Interview – Pneu, un nom à la con…

Le temps de quelques mois seulement, à se forger une réputation scénique sans faille en solo comme aux côtés de ses potes de La Colonie de Vacances (Marvin, Papier Tigre et Electric Electric), Pneu est devenu un des groupes les plus en vue de la scène rock française, plus particulièrement de son hyperactive frange noise. Ne manquait plus qu’un album à la hauteur de ce nouveau statut, cet énormissime « Highway To Health » que le duo est allé enregistré aux Etats Unis avec Kurt Ballou (Converge). C’est à cette occasion que l’on s’entretient avec JB (batterie), plutôt bon client pour l’exercice…

photo: RÄ2

Pour la première fois, vous avez enregistré dans un vrai studio avec un vrai producteur. Peut-on donc dire que « Highway to Health » est LE vrai album de Pneu?

JB: Bah non, il n’est pas plus « vrai » que « Pince Monseigneur » parce qu’il a été fait dans un « vrai » studio… On est effectivement contents du résultat, qui nous correspond mieux que le premier enregistrement. Mais le but premier était de voir ce que ça donnerait avec un « gros » son, et de se payer l’occasion d’aller aux Etats-Unis, histoire de voir comment ça se passe là bas.

Quels enseignements avez-vous tiré de ces moments passés avec Kurt Ballou? Comment êtes vous entré en contact avec lui d’ailleurs?

Hahaha, surement que tout ce que tu peux croire de quelqu’un dont tu es fan est bien souvent faux… Des mocassins et un chihuahua, voilà la belle vision de Kurt qu’on a eu. Haha, c’est pas beau le hardcore? Sinon, on est rentré en contact avec lui par le biais d’internet: un truc un peu révolutionnaire grâce auquel tu peux écrire à quelqu’un à l’autre bout de la planète, et en quelques secondes il reçoit ton message. Plutôt pratique… Du coup, on lui a demandé ses tarifs, ses dispos, s’il était chaud, et on a fait tam-tam.

Et en ce qui concerne Eugene Robinson, comment se retrouve-t-il sur l’album? Est ce une expérience qui pourrait prédire plus de chant sur les disques à venir?

cita11Il se retrouve sur l’album grâce à un procédé de captation du son de sa voix par un microphone qui, combiné à la technologie d’internet, nous a permis de recevoir en un temps incroyable les sons émis par sa bouche depuis San Fransisco, et de les mélanger aux sons créés par nos guitares et autres batteries à Salem. Chouette non? Sinon, on a tourné avec Oxbow un petit peu en France l’an passé, on a gardé contact par la suite. Ca nous semblait trop beau de l’inviter à la base, mais encore mieux, il était super motivé! Après non, ça ne présage rien du tout, les rencontres donnent juste naissance à ce genre de choses. Si ça doit arriver, ça arrivera. Si ça ne doit pas arriver, ça n’arrivera pas. Et si ca doit peut être arriver, ça arrivera peut être…!

photo: Ayral AymericC’est une idée ou cet album possède plus de moments de répit que le précédent? Je pense à « Tropicon » notamment. Est ce un besoin qui s’est fait ressentir en live ou était-ce la clé pour ne pas trop se répéter?

C’est une idée oui… En ce qui concerne « Tropicon », c’est un morceau un peu particulier parce qu’on ne l’a pas composé comme les autres. Quand on a maquetté nos morceaux, on s’est fait une prise avec des percussions, sans écouter ce qu’on enregistrait à chaque fois, en suivant seulement un clic histoire d’être sur le même tempo. On a enregistré les guitares là dessus par la suite, d’où le côté plus posé du morceau… Et on avait vraiment envie de faire un morceau un peu zouk comme ça sur le disque. Ca le fait surement respirer un peu, mais pour le live, c’est un morceau qu’on ne joue pas. Du coup, il y a toujours pas vraiment de « pause ». Et non, ce n’est pas la clé pour ne pas se répéter, c’est la clé pour rigoler et faire des morceaux qui changent un peu sans se dire que ca va dénoter sur l’album… D’ailleurs c’était un peu le gros challenge de « Highway To Health »: parvenir a faire du Pneu sans faire un second « Pince Monseigneur ». Le pari est plutôt gagné non?

Aviez vous cette obligation en tête au moment de composer ces nouveaux morceaux?

