Interview : NTM (01-1998)

Pourquoi avoir commencé cette tournée dans l’ouest de la France?

JS: On la commence là comme on aurait pu la commencer dans le sud ou ailleurs. On est arrivé un peu avant pour tester un peu le matos.

KS: C’est une question de production, c’est le tourneur qui gère la tournée et met les dates les unes après les autres pour que ça se passe.

Comment avez-vous été accueilli jusqu’à maintenant?

JS: On a fait que Lorient pour l’instant et c’était super. Je crois que les gens savent pourquoi on vient.

Quels sont les prochains artistes produits par IV My People?

KS: Le prochain, c’est Zoxea pour la fin janvier. Pour l’instant, il n’y a rien de vraiment fait derrière. Normalement, on doit travailler avec un groupe qui a fait un morceau sur la compile de Joey, qui s’appelle Serum. Mais, il n’y a rien de fait alors je préfère ne pas en parler.

Quand est-ce que cette compilation sortira?

JS: J’espère la première quinzaine de janvier.

Quels thèmes aimeriez-vous encore aborder en général?

JS: En général, c’est dur. Les thèmes nous viennent comme ça, une conférence de presse peut être un thème.

KS: On ne met pas sur papier les thèmes que l’on va aborder dans l’album suivant, avec une espèce de concept. Les thèmes te viennent en soirée, quand t’allumes la télé et qu’il s’est passé quelque chose à côté de chez toi. C’est aussi simple que ça.

Avez-vous peur des représailles lorsque vous tapez un speech entre vos morceaux?

JS: Non, on est tout les deux sur scène, c’est une chambrette.

KS: Ca commence à faire chier, si on ne peut pas monter sur scène et dire ce que l’on a envie de dire, surtout quand c’est balancé, comme il a dit, comme une chambrette au milieu d’un truc. Chambrette ou pas chambrette même. Toute l’année on chante dans un bocal, on arrive devant des gens, et c’est là que l’on palpe vraiment la réaction des gens par rapport à ce que l’on fait.

Le clip de ma Benz a été censuré pour dégradation de l’image de la femme, vous avez perçu ça comment?

KS: Moi j’te dis, tu prends la température ambiante dans la rue et tu vois que les gens qui censurent sont bien décalés. Tu fais écouter l’album de NTM à des meufs, elles reviennent en disant « putain, Ma Benz ça cartonne ». C’est là que tu vois qu’ils ne sont pas à la bonne place pour voir ce qui est censurable ou pas. Quand bien même à la télévision, à partir du moment ou sur M6, certains clips génèrent de l’argent, ils ne sont pas censurés malgré les pressions du CSA.

JS: Moi je viens des Antilles et chez nous, on danse, on a le sang chaud, donc… Quelque part, on vient chercher des gens et après on s’étonne que culturellement il y a des choses qui choquent. Personnellement, je danse le zouc tout nu.

Quel sera le prochain maxi?

JS: Pour l’instant, on s’en fout un peu, on est sur Ma Benz, on fait la tournée et c’est déjà pas mal. On verra bien. C’est bien, c’est une surprise en plus, t’as vus ?

Vous êtes satisfaits de l’accueil de l’album?

JS: Un album qui sort et qui est disque d’or la première semaine… Là ou on est satisfait, c’est qu’on fait une tournée dans les grandes salles, que les gens viennent, que l’on a toujours le même engouement pour mouiller le maillot. C’est plus ça qui m’intéresse plutôt que de me demander si ça marche bien.

KS: Ce qui prouve que l’on a mouillé le maillot, c’est que le tour de France, ça fait un moment qu’on le fait. Dans certaines villes, on est passé quatre ou cinq fois. Si on s’était foutu de sa gueule la première ou la deuxième, le mec ne serait pas revenu.

JS: A Lorient, on a fait trois milles personnes. Là bas, c’est tous les jours dimanche. Va jouer là-bas, fait trois milles et après on discute.

Qu’est-ce que vous pensez des groupes de rap qui montent assez vite en ce moment?

JS: Comme tu dis, ils montent assez vite en ce moment. Je crois que ceux dont tu veux parler, ils ont eu un bon retour au niveau des ventes mais dés qu’ils font un concert, il n’y a pas grand monde pour aller les voir. Je crois que ça parle tout seul. Passi, il vend trois cents milles disques et il fait vingt huit personnes au Zenith.

Vous préférez les petites ou les grandes salles?

JS (ironique): On préfère les petites salles sans problème. On préfère jouer dans une cave à vin, on a plus chaud, on est compacte. Tu as les gens plus près de toi.

KS: Une grande salle te permet de ramener une scène comme ça et d’avoir un show un peu plus conséquent. On a fait 93 Party à Apremont, ce que l’on a donné sur scène sera à peu près la même chose que ce soir au niveau de l’énergie sauf que ce sera un peu plus grand, un peu plus un show car ça dure quand même une heure et demie.

