Coups de bulles en Février – L’actualité BD

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Le temps passe trop vite, ma bonne dame… Ces Coups de Bulles de Février se sont pris un demi-mois dans la vue, sans même qu’on s’en aperçoive. Croyez bien que nous n’en sommes pas très fiers. Bon, alors plutôt que d’essayer de noyer le poisson dans l’eau du bain, ne perdons plus une seule seconde et démarrons les hostilités.

oklahoma-boy-2_couvOklahoma Boy T.2, Iron & flesh
Thomas Gilbert
Manolosanctis
76 pages
28 x 20 cm

www.manolosanctis.com
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Tiens, tiens, une vieille connaissance. Rappelez-vous, on avait laissé Oklahoma Boy il y a quelques mois, à la sortie de l’enfance, légèrement paumé après un bourrage de crâne ultra-religieux et un parricide assez sanglant. Dans ce deuxième volume, Oklahoma est sous les drapeaux, en pleine guerre des tranchées dans la Vieille Europe. L’ennemi est partout. A l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de chaque combattant. Mais Oklahoma l’a prouvé, il est prêt à tout pour survivre. Même au pire… Le moins qu’on puisse dire c’est que Thomas Gilbert n’épargne pas grand chose à son personnage. On a beau connaître le passé d’Oklahoma, on n’arrive pas à éprouver une quelconque compassion tant sa folie confine à l’inhumanité. Gilbert a également particulièrement bien réussi à retranscrire le climat étouffant et irréel des champs de bataille avec un choix de couleurs très affirmé. Il va sans dire qu’on angoisse déjà un peu à l’idée de ce qu’il va faire subir à Oklahoma à New York dans le dernier volume de la trilogie.

tmlp_couvTMLP
Gilles Rochier
6 Pieds Sous Terre
72 pages
21×27,5 cm

www.pastis.org/jade/
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TMLP. Ca aurait pu être le nom d’un groupe de rap. Ta mère la pute. L’insulte suprême sur les trottoirs des premières cités de banlieues parisiennes dans les 70s. Et pour cause… L’expression pouvait parfois cacher un fond de vérité quand certaines mères de famille devaient boucler les fins de mois. A la manière d’un Baru, Gilles Rochier fait du contexte social un personnage à part entière, presque aussi important que ses caractères principaux: une bande de gamins (l’auteur et ses potes de l’époque) qui doit quitter l’enfance peut-être plus tôt que de raison. Ceci dit, nul misérabilisme dans « TMLP ». Rochier alterne scènes chocs et gags très drôles, comme la vraie vie nous en réserve chaque jour. Et on suit avec plaisir les aventures de Gillou et sa bande, leurs 400 coups, leurs joutes verbales, jusqu’à l’insulte de trop. Tout en nuance de marrons, ce livre donne une vision de l’intérieur, très crue, parfois ambivalente, et donc très loin des habituels clichés sur la banlieue, même si l’auteur lui-même explique que les réalités des cités d’aujourd’hui sont probablement autrement plus dures. Gilles Rochier est un autodidacte qui vient du fanzinat. Sans doute que cet esprit d’indépendance se ressent aussi dans la liberté de ton de sa narration. Un très bon livre en tout cas, qui plaira aux amateurs de récits bien menés, comme dans certaines chansons d’Oxmo cité en exergue de « TMLP ».

timides-tentatives_couvTimides tentatives de finir tous nus
Ibn Al Rabin
Atrabile
144 pages
17 x 24 cm

www. atrabile.org
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On parlait du fanzinat. Mathieu Baillif aka Ibn Al Rabin en est un des acteurs les plus acharnés. Le Suisse publie aujourd’hui chez Atrabile un recueil d’histoires plus ou moins courtes parues dans diverses publications entre 1997 et 2010. Et c’est souvent très très drôle (si toutefois on goûte l’humour un poil absurde). Le recueil est construit chronologiquement, on peut donc apprécier l’évolution du travail de IAR, ses différentes tentatives (noir & blanc, couleur, le muet, le texte…). Ceci dit, son dessin reste de toute façon toujours très minimaliste. Ses personnages sont stylisés au maximum, pas si loin des petits bonshommes animés de La Linea. C’est donc d’autant plus bluffant de réussir à leur donner une telle expressivité en si peu de coups de crayon (les scènes d’engueulade sont par exemple souvent à se tordre de rire car on les imagine tout à fait en mouvement). Ibn Al Rabin a également eu la très bonne idée de se mettre en scène dans de petites saynètes très bien senties pour articuler toutes ces histoires sans lien les unes avec les autres. Du coup, ce « Timides tentatives de finir tous nus » (quel titre!) peut s’avaler d’une traite sans problème ou se laisser picorer au fur et à mesure des envies. Un des livres de ce début d’année à ne surtout pas manquer!