Ne pas faire le même que le précédent, c’est surement un peu le challenge de chaque groupe qui fait un nouvel album. Tant mieux si tu penses qu’on a réussi, on le pense aussi un peu. Mais il n’y a pas d’obligation. Le seul truc étant d’essayer d’être satisfait de chaque morceau que tu composes, ce qui a été un peu délicat dans le cas de « Highway To Health » parce que, à faire les cons et caler des dates de studio aux US dans une période ou on était tous les deux bien occupés, on n’avait plus que trois semaines pour composer la moitié de l’album. Du coup, pas évident de prendre du recul sur les compos… Mais au final, on y est arrivé!


Le groupe s’est créé sans vraiment que ce soit prévu. En tous les cas, c’est la légende qui le dit. Vous confirmez?

La légende est vraie, tu penses bien. C’est pour ça qu’on a un nom à la con comme ça. Si on avait réfléchi deux secondes de plus, ça aurait sûrement été différent.

Au moment de vous lancer, qu’est-ce qui vous a motivés à vous lancer dans ce registre noise-math-rock balancé à bloc?

A vrai dire, on n’a pas vraiment eu le temps de se poser la question. Quand on a monté le groupe, on avait un mois pour faire des morceaux en vue d’un concert. On a donc enchaîné comme on a pu pour en faire un maximum très rapidement. Du coup, ça nous faisait marrer de faire des trucs un peu comptés, avec des structures à la con. Et c’était facile à mettre en place à deux. Mais on ne s’est pas dit « tiens, on va faire tel ou tel type de musique« . Pour le côté énergique, il se trouve qu’on jouait tous les deux dans des groupes un peu bourrins au moment ou on a monté le projet, et on se retrouvait pas mal là dessus. Il était donc évident qu’on n’allait pas faire de la pop. Et l’urgence du moment a aussi contribué au côté assez direct de notre musique.

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Est ce qu’il vous est parfois passé par la tête d’élargir le line up pour plus de liberté musicale, ou est ce que Pneu est né et mourra en duo?

Hahahahaha!!! On nous a souvent demandés après certains concerts « hey, mais c’était super, et sinon, vous avez un groupe?« . Je sais pas pourquoi cette question revient souvent, surtout pour les duos. Comme si ce n’était pas vraiment une formule « groupe ». Tu te vois demander à Slayer si ça ne serait pas un peu plus chouette, et si ça ne leur offrirait pas plus de libertés d’avoir un trompettiste? On est deux, et ça suffit amplement. Et en plus de ça, c’est pratique. Après, concernant la liberté musicale, on essaie de nouvelles choses, d’inclure de nouveaux sons, effets, ou peut être même de nouveaux instruments. Mais toujours en duo, oui. On mourra sûrement comme ca, à moins de rencontrer l’âme soeur qui saura s’imposer. Mais j’en doute, on est quand même bien cons et pas très sympas…

Au delà de l’intensité que vous pouvez mettre dans la musique de Pneu, ce qui impressionne aussi est cette facilité avec laquelle vous multipliez les side projects. JB joue non seulement dans Papaye, mais aussi dans Magic Barbecue. Qu’en est-il pour toi Jey? Comment parvenez vous à gérer un tel agenda? Pouvez-vous nous présenter plus en détails ces autres projets?

Oho! Pour ma part, c’escita21t presque vital de jouer un maximum. J’ai tendance à dire oui facilement à de nouveaux projets. J’en ai d’ailleurs accepté un nouveau juste avant de partir en tournée… Après, ça dure ou ça ne dure pas, suivant les attentes. Tout en sachant que Pneu reste le gros de l’histoire, étant donné le nombre de dates qu’on fait pour se sentir bien! Du coup, parler de ses propres groupes n’est pas ma chose préférée… Alors que te dire..? Papaye, c’est super, j’aime vraiment ce groupe, ça rigole à gogo, même si c’est le cas avec tous les groupes. On fait une sorte de pop pour enfants hyperactifs mais déficients mentaux, avec deux supers guitaristes: Chacha de Room 204 et Franky de (feu) Komandant Kobra. Ca irait comme définition? Et Magic Barbecue, mon truc solo, je ne sais pas quoi en dire. C’est vraiment un passe temps. Par exemple en ce moment, je pense à tout sauf à ca, je n’ai vraiment pas un instant pour ça. Et je dois aussi avouer que ca représente un maximum de stress pour moi, de jouer tout seul, de dépendre de pédales à la con qui ne fonctionnent qu’une fois sur deux… Je pense que je vais continuer, mais bien plus tard et avec une autre formule… A voir. Mais musicalement, c’est un truc plutot débilo noise garage exotic… Pour ce qui est de l’agenda, ça se fait assez naturellement, on a fait une longue pause de Pneu après l’enregistrement, ce qui nous a permis de tourner à bloc avec Papaye, de mettre un peu de Barbecue au milieu de ça. On s’arrange quoi… Puis là, on relance Pneu, avec une mini tournée de Papaye entre deux voyages à deux. Mais Jey vient quand même, il s’occupe du son de Papaye sur cette tournée! L’idée, c’est qu’on n’a pas souvent l’envie d’être chez nous. Enfin si, mais pas trop longtemps, alors on ne voit aucun problème à ça. C’est juste la vie sociale qui peut devenir difficile de temps en temps. Mais on s’en fout, on est des cons!

