The International Noise Conspiracy ne connait pas la crise

Cela faisait plusieurs années qu’on se délectait sans modération de « Armed Love », dernier album en date que The (International) Noise Conspiracy défendait alors ardemment sur scène, de par le Monde. Jusqu’à l’annonce de la sortie de « The Cross Of My Calling« , album évènement il va de soi, laissant présager un retour des Suédois sur nos terres. Ce fut le cas le 10 décembre dernier, à La Maroquinerie (Paris), là ou nous avons rencontré Lars Strömberg, guitariste aussi sympathique que bavard…


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L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

« The Cross Of My Calling » est votre disque le plus soul à ce jour. J’entends par là qu’on y trouve beaucoup d’éléments de musique noire. Comment et pourquoi en êtes-vous arrivés à ce résultat?

Lars Strömberg: C’est une évolution qui s’est faite naturellement en fait. On a toujours fait en sorte d’élargir notre musique. C’est aussi ce qu’on a toujours écouté, mais il reste encore beaucoup de rock n’ roll, de psychédélique et ce genre de choses dans cet album. Notre batteur, par exemple, a un père pianiste de jazz, donc il a commencé par jouer des morceaux de Mingus avant de se mettre à Led Zeppelin. Ses influences viennent de là. Notre clavier, présent sur ce dernier album, est un musicien d’afrobeat… Ce nouveau disque est donc un mélange de tout ce que nous sommes individuellement. L’assemblage s’est fait tout seul, en jouant simplement, sans que nous cherchions un son précis.

Selon toi, sur quels points le groupe a t-il évolué depuis « Armed Love ». Est-ce que « The Cross Of My Calling » doit être considéré comme sa suite logique?

Je pense que oui. Tous les albums qu’on a sorti étaient chacun une sorte de conséquence, une réaction par rapport au précédent. Par exemple, sur « Armed Love« , nous voulions quelque chose d’assez carré, dix titres, du rock’n’roll roll bien direct et structuré, et nous en sommes assez contents. Rétrospectivement, c’est aussi une réaction au précédent qui était beaucoup plus enjoué. Cette fois, nous avons voulu combiner le coté bien structuré d' »Armed Love » au coté plus enjoué de nos précédents albums. La tournée que nous avons faite précédemment a aussi eu un réel impact sur notre nouveau disque. Le fait d’avoir joué ensemble pendant trois ans nous a permis de perfectionner notre jeu, d’encore mieux nous Arme, et c’est vraiment ces combinaisons, ces progressions, ce plaisir pris à jouer, qui ont engendré « The Cross Of My Calling« .

Comme tu viens de le dire, il y a eu un changement important entre « A New Morning Changing Weather » et « Armed Love ». Et on assiste encore à peu près à la même chose cette fois-ci. Quel est le rôle de Rick Rubin dans tout cela, et plus généralement dans l’évolution de The (International) Noise Conspiracy?

Cela fait maintenant dix ans que le groupe existe, et heureusement, les choses ont un peu évolué avec le temps. Le contraire aurait été triste. Mais la rencontre avec Rick fut importante. Il nous a appris a écouter nos propres morceaux, à voir si le feeling passait bien, à approfondir un riff… Il sait comment remanier un passage, comment modifier un arrangement au profit d’un autre. Il a cette capacité à écouter les titres dans leur ensemble, avec recul. Il a une bonne oreille pour ce genre de choses. Pour nous, ça a été une superbe expérience que d’apprendre à nous écouter nous-mêmes.

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Le livret de votre nouvel album et la biographie annoncent une certaine vision de l’amour et la destruction de l’identité male comme axe principal. Pouvez vous développer ces deux lignes directrices? Le sujet principal n’est il pas finalement l’amour de soi?

