Slowdive, la grande évasion

Slowdive, la grande évasion

Voilà déjà trois ans que Slowdive a sonné son retour parmi les vivants. Une reformation longuement fantasmée et devenue bien réelle en 2014 au grand raout pré-estival de Primavera, avant d’autres dates comme à La Route du Rock et Villette Sonique. Avec plus ou moins de justesse, les fidèles de la formation britannique y ont vu la revanche d’un groupe injustement descendu au milieu des années 90 par une presse musicale alors faiseuse de rois. Aujourd’hui unanimement salués par le public et la critique, les ex-souffre-douleurs de la scène shoegaze savourent enfin leur triomphe sur la base de leurs brillants faits d’arme passés.
L’histoire aurait d’ailleurs pu s’arrêter là, sur cette happy end qui contente presque tout le monde. Mais comme bon nombre de ses petits camarades élevés a posteriori au rang d’icônes, le groupe a planché sur de nouveaux morceaux pour étendre enfin sa discographie – ce qui sera chose faite le 5 mai prochain avec la sortie officielle de l’éponyme ‘Slowdive’. Un pari risqué si on en s’en fie aux seuls singles des formations d’outre-Manche sur le retour ces derniers mois (Ride, Stone Roses, The Jesus & Mary Chain). Sauf que Slowdive est définitivement une entité à part et que cet album – qu’on a déjà pu écouter – tire habilement le meilleur de ses précédents efforts et ne ressemble à aucun moment à un retour hâbleur aux affaires.
De passage à Paris pour promouvoir ce nouveau chapitre, Neil Halstead – chanteur, guitariste et principal compositeur – se montre particulièrement détendu malgré l’attente pressante qui entoure la sortie de l’album. Reconnaissons que six jours plus tôt, le groupe a reçu un accueil plus qu’enthousiaste dans un Trabendo qui affichait complet pour l’occasion. De quoi mettre en confiance s’il en était encore besoin. Les nouvelles compositions, la popularité croissante de Slowdive ou les films de Gregg Araki : voilà à peu près tout ce qu’on a abordé avec lui.

Une grande interrogation pour commencer : pourquoi sortir un nouvel album maintenant ?

Neil Halstead : Nous avons commencé à évoquer l’idée en 2013, au moment où nous avons reçu des offres pour donner de nouveaux concerts. Remonter d’abord sur scène nous semblait le meilleur moyen de vérifier si l’alchimie existait toujours entre nous. Et comme la tournée s’est vraiment très bien passée, on a pu envisager sérieusement la suite. Début 2015, on s’est mis au travail sur de nouvelles compositions sans en parler publiquement pour éviter ainsi la pression. Si le projet n’avait pas abouti, personne n’en aurait jamais rien su. Mais au fond, on savait que c’était le bon moment pour le faire : nous avions chacun le temps et l’envie suffisante pour nous y consacrer à fond. On s’est retrouvés en studio, pendant des sessions de plusieurs jours ou plusieurs semaines au cours de l’année, à essayer des choses… Mais c’est seulement en 2016 que les morceaux ont commencé à prendre forme. En novembre, l’album était finalisé. Cela nous aura pris presque deux ans.

Beaucoup de groupes s’approprient aujourd’hui l’esthétique shoegaze et je craignais que votre nouvel album ne se retrouve finalement dilué dans la masse. Pourtant, au-delà du son, ce qui différencie encore Slowdive de ces autres formations, c’est une écriture particulière, fragile et mélodique.

Je dirais que Slowdive a toujours eu deux facettes : l’une très pop et l’autre plus aventureuse que ce soit au niveau du son ou des structures. Selon moi, cet album reflète beaucoup cet équilibre. On y retrouve des passages assez abstraits ou ambient comme le morceau ‘Falling Ashes’ et d’autres de facture plus classique.

Tu le présenterais comme un mélange de ‘Souvlaki’ et ‘Pygmalion’ ?

Oui, d’une certaine façon. Mais ‘Pygmalion’ était un peu mon bébé. Je l’ai fait en grande partie dans la chambre que j’occupais à Londres à l’époque. Tandis que ‘Slowdive’ est définitivement le fruit d’un travail de groupe. Il devait trouver son propre chemin. Et c’est très intéressant parce que le travail des autres en solo se retrouve aussi dans cet album. Par exemple, les sons de piano filtrés sur ‘Falling Ashes’ proviennent directement des expérimentations personnelles de Simon Scott [batteur du groupe, ndr]. Mais cet album se devait de sonner comme du Slowdive. C’était important pour nous de renouer avec un univers familier après toutes ces années.

Justement, la musique de Slowdive est très imprégnée d’un état d’esprit adolescent. Ce n’est pas étrange de renouer avec elle deux décennies plus tard ?

Non, au contraire, c’est beaucoup de plaisir. J’avais 18 ans quand j’ai écrit la plupart de ces titres. Certes, je les regarde différemment aujourd’hui mais ils continuent de vivre à leur façon, comme la célébration d’une certaine jeunesse. Pour contrebalancer, nos nouveaux morceaux reflètent plus ce que nous sommes aujourd’hui. Ils apportent des sentiments et une énergie différente aux concerts. Voilà pourquoi je ne me sens pas ridicule lorsqu’on rejoue de vieux titres comme ‘Alison’.

