Interview : The Do (01-2008)

C’est alors qu’ils se remettaient à peine de leur prestation aux dernières Transmusicales qu’Olivia et Dan, les deux têtes pensantes de The Do, s’adonnaient au classique exercice de la journée promo, dans les locaux de Cinq 7, label nouveau-né mais prometteur. Fatigué mais bien disposé, The Do répond à toutes nos nombreuses interrogations, histoire d’y voir un peu plus clair sur ce groupe à la musique aussi atypique que son début de carrière en fanfare. De quoi devenir incollable, entre autres, sur ce premier album qui s’annonce déjà comme un des plus marquants de 2008.


The Do

Vous revenez tout juste des Transmusicales de Rennes ou vous avez plutôt séduit le public alors que vous n’avez que trente-cinq concerts à votre actif, ce qui est finalement assez peu. Quels enseignements ramenez vous de là-bas? Comment jugez vous votre prestation avec un peu de recul?

Olivia: En sortant de scène, on était complètement euphoriques puisque ça s’était quand même assez bien passé malgré des conditions techniques qui ne sont jamais idéales quand tu joues dans un hangar. C’était la première fois qu’on jouait devant autant de gens à la fois. Une semaine après, on se dit que ce n’était peut-être pas notre meilleur concert, mais on en garde un magnifique souvenir.

Dan: Ce qui était difficile, c’est qu’on est vraiment parti de zéro en février 2007. Je n’étais jamais monté sur scène, et on finit l’année sur une grosse scène où tout le monde nous attend au tournant, ou tout le monde nous a mis la pression en nous disant « faites attention, les Trans, vous pouvez vous casser la gueule etc… ». On s’y est amusé, on a réussi à entrer en contact avec le public. Mais, dans les 35 concerts qu’on a faits, il n’y en a aucun dont on peut être totalement satisfait, parce qu’on est vraiment tout jeune. Mais l’énergie était là.

J’ai remarqué que vous n’hésitiez pas à retravailler les morceaux pour le live, notamment dans les arrangements ce qui est normal, mais aussi dans le chant ou les mélodies ne sont pas forcément les mêmes. Est-ce volontaire pour se mettre en danger d’une certaine manière, de casser la routine?

Olivia: Oui peut être, parce que même si cela ne fait pas si longtemps qu’on joue ces morceaux sur scène, on peut vite s’ennuyer en refaisant tous les soirs la même chose à l’identique. Et puis, il a fallu un peu réinventer les titres pour pouvoir les jouer à trois sur scène, ce qui t’offre moins de possibilités qu’en studio. On est encore dans une phase ou l’on apprend, donc on apporte à chaque fois quelque chose de nouveau. Pour le chant, je m’en rends moins compte parce qu’à force des les chanter, on approfondit l’interprétation, on s’amuse avec.

The Do buzze énormément alors qu’aucun disque n’est en bac, seul le single est disponible au téléchargement (au moment de l’interview, ndr). Comment vous l’expliquez? Comment vous le vivez? Que pensez vous avoir de plus qu’un autre groupe?

Dan: Ce ne sont pas des questions qu’on se pose. On n’aime pas trop le mot « buzz », parce que ça signifie plus ou moins quelque chose d’éphémère. Ce que l’on peut dire en revanche, c’est que tout a été très vite, peut être parce qu’on n’a pas voulu rentrer dans un style musical précis, ou essayer de copier quelqu’un. On a juste essayé de se faire plaisir, de faire l’album en toute liberté. On vient aussi de deux milieux totalement différents, de deux cultures différentes. Ça fait que les gens ont soif de curiosité, et qu’on fait sûrement partie de cette curiosité musicale du moment. Tout cela suscite de l’intérêt.

Olivia: Ca peut aussi susciter des reproches, il y a des gens qui ne nous supportent pas, qui ont du mal avec cette diversité. Mais, on ne se prend absolument pas au sérieux.

Dan, tu n’étais pas du tout familier de la scène; Olivia, tes talents de guitaristes sont assez récents. Est-ce que cela vous donne le sentiment de vivre quelque chose de magique, d’impensable il y a encore quelques mois?

Dan: Tout ce qu’on a fait depuis qu’on se connaît était impensable: enchaîner des musiques pour quatre longs-métrages, quatre pièces de danse contemporaine, deux pièces de théâtre, de monter sur scène avec The Do, de répondre à tes questions… Mais j’ai envie que ça dure tout ces trucs-là, qu’on ait un set qui tourne. On aime le danger, les sauts dans le vide. Pour l’instant, on a toujours pas atterri, et on peut se casser la gueule comme se rendre compte qu’on a des élastiques à nos pieds.

Olivia: En ce moment, on a que des premières expériences, on va de surprise en surprise, il faut qu’on apprenne tout le temps très très vite.

The Do in the bush

Votre musique part dans pas mal de directions, pourtant l’album parvient à une belle cohérence. Quel est le fil rouge de The Do?

