Pony Pony Run Run, « génération de connards… »

Pony Pony Run Run nous avait bluffé il y a quelques années avec une première démo au son ahurissant, faisant du groupe le Get Up Kids français en pleine vague émo. Seulement, quatre ans sont passés, et on pensait ne plus entendre parler de ce combo au potentiel évident. C’était vendre la peau de l’ours… Car Pony Pony Run Run est toujours là, a évolué, n’est plus tout à fait celui qu’il était, mais détient toujours ce talent indéniable pour les mélodies, qu’il met désormais au service d’un electro rock très tendance et d’un premier album réussi. C’est non loin de leur maison de disque, dans un petit square du 14ème arrondissement, entre une session radio avec Franky Vincent et une mini tournée au Japon, qu’on a pu leur poser nos questions, et qu’ils ont pu nous jouer deux de leurs nouveaux titres…


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L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

Pony Hoax, Poney Express, New Young Pony Club, Pony Pony Run Run… Les scènes rock et electro regorgent de poneys… Ce n’est pas un peu lourd d’être catalogué à la simple énonciation de votre nom?

Gaétan: Nous, en fait, on est poneyophages. C’est-à-dire que notre poney est doté d’une nature plus puissante, qu’il est mieux entraîné, notamment à manger les autres. Finalement, on va être les derniers des survivants. On se fait notre chemin, on fait grossir le truc tel un cheval de trait, on trace le sillon, et on vire les autres poneys…
Amaël: C’est un peu méchant ça…
Gaétan: Mais non, c’est une grande famille ou tout le monde s’aime beaucoup. Puis on aime la nature, on se fait de grandes chevauchées avec nos concurrents.

Un de vos points forts est la production. Le son de l’album est assez énorme, comme celui de votre première démo il y a trois ou quatre ans alors que vous étiez encore un groupe très confidentiel. C’est quelque chose que vous avez toujours voulu particulièrement soigner?

Gaétan: C’est vrai qu’on s’est vraiment appliqué, et on a toujours essayé de faire un truc qui sonnait au plus proche de ce qu’on voulait, toujours dans la limite de nos propres moyens. C’était peut-être un argument mais, en tout cas, une volonté pour nous à la base. On a toujours fait comme ça, on ne s’est pas laissé d’autre choix que d’être dans le détail et la minutie concernant le son. Après, en passant par un réalisateur et en étant appuyé par le label, on a encore atteint un autre stade, une qualité de son supérieure.

Trois ou quatre ans sont passés depuis cette démo, vous avez mis beaucoup de temps à concrétiser. Pourquoi? Qu’avez-vous fait pendant tout ce temps?

Antonin: On a fait des concerts principalement, on avait envie de faire vivre le groupe, de vivre ensemble, faire de la musique ensemble…
Gaétan
: Comme des hippies…
Antonin
: Non mais après, ça a mis le temps que ça a mis, on a alimenté le Myspace, on a refait des titres de manière éparse. On ne s’est pas vraiment rendu compte du temps passé en fait…

pprr2Cette maquette vous affiliait à des groupes comme The Get Up Kids et au courant émo très en vogue à l’époque. Ce premier album, lui, sonne très actuel. Est ce que les Pony Pony Run Run sont des opportunistes?

Antonin: A la base, on s’est retrouvé sur une influence commune, autour de Weezer.
Gaétan: La power pop des années 90… Vu qu’on était un peu uptempo, on s’est un peu rapproché des mouvements émo ou skatecore. En même temps, dans le passé, on écoutait vraiment ces trucs-là, les groupes Burning Heart, Millencolin, etc… Par la suite, on s’est assagi en termes de tempo, on est passé à Weezer, The Wannadies, The Rentals… Ce n’était pas étonnant que cette démo sonne ainsi, comme un pot-pourri de tout ça. En fait, on a jamais voulu se positionner quelque part, on a toujours fait ce qu’on voulait faire sur le moment. Après, c’est normal qu’on ait évolué durant ces trois ans, ce n’est pas de l’opportunisme. C’est juste qu’on fait ce qu’on aime, au moment où on l’aime.
Amaël: On n’a jamais été trop émo quand même…
Gaétan: Non, mais c’est vrai qu’on avait un truc assez uptempo, un peu plus «punk rock».

Beaucoup de gens ne vous connaissent pas encore. Comment les inciteriez-vous à acheter votre album?

