Interview : Q And Not U (12-2002)

Quel regard portez-vous sur votre nouvel album quelques mois après l’avoir enregistré?

Chris: J’ai pris pour habitude de ne jamais écouter nos enregistrements après qu’ils soient sortis. En tous les cas, j’adore jouer les morceaux de « Different Damage » en concert car ils sont tous inspirés de nos vies respectives. En plus, il y a beaucoup d’ouvertures à l’improvisation qui nous permettent de vraiment nous libérer lors de nos shows. Quant aux anciens morceaux, je me sens parfois dans une situation inconfortable lorsque nous les jouons, comme un gamin qui doit porter des fringues qu’il n’apprécie pas trop pour aller à l’église…

Qu’avez vous appris de l’enregistrement de votre premier album que vous avez utilisé en studio pour « Different Damage »?

Nous étions tous très tendus lorsque nous nous sommes attelés à l’enregistrement de ce premier album, donc cette fois nous nous sommes efforcés à nous relaxer. La prochaine fois que nous enregistrerons, j’espère que nous arriverons encore plus à nous concentrer sans perdre notre sens de la liberté. Ce n’est vraiment pas évident de lier les deux… En tous les cas, je préfère largement jouer devant un public que devant un tas de micros. J’éspère vraiment que les gens nous percoivent comme un groupe de scène…

« Different Damage » montre un gros travail sur la rythmique alors que « No Kill No Beep Beep » était plus penché sur les guitares. En avez-vous vraiment décidé ainsi avant de rentrer en studio? Peux tu nous expliquer cette différence?

Nous ne faisons pas semblant quand nous composons et nous nous sommes tous retrouvés dans une approche musicale plus percutante. Nous avons également plus d’espace sonore à remplir donc la chose la plus naturelle pour nous était de suivre le rythme. Donc effectivement, il n’y a pas eu autant de parties de guitares sur cet album même si nous aimons toujours nous adonner à ce genre d’exercice. En fait, je ne sais pas vraiment pourquoi nous avons pris cette voie.

Certains morceaux vont jusqu’à fortement se rapprocher de la dance. Est-ce que c’est un style musical que vous appréciez? Cultivez vous une différence musicale vis à vis de la scène rock indépendante?

Nous aimons tous la musique dance, plus particulièrement celle organique et live. Je pense que toute musique qui provoque un répondant physique est bonne à entendre. Nous écoutons beaucoup d’afrobeat, de disco, de dancehall, de bounce, de go-go, de house, de hip hop, de zouk, de r n’b… Nous ne voulons pas forcément être différents, nous nous laissons seulement influencer par toutes les musiques que nous écoutons tout en les adaptant à notre sauce. Je pense qu’un groupe doit absolument être curieux pour que sa musique soit intéressante.

Vous vous êtes séparés de Mark l’année dernière. Qu’est ce que cela change pour vous et votre musique?

Nous avons eu des moments assez difficiles ensemble, personnellement et musicalement. Nous stagnions en quelques sortes. C’était une décision assez horrible à prendre. Cela fait un an maintenant et je déteste toujours autant en parler. Mais tout est tellement plus facile à trois… Nous nous sentons beaucoup plus libres.

Vous avez enregistré vos deux albums avec Ian Mac Kaye. Qu’avez vous appris de lui en studio?

Ian est une personne avec qui il est vraiment très agréable de travailler. Il est impliqué et expérimenté, et a un grand sens de l’humour. J’aime assez me donner une image de lui tel un entraîneur en fait… En studio, il nous encourage à mettre toutes les chances de notre côté, et nous met dans une situation assez confortable pour que nous y parvenions. J’ai vraiment appris beaucoup de lui, que ce soit sur le plan personnel ou musical.

Est-ce que son travail a été plus facile sur « Different Damage » que sur votre premier album?

Notre relation avec Ian est bonne à chaque fois que nous avons de l’huile d’olive, du pain et du nutella dans la pièce. Elle s’améliore avec le temps, comme le fromage ou le vin.

Beaucoup de gens achètent des disques Dischord sans même les écouter pour la seule raison que le label est devenu un gage de qualité. La réputation de Dischord vous aide t-elle à être confiants?

