Interview : Sixtoo (06-2004)

Alors que son dernier album vient tout juste de sortir sur Ninja Tune, Sixtoo s’étend sur ses prouesses de producteur qui lui ont permis d’approcher ce résultat somptueux…

Comment as tu travaillé sur la production de cet album?

Je me suis d’abord penché sur toutes les sources, je les ai enregistrées, produites puis éditées dans mon sampler. Tout cela parait simple mais reste très compliqué et s’avère bien plus gratifiant que lorsque je ne fais que sampler des disques.

Tu as pas mal d’expérience maintenant. Quelles sont les difficultés que tu rencontres encore?

Le plus gros obstacle est d’avoir l’argent nécessaire pour faire les choses de la manière dont tu le souhaites. Les micros, préamplis, compresseurs, claviers, les disques… Tout cela est très très cher. Mes goûts en terme de matériel dépassent largement mes revenus d’artiste et de musicien.

Après quatre mois de production pour ce nouvel album, tu as décidé d’enregistrer tous tes samples avec des musiciens. Comment ce besoin t’est-il venu?

Je ne sais pas vraiment. J’avais le sentiment d’être en train de refaire un disque que j’avais déjà produit. Cela n’a pas de sens d’enregistrer deux fois la même chose. J’ai donc préféré aborder une autre approche de la production, quitte à prendre des risques et me planter, que de manquer d’originalité et ne pas avoir l’impression d’avancer.

D’après toi, est-ce que cette manière de produire nécessite une grande expérience de la musique? Est-ce un signe de maturité?

J’ai très peu d’expérience en terme de musique. Je peux te trouver quelques notes sur un piano, et te parler des recettes que j’affectionne… Mon intuition me dit que défaire la musique est quelque chose de cool. A part cela, je sais un peu me servir d’un sampler, et beaucoup plus sur la manière d’enregistrer. Je pense que ce disque est plus un album d’ingénieur du son qu’un album de musicien. Bien que toutes mes influences soient contenues dans ce disque.

Il y a quelques invités sur ce nouveau long format. Qui y a contribué d’une manière forte? Comment?

Mon ami Matt Kelly m’a beaucoup aidé à écrire les accompagnements pour l’album donc mon principal challenge était de faire sonner les samples du mieux possible. Bien sur, c’est merveilleux d’avoir un petit cercle de potes sur lequel tu peux compter, mais cette nouvelle expérience est surtout due à ma collecte de sons que j’ai ensuite moi même orchestré. Matt a été mon collaborateur et l’influence extérieure de cet album. Il est si talentueux, je le respecte et l’admire beaucoup.

Te considères tu comme un musicien à part entière dorénavant? Penses tu avoir passé un cap?

Je pense avoir élargi mon horizon de producteur et de musicien, mais je ne suis pas véritablement un musicien. Je ne peux pas jouer de solos ou jouer de n’importe quel instrument. Le cap que j’ai passé est technique, en utilisant un sampler et en le faisant sonner live, en le considérant comme un instrument à part entière et non comme un outil.

Qu’est ce que ton expérience avec Vertical Form t’a apporté? Penses tu qu’elle t’a aidé à réussir ce nouvel album?

Vertical Form est une équipe très talentueuse et je pense que ma renommée en Europe lui doit beaucoup. Je pense que « Antagonist Survival Kit » m’a permis d’exprimer pas mal d’idées qui trottaient dans ma tête depuis longtemps. J’ai aussi pu ainsi toucher des gens que je n’aurais jamais touchés sans cette affiliation.

En parlant d’affiliation, est ce que celle avec Ninja Tune te parait logique? Comment es tu entré en contact avec eux?

Je collaborais avec P Love sur mes concerts. Il est également dj pour Kid Koala et les tournées Ninja. Jeff, du bureau nord américain, est venu à un des concerts et nous en sommes venus à parler de « Antagonist Survival Kit » et « Duration ». Il m’a dit apprécier la nouvelle direction de mes compositions et, de mon côté, je respecte beaucoup Ninja Tune pour ce qu’ils ont réussi à devenir. Cela me semble être un bon label pour moi. Dj Food avait tenté de me faire signer chez eux il y a quelques années maintenant… Je suis touché qu’ils aient attendu que ma musique gagne en maturité.

Tu nous as habitué à différentes approches en matière de hip hop. Y en a t-il une que tu aimerais plus particulièrement travailler?

Pas vraiment. Il y a juste que j’aimerais beaucoup travailler avec des chanteuses…

Tu as collaboré avec pas mal de gens. De quelle personne garde tu le meilleur souvenir?

Damo Suzuki avec qui je partageais des cuisses de grenouille au restaurant thaïlandais de la rue ou nous enregistrions les voix.

Penses tu que le succès d’Anticon a aidé des artistes comme toi ou Buck 65 par exemple?

Je pense que mon expérience avec Anticon et Buck 65 n’a pas grand chose à voir avec la musique que je propose aujourd’hui. Mais j’admire véritablement tous ces gens.

Quels sont tes projets dorénavant?

Tourner jusqu’à la fin de l’année, composer toujours plus de musique, mater les belles filles, regarder des films, acheter des disques…

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