Comment gérer vous la cité d’ou vous venez et le succès?

JS: On n’a pas ce problème car les gens que tu vois là sont des gens que l’on connaît depuis longtemps. Ils n’ont pas tous le même salaire que Kool Shen et Joey Starr, mais ils sont là car on préfère travailler avec des amis. C’est sur que sortir de chez toi et te faire solliciter tout le temps, c’est à toi de gérer cela. II y a des gens qui naissent dans la musique et d’autres avant leur date de naissance. Je n’habite pas très loin d’ou j’ai grandi. Franchement, c’est des conneries ça. On n’a pas envie de faire machine arrière. On a tous envie quelque part d’habiter dans un endroit ou tu peux construire des choses pour toi.

KS: Là ou, si tu laisses traîner ton fils, c’est moins dangereux…

Que faites-vous afin que ceux qui n’ont pas forcement les moyens de payer leur place vous voient?

KS: Par exemple, au mois de mai, on fait un concert à Saint Denis ou la place devrait être à vingt francs et distribuée dans les MJC et les écoles du 93.

JS: Le problème est que l’on ne peut pas faire ça partout parce qu’il y a des gens qui travaillent, il faut les payer et c’est pour ça que la place est à ce prix là. On s’est tapé pas mal de concerts gratuits qui sont partis en sucette parce que justement c’était gratuit. On n’est pas contre, on a juste envie que ça se passe bien. Pour cela, il faut de la sécu, un budget…

KS: Avant la coupe du monde, à la demi-finale, la ville de Saint-Denis voulait faire un concert gratuit ou la contenance était de six milles personnes. Un concert de NTM à Saint-Denis, on fait cinquante milles. Ca veut dire que tu ne sais pas comment ça va finir l’histoire. Donc, il n’y a pas eu de concert.

Durant les tournées, vous avez le temps de vous intéresser aux groupes locaux?

KS: A Lorient, on est allé dans un endroit ou il y avait des studios de répétition, on a rencontré des jeunes. Quand on a le temps, on le fait.

JS: Moi, quand je suis en tournée, dés que je peux, je me repose. Ce que je sais, c’est qu’un groupe mérite ce qui lui arrive. II n’y a pas de piston. Les groupes avec qui on bosse prendront le virage un peu plus tôt que les autres, c’est tout, ils n’ont pas besoin de nous pour briller. On a juste envie que ça se sache. Les groupes se voient mettre des bâtons dans les roues, mais c’est comme ça qu’à l’arrivée, ils voient s’ils sont passionnés ou pas. T’as jamais vu des groupes nous cracher dessus ? II n’y en a pas qu’un, crois moi. C’est pour ça qu’on leur donne à manger quand on rentre sur scène, on leur dit si vous voulez, venez! Mais mettez vos baskets avant… Nous, ça fait dix piges que l’on est dans le truc et c’est seulement maintenant que l’on produit. Tu crois que c’est pour quoi? C’est parce qu’avant, on avait tellement de carences que l’on avait de conseil à donner à personne.

Que répondez-vous aux gens qui disent que votre message a changé, que vous vous êtes calmés?

JS: On s’est acheté des voitures depuis, c’est pour ça. Aujourd’hui, notre démarche est plus musicale. Comme tousles groupes, on subit la tendance, les BPM ralentissent, NTM l’a fait aussi. Le fond est toujours le même, même si la forme a changé.

KS: Si on résume l’album de NTM à « Laisse Pas Traîner Ton Fils », c’est triste et dommage. Il faut lire les paroles et ne pas se fier qu’au titre. Cette chanson évoque le climat social d’aujourd’hui. On a des amis qui ont des enfants, il y a des jeunes en bas de chez nous. NTM n’a jamais dit: « Laisse Traîner Ton Fils ».

On dit souvent que les majors influencent les groupes, êtes vous d’accord?

JS: Les majors influencent une tendance avec les radios, elles influencent la partie visible de l’Iceberg.

KS: Je ne vois pas qui peux te driver dans une maison de disque. Ceux qui font de la merde ne sont pas drivés par des maisons de disque qui leurs disent « faites de la merde ». Ceux qui en font ont délibérément décidé d’en faire.

JS: Moi, Ménélik, je l’ai connu il y a longtemps et il voulait faire de la merde, c’était décidé, c’était son choix. Même des labels comme Def Jam sont trop petits pour influencer les artistes en face d’eux.

Pourquoi et dans quel but avez-vous créé Authentik?

JS: Au départ, pour être un peu une déclinaison de l’album et parce que la presse hip hop ne nous convenait pas. On ne répond plus aux interviews des magasines. C’était aussi pour mettre le ola sur l’histoire et rencontrer des gens qui n’ont rien à voir avec nous. On voulait leur poser des questions avec notre franc-parler.

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