Mayer Hawthorne – Interview rétro chic

Comme toute nouvelle signature Stones Throw, Mayer Hawthorne attise les curiosités. Et se pencher sur son cas ne fait qu’amplifier le phénomène. 29 ans, multi-instrumentiste, capable de sonner comme à son époque chérie de la soul des années 60-70, ce natif de Détroit émigré à Los Angeles sort « Strange Arrangement », un premier album entièrement composé et interprété par ses soins, qui ne va certainement pas laisser indifférent. Fin août, alors que Paris connaissait sa journée la plus chaude de l’été, on a coincé Mayer sur les bords du Canal Saint Martin, sur un playground du Quai de Jemmapes, pour lever les dernières incertitudes à son sujet. Et on n’a pas regretté. Rencontre.

L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

Tu viens de signer sur Stones Throw, un label assez ouvert musicalement, mais essentiellement connu pour ses productions Hip Hop. Pourquoi l’avoir choisi?

Ça a toujours été un de mes labels préférés. Ils sont surtout connus pour la qualité de leurs productions et de leurs choix, mais au delà de ça, les gens ne savent pas assez que ce sont les gens les plus cools avec lequel il m’ait jamais été donné de travailler. Ils m’ont laissé une totale liberté sur ce projet, m’ont vraiment soutenu sur toute la ligne, dans tous mes choix. Quel autre label m’aurait permis de sortir mon premier single dans un tel format, un vinyl rouge en forme de cœur, juste parce que j’en ai eu envie? C’est vraiment un plaisir de bosser avec eux, et j’éspère que ca va durer.

Tu sembles puiser tes influences dans des registres musicaux assez variés: le rhythm’n blues, la soul voire des mouvances plus expérimentales comme la Black Music. Y a t’il néanmoins un courant qui t’inspire plus que les autres?

C’est vrai que cet album est largement influencé par la soul des années 60 et 70. Pourtant, j’étais même pas né à cette époque, je suis plutôt un gamin des années 80 qui a grandi sur le son du hip hop 80-90. Mais tous ces courants musicaux ont eu autant d’influence sur moi que les grands classiques de Motown et que bien d’autres styles en fait. Tu y trouveras sûrement du J. Dilla, Smokey Robinson, Isaac Hayes ou du Curtis Mayfield je pense.

Oui, les influences soul sont assez nettes dans ta musique, tout comme l’empreinte d’artistes tel que Burt Bacharah , dont on retrouve l’image un peu retro chic jusque dans la pochette de l’album. Es-tu d’accord avec ces références?

Oui complétement, j’adore Holland Dozier Holland et Smokey Robinson, les trésors de Motown, mais j’écoute aussi Franck Sinatra, les Beach Boys, du Bacharach comme tu viens de le dire. Ce mec est une légende. Mes goûts sont très éclectiques et c’est certain que le fait d’écouter du reggae, du jazz, du classique et du heavy metal doit forcement se ressentir dans ma musique.

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Les gens te comparent aussi à Mark Ronson, pourtant lui modernise de plus en plus sa musique alors que toi tu cherches plutôt à te rapprocher du son original. Est-ce que tu d’accord avec ce parallèle?

Mark Ronson est un de mes amis et j’ai énormément de respect pour lui, mais je pense qu’artistiquement parlant on est assez différent. Le truc qui nous rapproche est qu’on est tous les deux très inspirés par la soul classique et par la Motown globalement. Mais, cela mis à part, on a un style différent, des gouts différents… On ne se sent pas trop en compétition à vrai dire. Enfin, s’il y a un rapprochement, il n’y a rien de conscient là-dedans. Je ne cherche pas a lui ressembler ni même à me démarquer de lui, et je pense que c’est la même chose en ce qui le concerne. Mais j’ai beaucoup de respect pour ce gars là c’est vrai, et puis ca a été un des premiers à passer ma musique sur les ondes New-Yorkaises. Je me souviens de la première fois qu’il a passé mon morceau sur sa radio, il a dit un truc du genre « je sais pas si c’est du vieux ou du nouveau, tout ce que ce que je sais c’est que c’est du bon!« . J’ai trouvé ca plutôt cool d’aborder ma musique ainsi. Dans un sens, peu importe l’origine du son pourvu qu’il soit bon.

Tu as toujours été musicien, et multi instrumentaliste de surcroit, beaucoup plus que chanteur. Comment t’es venu cette envie de chanter? Considères-tu cela comme un accomplissement dans ta carrière musicale?

Oui, chanter est un truc totalement nouveau pour moi, j’ai eu un peu tous les roles dans mes précédents groupes: Dj, bassiste, batteur… Mais c’est la première fois que je suis le chanteur d’un groupe. En fait, je n’ai jamais chanté auparavant, je n’ai pas pris de cours, je n’étais pas dans une chorale à l’école, je n’ai jamais chanté dans un groupe, donc c’est certain que j’apprends tous les jours là. Je tente, je m’exerce, j’essaye de trouver mon style. Mais jusqu’à présent, ça me plait vraiment. C’est une expérience différente, mais ça me plait beaucoup.

