Pirato Ketchup, surfin’ USA

Pirato Ketchup, surfin’ USA

En avril, les rockers liégeois de Pirato Ketchup ont parcouru 18000 kilomètres pour aller balancer leur musique instrumentale aux oreilles américaines. De New York à Long Island, en passant par Nashville et Chicago, une vingtaine de villes ont été prises d’assaut par les pirates belges, sous les regards éberlués des ouailles de l’Oncle Sam. ‘On ne fait pas du surf à la papa, explique Will, lead guitariste et fondateur du groupe. Dès les premières notes, on envoie notre sauce rock’n’roll-punk-garage au public. Ça donne le ton d’entrée de jeu.’

Comment un groupe belge se retrouve-t-il à faire une tournée aux Etats-Unis ?

Le monde de la musique ‘surf’ est un univers particulier. Comme une grande famille, on finit tous par se connaitre. Ju (guitariste/manager) organise des concerts surf en Belgique depuis des années, on rencontre d’autres groupes en tournée, on crée des liens, on s’échange les bons plans. Parfois, on tombe sur des extraterrestres avec lesquels on entre en osmose. Ce fut le cas avec Daikaiju. On a joué plusieurs fois avec eux en Europe, notamment au Surfer Joe Festival en Italie, et au fil des années, ils sont devenus des potes. Voilà d’où est née l’envie de réaliser un split 45T ensemble, puis la tournée aux States pour fêter la sortie du vinyle.

On a eu quelques craintes avant le départ. On a entendu dire que pas mal de groupes avaient été refoulés à l’immigration parce qu’ils n’avaient pas de visa pour travailler, notamment certains programmés au festival SXSW, ou encore nos potes italiens de Biffers qui ont annulé une tournée de 2 semaines sur la côte Ouest après avoir été gentiment rapatriés aux frais de Donald (sic). Alors, on a joué la carte ‘touristes’. On a envoyé notre merch par La Poste et on a acheté nos instruments sur place, le backline étant généreusement prêté par nos potes ricains. Puis on a débarqué dans le Nouveau Monde les mains dans les poches, comme si de rien n’était. La première mission, une fois sortis de JFK, a d’ailleurs été de trouver nos instruments et de récupérer les t-shirts qu’on avait fait sérigraphier à New York.

Aux States, la réalité est très différente d’une tournée en Europe. Là-bas, on sent vraiment le côté libéral. Par exemple, c’est rare quand on te propose à manger ou un logement après un concert. Alors tu tires ton plan, tu discutes avec les kids, tu demandes s’ils ont un salo(o)n où tu pourrais passer la nuit avec ton groupe, ou bien tu roules jusqu’à la ville suivante pour trouver un motel pas trop cher.

Il y a aussi des trucs complètement aberrants pour nous, Européens : tu peux quasi librement acheter une arme à feu dans un Walmart, mais si tu n’as pas ton passeport sur toi, pas moyen d’acheter une bière dans un bottle shop ! Pourtant, ça se voit qu’on a plus de 21 ans…

20 concerts en 19 jours, dans 20 villes différentes… Des milliers de kilomètres parcourus sur place… Ce n’est pas trop lourd à vivre ?

On fait beaucoup de sport durant l’année, dixit Fan (bassiste). Non, c’est pour déconner. Bien-sûr que c’est lourd, ce n’est pas un boulot de fonctionnaire, et c’est ça qui est bien ! On dort mal, on mange (très) mal, on accumule la fatigue, on a mal partout… Mais quand, tous les soirs, des tas de personnes viennent te remercier et te féliciter pour ce que tu fais, ça te donne l’énergie nécessaire pour le concert suivant. Après, il a fallu une semaine pour s’en remettre, mais bon, on devient vieux ! Et puis, on a opté pour une stratégie efficace : 6000 bornes aller, 6000 bornes sur place et 6000 bornes retour. La méthode à 6000, quoi, c’est plus facile, surtout pour la langue.

