Interview : Mike Ladd (01-2001)

Comment as tu formé ce groupe ?

J’ai joué dans divers groupes auparavant mais… je ne sais pas en fait. Les choses se sont faites naturellement. Ce sont des musiciens de divers groupes new yorkais. Certains sont dans Sonic Sum, d’autres dans Pleasure Unit… Ce sont des personnes à qui j’ai fait appel parce que nous nous sommes rencontrés au long de nos carrières respectives et que le feeling est passé entre nous.

Tu dis jouer de la « black music ». Peux tu nous donner ta définition du genre ?

Ma musique vient directement de mes influences de toujours et je suis un métisse. C’est ancré dans ma manière de vivre et dans mes gouts musicaux. Je ne peux pas l’expliquer, c’est en moi. C’est naturel. J’ai toujours vécu avec cela et je le retranscris inconsciemment dans mes compositions.

Mais tu es d’accord si je te dis que toutes les musiques viennent plus ou moins du peuple noir ?

C’est vrai que la plupart des courants musicaux actuels aux Etats Unis ont cette origine, et se servent encore de la soul, du rythm n’ blues… La musique actuelle est un mix de toutes ces origines avec des accents particuliers suivant les styles.

Au début des années 80, tu as joué de la batterie dans un groupe de funk. Selon toi, quel est le lien entre cette expérience et ta musique aujourd’hui ?

Tout d’abord, je n’étais pas un bon batteur. C’était en 84 et je mettais des rythmes soul et hip hop dans les compos. Aujourd’hui, je travaille énormément sur les beats puisque je donne toujours dans la soul et le hip hop. Je pense que c’est la seule chose que ces deux périodes ont en commun.

Cette expérience dans le funk a t-elle été longue ?

Ca a dû durer environ trois ans. Le groupe s’appelait Uncle Faster. Je te rassure nous sommes bien meilleurs aujourd’hui !!! Nous faisions des reprises des Funkadelic qui n’était vraiment pas bonnes !

Penses tu faire partie d’une élite hip hop ? Ton but est-il de provoquer la créativité des acteurs hip hop et du monde de la musique en général ?

La chose la plus importante est d’être intéressant soi-même. Au début, aucun groupe ne parvient à faire la musique qu’il veut entendre. Nous n’avons pas sorti des milliers de disques pourtant les gens s’attardent un peu sur notre cas. C’est déjà bien et cela prouve qu’il y a quelque chose d’intéressant dans nos compositions. Nous sommes tous amis et sur la même longueur d’onde musicale alors cela facilite les choses et rend notre concept plus facile à accomplir. Nous rendons nerveux d’autres artistes et en cela, c’est plutôt une satisfaction. Le hip hop est ultra récurent et quand un groupe sort du lot, est plus créatif qu’un autre il est plus facilement mis en avant, que ce soit positif ou pour être en première ligne des critiques. Les autres simplifient les choses par rapport à ce que nous faisons.

Défends tu le fait d’être un groupe instrumental ?

Oui, c’est plus marrant pour nous, plus agréable pour le public. Le hip hop doit de toutes façons avoir des machines et des platines mais rien ne t’empêche d’y rajouter des instruments pour apporter un peu plus d’intérêt à ta musique. Mes concerts préférés étaient ceux de Fishbone ou Bad Brains. C’était des concerts de folie, qui procuraient des choses à cause de ce côté live. C’est très important de procurer ce genre de sentiment. J’aime les artistes comme Coltrane, Jimmy Hendrix… Des artistes de scène qui repoussent les limites.

Avec votre second album, vous nous avez accueilli dans l’après futur. Pensez vous, comme Dantec, que nous vivons tous dans les ruines du futur ?

Je ne connais pas trop cet auteur, mais je suis d’accord avec lui. Nous vivons tous déjà dans le post modernisme, et la fin du modernisme correspond un peu à la fin de la fiction. Nous finissons par avoir une réponse à toutes nos questions ; la fiction d’autrefois est à notre portée avec tous les ordinateurs utilisés de nos jours. Quasiment tout est réalisable. Des robots ont maintenant la quasi totalité des fonctions de l’être humain puisqu’ils le remplacent de plus en plus. La science fiction devient la science de la fiction, une usine en quelque sorte.

Tu dis que le thème d’Infesticons est la beauté…

C’est l’histoire classique des méchants contre les gentils, du hip hop indépendant contre le hip hop major et des enfants laids contre les beaux… Les héros de ce concept sont ceux qui bouffent le système de l’intérieur. C’est une remise en question de la définition de la beauté, des préjugés des gens. Le contre poids sera fait dans le second disque « Majesticons » qui devrait sortir courant 2002. Le premier parlait de la « mauvaise » facette de l’humanité, le prochain s’attardera sur les soi-disant modèles.

Vous venez de sortir un live à Paris. Pourquoi ce choix et pourquoi Paris ?

C’est quasiment une blague. Certaines personnes l’aiment mais c’est un enregistrement qui ne devait pas sortir mais je me suis fait enflé. Je ne voulais pas qu’il soit commercialisé mais le mec l’a fait quand même…

Quelles sont vos prochaines sorties à part « Majesticons » ?

Nous allons sortir un maxi intitulé « Vernacular Homicide », et autre en septembre 2001 « Activator Cowboy ». Mais le principal sera « Majesticons ». Surveillez le, il risque d’y avoir des featurings de Roots Manuva, Slug and Eyedea, New Flesh, Apani B Fly…

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