Gaétan: On n’a pas fait BTS Action Co, on vient d’école d’art, donc on est habitué à vendre des choses plus abstraites que ça.
Antonin: On s’est vraiment cassé le cul à faire un album cohérent, pas trop long, qu’on puisse écouter tranquillement à la maison. Les albums de pop, comme ceux des Beatles ou des Strokes, durent trente-cinq minutes, tu te fais pas chier…
Amaël: Je pense qu’on ferait comme les vieux disquaires indépendants, on sortirait une sélection de disques, on les ferait écouter comme quand on allait à Black & Noir étant jeunes.
Gaétan: On est encore en contact avec Stephane Martinez qui était un peu un des représentants de Black & Noir. Nous, on allait là-bas quand on était gamins, il nous sortait quarante disques, on écoutait ça pendant une journée, on achetait que dalle, et on revenait le lendemain pour en écouter quarante autres. Donc pour vendre notre album, on dirait juste aux gens d’aller l’écouter. Peut-être qu’ils accrocheront, ou pas. En tout cas, on l’a fait sincèrement.

«Hey You», le premier single, est assez différent du reste de l’album. Vous n’avez pas peur qu’on vous taxe de publicité mensongère?

Gaétan: Si tu as vraiment écouté l’album, tu verras que c’est juste une variation de tempo. Je pense qu’il n’y a pas deux morceaux qui se ressemblent, les énergies sont vraiment différentes. C’est vrai que celui-ci est un peu funky, un peu plus low tempo, mais il est venu tout à fait naturellement. Initialement, ce n’était pas du tout le titre phare de l’album, contrairement à ceux qui étaient déjà sortis en amont, comme l’ex «Boy/Girl Surrender» qui s’appelle maintenant «Out Of Control» pour des raisons que je n’évoquerai pas. C’est vraiment une surprise, autant pour nous que pour le label. On ne pensait vraiment pas que ce serait «le» morceau en question. Pour nous, c’était plus une variation. Dans un album, vaut mieux avoir des dynamiques différentes, parce que si tu vas toujours dans la même énergie… Par le passé, on a toujours attaqué, sans jamais vraiment s’octroyer de respirations. Là, on s’est vraiment posé pour qu’il y ait justement des phases de respiration comme ça. «Hey You», c’est peut-être le titre qui respire le plus.

Les années 80 ont été une décennie longtemps bannie parce que plus ou moins ringarde musicalement, pourtant elles transpirent tout le long du disque. Qu’est ce qui vous attire dans cette période?

Gaétan: Finalement, ce qui nous plait dans les années 80, c’est plutôt le début des années 90. On n’arrive pas vraiment à voir la jonction entre les deux. Je pense qu’on se situerait plutôt entre 89 et 91, au moment où on commençait à glisser dans cette espèce de gros bordel qu’ont été les années 90. À l’époque, on écoutait du rap, de la dance genre Corona, du Sépultura, tout ce qui passait… Mais c’est vrai que la dance nous a plus inspiré que la musique eighties en soit. Corona, Culture Beat, Real To Real, Twenty Fingers, tous ces trucs de haute qualité. C’est comme ça qu’on s’est dit «faisons de la bonne musique, essayons de revaloriser ces moments perdus de la musique»

Est-ce que vous craignez la difficulté que vous aurez à évoluer une fois que cette vague, déjà bien amorcée, va définitivement s’effondrer?

Antonin: Il n’y a pas trop d’artifices dans l’album par rapport à ce que nous aurions pu y mettre s’il n’y avait pas eu de réalisateur et les discussions qui vont avec. L’idée principale était de préserver la chanson sans qu’il y ait de petits merdiers à côté pour faire joli. A ce niveau-là, on est satisfait du disque parce que, pour nous, il tient, et on espère que ça tiendra aussi dans le temps.

Gaétan: On n’a pas assez de recul mais, pour nous, il est assez intemporel. Il est certes très marqué par cette époque, sans être trop dans l’illustration vulgaire. Je dis 90 parce que ça ratisse large, c’est vraiment de la variété internationale de ces années-là. Il y a pas mal de relents, mais c’est difficilement définissable. Par exemple, il y a un morceau qu’on fait et qui n’est pas sur l’album, qui a des espèces d’accents zouk. Jusqu’à preuve du contraire, personne ne s’est vraiment mis là-dedans en ce moment. En fait, on est un peu victimes de ce qu’on écoute et de nos envies du moment. On a voulu cet album intemporel. Pourtant, on l’a enregistré en 2008 et 2009, et on aurait pu être plus club, vachement plus electro. Finalement, on a fait de la pop, pas pour se démarquer mais pour se positionner.