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Tu joues tout l’instrumental sur cet album, comment comptes-tu procéder pour les concerts?

Oui c’est vrai, je joue la plupart des instruments sur cet album, c’était un peu le challenge que je m’étais fixé, de faire le maximum de l’album moi même. Mais je me suis pas mal fait aider par mon groupe, The County. Pour ce qui est des lives, étant donné que je suis entouré de mes musiciens préférés, je tache de les laisser faire leur truc et de me concentrer uniquement sur le chant.

En ce moment, la scène musicale connait un revival sixties avec  des artistes tels qu’Amy Winehouse, Nicole Willis, Sharon Jones, the Dap Kings… Quel est ton avis sur le sujet? Selon toi, quelles sont les raisons d’un revival comme celui-ci?

C’est le cycle des choses, ça s’éloigne, ça revient, mais ça ne disparait jamais complément. C’est un peu comme le jean moulant ou ce genre de truc, on essaye autre chose pendant un moment et puis finalement on y revient toujours. Ce sont des cycles. La soul, c’est intemporel, ca ne meurt jamais, c’est toujours en fond, pas loin, ca bouge et ca revient. C’est comme Motown, ça a toujours été là et ce n’est pas prêt de disparaitre.

Quand tu as quitté Detroit pour la Côte Ouest, un peu comme Berry Gordy d’ailleurs, quelles étaient tes motivations à ce moment là? Tu souhaitais te confronter à d’autres influences, ou juste te rapprocher de ton label Stones Throw?

En fait, je ne connaissais personne de Stones Throw quand je suis arrivé à Los Angeles. Je les ai rencontrés un an après environ. Quand j’ai quitté Detroit pour Los Angeles, je voulais me lancer dans le Hip Hop, j’étais surtout intéressé par le deejaying et la production. Tout ça a vraiment démarré quand Peanut Butter Wolf a écouté mes chansons et m’a encouragé à en faire un album. Moi, j’avais même pas envisagé de faire cet album soul, c’était vraiment plus pour me tester.

Detroit connait un regain artistique important en ce moment, notamment sur la scène hip hop avec des artistes tels que Invincible, Elzhi et Black Milk. Que penses-tu de cette explosion à Detroit? Le vois-tu, tel qu’on peut l’entendre parfois, comme le contrecoup de la mort de J Dilla?

Ahhh Detroit… Detroit est le vivier des meilleurs musiciens et artistes au monde selon moi. Je ne sais pas si c’est dû aux les luttes continuelles ou à ses hivers … Je sais pas vraiment quelles en sont les raisons,  mais cette ville a la créativité la plus riche et dense que je connaisse. Le seul problème, c’est que l’industrie ne suit pas derrière, elle n’arrive pas à soutenir les artistes. Donc la plupart s’en vont pour tenter de faire carrière, ou juste pour pouvoir en vivre.

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On a évoqué précédemment ce superbe vinyl collector en forme de cœur que tu as sorti chez Stones Throw. Que représente le vinyl à tes yeux?

Je suis totalement fan du vinyl, je les collectionne depuis très longtemps, c’est de loin mon format de prédilection et ça le restera. Pour ce premier single, je voulais un objet vraiment original, singulier, un objet pour les collectionneurs comme moi. Et comme les deux chansons du single parlent essentiellement d’amour et de relation, ça avait vraiment du sens de le faire tel qu’il a été fait. Quand j’ai demandé le « red heart » à Stones Throw, je ne pensais pas qu’ils allaient me suivre sur ce coup là pour être tout a fait honnête. C’était un peu particulier comme demande quand même. C’était mon premier disque chez eux, ils me connaissaient à peine et puis surtout, on ne savait pas qu’il aurait autant de succès. Tu sais, ca coûte cher et c’est compliqué de faire un disque comme ça, mais ils m’ont répondu « ok, très bien, on va trouver un moyen de le sortir comme tu le souhaites« . A ce moment là, on ne savait même pas si on allait pouvoir vendre ne serait-ce que 1000 exemplaires. Puis finalement, on en a vendu 4000 en deux ou trois jours. Ils ne m’ont jamais lâché, m’ont soutenu dans toutes mes aspirations créatives, et ça été comme ça tout au long du projet. Tout ce qu’on a fait ensemble a fonctionné bien au delà de nos espérances. Enfin, bien au delà des miennes en tout cas. Ca a été une sacrée surprise pour moi, une vraie course folle.

Quels sont tes prochains projets, envisages-tu d’autres collaborations?

Sur cet album, il n’y a pas de guest, c’était mon tout premier, je voulais le faire entièrement seul. Mais là, je viens de terminer un morceau avec Freeway et on est en train de voir avec Snoop Dogg si on peut pas sortir un truc ensemble. Enfin globalement oui, je suis totalement ouvert à ce genre de collaboration, j’ai vraiment envie de travailler avec des artistes que j’apprécie.

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