Rendez Vous, taille patron

Rendez Vous, taille patron

Très loin de la chute tragique qui orne la pochette de Superior State, les parisiens de Rendez-Vous – que l’on retrouve en terrasse le temps de quelques questions – ont dans le fond des yeux l’assurance du travail bien fait et de la conscience propre. La faute à un premier album ravageur, bourré de manchettes franches et d’uppercuts inattendus, qui renouvelle autant qu’il assoit la bande tout en haut du building de son petit empire personnel. Pour comprendre l’ascension, on est revenu avec eux sur la pose parisienne, le rock sans inspiration et les tournés à l’Est.

Ma première question porte naturellement sur ce premier album qui est une nouvelle étape dans votre parcours. Je trouve qu’il y a une volonté de s’affranchir de ce que vous avez fait par le passé, en terme d’intensité et de violence aussi. Est-ce que c’était quelque chose de prémédité, ou est ce que vous vous êtes rendus compte de cette évolution une fois en studio ?

Elliott : Je pense qu’on avait envie de se détacher d’un côté un peu eighties, synthétique, très typé, et de rendre le truc un peu plus minimal. Mais c’est possible que les nouveaux morceaux soient plus agressifs. Même si, au final, on est dans le prolongement de ce qu’on faisait avant.
Simon : Aussi, ça nous faisait chier de refaire la même chose. On voulait que ce soit aussi surprenant pour nous dans un premier temps, et après – si possible – pour les gens qui écoutent. On souhaite un truc avec un nouveau format qui permette de faire des morceaux un peu différents.

Est-ce que vous vous êtes ouverts à de nouvelles influences qui auraient agi comme un socle commun pour ces nouveaux morceaux ?

Elliott : En fait, on a toujours écouté énormément de choses différentes, et le socle dont tu parles est, je pense, très ouvert. On est fermé à rien, et on écoute vraiment de tout, mais peut être qu’on a un peu plus approfondi sur cet album. C’est un format qui permet d’aller vers plus de choses, d’explorer plus d’horizons, et ça nous a permis de développer des styles et des influences qu’on n’avait pas exprimé sur les EPs précédents.

Du coup, c’était quoi ce qui vous rassemblait ?

Ah, c’est super large ! Ça va du shoegaze à de l’electro. Le fait d’avoir fait ces deux EPs nous a donné l’opportunité d’aller plus loin, de nous affirmer en nous approchant d’horizons plus variés.

Dans cette optique là, confier le mixage et le mastering à des anglo-saxons, ça rejoignait aussi cette volonté d’aller plus loin ?

En vrai, on a déjà bossé avec la même ingé mastering mais, pour le mix, on a changé. Pour la musique qu’on fait, on a eu du mal à trouver quelqu’un qui correspondait à nos projets, et qui arrivait à faire un truc fat tout en gardant quelque chose d’un peu sale et pas trop lisse. Matt Peel a bossé sur des projets qu’on trouvait cools, comme Eagulls.
Maxime : Il a bossé sur des trucs plus orientés hardcore. C’est peut être ça qui nous plaisait aussi, avec des sons plus typés. On captait qu’il arrivait à garder une sorte d’air dans tout ça, et c’est vraiment ce qu’on cherchait : ne pas se retrouver avec un tout petit son dégueulasse à la fin.

Vous avez bien pris votre temps pour composer, puisque deux ans se sont écoulés entre votre dernier EP et l’album. Ce rapport au temps, à l’attente, est-ce quelque chose qui vous travaillait ? D’autant qu’aujourd’hui, c’est toujours un peu plus difficile pour un groupe de perdurer et de ne pas être noyé dans la masse…

Ca passe aussi par ne pas se soumettre à ce genre d’échéance.
Elliott : Aujourd’hui, tu as l’impression que tout va très vite, et que si tous les six mois tu n’as pas une actualité ou une sortie, tu es oublié.
Maxime : Ce sont des choses qu’on a entendu pendant qu’on bossait le disque. Il y a des mecs qui nous ont fait des réflexions.
Elliott : Il y a tellement de groupes qui font des trucs dans l’air du temps, et tu sens que ça ne restera pas. Je ne dis pas que ce qu’on a fait nous, ça restera. Je n’ai pas cette prétention et je n’ai pas assez de recul pour dire ça. Mais en tout cas, cet album est vraiment celui qu’on avait envie de faire : sans compromis, avec une esthétique qui colle à quelque chose d’actuel. Et, dans cette perspective là, on n’avait pas envie de faire quelque chose de précipité qui rendrait compte d’un schéma de temps rapide.
Simon : Tu vois, on a beaucoup tourné sur notre EP Distance, et ça a pris beaucoup de temps. Donc on avait besoin d’arrêter de tourner pour faire l’album, car on ne pouvait pas faire les deux. Du coup, on n’a pas eu le sentiment de se dire qu’on était plus lent que la moyenne.

Vous n’avez jamais été tentés par le chant en français, qui correspond peut être plus à l’esprit du temps ?

Elliott : Bah justement, il y a un truc très consensuel à chanter en français, et nous, ce n’est pas par ce biais qu’on est venu à la musique, à ce qu’on aime. Plus jeune, la musique qui nous plaisait était plutôt anglo-saxonne, et Francis (Mallari, le chanteur du groupe) écrit beaucoup en anglais, de façon assez naturelle parce qu’il parle beaucoup anglais avec sa mère.