Photo: RÄ2Vous avez pris part à la Colonie de Vacances qui a rencontré un joli succès en fin d’année dernière. Comment expliquez-vous que le public se déplace en masse pour des concerts aussi pointus? Effet de mode ou conséquence logique de l’énergie dépensée par chacun des groupes?

En fait, on était plutôt surpris du succès de cette tournée, mais ça ne doit pas vraiment avoir de rapport avec un quelconque effet de mode. Parce que si nos groupes étaient à la mode, ça se saurait, et les kids en slim viendraient plus nombreux voir nos concerts, et acheter tous les produits dérivés qu’on fabriquerait. T’imagines un peu une petite figurine en plastique de Rico de Papier Tigre qui cligne des yeux hyper vite, et qui chante quand tu lui actionne le bras? Ca s’arracherait à coup sûr…! Mais non, on est juste des groupes qui perdurons dans le temps, avec une même vision et un même rapport à la musique: l’envie de jouer un maximum, peu importe l’endroit, le pays ou le public, et surtout une grosse envie de se marrer. Et ces quatre groupes ne représentent qu’une infime partie de tous ceux extrêmement actifs en France. Et ne parlons pas de l’Europe! A notre avis, le fait de réunir quatre groupes que les gens ont l’air d’apprécier crée quelque chose de fort, mais ce quelque chose est vraiment porté par les gens qui nous font jouer, ou les labels, tous aussi actifs que nous, même si d’une autre manière certes. Et aussi l’évidence de l’entente entre nous tous (les quatre groupes et les orgas). On est des copains, on l’a beaucoup dit, on le dit beaucoup, et on le dira beaucoup. Voilà tout!

S’il devait sortir une seule anecdote de cette tournée, ca serait laquelle?

Impossible à dire, il y en a eu trop… On a qu’à dire que cette tournée en elle même représente l’anecdote de 2010 pour nous tous!

Vous faites partie de ces groupes qui ont réussi à familiariser les salles avec les concerts joués dans le public. Est ce que vous avez souvent fait face à des refus? Est-ce qu’il a été difficile de faire entrer ça dans les esprits?

cita3En règle générale, on est plutôt peu confronté à ce genre de problèmes étant donné qu’on joue majoritairement dans des endroits ou il n’y a pas vraiment de scène, ou alors les organisateurs s’en foutent. C’est plutôt dans les salles officielles que ça peut faire flipper les gars de la sécu, ou autres régisseurs techniques. Mais c’est le deal, et les organisateurs sont au courant maintenant. On a eu une fois le cas ou il était impossible de jouer au sol parce que la salle était pleine à craquer. C’était jouer sur scène, ou ne pas jouer. On l’a fait, mais on était très mal à l’aise. C’est arrivé une autre fois en Espagne. Là, c’était à cause du bruit et des voisins, alors on a demandé au public de monter sur scène avec nous, et c’était vraiment chouette. De toutes façons, on n’aspire pas à jouer dans des gros lieux, avec beaucoup de monde, donc la formule au sol passe plutôt bien.

Qu’écoutent les mecs de Pneu en général ? Vos derniers achats/téléchargements illégaux?

On écoute de la musique. Ha, derniers disques de chevet…
Dans le désordre pour JB:
- « Calamity » de The Curtains
- la collection complète de Steve Reich
- « Libérez La Bête » de Casey
- « Tropicalia: a Brasilian Revolution in Sound » (compilation)
- « CuTe HoRSe CuT » de GaBlé
Et pour Jey:
- des vieux trucs de country-blues-folk comme Elizabeth Cotten, Mississipi John Hurt, John Fahey…
- Tu Fawning, la beauté en live!
- « Analphabetapolothology » de Cap n’Jazz. La réédition en viny, je n’ai pas pu m’empêcher.
- « CuTe HoRSe CuT » de GaBlé. Chouperbe!
- Parmesano, du tropical indie rock de Barcelone. Mortel!

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