Interview : Portobello Bones (01-1997)

Qu’est ce qui a ou n’a pas changé depuis le début des Portobello Bones ?

C’est toujours les mêmes personnes, avant on avait deux basses, maintenant on est plus que trois (batterie, basse, guitare) mais on reste quand même ensemble parce que l’ancien bassiste va faire la prochaine pochette de l’album. Musicalement on a certainement changé, on ne fait plus que ça et c’est vraiment le rêve. Sinon, on fait toujours ce que l’on veut, comme on veut..

Qu’est ce qui fait l’unité de votre groupe ?

On est toujours entouré des mêmes personnes, le sonorisateur et David (qui tient le stand) viennent quasiment tout le temps avec nous. Tout ça, ça fait une sorte d’état d’esprit Notre niveau musical y fait aussi, parce qu’on fait ce que l’on peut. II ne faut pas chercher trop loin, on est comme tous les groupes, on est des copains qui jouent ensemble et qui essayent de faire un truc, on ne se pose pas de question, on fait nos morceaux quand on a le temps, on essaye de sortir des disques quand on a un peu d’argent.

Sur scène, jouez-vous beaucoup de morceaux de Portobello Amigos ?

Non, parce qu’on ne voit pas l’intérêt de les jouer tout seul, et puis on ne les répète jamais alors on ne les connaît plus. II y a quelques morceaux qu’on arrive à peu près à jouer comme Guzzard, Born Against. Quand on est avec Hint on fait leurs morceaux et les nôtres …Mais on n’est pas très doué dans les reprises, et puis on les oublie vite.

A vous entendre parler de Hint, on peut dire qu’il y a une grande histoire d’amour entre vous ?

C’est effectivement avec Hint que l’on joue le plus longtemps sur scène quand on est ensemble, on est pas loin géographiquement, on a le même tourneur, et on s’entend bien. Mais c’est autant une histoire d’amour avec les Seven Hate et plein d’autres groupes.

Vous avez fait un album mi-studio mi-live, comment est ce que cela s’est fait ?

A la base, on voulait enregistrer un disque spécialement pour les pays de l’est parce qu’on partait en tournée là-bas. Et puis on n’avait pas la thune, on a fait les branleurs, et on est parti sans avoir fait de disque. Quand on est revenu, on s’est dit que cela pouvait être marrant, avec les morceaux qu’on avait enregistrés à droite à gauche, les morceaux destinés aux compils… On s’est dit qu’on pouvait mettre tout ça sur disque. On en a fait 500 pour les potes et les gens que ça branchait. C’était avant tout pour nous faire plaisir et avoir des morceaux live provenant d’Italie, de Hongrie… En fait, on a sorti plein de conneries, mais seulement un véritable album, celui avec le signe.

Portobello Amigos, c’est quand même pas n’importe quoi !

Ouais, mais c’est une blague avec plein de groupes. On s’est fait plaisir, mais ce n’est pas un album de Portobello Bones. Ce disque, c’est un grand WF. C’était juste le plaisir de jouer ensemble. Tout a été enregistré en live.

Peux tu nous parler du projet avec Hint et Ouled El Rai ?

C’est. loin d’être fait! On aurait comme projet d’enregistrer avec eux en juillet 98, mais ce sera peut-être en décembre 99. Si on fait cela, ce sera encore différent: peut être plus ambiant avec des flûtes indiennes et chanté essentiellement en arabe. Faut voir qui est prêt à le faire, si on l’est tous au bon moment si on peut répéter avant. C’est une idée que l’on a tous en commun. Ca se fera peut-être un jour, ça se fera peut-être pas.

Avant cela, y a-t-il quelque chose de prévu ?

On enregistre un mini-album fin septembre ( 97, ndr ) avec 5 titres. Ca devrait sortir en janvier-février 98. Pour l’instant on a que quatre titres parce que l’on ne répète pratiquement jamais, on a plus de local… Mais va falloir que l’on en fasse un cinquième. On ne sait pas chez qui ça va sortir. On sait juste qu’on l’enregistre fin septembre, à Genève avec David Webber pendant une semaine. II y a également un live de prévu avec Hint qui sortira sur Walked In Line.

Comment parvenez-vous à gérer votre label Forked Tongues en plus du groupe ?

Moi, je m’en occupe. A la base, c’est surtout par nécessité parce que personne voulait de nous. On a sorti tous nos disques même le « Nu ». On gère comme on peut. Un mini-album de Basement est prévu en même temps que le nôtre. On est fans de ce groupe, les derniers morceaux sont super biens et ils méritent un coup de main. Humainement, ils sont en or, ils ne se laissent pas aller, s’occupent à fond de leur groupe… Et puis, on voulait sortir des trucs d’autres groupes, mais quand on n’a pas d’argent c’est assez difficile. Toute la thune des disques sert à refaire d’autres disques. En plus, je ne veux pas amasser les groupes sur le label : je préfère largement n’avoir que trois ou quatre groupes et que le travail soit fait à fond.

Parles nous du graphisme redondant que l’on trouve sur pratiquement toutes vos pochettes…

C’est Jean Paul Folin, un dessinateur de Lille, qui fait des comics. On a tous vraiment flashé sur ce qu’il faisait alors on lui a proposé de faire quelques pochettes. La prochaine ne sera pas de lui mais j’adore ce qu’il fait i1 est à fond dedans. Il ne demande qu’une chose, c’est bosser, rencontrer des gens…

Quelles ont été les réactions suite aux textes de « Nu » sur les femmes ( Nu, c’est le nom de l’album)?

