Interview & session – The Heavy, ramoneurs de tympans

Malgré qu’il ait été une des premières signatures du label Counter Records, sous division de Ninja Tune, The Heavy n’aura eu besoin que d’un premier album pour se faire un nom sur la scène musicale internationale. Son savoureux mélange de soul, de rock, et de quelques pincées reggae, le tout avec un groove imparable et un son vintage intemporel, n’aura pas laissé indifférent un public tout à sa cause et ouvert d’esprit. La seule idée d’écouter la nouvelle salve du quatuor, comme de rencontrer deux de ses membres pour une interview ainsi qu’un session acoustique, ne pouvait donc que nous emballer. Ce fut chose faite, à la fin du mois d’août, dans l’hotel très particulier du duo. Rencontre dans un décor anglais rétro, tapisseries érotiques en prime…

L’INTERVIEW EN INTEGRALITE

Votre premier album était le reflet de vos premières années de carrière donc le processus de création de celui-ci a forcément été beaucoup plus court. Avec un peu de recul, cette contrainte de temps a t-elle rendu les choses plus difficiles que pour «Great Vengeance and Furious Fire»?

Dan Taylor (guitare): Au contraire, j’ai trouvé ça plus simple cette fois parce qu’on a finalement pu y passer plus de temps. Beaucoup plus de temps même, puisque c’est désormais notre métier.
Swaby (chant): Avant, il fallait toujours jongler entre notre boulot et notre vie personnelle, et trouver un moment entre les deux pour jouer. Cette fois, ça a été beaucoup plus simple, nous avons eu le temps de nous consacrer exclusivement à la musique.
Dan Taylor: C’est tout l’avantage d’être un musicien « professionnel ». Et puis, il y a aussi le fait que quelques titres de notre nouvel album étaient déjà prêts, c’était des morceaux sur lesquels nous travaillions depuis plusieurs années déjà.
Swaby: Ces morceaux auraient du se trouver sur « Great Vengeance and Furious Fire » en fait, mais nous les trouvions inachevés à ce moment-là. Nous avons préféré prendre le temps de les peaufiner, sans même être certains qu’il y aurait un deuxième album d’ailleurs. Finalement, je trouve ça assez gratifiant de constater combien les choses peuvent être améliorées avec un peu de temps supplémentaire.

Votre premier album  a reçu un très bon accueil dans de la presse musicale, et on dit souvent que le second est une étape difficile car il est censé confirmer. Ce que vous parvenez à faire avec «The House That Dirt Built». Avez-vous néanmoins ressenti  une quelconque pression lors de l’écriture et l’enregistrement de ce disque?

Dan Taylor: Non, aucune pression. Enfin pas en ce qui me concerne en tout cas. Maintenant, savoir comment il sera accueilli, c’est autre chose…
Swaby: C’est cool que tu parles de confirmation, je préfère ça plutôt que de t’entendre dire « le second est pire que le premier« !  En ce qui concerne la pression, non vraiment, ça n’a pas été le cas. Les gens du label ont vraiment été cool avec nous, ils nous ont laissés faire nos choix et nous ont fait confiance. C’était très appréciable de retrouver la liberté que nous avions lors de la réalisation du premier album d’ailleurs. On a toujours tendance à penser que les maisons de disques vont interférer dans le processus, qu’elles voudront changer telle ou telle chose. Mais ça ne s’est pas passé comme ça, ils nous ont vraiment fait confiance et ont cru en nos choix.

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Un de vos points forts est la multitude et la diversité des influences qui émanent de votre musique. Selon vous, quel est le fil rouge qui permet au groupe d’être cohérent tout au long d’un album?

Dan Taylor: Je crois que c’est l’authenticité, le fait qu’on n’en fasse pas trop sur la post production. C’est ça le fil rouge, je pense.
Swaby: Et c’est aussi une bonne façon de se distinguer dans un sens, de laisser le rendu intact, sans trop le retravailler ensuite.

Pensez-vous que le son vintage et les diverses influences que nous avons évoquées précédemment sont une façon de vous préserver des récurrents revivals musicaux, et de vous garantir une certaine intemporalité?

