POS, do it himself

Deux albums avaient déjà annoncé la couleur. « Never Better », le dernier acte de POS, enfonce littéralement le clou, fait se tenir rock et hip hop par la main tout en conservant une distance de sécurité avec cet immonde crossover auquel certains veulent trop facilement le rallier. Actif sur les deux scènes, il officie au sein d’un groupe punk, est devenu un des MCs les plus en vue de la scène indépendante américaine, le tout en ayant grandi sous les décibels des plus dignes artistes de ses deux disciplines. Difficile de trouver mieux pour incarner une ligne éditoriale que Mowno (et feu Bokson) a toujours voulu ouverte et qualitative. Heureux que nous étions de trouver un artiste partageant notre culture musicale, les questions ne manquaient logiquement pas en ce début de mois de juin 2009. C’est juste avant son concert à Mains d’Oeuvre (St Ouen) qu’on a pu donner la parole à un artiste définitivement sous estimé, et ainsi réparer avec nos humbles moyens une infime partie de cette grande injustice.

L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

Tu es un des rares artistes à faire partie à la fois de la scène punk et hip hop. Selon toi, ces deux genres sont-ils complémentaires? Est-ce que tu leur trouves des points communs?

Je leur trouve plein de points communs… J’ai l’impression que le hip hop dont je suis tombé amoureux quand j’étais un jeune adolescent, et le punk rock sur lequel j’ai flashé encore un peu avant ça, partagent un bon nombre de thèmes, un bon nombre de sujets. Et même si les deux publics en viennent parfois aux mains, c’est en fait la même musique au niveau de ses racines. Il s’agit de l’énergie qu’elle dégage, et de politique sociale.

Tu trouves toujours le temps pour jouer avec Building Better Bombs?

Ouais, on vient tout juste de finir un nouveau disque, et avec un peu de chance, il sera mixé et dans les bacs dès le début l’année prochaine.

Ces deux carrières différentes sont-elles complémentaires et obligatoires pour ton propre équilibre?

Si je ne jouais plus avec Building Better Bombs, je serais probablement en train de devenir dingue. Je ne peux pas juste rapper, comme je ne peux pas jouer seulement dans Building Better Bombs. C’est bon pour moi d’avoir des exutoires musicaux dans chaque style… Sans ça, je perdrais la boule (rires).

Selon toi, quels sont les autres arguments qui font de toi un artiste différent, plus original que les autres artistes ou groupes de hip hop?

Je ne sais pas. Je veux faire de la musique que je trouve intéressante, celle que je veux écouter. Avant que je sorte des disques, il y avait très peu de rappeurs sur qui je pouvais compter en termes de hip hop vraiment agressif, lourd, bruyant. Certains étaient fiables à ce niveau-là, mais les sujets qu’ils abordaient n’étaient pas ceux que je voulais entendre. Et ceux qui y parvenaient ne sortaient pas assez de disques. Donc voilà, quand je me suis lancé dans le hip hop, je voulais que ce soit pour faire ce que j’aimais, ce son vraiment agressif à la Company Flow. Avant Def Jux, il n’y avait vraiment rien qui sonne comme ça. Alors mon approche vient absolument d’un désir d’entendre du gros hip hop énervé.

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Et quels groupes t’ont fait aimer le punk rock? Il y a des lyrics dans «Never Better» ou tu cites Fugazi par exemple…  Ça, il y a probablement peu de MCs qui connaissent… Que représentent ces groupes-là à tes yeux?

Ils représentent un peu le DIY, l’attitude «Do-it-Yourself», avec laquelle j’ai fait surface… Fugazi ont toujours été, et sont d’ailleurs toujours, sur leur propre label. C’est leur manière de faire, et de voir les choses qui me plait: maintenir des prix abordables, rester vrais envers leur sens de l’éthique et leurs idéaux. Donc voilà, ça a été une grande source d’inspiration pour moi: Fugazi, Minor Threat, les premiers disques de chez Epitaph pour le pop punk et du bon son hardcore… Simplement parce qu’ils avaient la même approche, ils étaient vraiment à la «Do-It-Yourself». Ça m’a influencé depuis le début, et tout du long… Ces groupes là, mais aussi Jade Tree Records, Kid Dynamite

A l’instar d’artistes comme Cage par exemple, tu n’hésites pas à inviter des musiciens de groupes de punk rock à enregistrer avec toi. Comment tu fais pour les convaincre, et pourquoi selon toi acceptent-ils un tel défi?

Jusqu’ici, les gens qui ont travaillé sur mes disques avec moi ont été… Je veux dire, ça a été entièrement basé sur le respect. Moi je suis fan de leur groupe, alors je vais vers eux en tant que fan de leur groupe, et tout ceux à qui j’ai demandé pour le moment ont répondu positivement. Je ne sais pas pourquoi. C’est peut-être une question de respect mutuel. Il y en a d’autres à qui j’aimerais bien demander, mais je ne les connais pas, et je n’ai pas vraiment de raison d’aller vers eux si ce n’est la musique. En ce qui concerne Jason de Kid Dynamite et None More Black qui est sur «Never Better», j’avais entendu que c’était un de mes fans, alors je l’ai approché. Et c’est comme ça, je n’ai pas envie de juste appeler au hasard. J’ai envie de m’assurer qu’il y a du respect.