On n’est pas des touristes

Naïvement, on pensait avoir un peu de temps pour faire du tourisme, mais la réalité de la tournée nous a vite rattrapés. À part à NYC, où une copine qui vit là nous a rejoints pendant un après-midi pour nous montrer quelques trucs, on a eu peu d’occasions de visiter les villes où on est passés. On a quand même vu Nashville et ses bars, où tu peux voir des groupes country 24h/24, ainsi que ses boutiques de cowboys boots/Stetson/western shirts ! Et puis on est allé voir le putain de Rock’n’Roll Hall of Fame à Cleveland… Par contre, sur 6000 kilomètres, on a eu le temps d’admirer les paysages. Des autoroutes à 6 bandes dans l’état de New-York, des plaines à perte de vue dans l’Ohio, des collines verdoyantes en Pennsylvanie, des exploitations agricoles démesurées dans l’Indiana…

Des galères ?

Evidemment, même si nous préférons les sloops (Pirate joke !), une tournée sans galère n’en est pas une. On a annulé un showcase prévu dans un magasin de disques à Charlotte (NC) parce qu’on a éclaté un pneu et qu’on a dû trouver un garage pour réparer. Puis on devait dormir chez un mec, à Louisville, qui avait accepté de nous héberger. Quand on est arrivé chez lui, sa maison ressemblait à un garage de mobylettes volées puant le hamster crevé, et il était en pleine dispute conjugale. C’est à ce moment que les flics se sont pointés et qu’on a décarré vite fait !

Heureusement, il y a aussi des plans qui se profilent comme des galères mais qui finissent de manière épique. Genre ce concert à Indianapolis où on jouait en tête d’affiche… d’un festival métal ! Pas du heavy metal gentil, non, plutôt du black/death/grind metal bien sauvage. Avec des gars déguisés comme dans Mad Max, affublés d’épaulettes à clous et de nanas maquillées comme Kiss, mais en plus gore. On pensait que le public serait difficile à accrocher. Et finalement non, les mecs ont adoré le show. On a fini la soirée avec une dizaine d’entre eux à bouffer des gaufres dans un fast food. Ça, c’est de l’after de métalleux !

Rencontres à gogo

On a rencontré des gens de tous horizons. Des hipsters new yorkais, des bobos de Caroline du Nord, des punks d’Alabama… On a aussi vu des gens qu’on connaissait virtuellement depuis des années. Ça fait toujours quelque chose de passer d’un profil facebook à une personne dans la vraie vie. On a également rencontré des personnalités : Victor Venom de Nausea/Reagan Youth/Coffin Daggers, Brent de Mastodon, et Gary de Rocket from the Tombs/Père Ubu, respectivement à New York, Atlanta et Cleveland. Ces mecs ont vu notre concert et sont personnellement venus nous dire qu’ils avaient kiffé. Quand on va dire ça à nos mères…

Le public américain est très différent de ce qu’on connait en Europe. Ces gens sont excessifs à tout point de vue. Les bagnoles sont excessives, la bouffe est excessive, et quand ils sont enthousiastes, c’est un enthousiasme excessif. Tu commences ton concert et tu as déjà des gens devant la scène qui dansent, hurlent, pogotent… Puis, après le concert, ils veulent t’acheter tout ce que tu as en stock au merchandising. On a signé plus d’autographes en 20 jours de tournée aux States que sur 8 ans de concerts en Europe. Dingue.

Que garderez-vous de cette tournée exceptionnelle ?

Fan : Des courbatures et un dégoût des burgers à vie ! Plus sérieusement, la conviction que c’est définitivement une autre culture, mais que, même là-bas, il y a des gens bien !
Will : Le plus dur quand t’es en tournée là-bas, c’est le retour. Jouer aux USA, c’est carrément l’Amérique !
Ju : ‘You guys were fuckin’ amazing !
Mitch : L’envie d’y retourner.

EN ECOUTE

Durant son périple américain, Pirato Ketchup a fait une étape dans l’Ohio, dans les studios de la radio WLCI. En écoute ci-dessous.


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