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Vous avez déjà goûté à l’étranger. Quels enseignements en avez-vous ramené par rapport à la France?

Antonin: C’est beaucoup plus fréquenté à l’étranger. Les gens ne sont pas comme en France, ils vont boire des coups dans les concerts et découvrent par la même occasion.
Gaétan: Les gens y vont comme des habitués du cinéma du quartier. Que ça leur plaise ou non, ils ont la curiosité d’aller voir et ils restent jusqu’à la fin pour pouvoir juger. On a l’impression que c’est moins intellectualisé, mais c’est surtout dû au fait qu’on communique plus difficilement avec eux à cause de la barrière de la langue. Le Français peut te décrypter plus facilement ce qu’il a aimé ou pas. Mais il manque des lieux en France.
Amaël: On a fait un concert gratuit à Metz dans un lieu pluri disciplinaire un peu dans cet esprit-là. Je crois qu’en fait, chaque ville est différente, chaque club est différent. Il n’y a pas vraiment de généralités.
Gaétan: Les Allemands ne sont pas vraiment différents des Français, alors qu’en Pologne, c’était vraiment spécifique. Il y a des publics comme ça, qui se mettent vraiment corps et âme dans la musique. Moi, en tant que bon auditeur, je regarde quelques morceaux et je vais boire une bière. Un bon concert, je tiens pendant cinq titres. On est plus dans l’analyse que dans le physique, et je pense que l’écoute critique, c’est typiquement français.
Antonin: A l’étranger, notre notoriété était relative puisqu’on avait qu’internet et Myspace, mais il y avait toujours un peu de monde, des gens curieux et une ambiance assez sympa. Mais ça arrive aussi souvent en France.
Gaétan: Il ne faut pas non plus cracher sur le public français qui est un bon public aussi. Quand je parle des gens mous et critiques, je parle plutôt de notre génération. À Saint Malo, on a vu des gamins partir en pogo au premier accord alors qu’on fait de la pop. Ils étaient à fond. C’est peut-être générationnel, mais on est une génération de connards… Je crois.

Et cette rumeur de star internationale qui vous aurait approché pour faire ses premières parties? Info ou intox?

Gaétan: Ce n’est pas du bluff mais, en fait, pendant qu’on était en studio, on a été contacté par l’agent de Katy Perry, qui n’arrive pas à s’exprimer par elle-même et donc qui paye un type pour le faire. Elle nous avait repéré sur Myspace voulait savoir si on était disponible pour sa tournée aux Etats Unis. Ce n’était donc pas «ouais, venez!». On lui a dit non, puisqu’on était en train d’enregistrer l’album. On n’a pas plus d’affinités que ça avec elle parce que, musicalement, c’est quand même de l’ultra-mainstream, mais on n’est pas non plus réfractaires à ce genre de pratiques. Ça ne nous paraît pas impensable de faire ça un jour. Ce n’est pas être opportuniste, ce n’est pas se vendre puisque ta musique est qualitativement la même que tu la joues dans un endroit ou dans un autre. Katy Perry, ce n’est pas non plus le truc le plus dégueulasse, même si jouer sur le «I Kissed a Girl» est un peu moisi.
Antonin: On a tous écouté des trucs super indé, voire bruitistes… Mais, à force de faire de la musique, on est de plus en plus réfractaires à l’élitisme ou à cette éthique indépendante rigide.
Gaétan: C’est vrai qu’on est capable de passer de Katy Perry à Don Caballero, puis de Tortoise à Brise Glace… Même à Steve Reich. C’est une pratique musicale plurielle, tu aimes ou tu n’aimes pas. Je parlais de zouk toute à l’heure, on a fait une interview avec Franky Vincent il y a quatre jours. Son nouveau single, c’est «Tu Veux Mon Zizi»… On était en régie, on n’en pouvait plus. Là, il n’y a même plus de métaphore. Puis, on a écouté et, à un moment, on s’est dit que c’était pas mal. Ça fait partie de cette variété qui comprend aussi Police, Enya ou Deep Forest. En même temps, Deep Forest n’est pas loin de redevenir le truc génial avec tous ces groupes de Brooklyn qui font de la musique de babloches avec des chiens qui jonglent…

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