J’ai fait une recherche sur le titre Superior State, et j’ai vu que ce nom avait fait l’objet d’une proposition pour un 51ème état aux États-Unis… C’est quoi l’idée du coup ?

Maxime : Ah ouais ? Il couvre plein d’aspects en fait. Tu peux te dire que c’est lié à une forme de totalitarisme, mais tu peux aussi te dire que c’est une sorte d’injonction au développement personnel qu’on entend tout le temps. Ça peut répondre à ça aussi.
Simon : On aime bien le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture.
Maxime : Il y a même un truc que tu peux interpréter de manière prétentieuse, en mode ‘les mecs sortent un album et l’appellent Superior State’. Et ça, ça nous fait rire aussi.
Elliott : Il y a beaucoup d’ironie dans les noms de nos morceaux. C’est souvent à prendre au second degré, et pas au sens littéral.

Du coup, ça rejoint un peu les photos que vous avez faites : les requins de la finance, le krach boursier. Pourquoi cette volonté de mettre ça plus en avant ?

Oui c’est plus prononcé, mais après on a pensé l’artwork de l’album comme un projet assez global, et tout est venu de cette photo de chute. On a retravaillé avec le même photographe sur les autres à la suite de ça. Il y a un truc assez dégueulasse qu’on trouve marrant : c’est visqueux, ce n’est pas beau.
Simon : Et puis ça ne nous ressemble pas du tout, donc autant mettre ça en avant et le prendre à l’envers.
Elliott : Et puis dans la scène dans laquelle on évolue aujourd’hui, il y a tellement peu de groupes qui sont ironiques, tout est très premier degré. Nous, on voulait en rire et faire un truc un peu décalé.

Et justement cette scène, vous y gravitez depuis longtemps. Comment voyez vous son évolution depuis vos débuts ? Qu’est-ce qui a changé, en bien comme en mal ?

Il y a plein de salles qui ferment, c’est triste, mais il se passe quand même quelque chose d’assez intéressant qui se dégage de ça, notamment à Paris. Il n’y a plus de lieux dits, et donc les gens se déplacent uniquement pour la musique, pas pour la pose. Et pour Paris qui est une ville de pose, il y a quelque chose d’intéressant.
Simon : La Station est un bon exemple. Ce n’est même pas dans Paris et beaucoup de gens y vont pour toutes sortes de choses. C’est un bien grand mot, mais il y a une défragmentation, et c’est intéressant : les gens vont plus à un endroit pour l’ambiance et la musique que pour seulement le lieu en lui-même.

Vous pensez que les poseurs ne dépassent pas le périph’ ?

Elliott : Si je pense, mais les poseurs ont évolué. Au début, tu te dis que c’est dommage que des endroits ferment mais, quand tu prends un peu de recul, ça se déplace et ça évolue aussi, y compris du point de vue créatif. Maintenant quand les gens se déplacent, c’est pour écouter de la musique. Et créativement, il y a quelque chose de plus intéressant que le côté ‘on va dans ce bar parce que c’est cool‘.

Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontré à vos débuts ?

Simon : On n’a pas trop ressenti de difficultés, ça s’est fait naturellement. On a eu la chance de pouvoir tourner très tôt, même si on a joué pendant longtemps à l’étranger devant 10 personnes. Puis c’est allé crescendo. Ça a été très formateur.

Et aujourd’hui, avez vous l’impression d’avoir changé de statut ? J’aurais tendance à le penser aux vues de quelques sessions photos récentes, à votre dernier clip particulièrement léché ou l’on vous voit pour la première fois…

Elliott : C’est une évolution voulue. On a vraiment pensé les deux premiers Eps comme des étapes, on était en train de monter quelque chose, et c’est aussi pour ça qu’on a mis du temps à faire un album. Maintenant, on sait un peu où on va, on sait qu’on est un peu établi dans ce qu’on est en tant que personnes, ensemble, dans notre son, et on avait envie de l’incarner, de se montrer, d’être au devant du truc.

Vendredi (9 novembre, ndr), c’était votre release party et vous avez partagé l’affiche avec des artistes quasiment tous issus de la scène électronique. Vous vous sentez plus proches de ces artistes là que d’autres plus rock ?

Clairement. Parce que la scène rock aujourd’hui est dans un revival assez chiant, il n’y a pas grand chose qui s’y passe ou alors ça ne tient que du fantasme de ce qui s’est déjà fait. Pour nous, les choses les plus créatives et intéressantes aujourd’hui viennent de l’électronique, de la techno… Ce sont des gens qui font des choses variées. Après, il reste quand même quelques bons groupes rock comme Bryan’s Magic Tears, le Villejuif Underground qui fait des trucs cools aussi…

Vous partez très bientôt pour trois dates en Russie. C’est votre première là bas ?

Oui, pour l’instant, nous n’avons fait que l’Ukraine, Budapest… A chaque fois, on a été hyper agréablement surpris de voir tant de gens, d’avoir tant de bons retours de si loin. On a joué dans des grosses salles, avec des publics bien chauds.

C’est quoi la pire question qu’on vous ait posé en interview ?

Simon : Pourquoi Rendez-Vous ? Parce qu’on nous l’a beaucoup posée.
Elliott : Et on ne l’a pas eu une seule fois aujourd’hui. Du coup bravo !

Ah bah du coup, pourquoi Rendez-Vous ?

Simon : Et pourquoi pas ? (rires)

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