Il y a eu un âge d’or pour le crossover pendant les 90s. Y a-t-il encore des idées préconçues qui circulent à propos d’artistes comme toi qui mixent rock et hip hop? Même si on ne peut pas exactement te qualifier de crossover…

Oui, il y en a… Souvent, je vais lire une chronique sur ma musique, et là Limp Bizkit ou Linkin Park vont être évoqués alors que mon son ne ressemble pas du tout au leur. Je ne leur en veux pas… Ils font ce qu’ils font, et moi ce que je fais, mais c’est pas la même chose, et j’ai le sentiment que souvent les chroniqueurs, les journalistes, ont du mal à capter comment qualifier ma musique sans me vendre de cette manière-là. Il y a indéniablement une stigmatisation qui fait que t’as plutôt intérêt à éviter de te retrouver dans ma position… Je n’ai pas envie d’être comparé à eux. Pas par manque de respect, mais simplement parce que ce n’est pas pareil.

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Ta biographie précise que tu te sens frustré par moments. Pourquoi cette frustration?

En tous cas, cette comparaison n’est pas la raison de ma frustration. Non, la frustration se ressent à travers mes textes, qui sont basés sur le gouvernement américain, la politique, ou juste la manière dont les gens se traitent entre eux, dans les bars, ou autres environnements sociaux, des choses comme ça. C’est de ça dont il s’agit. Je ne suis pas quelqu’un de frustré, je suis une personne heureuse, mais quand je m’assois pour observer la manière dont les choses fonctionnent, je deviens frustré. C’est de ça que je parle, c’est de ça dont parle ma musique.

Tu ne fais pas que chanter, tu t’occupes aussi de la moitié de la production de «Never Better». Tu n’avais pas l’impression par moments de manquer de recul pour pouvoir juger tes morceaux?

Non! (Rires)… Non, je pense que cet aspect-là est vraiment une clé quant au rendu de mon son. Celui de ne pas avoir assez de recul, d’être en plein dedans. Enfin, si moi je kiffe le son, alors je vais lui faire confiance, et je vais l’emmener jusqu’au bout. Si je n’y étais pas aussi impliqué, si j’étais pas là à créer moi-même certains de ces beats, je ne sais pas si je pourrais vraiment les exploiter au mieux… Tu vois, des beats comme «Drumroll», des trucs comme ça, si quelqu’un d’autre les avait faits, je ne sais pas si j’aurais eu la même approche. Ça faisait des années que j’essayais de le créer, et je n’avais juste pas encore réussi à le sortir parfaitement. Et quand j’y suis arrivé, je savais exactement ce que j’avais envie de poser dessus. C’est pour ça que j’ai l’impression que c’est une bonne chose de participer à une partie de la prod.

Ta musique n’est pas accessible à un public très large. Est-ce que tu t’imposes de lutter contre la popularisation du hip hop?

Ouais. Je veux dire, ça ne me dérangerait pas d’être plus connu, ça serait génial, mais je ne veux pas faire ça aux dépens de la manière dont ma musique doit sonner. Je pourrais rendre mes morceaux plus suaves, je pourrais chanter plus, rendre tout ça plus entraînant ou bien mainstream. Mais ce n’est pas ce que j’apprécie personnellement. J’ai envie de créer mon propre truc. J’espère que ça prendra, j’espère que les gens vont commencer à capter. On dirait qu’ils sont lentement en train de s’y faire… Tu sais, je ne serais pas fâché si les gens commençaient à kiffer mon son… Je m’achèterais une barque! (Rires)

Est-ce que c’est aussi une manière d’accuser la culture pop comme tu fais souvent?

Euh, pas accuser, plutôt taper dessus (rires). Je sais comment sonne la pop, je comprends. Je n’essaie pas d’être en colère contre eux, simplement ce n’est pas ça que je veux faire. Je veux même faire quelque chose qui en soit très très loin!

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Le fait d’être un MC atypique te cause parfois des ennuis dans la communauté hip hop?

Non, étonnamment. Pendant longtemps oui, mais disons que durant les trois dernières années, plus du tout. Les gens aiment ou n’aiment pas, mais personne ne me cause de soucis. Pas de problème.

Tu prévois d’essayer de nouvelles choses, de t’aventurer au-delà du mélange de rock et de hip hop?

Ah j’aimerais bien… J’imagine que tout le monde fait en sorte de se dépasser, de continuer à pousser toujours plus loin tant qu’il le peut. Je partirai probablement de là ou j’en suis maintenant, pour voir ce que je peux faire au-delà. Il faut que j’expérimente avec différents sons, je dois prendre des risques, tout simplement essayer des trucs que je n’ai jamais essayés, et voir ce qui marche.

Te considères-tu comme un MC politiquement engagé? Quels sont les musiciens ou personnalités ayant influencé ton idéologie étant jeune?

J’ai l’impression que toute la musique importante pour moi était politiquement engagée, même si elle ne visait pas spécialement tel ou tel politicien. Mais, je ne veux pas être le je-sais-tout, je n’ai pas envie de me comporter comme si j’étais mieux que les autres… Par contre, j’ai envie d’être conscient de la manière dont se passent les choses autour de moi, et au moins d’exprimer mon ressenti par rapport à tout ça. Je ne veux pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire, ni les sermonner, mais dire ce que j’en pense. C’est le style de Refused, de Sage Francis, encore une fois de Minor Threat ou Fugazi. Des trucs dans le genre ont toujours été une grande source d’inspiration pour moi parce que ça ne me donne pas l’impression d’être jugé ou qu’on me crie dessus. J’ai plutôt l’impression que ça éveille ma conscience.

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Une réponse à POS, do it himself

  1. Brice 22 juin 2009 à 12 h 43 min #

    Merci pour la découverte…
    Sinon chouettos votre nouveau site. Bonne continuation!

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