Si notre groupe avait ne serait-ce qu’un doute au sujet de notre musique, nous nous serions noyés. Nous sommes fiers de ce que nous jouons et de la manière par laquelle nous la présentons. Il faut être courageux pour participer à cette culture de manière significative donc il ne faut pas hésiter et mais y aller tête baissée. Il est important pour les groupes Dischord d’être confiants. Il faut renforcer cette image et en même temps la bousculer pour avoir sa propre personnalité. Nous cherchons entre autre à surprendre les gens…

Les groupes Dischord ont fait en sorte que Washington DC ait son son. Respectez vous cela dans votre manière de composer ou vous sentez vous totalement libres par rapport à cette identité sonore?

Je pense, contrairement à toi, qu’une compilation comme la « Dischord Box Set » fait justement en sorte de prouver qu’il n’existe pas un son Dischord. Ecoutes les Beefeater, Slant Six, Untouchables, Smart Went Crazy ou The Warmers et dis moi qu’ils sonnent tous Dischord. Bien que tous les groupes du label aient eu une grosse influence dans nos vies, nous ne ressentons pas le besoin d’imiter ce que nous avons déjà entendu. Certainement, une partie d’elle est dans notre circulation sanguine, mais qui veut continuer à perpétuer la même esthétique musicale? Nous nous sentons totalement libre au moment de composer mais j’éspère en même temps que notre musique reflète toutes nos influences de Washington.

Comment vous voyez vous évoluer musicalement?

Nous n’aspirons juste qu’à jouer une musique qui nous fascine, et en retour, qui sera appréciée des autres. Je pense que notre succès tient juste au fait que l’on entende de nouveaux bruits et que l’on essaye de nouvelles choses. J’espère juste que nous ne serons jamais piégés ou saoulés.

Quels groupes avec qui vous avez joué vous laissent de bons souvenirs? Pourquoi?

J’ai vraiment apprécié de tourner avec Ted Leo And The Pharmacists, Black Eyes, Xiu Xiu, Aloha et El Guapo cette année. Chacun de ces groupes font une musique personnelle et fascinante avec beaucoup de conviction. C’est le genre de relation que j’aimerais garder.

Vous revenez tout juste d’une tournée européenne. Comment s’est elle passée? Quels en sont vos meilleurs et pires souvenirs?

La tournée a vraiment été incroyable pour nous, notamment le fait de pouvoir voyager de ville en ville. Nous avons vraiment été très surpris de voir que beaucoup de gens s’intéressaient à nous et à notre musique même si parfois, nous avons pu ressentir une certaine distance entre nous et le public qui m’a fait beaucoup m’interroger sur la performance live. C’était en quelques sortes instructif. Mes meilleurs souvenirs sont les concerts de Paris et surtout Berlin ou le public a vraiment été présent; et le pire est certainement lorsque je me suis vomis dessus en plein milieu de « This Are Flashes » à Turin en Italie. Toutes mes excuses pour les italiens qui y étaient. J’étais terriblement malade.

Vous êtes un des seuls groupes Dischord à avoir un site internet. Quelle importance donnez vous à cet outil? Comment l’utilisez vous et dans quel but?

Je pense que tous les groupes Dischord sont présents sur internet. Je pense que Lungfish et The Pupils sont une exception, mais ils ont une page sur le site de Dischord ou de Southern. Quoi qu’il en soit, internet est devenu vraiment très important pour nous. Cela nous permet d’être en relation avec le monde entier sans avoir de lourdes factures de téléphone. C’est de la communication, donc laissez la libre! Je m’imagine mal maintenant organiser une tournée par téléphone…

Quels sont vos projets pour les mois à venir?

John est en famille pour les vacances, donc Harris et moi allons essayer de nous retrouver pour donner naissance à de nouvelles idées. Quand John rentrera, nous composerons. Nous essayons également d’établir quelques collaborations avec quelques groupes de la ville que nous adorons pour un projet au printemps. Nous espérons écrire de nouveaux morceaux courant janvier pour cela. C’est juste une idée, on verra ce que cela donnera. Sinon, nous avons quelques concerts aux USA en février et avril, et une tournée japonaise en mars. 2003 sera pour nous l’année des concerts, de la composition et de tout ce qui entoure tout cela.

Le mot de la fin…

Cher Monde, je suis vraiment désolé pour tout ce que notre gouvernement de trous du cul fascistes vous fait subir…

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