Dan Taylor: Je trouve intéressant d’écouter quelque chose et de ne pas savoir d’où ça vient. C’est ça qui rend le truc intemporel. Tu écoutes un disque, et ça te semble vieux mais contemporain aussi, c’est impossible de le situer dans une période. J’aimerais bien que les gens aient ce sentiment quand ils nous écoutent. Mais on ne peut pas trop le savoir sur le moment. On pourrait se dire ça maintenant, mais dans deux, trois ou cinq ans, ça semblera peut être complètement dépassé. Finalement, on ne sait jamais trop.

A l’inverse du premier album, il y a très peu de samples sur celui-ci. Est-ce le signe d’une certaine osmose collective finalement atteinte par le groupe?

Dan Taylor: Oui en effet, on est revenu aux bases de l’écriture et de la création musicale. Les samples, c’est très bien mais c’est quand même la musique de quelqu’un d’autre avant tout, et ça coute sacrément cher. Mais clairement oui, c’est un album plus collectif cette fois. C’est vraiment un travail d’équipe, le résultat de quatre personnes qui travaillent sur leurs chansons.
Swaby: On n’a pas utilisé de samples du tout en fait. Enfin si, mais c’est nous qui les avons créés plutôt. C’est ça qui était vraiment intéressant au final, ça laisse beaucoup plus de place à la créativité.

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Les Noisettes sont présents sur trois des titres, ce qui est plutôt rare pour un featuring. Quelles sont les origines et l’explication de cette collaboration?

Dan Taylor: Ils aiment ce qu’on fait, et nous aimons ce qu’ils font… On s’est rencontré, Dan des Noisettes est passé au studio à Bristol, et on s’est vraiment bien entendu. Il s’est immédiatement mis à jouer du synthé et du piano, et c’est comme s’il avait toujours été le cinquième membre du groupe. On leur a parlé de notre envie d’avoir des voix féminines sur l’album, et l’éventuelle participation de Shingai s’est donc naturellement présentée. On lui a proposé, et elle été partante.
Swaby: Au début, elle ne devait chanter que sur un seul morceau, mais elle en a entendu d’autres lorsqu’elle enregistrait au studio. Elle les a aimés, alors on a continué a enregistrer… C’est aussi simple que ça… Et c’est assez génial.

Du temps du premier album, vous refusiez catégoriquement de travailler avec un producteur. Il se trouve que, sur celui-ci, vous avez bénéficié du soutien de Jim Abiss. La décision a t-elle été difficile à prendre? Pourquoi l’avoir choisi lui?

Swaby: Nous l’avons choisi parce que nous avions une idée très précise du son que nous voulions. Et si tu regardes les groupes dont Jim s’est occupé – The Noisettes, Kasabian, Arctic Monkeys, DJ Shadow – il y a quelque chose d’assez similaire à ce que nous faisons.  Jim a donc été notre premier choix, nous avions vraiment envie de travailler avec lui et espérions que ce soit réciproque. Tu sais, c’est compliqué pour un groupe d’avoir à se concentrer à la fois sur l’écriture, l’enregistrement, la production et le mixage d’une chanson. Une fois qu’on a eut fait 80 % du boulot, on s’est demandé si quelqu’un d’approprié pouvait mixer tout ça. Nous avons tout de suite pensé à Jim. Il a apporté les 20% restant, et nous sommes très contents du résultat.

Vous parlez souvent de la «crasse» dans vos interviews. C’est également dans le titre de l’album… D’où vous vient cette obsession?

Dan Taylor: C’est juste une façon de parler des imperfections, des défauts qu’on peut trouver dans la musique, et dans notre musique. Quand on réécoute nos morceaux, on se dit que chaque chanson capte réellement l’instant grâce à tous ses défauts. Tout ce qu’on entend maintenant est d’une propreté clinique, parfaite, de la musique faite comme dans un jeu vidéo, c’est le même procédé tout le temps, sans âme, du prêt à consommer. Nous, on aime bien la présence de ces imperfections, on veut vivre et se sentir bien là dedans.

Quel est le rêve de The Heavy? Qu’est-ce qui pourrait représenter l’apogée du groupe?

Dan Taylor: Honnêtement, j’en sais foutre rien.
Swaby: Que l’album soit bien reçu, qu’on puisse continuer à jouer, et que les gens continuent de nous écouter. Là, je serais heureux oui. Et surtout continuer de le faire en toute liberté, parce que je sais que ce n’est pas toujours évident et c’est vraiment un point important pour moi. Donc continuer dans cette voie, et dans de bonnes conditions, ce serait vraiment parfait.

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