez pas à côté de cette très belle chronique sociale pleine d’humanité.

tu-ne-mourras-pas_couv« Tu ne Mourras Pas »
Bénédicte Heim & Edmond Baudoin
Les Contrebandiers
24 x 30 cm
116 pages

lescontrebandiers.free.fr
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On n’est pas sûr de ne pas faire un hors-sujet avec ce livre très grand format. Disons que  l’expression « roman graphique » est ici prise au pied de la lettre car « Tu ne Mourras Pas » tient davantage du roman classique que de la bande-dessinée. Mais on aime tellement le  dessin de Baudoin (souvenez-vous de « Le Parfum des Olives », ici) qu’on vous en touche un mot quand même. Aude a 22 ans, elle est étudiante, a un petit ami, et une vie toute tracée. Elle ne veut pas y réfléchir mais elle hait inconsciemment cette vie à venir. Corentin est un petit garçon de 9 ans, au regard perçant et à la maturité étonnante. Les deux se rencontrent. Et il se passe ce qui ne devrait jamais se passer. Pour faire vite, on pourrait comparer « Tu ne Mourras Pas » à une sorte de « Lolita » dans l’autre sens. Malheureusement, Bénédicte Heim n’est pas (encore) Vladimir Nabokov, même s’il y a quelques très belles pages. Sa narration est encore trop scolaire, trop « il faut absolument que j’écrive des phrases longues avec des mots compliqués, ça fait pro ». Les dessins de Baudoin s’inscrivent en revanche parfaitement dans le récit. Il y a tout un tas de trouvailles graphiques magnifiques pour mêler le texte au dessin. Si la littérature vous branche, « Tu ne Mourras Point » mérite d’être lu. Et surtout regardé.

Bonne lecture et au mois prochain!

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