Coups de bulles en Novembre – L’actualité BD

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Temps pourri + crèves (grèves?) à répétition + canapé confortable = conditions idéales pour lire de bonnes BD! On a essayé de ne pas trop vous noyer sous les titres ce mois-ci, vu que vous n’avez probablement pas encore eu le temps de lire tous ceux du mois dernier (eh, eh). Et que les Coups de Bulles du mois prochain risquent eux aussi d’être consistants (fêtes de Noël obligent). A vos marques… Prêts? Lisez!

ca_narrive2_couv« Ça n’arrive qu’à moi!, Tome 2 »
Didier Tronchet
Futuropolis
21,4 x 29,8 cm
64 pages

www.futuropolis.fr
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On commence par la suite et fin des aventures de Prunelle. Si vous n’avez pas encore lu le premier volume (dont nous vous parlions ici), passez peut-être tout de suite à la chronique suivante car nous risquons de tuer le suspense dans l’œuf. Ca y est? Il ne reste plus que des gens qui ont fini le Tome 1? Bon. Alors on a une mauvaise nouvelle pour vous, cette seconde partie est un poil en dessous. Eh, oui. Tronchet a pris le parti d’inverser les rôles dans cet album: le voisin du dessus qui espionnait Prunelle par les canalisations et qui retranscrivait donc ses mésaventures dans un scénario de sitcom a démissionné et se voit remplacé par… Prunelle elle-même. Il cherche donc à la protéger contre son gré des requins qui veulent la manipuler. La situation aurait pu être prétexte à un paquet de bons gags. Pourtant, on a l’impression que Tronchet n’a pas exploité au maximum le décalage entre la personnalité inadaptée de Prunelle et le monde impitoyable du showbiz, préférant se concentrer sur l’histoire d’amour qu’on sent venir entre les deux protagonistes. On sourit bien de temps en temps, mais l’humour n’est plus aussi efficace que dans la première partie. Ca reste un bon divertissement, mais avouons une semi-déception quand même, surtout quand on connaît le talent de Tronchet en la matière. On entend de là Prunelle se défendre: « Vous feriez mieux de balayer devant votre poutre! »

ma-mere-cover« Ma Mère était une très belle femme »
Karlien de Villiers
Editions Ca Et Là
20 x 23 cm
108 pages

www.caetla.fr
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« Ma Mère était une très belle femme » est le récit autobiographique de Karlien de Villiers, jeune auteur sud-africaine née en 1975, lorsque l’Apartheid commence à prendre du plomb dans l’aile, du moins sur le plan international. Elle y raconte ses souvenirs d’enfance durant les années précédant le décès de sa mère. Les relations avec sa sœur aînée, la séparation de ses parents, les divergences politiques des uns et des autres, la méfiance envers les Noirs qu’elle ne comprenait pas vraiment. Au travers de sketches vus par les yeux innocents d’une enfant d’une dizaine d’années, on prend peu à peu la mesure de la paranoïa ambiante dans le pays, et comment cette paranoïa a pu mener à la pire des politiques. Pas de scènes choc comme on a pu en voir dans les nombreux films qui traitent de l’Apartheid, mais plutôt un malaise diffus qui finit par pourrir l’existence de toute une population. On pense bien sûr à « Persepolis » sans en atteindre toutefois la puissance émotionnelle. Karlien de Villiers ne se cache d’ailleurs pas avoir été fortement impressionnée lorsqu’elle découvrit le chef d’œuvre de Marjane Satrapi, qu’elle cite comme une de ses grandes sources d’inspiration. Son dessin est néanmoins plus classique, proche de l’école franco-belge. Cette réédition par la maison Ca et Là a été augmentée d’un cahier mêlant photos et interviews qui permettent d’éclairer le contexte dans lequel a été écrit ce livre qu’on conseillera à tous ceux qui aiment comprendre comment l’humanité peut parfois sombrer dans l’innommable.

les-envahissants_couv« Les Envahissants »
Marie Voyelle & Maloup
Jean-Claude Gawsewitch Editeur
128 pages

www.lesenvahissants.com
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Note pour plus tard: toujours bien choisir son sujet de thèse avant de commencer. C’est d’ailleurs ce qu’aurait dû faire Marie avant de se lancer dans la traduction des Annales de Assurnazirpal II, roi assyrien et guerrier sanguinaire du 9ème siècle avant JC. Parce que ça fait maintenant des mois qu’elle se trouve toutes les mauvaises excuses du monde pour ne plus s’y coller, alors que la date butoir a déjà été repoussée plusieurs fois. Mais cette fois-ci, son directeur de thèse lui donne un ultimatum. Marie panique. Elle pense même devenir foldingue. Elle ne sait par exemple plus trop bien si cette Candy Crystal, jolie yoguiste libérée, ce Raøl, morse de son état, et le Sergent Glooms, GI bodybuildé, sortent tout droit de la TV de ses voisins ou bien de son imagination. En tout cas, ils s’incrustent durablement chez elle, et viennent mettre –au propre comme au figuré- un peu de couleurs dans sa vie grisâtre. « Les Envahissants » parle de cette période trouble de la vie, quand de post-ado peinard de la life on doit devenir un jeune adulte avec son lot de responsabilités (ceux qui y sont encore, profitez-en!!). Quitte à passer pour un gros sexiste, je pense que ce livre séduira plus facilement un lectorat féminin (pour ses thèmes, ses couleurs, son ambiance…). Encore que les courbes vertigineuses de Candy Crystal ne laisseront pas un certain lectorat masculin totalement insensible non plus. Allez-y mollo sur les insultes sexistes quand même, c’est ma secrétaire qui ouvre le courrier.