Disons que « The Cross Of My Calling » exprime ce sentiment que nous avons toujours eu, à savoir, si on sa la chance de pouvoir dire des choses en jouant notre musique, on se doit de donner une réelle signification à nos chansons. On est alors parti dans une orientation super radicale, avec une musique qui en met plein la gueule. Mais après, les gens n’attendent que ça de toi, et ça devient vite un fardeau car, des fois, tu as juste envie de jouer du rock n’roll et passer du bon temps, plutôt que de sortir de scène et de parler de sujets lourds. Ce nouveau disque parle de ça aussi, de la difficulté d’avoir ce rôle, mais également de son importance pour notre évolution personnelle. Ça nous amène à nous analyser, à nous poser pas mal de questions: pourquoi faisons nous de la musique? Vers quoi allons nous évoluer maintenant? Comment y arriver? Quelle sera la prochaine étape? C’est un peu comme quand on est plus jeune: tu te bats contre le monde et en grandissant tu te bats contre toi même. C’est un peu ce que reflète ce disque: se regarder dans le miroir, se découvrir soi même, décomposer son être en petits morceaux et remettre tout ça en ordre. C’est plus une volonté de changement personnel pour changer le monde ensuite. On est censé être fiers de nous et se penser parfaits, mais apparemment si on l’était, le monde tournerait dans le bon sens! Si les choses changent grâce à la musique, on fera certainement un monde meilleur. C’est ce qui nous fait tenir.

Le morceau « The Cross Of My Calling » explique très bien votre position, entre deux mondes, l’un dans lequel vous ne vous reconnaissez pas, et l’autre qui n’existe pas encore. Qu’est ce qui pousse The International Noise Conspiracy à avancer, à rester positif?

Juste l’amour, c’est pour ça que le précédent album s’appelait « Armed Love ». C’est l’idée que nous devons défendre. C’est une lutte, mais il faut toujours garder en tête la raison de ce combat. Nos albums ont toujours défendu une certaine vision de l’amour, « The Cross Of My Calling » autant que le précédent, même si certains morceaux comme « Arm Yourself » ou « The Assassination Of Myself » sont des titres très agressifs. Au fond, ce sont des appels à la vie, à la volonté de vivre dans un monde positif et qui s’affirme, dans lequel chaque membre de la communauté repousse ses limites pour être chaque jour meilleur. C’est ce que disent les paroles de « The Cross Of My Calling », notamment « when the music stops », elles sont censées pousser celui qui écoute au plus profond des choses, à rester positif, même si c’est dur. C’est ce que s’efforce de faire chaque musicien du groupe.

Votre engagement semble cette fois moins direct, plus mystique comme le montre le symbole de la pyramide du nouvel ordre mondial, la représentation de la foudre par le pendu, les signes astrologiques… Pourquoi ce changement de ton? L’abandon total de l’imagerie à connotation révolutionnaire?

Juste pour montrer qu’en tant d’individu, tu es amené a ouvrir ton esprit. Parfois, on se pose et on parle de football, ou d’un film, du mouvement psychédélique, ou de Charles Manson, peu importe. On est quatre ou cinq personnes en permanence, chacun avec un tas de sujets différents en tête. Et même si on se connaît depuis longtemps, il y tellement d’influences qui viennent s’entremêler… Nous voulions aborder cette complexité, que l’on puisse trouver un certain nombre d’éléments bien distincts dans notre album, politiques ou autre. On s’est juste dit pourquoi ne pas mettre tout ça au service de notre album.

Est-ce que ça vous dérange que le côté politique de votre musique soit toujours souligné?

Non, je ne peux pas dire que ça me dérange, parce que tu dois t’attendre à ce genre de réaction quand tu abordes de tels sujets. Mais il faut savoir que lorsque tu parles de quelque chose, on va te questionner dessus pendant un bon bout de temps. Par exemple, si on se mettait à parler de signes astrologiques sur cet album, il y a des chances qu’au prochain disque on nous demande d’approfondir sur le signe des Gémeaux (rires). Mais tu as quand même une certaine influence sur la façon dont les gens te perçoivent, même si c’est aussi très facile de se laisser coincer dans un personnage. C’est sur que si on attend de nous de n’être qu’un groupe politisé et que l’on ne donne que ça, il se passera pas grand chose de plus… Je ne dis pas que ce n’est pas important, mais juste que tu peux quand même un peu décider de l’image que tu vas véhiculer.

Vous vous attaquez encore pourtant à beaucoup de sujets lourds comme les traditions, la liberté, la politique… Vous sentez vous piégés par votre engagement, comme si en sortir dénaturerait le groupe?

