Son Lux, le fruit de l’imprévu

Son Lux, le fruit de l’imprévu

D’EPs en albums, et d’albums en concerts, Son Lux s’est affirmé depuis dix ans comme un artiste qui ne déçoit jamais. Aujourd’hui officiellement trio, Ryan Lott, Rafiq Bhatia et Ian Chang sont sortis du studio avec un nouveau bijou de pop à la fois bancale, pure et faussement minimaliste. C’est donc pour défendre les couleurs de Brighter Wounds que les américains sont descendus à l’Aéronef de Lille, remplis d’assurance et d’enthousiasme. Après le concert, nous retrouvons le guitariste Rafiq pour un bref moment, avant de passer plus de temps avec Ryan, la tête pensante, qui répond à nos questions posément, entre chaque bouchée d’un sandwich interminable mais bien mérité.

Comment s’est passé le show du point de vue de la scène ?

Ryan : On est ému à l’idée de jouer dans cette région. La dernière fois qu’on est venu, c’était au Grand Mix de Tourcoing, c’était très fort. On a toujours eu un bon public en France, très chaleureux, comme en Belgique. C’est une audience à la fois très enthousiaste, attentive et respectueuse. Suivant les endroits, l’expérience est totalement différente. Parfois, on a un public très sauvage mais qui ne fait pas trop attention à la musique… Ca peut être drôle, mais on n’arrive pas toujours à établir cette connexion qui vient du cœur.

Avec ce nouvel album, c’est la seconde fois que vous composez à trois en studio. Est-ce par conséquent plus confortable sur scène ?

C’est une excellente question… Et tu penses que la réponse sera ‘Oui’, mais en fait non… (rires) Nous avons fait Brighter Wounds sans réellement penser à la scène. Ecouter un album et aller voir un concert sont des expériences totalement distinctes. Je pense que le disque est très différent de nos concerts, où nous prenons plus de libertés. On se complique vraiment la vie en faisant ça, mais je pense que c’est la bonne façon de le faire, même si ça représente énormément de travail.

Son Lux, c’est plus de dix ans d’existence, cinq albums, de nombreux EPs… A quel moment êtes vous passés de projet solo à véritable groupe ?

Rafiq : C’est difficile de définir un moment en particulier. Quand tu commences à réaliser ce genre de choses, tu te rends compte que c’est déjà en place depuis quelques temps. Il n’y a pas eu un moment précis où nous avons décidé ensemble de devenir un groupe. Ian et moi sommes arrivés pour donner un coup de main à Ryan en live. Dans ses albums, il y a un design particulier qu’il peut être difficile de reproduire en concert. Notre challenge était d’amener cette musique sur scène en restant dans l’esprit sonique des disques, tout en le réinventant pour le partager en direct au public. Après avoir réalisé cette expérience plusieurs fois, nous nous sommes rendus compte que l’alchimie fonctionnait plutôt bien et que le partage d’idées était productif. Nous avons commencé à adapter cette façon de penser hors de la scène, en studio. Tout ça s’est donc passé très rapidement et naturellement.

Penses-tu qu’il soit possible que vous atteigniez un jour les limites du trio ? Le recrutement d’un quatrième membre est-il envisageable ?

De mon côté, je ne serai jamais moteur pour proposer un quatrième membre. Mais tu sais, quand Ryan nous a demandés de venir jouer avec lui sur scène, je pense que ce n’était pas prévu et que l’on ne savait pas qu’on allait finir un jour en trio. C’est ça qui est beau dans la vie : les choses ne se passent jamais comme tu les as planifiées ! Dans un futur proche, nous ne prévoyons donc pas d’ajouter d’autres musiciens, mais on ne sait jamais !

Vous avez joué quelques morceaux entourés d’un orchestre et de Woodkid. Est-ce pour vous une expérience à renouveler absolument ?

On a vraiment adoré, mais c’était une production énorme ! On a joué Easy tous ensemble, puis Ryan et Yoann (Yoann Lemoine aka Woodkid, ndlr) ont joué la chanson Central Park qu’ils ont co-écrite, avant de terminer par une autre. C’était une sorte de permutations sur plusieurs chansons. Yoann est fan de ce qu’on fait et c’est réciproque. On admire sa capacité à penser et à concevoir un truc de cette ampleur. C’était une expérience incroyable et je suis sûr qu’on adorerait la renouveler.
Ryan : Les infrastructures nécessaires pour ce genre de projet sont grandioses. Nous avons joué Easy avec le Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam, et j’avais déjà des arrangements que l’on pouvait adapter avec un orchestre. C’est pourquoi nous avons pu faire cette chanson dans ces conditions. Avec Woodkid, nous avons écrit Central Park spécialement pour ce show. On est ami avec lui, nous avons passé beaucoup de temps ensemble ces deux dernières années. Pour moi, c’est l’un des grands artistes du 21ème siècle. Il est musicien, mais il est aussi réalisateur, c’est un artiste visuel impressionnant. Il est techniquement incroyable, tout en gardant son côté créatif.

J’imagine que ça prend un temps fou et beaucoup d’énergie de faire partie d’un groupe comme Son Lux. Avez-vous des side-projects ?

Rafiq : Ian et moi avons tous les deux un projet sous notre propre nom. J’ai en fait rencontré Ryan grâce à ça. J’ai sorti mon premier album en 2012, et le prochain est pour avril de cette année. Ian fait aussi sa propre musique. C’est une performance solo dans laquelle il utilise la technologie Century Percussion qui traduit toutes les réponses de son jeu de batterie en rythmes électroniques. Ça ressemble à un kit batterie, mais qui envoie des informations électroniques manipulant elles-mêmes d’autres sons. C’est une technologie excitante et très futuriste, mais la musique est fun. Ryan a aussi d’autres projets. Il fait de la musique de films, il écrit pour des orchestres. Nous sommes tous très occupés, mais quand nous nous voyons à trois, nous débarquons avec de nouveaux bagages remplis d’expériences et d’idées à chaque fois. Chacun apprend des autres, et on est constamment en train de rafraîchir ce que l’on fait ensemble, ce qui nous fait énormément grandir en tant que groupe.