hecate-belzebuth_couvHécate & Belzébuth
Loïc Sécheresse & Stéphane Melchior-Durand
Manolosanctis
96 pages
19 x 27 cm

www.manolosanctis.com
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Soyons franc, après avoir feuilleté rapidement ce « Hécate & Belzébuth », on ne pensait pas vous en parler. On est moyennement fan de ce genre de dessin un peu fouillis. Néanmoins, une fois l’album achevé, il a bien fallu admettre que l’humour déjanté de Loïc Sécheresse et Stéphane Melchior-Durand était particulièrement savoureux. Belzébuth, le gardien des enfers, s’ennuie à mourir (dommage pour un immortel) dans son nouveau job. Il rêve de trouver le grand amour. Peut-être la jolie Hécate, sorcière plutôt coquine sur le point d’être brûlée sur le bûcher? Sécheresse et Melchior-Durand s’en donnent à cœur joie en enchaînant gag sur gag, détournant les codes de l’enfer dans une série de situations très modernes (de la cérémonie occulte d’une nymphomane sataniste au concert de black métal). Ça part dans tous les sens –peut-être trop même?- mais on se laisse vite gagner par l’évidente bonne humeur qui règne dans ces pages.

renee_couvRenée
Ludovic Debeurme
Futuropolis
464 pages
17 x 22,5 cm

www.futuropolis.fr
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De la bonne humeur, vous en trouverez un peu moins dans « Renée ». Ce livre épais est la suite de « Lucille », parue chez Futuropolis en 2006. N’ayant pas lu ce premier livre, on ne saurait vous dire si la suite est à la hauteur ou non. On peut en revanche vous dire que ce second volume peut au moins se comprendre sans rien connaître du premier (la preuve). On vous déconseillera en revanche sa lecture si vous broyez déjà du noir en ce moment. Si le livre se termine quand même sur une lueur d’espoir, Ludovic Debeurme explore sur plus de 400 pages tout le malheur du monde au travers de quatre personnages complètement perdus: automutilation, absence du père, incommunication, anorexie, incarcération, pédophilie… Autant de thèmes que les personnages expérimentent de l’intérieur, en roue libre, hors du cadre rassurant des cases habituelles de la BD. Debeurme extériorise leurs démons dans des scènes à la limite du fantastique au fil du récit que son dessin sobre et dénudé n’enjolive guère. Si au départ on se demande un peu où veut nous emmener l’auteur, l’intrigue se construit peu à peu et glisse vers un climax d’une rare violence. Autant vous dire que la lecture de « Renée » n’est pas une partie de plaisir. C’est un livre difficile, courageux, qui se mérite.

mecanique_couvLa Mécanique de l’Angoisse
Fabrice Erre
6 Pieds Sous Terre
64 pages
21×27,5 cm

www.pastis.org/jade/
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Sous des airs un peu bon enfant (le côté Fluide Glacial du dessin, avec lequel Fabrice Erre a travaillé à ses débuts), « La Mécanique de l’Angoisse » est un livre finalement plutôt sérieux. Son auteur est docteur en Histoire et on sent bien que cette histoire de ville attaquée par un robot géant n’est qu’un bon prétexte pour analyser la spirale de la panique généralisée et ses conséquences collatérales (récupération politique, économique, etc.) sur les populations. Autant dire qu’à l’heure où tout le monde essaie de foutre la trouille à tout le monde pour mieux nous diviser, la lecture de ce livre est plus que recommandée pour se souvenir de prendre un peu de recul parfois avant de tomber dans le panneau. A offrir à tous les angoissés de 2012 (les fin-du-mondistes et autres flippés de l’insécurité).

sans-titre-1Math Rock
Dany Steve
Les Requins Marteaux
96 pages
18 x 10 cm

www.lesrequinsmarteaux.org
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Comme son nom ne l’indique pas forcément, Danny Steve est une dessinatrice. De la région nantaise. On est donc moins surpris de la voir signer un livre intitulé Mathrock quand on connaît un peu l’excellente scène locale (Chevreuil, Room 204, Papaye, Papier Tigre, etc.). Le projet est pour le moins audacieux: écrire une partition visuelle d’un morceau de musique inspiré de la poursuite finale du film « L’inspecteur Harry » (!!!). Dans une histoire muette –si ce n’est un sample de dialogue du film utilisé vers la fin- deux personnages se poursuivent donc au milieu de constructions géométriques encastrées, tournoyantes et complexes. Forcément, ça déstabilise un peu au départ, mais comme souvent un morceau de math rock finalement. Puis, on s’y penchant d’un peu plus près, on se dit que Danny Steve ne s’en est pas si mal tirée. On devine en effet les strates de guitares empilées, les répétitions de thèmes pourtant jamais exactement les mêmes, l’ambiance cinématographique… On se demande même à voir l’équation donnée en introduction du livre si elle ne pensait pas plus particulièrement au groupe Battles? « Chapi Chapo (pour le chant?) + Dirty Harry (pour les cojones?) + Donald Judd (pour le côté arty?) = Mathrock »

Bonne lecture et au mois prochain!

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