Est-ce qu’il y a des thématiques qui – selon vous – jalonne ce nouvel album ?

Je ne sais pas… A vrai dire, je ne procède pas de cette façon-là au moment de composer. Mais avec les années, tu t’aperçois parfois que plusieurs morceaux font référence aux mêmes choses. Notre musique évoque très souvent le besoin d’évasion. Un besoin qui s’est peut-être même renforcé dans le contexte politique actuel.

Ce contexte dont tu parles, c’est quelque chose que vous aviez en tête en studio ?

On n’y pensait pas directement, mais disons que cela pesait quand même dans notre quotidien. La musique constitue pour moi un refuge depuis que je suis adolescent. Et jouer avec Slowdive est encore un moyen de m’évader. Mais parfois, quand je vois tous ces événements inquiétants qui se produisent autour de nous, je me dis que nous pourrions essayer d’écrire des choses plus en prise avec ces sujets. Sauf que je ne vois pas trop comment notre musique pourrait s’insérer là-dedans… Alors autant continuer à faire de la musique pour s’évader. Les gens en ont bien besoin de temps en temps, non ?

Oui, certainement. Comme je le disais tout à l’heure, beaucoup de groupes récents semblent influencés par la musique de Slowdive. Je pense à DIIV, Beach House, Nothing, Daughter… Est-ce que tu écoutes leur musique parfois ?

J’aime beaucoup DIIV. Je les trouve même géniaux ! Et c’est vrai qu’on sent l’influence de Slowdive dans leurs morceaux. Des groupes comme Mogwai ou Sigur Rós ont aussi été marqués par notre musique. Je le sais parce que ce sont des amis et que j’ai eu l’occasion d’en parler avec eux. Et c’est vraiment super parce que j’adore aussi ce qu’ils font. Mais ce sont tous les groupes de la scène que nous avons connu qui continuent d’être une source d’inspiration, pas nous uniquement.

Est-ce que vous avez eu le sentiment de prendre une revanche sur l’histoire pendant votre tournée de reformation en 2014 ?

La chose la plus importante pour moi était simplement de me reconnecter aux autres. Bien sûr, on s’était vu depuis notre séparation, mais jamais en tant que groupe. Là, c’était comme retrouver la bande de potes avec laquelle j’avais passé ma jeunesse. Et découvrir que les gens avaient autant d’intérêt pour nous était aussi une très bonne surprise évidemment.

A aucun moment depuis votre séparation vous n’aviez réalisé que Slowdive devenait un groupe de plus en plus populaire ?

Je sais que, de l’extérieur, cela peut sembler étrange, mais non ! J’ai passé mon temps à jouer de la musique folk ces dernières années, j’étais dans quelque chose de complètement différent. On voyait bien que certaines personnes continuaient de s’intéresser à Slowdive, que des groupes revendiquaient notre influence, mais on ne s’imaginait pas que cela prenait de telles proportions. Quand on est remonté pour la première fois sur scène, à Primavera, c’est là qu’on s’en est vraiment rendu compte. Il y avait 20 000 personnes qui nous attendaient. Mais le plus fou, c’est qu’elles connaissaient nos morceaux. Ça nous a rendus dingue ! Et c’était encore plus cool parce qu’il y avait différentes générations dans ce public, notamment pas mal de gamins de 17 ans.

Oui, maintenant vous jouez devant des personnes qui n’étaient même pas nées lorsque Slowdive a vécu sa première phase d’existence. Certains vous ont découvert à travers d’autres groupes, sur Internet ou à travers les films de Gregg Araki [La musique de Slowdive apparaît dans plusieurs films du réalisateur américain dont les très très recommandables ‘The Doom Generation’ et ‘Mysterious Skin’].

C’était vraiment inattendu. Je pense que Gregg nous a vraiment aidés en amenant notre musique à des gens qui n’auraient peut-être jamais entendu parler de nous autrement. C’est un très vieux fan du groupe et j’adore ses films. Sa sensibilité artistique se marie bien aux émotions de Slowdive.

Maintenant que vous êtes bien conscients de votre popularité, vous redoutez la réception de l’album ?

On souhaite bien sûr que les gens l’aiment, mais ça n’a pas compromis sa conception. On est fiers du travail accompli et nous l’avons toujours été. Chaque album de Slowdive a toujours été fait de la manière dont nous le voulions. Déjà dans les années 90, notre label Creation Records nous laissait faire ce qu’on voulait. Il nous payait six semaines de studio et puis on revenait avec un album, et c’est tout. De toute façon, nous n’étions pas un ‘gros groupe’. Nous avions juste une petite base de fans, charmante et éduquée.

Et pour l’avenir, est-ce que vous prévoyez déjà de sortir d’autres albums ?

Effectivement. Comme je l’ai dit, cet album de retour devait sonner comme un album de Slowdive. Mais maintenant que c’est fait, je pense que nous allons nous engager dans de nouvelles directions, tenter des choses plus abstraites avec le groupe.

Ah oui ? De quel genre ?

Je… je… [il hésite puis sourit] Je ne sais pas ! Dans tous les cas, nous allons essayer de retourner assez rapidement en studio.

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