Et vous dormez quand ?

(rires) On dort très peu, c’est vrai. Cette année, c’est la folie. Mais de la bonne folie !

Ryan, comment es-tu tombé dans le projet de composition de la musique du film The disappearance of Eleanor Rigby ?

Ryan : A l’origine, ils avaient demandé à Anthony de M83. Nous avons le même agent concernant ce type de prestation. Le planning a dérivé, et il travaillait sur le film de son frère, qui est réalisateur. Mon agent m’a donc recommandé, en demandant à Anthony ce qu’il pensait de Son Lux. Il a répondu que ça serait super. J’ai donc envoyé des démos, et j’ai eu le job. C’était ma première B.O. Depuis, j’en ai fait une autre pour un film qui s’appelle Paper Towns (en français, La face Cachée de Margo, ndlr), et l’année dernière pour le film canadien Mean Dreams. Ian et Rafiq jouent quelques sons sur ce score. J’adore composer pour le cinéma. C’est beaucoup de travail et c’est très technique.

Si tu pouvais voyager dans le temps et choisir un film pour en faire la bande originale…

Oh mec, c’est une question difficile… J’ai vraiment adoré Ex-Machina, et je pense que j’aurais pu en faire une bonne B.O. ! J’aurais aussi aimé composer celle de Under The Skin, mais la musique est déjà si parfaite… En fait, je suis content de ne pas l’avoir faite ! (rires) J’aime aussi regarder la télé aujourd’hui, il y a tellement de bonnes séries ou la musique est utilisée de façon vraiment cool. Par exemple, j’adore la manière dont est utilisée la musique dans la série Peaky Blinders… C’est si agressif !

Dans cette ère digitale, crois-tu encore au concept d’album ? As-tu écrit Brighter Wounds comme une histoire qui se raconte du début à la fin ?

Je suis assez excité par l’idée d’écouter une chanson, et qu’elle devienne un univers à elle-seule. C’est comme une étoile dans l’univers. L’étoile est belle, et pas seulement parce qu’elle brille au milieu d’autres. Cela dit, de mon point de vue, un album dans son ensemble reste pur. J’ai une approche plutôt saisonnière en termes de créativité, c’est pour ça que j’aime faire un album quand je le sens. Néanmoins, je ne pense pas qu’une chanson doive forcément être écoutée dans un contexte pour être transcendante. De mon point de vue, en tant que créateur, une chanson reste meilleure au milieu des autres qui l’entourent, mais c’est surtout parce c’est moi qui les ait composées ! (rires)

Y-a-t-il une histoire politique derrière l’EP Remedy, écrit le lendemain de l’élection de Trump ?

Oui, c’était une vraie réaction. Remedy est le résultat du temps passé ensemble après les élections. Dans la semaine qui a suivi, nous avons développé les idées qui ont conduit aux chansons. Au départ, nous avions l’intention de travailler sur le prochain album, mais c’est comme si tout s’était soudainement écroulé. On s’est tout de suite dit : ‘pas d’agenda, contentons-nous de créer…‘. L’EP a émergé comme ça, et j’en suis très fier.

Ecoutes-tu parfois tes albums précédents ? Qu’en penses-tu avec le recul ? 

C’est la chose la plus bizarre pour un artiste… Tu passes des années à travailler sur un disque, à l’écouter des centaines de fois, à revenir sans arrêt sur les détails et les différents aspects. Et une fois que le disque est fait, tu ne l’écoute plus jamais… C’est trop bizarre… Les seules fois où j’entends mes anciens morceaux, c’est quand on les joue en live.

Est-ce la raison pour laquelle les vieux morceaux joués sur scène sont si différents des originaux ?

Non, pas du tout. Dès le début, nous avons réécris ces morceaux pour leur donner plus d’énergie sur scène. C’est dommage, mais je n’écoute pas du tout mes anciens albums.

Tu as de nouveau changé de label et signé sur City Slang pour cet album. Pourquoi un tel besoin de changement ?

Les saisons changent, les partenariats aussi. Nous n’avions pas prévu de nous engager sur le long terme avec le label précédent, Glassnote. Nous sommes passés par Anticon, Joyful Noise, Glassnote, City Slang… Certaines personnes chez City Slang faisaient déjà partie de l’aventure au moment de Lanterns. Travailler avec eux est une sorte de retour à la maison, c’est familier. Nous avons fait du bon boulot pour l’instant, il y a de l’enthousiasme et une bonne organisation. D’habitude, les labels sont lents, mais cette fois-ci, nous sommes ceux qui ralentissent le process ! C’est tellement important dans la vie. Si tu veux te lancer dans quelque chose de fou, comme vivre de ta musique, tu dois être très prudent pour choisir les gens qui vont t’entourer. Ça représente trop de travail et d’efforts, c’est à toi de construire la route sur laquelle tu vas rouler, et nous n’avons pas le luxe de perdre du temps en choisissant des gens qui ne sont pas prêts ou pas qualifiés pour te suivre. Je n’ai rien de négatif à dire sur les autres labels. Glassnote sont petits mais passionnés. Joyful Noise ont une équipe incroyable et font du bon travail. Puis j’ai fait mes débuts sur Anticon, donc je serai toujours reconnaissant pour ça.

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