le-monstre_couv1« Le Monstre »
Tom & Joseph Safieddine
Manolosanctis
144 pages

www.manolosanctis.com
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La vraie beauté est à l’intérieur, le physique, ça compte pas, etc. Allez dire ça à Antoine Kravien, dont le corps a été complètement brûlé dans un accident de voiture, on verra ce qu’il en pense. « Le Monstre » raconte donc le quotidien quand on n’ose plus se montrer aux autres, quand son propre corps nous dégoûte, quand la colère nous ronge de l’intérieur. Et quand il ne reste plus que la dope, la branlette, la tentation du suicide, l’alcool, la télé et la pénombre pour tromper la solitude et la folie qui guète. Le dessinateur Tom et le scénariste Joseph Safieddine ont l’intelligence de ne pas essayer d’expliquer plus que nécessaire. Ils laissent des indices ici et là pour qu’on reconstruise nous-mêmes le passé d’Antoine, ses erreurs, mais ne tombent jamais dans une pseudo-pychologie convenue. Tout n’est pas parfait, certes (on aurait par exemple aimé moins de longueurs narratives dans certaines scènes et au contraire une fin un peu moins abrupte), mais les couleurs, la mise en page et l’ambiance pesante qui règne tout au long de cet album laissent penser que ces deux-là auront des choses à dire à l’avenir. Manolosanctis a qui plus est vu les choses en grand avec un très beau choix de papier. Classe!

90films_couv1« 90 films cultes à l’usage des personnes pressées »
Henrik Lange & Thomas Wengelewski
Editions Ca Et Là
12×18 cm
196 pages

www.caetla.fr
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Rappelez-vous, on vous avait parlé ici de la solution pour paraître cultivé sans trop se fouler. Le suédois Henrik Lange remet le couvert avec un volet cinématographique cette fois-ci. Sur le même principe que « 90 livres… », ce second volume résume 90 films (de « Platoon » à « Dirty Dancing », en passant par « Spartacus » ou « Le Chien Andalou ») en trois petites cases lapidaires. On ne sait pas si ce second livre a été écrit dans la précipitation suite au succès du premier, mais toujours est-il qu’on trouve que l’auteur réussit moins bien son travail de résumeur que pour les œuvres littéraires. Il est plus souvent dans la critique que dans le résumé pur et dur. Mais ça n’empêche pas que c’est souvent très drôle. Qui a dit « voilà un cadeau idéal et pas cher à offrir pour Noël! »?

high-society_couv« High Society (Cerebus, Volume 2) »
Dave Sim
Vertige Graphic
512 pages

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On aurait peut-être dû attendre que Henrik Lange sorte un « 90 BD cultes à l’usage des personnes pressées » pour voir comment lui-même résumait la saga de Cerebus… Parce que, nous, on ne sait pas trop par quel bout commencer. Comment résumer l’œuvre du Canadien Dave Sim en quelques lignes? Commencées en 1977 et terminées en 2004, les aventures de Cerebus, l’oryctérope (sorte de fourmilier d’Afrique), courent sur quelque 6000 pages et 300 chapitres, reliés en 16 albums au total. Vertige Graphic publie pour la première fois en français le début de cette saga. Enfin, le début, oui et non. « High Society » rassemble les épisodes 26 à 50 (1981-1983) et est de ce fait le second volume des aventures de Cerebus, mais c’est quand même le premier à avoir été publié par Dave Sim également, qui le trouvait meilleur que le tout premier tome (si vous vous croyez perdus, attendez la suite). Bref. Ca, c’était la partie facile à résumer. Pour ce qui est de l’histoire en tant que telle, c’est une autre paire de manche, car il arrive tellement de choses à Cerebus que c’est comme si vous vous mettiez à expliquer le pourquoi du comment de la Trilogie du « Seigneur des Anneaux » à votre oncle prof de math. La comparaison n’est d’ailleurs pas si mal trouvée puisque Sim a carrément inventé un monde en soi, avec ses lieux propres, ses habitants, son langage, ses règles, etc.  Il n’est donc pas si facile de faire sien cet univers singulier, à mi-chemin entre heroic fantasy, roman épique et conte philosophique du 18ème siècle. Ceci dit, ceux qui persévèrent seront récompensés car Dave Sim est un véritable allumé qui fait fi de toute les convenances habituelles de la BD. Il change régulièrement de mode de narration, passe d’une mise en page en portrait à un format paysage sans prévenir, etc. Et la forme finit par vous faire rentrer dans le fond, aussi hallucinant soit-il. Bon, à réserver à un public de passionnés sans doute…

Bonne lecture et au mois prochain!

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