Dan: C’est la plus belle critique qu’on puisse nous faire. On a qu’un maître mot, la liberté. On a réfléchi à rien…

Olivia: On a eu la chance d’aller là ou l’on voulait, d’explorer autant qu’on le voulait, de garder les chansons qu’on voulait garder…

Dan: Dès que tu as une certaine liberté, et un minimum de sens artistique, il se passe forcément quelque chose. J’ai deux souvenirs comme ça: The Do, et la proposition de faire la bande originale de The Passenger, écrit par Francois Rotger qui nous a proposé de faire la musique de son film en deux semaines pour laquelle on a reçu deux prix internationaux. On se dit que finalement c’est ça: à force d’être toujours guidé, castré par des réalisateurs ou des chorégraphes, tu ne sors pas le meilleur de toi. Tu fais seulement le meilleur de ce que le réalisateur pense être meilleur. Il y a des gens qui s’en sortent bien dans cette contrainte, nous aussi puisque ça nous a donné envie de liberté. Je pense donc que si nous n’avions pas connu cette contrainte-là, on ne se serait pas autant amusé. Et la récompense est là, puisqu’à chaque fois qu’on a eu entière liberté, le public et les professionnels se sont intéressés à nous.

Est-ce qu’on doit aussi aller chercher la diversité musicale de cet album dans ton passé de musicien, Dan?

Dan: Dans mon passé, mais aussi dans celui d’Olivia. Je n’ai pas la culture musicale rock, pop, folk qu’elle a. Moi, je suis plutôt jazz, musique contemporaine, du vingtième siècle, des musiques beaucoup plus ouvertes. Pour être précis, en musique classique, à partir de Berlioz, j’avais l’impression qu’une musique se déroulait et t’amenait de surprise en surprise, sans que tu saches ce qui allait se passer. Je recherchais encore plus cela dans les musiques contemporaines. Du coup, Olivia me fait écouter Queen, David Bowie, Bjork ou PJ Harvey… On n’avait que le rap comme point commun. Moi, j’ai alors amené ma vision de la musique à l’image qui se ressent un peu dans l’album, et Olivia apportait le sens mélodique et harmonique, même si on compose ensemble. Tout cela se mélange, ouvre plein de portes, nous empêche de copier. Jamais je pourrais faire de la musique pour faire comme Radiohead ou Beck, Coltrane ou Monk, Eminem… Dans le passé, j’ai toujours eu l’impression de faire du décor, de plonger les gens dans un univers. C’est très péjoratif, mais c’est comme ça. Là, tout d’un coup, The Do te permet de mettre en scène tes propres personnages et ta propre histoire. Tu deviens le propre danseur, le propre réalisateur. Ça te recentre, tu es l’acteur et le décor.

Olivia: J’ai toujours chanté, mais je ne savais pas que c’était possible de devenir chanteuse et compositrice. Pour moi, c’était un rêve, quelque chose que je ne m’avouais pas vraiment. J’ai pris des cours de classique, j’ai joué dans un groupe de rock, de jazz, d’electro… On s’entend aussi là-dessus, parce que j’étais avide de découvrir plein de musiques, de ne pas m’enfermer.

Olivia, j’ai lu récemment dans un magazine féminin que tu disais que pour chanter, il fallait être ancré au sol. Peux-tu nous expliquer cela?

Dan: Ca, c’est son côté marin, puisque son grand père était un grand marin… (rires)

Olivia: C’est vrai (rires). Je pense qu’il faut être ancré au sol pour beaucoup de choses dans ce métier, sinon on s’envole et plus rien n’a de consistance. Mais c’est aussi technique, l’énergie vient de la terre, des pieds, du corps… Quand, en plus, tu as la guitare électrique qui est un corps étranger, il faut vraiment avoir les pieds sur terre.

Dan: Il faut toujours les avoir sur terre, pour ne pas s’enflammer. On se le dit tous les jours, encore plus avant de monter sur scène.

Olivia: C’est aussi un principe de base dans les arts martiaux.

Album “A Mouthful” de The Do

Sur l’album, vous interprétez un titre en finnois. Est ce que ce morceau a une histoire, ou est-ce une manière de rendre hommage à tes origines?

Olivia: C’est venu très naturellement. Ça peut faire cet effet, mais ce n’est pas vraiment un hommage…

Dan: C’est venu d’un boeuf en studio, elle a chanté naturellement en finnois parce que la mélodie s’y prêtait bien, tout comme les arrangements.

Olivia: Je suis très contente d’avoir une chanson dans cette langue, ça amène un peu de folklore en plus… Peut-être que ça vient aussi du fait qu’on écoutait beaucoup Toumast, puisque Dan réalisait l’album à ce moment-là.

Dan: Il y avait un truc dans les percussions, dans la couleur folklorique qui a peut-être fait directement le lien avec ce morceau, même si les Touaregs n’ont rien à voir avec la Finlande (rires).