Certaines filles nous ont dit que c’était bien mais qu’en même temps, on donnait pas notre avis ; alors qu’on le donne dans le choix des textes. II y en à d’autres qui nous disent qu’il n’y a pas de texte en français donc on ne comprend pas. On répond à cela que l’on n’a pas envie d’écrire des textes en français parce qu’on n’a pas envie que ce soit le truc pour être signé. On n’a pas envie que l’on nous fasse chier, en fait. Si les gens aiment, tant mieux, s’ils n’aiment pas, bah voilà… Nous, on aimerait bien avoir des morceaux en polonais, en russe, en arabe mais après il faut assurer. Déjà, on a fait un morceau en basque et on galère pour se rappeler des paroles.

Vos projets ?

Cet hiver, on. va très peu jouer, on va attendre que le mini-album sorte et puis on va recommencer les dates. C’est toujours le flou pour l’année prochaine, mais je pense que l’on ne va pas faire beaucoup de concerts en France parce que ça fait deux ans que l’on n’a pas tourné énormément à l’étranger. Apparemment, on ferait fevrier-mai en France, avec des escapades en Suisse, Italie, Allemagne, Hollande, Belgique. En juin, on devrait partir deux semaines aux USA, et en septembre peut être une tournée avec un groupe belge qui s’appelle Sad Pictures. Ce ne sont que des projets et rien n’est vraiment établi pour l’instant.

Vivre au jour le jour, ça vous réussi ?

Non, parce qu’on essaye de planifier environ sur six mois pour ne pas tourner tout le temps même si on adore ça. On est obligé pour que l’on fasse aussi d’autres choses à côté. S’il y en a un qui aime cultiver des carottes, qu’il puisse avoir le temps de le faire.

Pour vous, le studio est-il contraignant ?

Quand on va en studio, on a tendance à foutre un peu le bordel et on a du mal à se concentrer. C’est pour ça qu’on a décidé d’aller en Suisse avec David Webber parce il a une réputation de mec un peu dur et sérieux. On s’est dit qu’une semaine avec lui nous ferait le plus grand bien, et nous obligerait à être sérieux. Mais le studio ne nous pose aucun problème, on rigole bien.

II y a un projet de remix, aussi, avec Spicy Box ?

C’est un projet que l’on a également en tête qui consisterait à faire des remixes de morceaux par plusieurs personnes. Il y aurait 2 de Spicy Box, Jacques de NDE, Franck notre batteur, Fred Norguet.. On leur laisse faire ce qu’ils veulent et si on arrive à trouver les tbunes pour le sortir, on le sortira sur Forked Tongues parce que la situation actuelle fait que soit tu sors toi-même soit tu te fais arnaquer par des petits labels comme Pandémonium. On fait tout comme ça, s’il y a un problème, on sait que ça vient de nous. On n’est pas opposé au fait de travailler avec d’autres gens mais on n’a jamais eu de proposition, et on ne recherche pas non plus un label à tout prix. Le seul contact qu’on ait eu était avec Pias, mais on n’a pas réussi à s’entendre sur plein de trucs. Pias est une major en puissance qui se dit indépendante mais qui ne l’est pas.

Quel événement symboliserait l’apogée du groupe ?

Là, on est à l’apogée parce qu’on fait ce que l’on veut, comme on veut, on enregistre ce que l’on veut avec qui on veut, on sort les disques autant qu’on veut. On se ballade ou on veut et l’apogée, c’est de se dire que si demain on arrête, on en aura vachement profité, on aura vécu plein de choses intenses, on aura rencontré des gens supers.

Votre vision des choses et le fait que vous soyez une référence est assez paradoxal…

C’est une énorme connerie ce truc. On est un des derniers groupes à être encore ensemble dans ce genre de musique. Condense, Drive Blind, Daily Planets, tout ces groupes ont arrêté. On représente zéro, on représente un groupe parmi d’autres. Le seul truc, c’est peut-être qu’en ce moment on fait plus de concerts, le nom revient un peu plus souvent, on sort plein de disques. On représente trente fois moins que Dolly en ce moment. Si on arrête, dans deux ans, personne ne se rappellera de nous. Après, si ça donne envie à quelqu’un de monter un groupe pour se ballader à droite à gauche, produire ses disques, là d’accord mais ce ne serait pas une référence ; plutôt une aide. Les gens ne se souviennent plus des groupes alternos autres que les Bérus et la Mano à cette époque. On est dans un tournant, la techno arrive à donf, partout, tout le monde se fait chier comme des rats morts aux concerts. Tu es fouillé, il y a un service d’ordre qui te dégage de la scène tout de suite, t’as payé 140 balles pour deux jours, il pleut tu ne sais pas ou te mettre, tu payes ta bière 15 balles, dés que le concert est terminé tu dégages. Les gens, ça les gonfle. On arrive à la fin d’une époque et tant mieux si ça permet d’amener quelque chose de plus festif. Si c’est grâce à la techno que des gens peuvent se réunir et faire la fête toute la nuit, tant mieux. Et si ça doit en pâtir sur les groupes comme le notre, si on ramène plus personne à cause de cela, il ne faudra pas être aigri mais accepter l’évolution naturelle de la musique. Nous, on est au milieu, on se fait écraser parce que les gens ça ne les intéresse plus d’être pris pour du bétail. On ressent une lassitude générale. Quand on sera passé à un autre genre de concert, une autre manière de faire la fête et qu’on écoutera une autre musique, de quels groupes on se rappellera ? Il y aura les Burning parce qu’ils ont apporté une certaine crédibilité. Mine de rien, ils vendent entre douze et quinze milles albums, ce qui est énorme pour ce genre de musique en France.

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