Un peu oui, peut-être… Mais, en même temps, on n’y a jamais vraiment beaucoup prêté attention. Si tu veux aborder des sujets importants et parler sérieusement, tu auras toujours des gens pour te critiquer. Par exemple, la scène d’où je viens est plutôt punk underground, et quand on a signé chez Burning Heart, on nous a dit qu’on était des vendus. Du coup, dès le début, on a vraiment porté une attention limitée à ce que les gens pouvaient penser de nous. Il y aura toujours quelqu’un pour te démonter, alors autant se faire plaisir et continuer de le faire a sa façon.

Vous considérez vous comme une bouée de réalisme dans un monde virtuel?

Complètement. C’est carrément ça, encore plus en ce moment. Avant, enregistrer nos albums était plus un prétexte pour partir en tournée et faire de la scène. Maintenant, c’est devenu un vrai plaisir, quelque chose d’assez excitant qui fait complément partie de la vie du groupe. Mais, c’est vrai qu’encore aujourd’hui, c’est en live qu’on s’épanouit le plus parce qu’on se sent vraiment en phase. Et puis, on aime vraiment tous types de prestation, des gros festivals aux petits clubs, les squats, les manifs, partout. On veut juste jouer tout le temps et pour tout le monde. On ne lâchera pas l’affaire! Et puis, personnellement, mis à part les groupes mythiques comme les Beatles dont j’écoute les disques continuellement, c’est vraiment sur scène que les groupes m’ont le plus inspiré.

Il y a beaucoup d’annotations dans le livret de l’album. Est-ce parce que votre message n’a pas toujours été bien compris jusque là, que vous avez trop eu à vous justifier?

Disons que, vu les sujets que nous abordons, nos lyrics seront de toute façon mal interprétés. Quand nous faisons un nouvel album, les annotations sont là parce que nous avons toutes ces petites histoires, que ça donne plus de matière… Les annotations sont en interaction avec nos lyrics, ça va juste un peu plus loin. Il y a tellement de choses différentes à aller chercher si tu t’intéresses vraiment au truc. On tend des perches à ceux qui veulent chercher un peu plus loin. C’est juste marrant de faire les choses avec une portée un peu plus large.

« Arm Yourself » souligne votre légendaire désir de révolution. A l’heure ou l’égoïsme prime, que chacun défend sa peau, l’idée d’une lutte collective n’est elle pas plus utopiste que jamais?

Bien sur, c’est plus dur, parce que les gens sont plus individualistes désormais. Ils te diront toujours qu’on a atteint le dernier plancher du système, et qu’on ne pourra pas descendre plus bas. Mais je pense, et j’espère surtout, qu’étant donné la conjoncture économique depuis le crash financier, les gens iront au delà de cette illusion. C’est par essence même un système égoïste qui ne s’ouvre pas aux autres, et maintenant que tout se casse la gueule, on a besoin de l’aide de tout le monde pour remonter la pente. La population se rend compte que ce sera long et difficile, qu’il va falloir trouver des solutions. On avance pas à pas, mais c’est un bon point de départ.

Quel regard portez vous sur la crise économique actuelle? Avez vous le sentiment qu’elle crédibilise votre discours?

Oui un peu je pense. C’est assez difficile de ne pas en rire dans un sens, ça fait tellement longtemps qu’on en parle maintenant. Mais c’est vrai que les gens nous demandent beaucoup notre avis là dessus, comme si nous avions quelques compétences en la matière. On n’a pas fait des études d’économie, on a juste compris comment le système fonctionnait. Et le fait qu’il se casse la gueule a rendu les choses encore plus claires et évidentes sur sa nature.

Pour finir plus légèrement, quel pari as tu fait avec Dennis pour ne plus vous couper les cheveux?

Aucun… Mais on ne risque pas se couper les cheveux d’ici la sortie du prochain album. Ca met tellement de temps à pousser qu’on ne peut pas les couper maintenant. Et puis une fois que ça a poussé, on s’y fait, on se sent bien avec. C’est juste plus cool de jouer de la guitare avec des longs cheveux (rires). C’est aussi simple que ça!

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