Vous parliez tous les deux de hip hop, qui est une influence qu’on retrouve avec surprise sur « Queen Dot Kong ». Est-ce une influence qu’on retrouvera plus souvent à l’avenir dans The Do?

Dan: Pas plus souvent, mais on s’est promis qu’on ferait toujours un morceau hip hop. Je ne sais pas si on tiendra cette promesse, mais j’aime cette idée-là. Ça a été dur, il y a des gens qui nous ont pris pour des tarés.

Olivia: Il faut que ça reste second degré.

Dan: Et c’est le cas pour pas mal de morceaux finalement. « Aha », c’est du second degré, « Tammie » aussi. On fait ce qu’on aime, et le rap est pour moi quelque chose de très fort, de très émotionnel, de très inventif, de très intense, même si il n’y a pas forcément de mélodie. On sent la même pression dans Eminem que dans Coltrane ou Hendricks.

C’est marrant parce qu’il y a pas mal de groupes de votre génération qui revendiquent cela. Cocoon est dans le même cas que vous, Mark nous disait récemment qu’il était à fond dans tout ce qui était electro hip hop…

Dan: On n’écoute pas forcément le genre de musique que l’on joue. On connaît bien Mark, et c’est vrai qu’il a quelque chose de vachement violent finalement. C’est un mec qui fait de la musique en coton, et pourtant… Les Arctic Monkeys aussi écoutent beaucoup de hip hop. On est d’une génération qui est née avec.

On parlait de cinéma toute à l’heure, est-ce quelque chose vers lequel vous retournerez à l’avenir?

Dan: Si The Do commence à être reconnu, on nous demandera plus d’écrire de la musique de la même façon que quand j’étais seul en studio. Ça peut fausser le truc, mais ça peut aussi faire en sorte que les gens nous laissent plus de liberté qu’avant dans ce type d’exercice. Mais, oui, bien sûr, on aimerait beaucoup continuer cela, surtout dans la danse contemporaine pour laquelle on va remettre cela très rapidement. Pourquoi pas intégrer des danseurs à nos concerts… On a plein de projets.

Vous avez été approché par pas mal de labels, certains bien installés notamment. Pourquoi avoir choisi Cinq 7 qui est une toute nouvelle structure?

Dan: On a frappé à aucune porte. Parfois, on est arrivé dans des endroits prestigieux aux murs remplis de disques d’or et d’affiches. Ça nous énervait un peu parce qu’on savait que notre place sur le mur serait toute petite, et que si notre affiche tombait, personne ne le verrait. Pourtant, tout le monde était très sympathique, très motivé pour sortir The Do. Et puis un jour, on a eu rendez vous avec Cinq 7, dans ce grand local vide avec seulement une table, une chaise et un fauteuil, des murs blancs partout. Là, on s’est dit que c’est ici qu’on allait décorer, commencer l’histoire. En gros, on a trouvé cela séduisant que tout le monde commence l’aventure ensemble. Et on ne s’est plus lâché.

Pas mal de groupes émergents comme vous sont sujets au remix. Est-ce quelque chose qui vous intéresse?

Dan: On aimerait bien, si on avait des propositions. Je verrais bien « Playground Hustle », « The Bridge Is Broken », ou « Queen Dot Kong »…

Par qui idéalement?

Olivia: On a plutôt une faiblesse pour les gens qui composent réellement.

Dan: On ne sait pas, il faut nous proposer parce qu’on ne se rend pas vraiment compte de comment cela pourrait sonner.

Olivia: On s’est tellement enfermé en studio, à n’écouter que du jazz ou de la musique classique parce qu’on ne pouvait rien écouter d’autre, qu’on a pris beaucoup de retard sur ce qui se fait actuellement. On est un peu à la bourre sur l’actualité là, et on se remet à écouter plein de nouveautés en ce moment.

Quoi par exemple?

Olivia: Patrick Watson, le dernier PJ Harvey, celui de MIA qui est bon et qui a le mérite de faire danser, le dernier Beck qui remonte déjà à quelques mois, mais dont on n’a pas décroché.

Dan: On a découvert un jeune mec sur Myspace qui s’appelle Kiss The Change, et qui sera pour moi une révélation des années à venir. Il fait une musique incroyable avec rien du tout, il habite dans un 12m2 avec un micro et un ordinateur, et il fait des merveilles.

C’est un peu tôt pour en parler, mais que faudrait-il qu’il vous arrive pour que vous ayez l’impression d’avoir fait le tour de la question?

Olivia: Oh, je ne veux pas penser à ça…

Dan: On est tellement au début que… Je pense que The Do est un chemin sans fin. J’ai l’impression qu’on est rempli d’un truc qui ne se vide pas, qu’on s’auto-remplit. Comme une source de pétrole ou je ne sais pas quoi. Quoi que le pétrole, c’est tout visqueux et dégueulasse… Plutôt du gaz naturel!

Olivia: Ou du Perrier! (rire général)

Ecoutez un extrait.
Lire la chronique de « A Mouthful ».

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