Interview – Low, tous les oeufs dans le même panier

Dix-huit ans… Dix huit ans que Low existe et se remet continuellement en question. Une multitude de prises de risque qui l’ont amené à devenir un des groupes indie cultes de notre époque. Au lendemain de la sortie de l’excellent « C’Mon », leur dernier album en date, on a eu le plaisir de rencontrer Alan Sparhawk et son épouse Mimi Parker lors de la collection été 2011 de La Route du Rock, pour y parler musique, projets et famille. Tour d’horizon complet histoire de se consoler de les avoir manqués lors de leur brève venue parisienne au printemps, et saliver déjà à l’idée de les voir fouler la scène de la Gaîté Lyrique en décembre prochain.

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Low fête cette année ses dix-huit ans. Cette ancienneté génère t-elle une certaine pression chaque fois que vous sortez un disque? En avez-vous des attentes particulières ou la chose primordiale reste t-elle votre propre satisfaction? On imagine que la donne a changé depuis vos débuts…

Alan: Je crois qu’il existe toujours une certaine pression, mais c’est quelque chose que l’on provoque nous-mêmes désormais. On veut à chaque fois faire des disques qui nous mettent un peu en danger. C’est même parfois intentionnel de nous mettre en difficulté pour repousser nos limites, explorer des territoires jusque là inconnus pour le groupe, et justement creuser, ouvrir de nouveaux horizons. Particulièrement pour nos deux derniers disques, pour lesquels nous étions tout à fait libres de faire ce que l’on voulait, sans limite de temps imposé. C’est dans ces cas là que nous nous mettons nous-mêmes la pression: ça n’en devient que plus intéressant pour nous. En même temps, ce besoin de se mettre en danger pour créer et avancer, cette liberté artistique, c’est certainement l’élément qui explique également notre longévité.

Low n’a jamais autant souligné la beauté de ses mélodies qu’avec « C’Mon ». Des titres comme « Try to Sleep », « Witches » ou « Especially Me » resteront certainement parmi les plus beaux de votre discographie. Est ce que la mélodie a été désigné comme le point névralgique de cet album au moment de vous atteler à sa composition?

cita1Je crois qu’on essaie toujours de faire des chansons plutôt mélodiques. J’ai toujours été véritablement fasciné par les pop songs, les structures simples. C’est toujours le point de départ, mais ensuite une chanson peu prendre une toute autre tournure, jusqu’à perdre sa base mélodique. Ce qui est sûr – et là je te rejoins – c’est que sur « C’Mon« , il y a moins de dissonance, moins de tension, plus de lumière. Mais ça n’est pas quelque chose que nous avions programmé avant de rentrer en studio.

A quel moment décidez-vous de qui va poser sa voix sur une chanson? Cette décision est-elle plutôt instinctive ou toujours réfléchie, testée auparavant? Il serait très intéréssant de pouvoir écouter des versions de chansons interprétées par Alan à l’origine, chantée par Mimi, et vice et versa… Auriez-vous garder des traces de ce genre d’essai?

low2Mimi: Il y a eu quelques exceptions mais, en général, si j’écris la chanson, je la chante. Ce n’est pas vraiment sujet à débat, et c’est évidemment la même chose pour les chansons que compose Alan.
Alan: Chacun chante les chansons qu’il compose. Mais, il y a eu quelques exceptions sur des chansons un peu plus rares, sur des face-b. Sur « You See Everything » par exemple, l’une des chansons de « C’Mon », le cas a été un peu différent de la normale. J’avais déjà la musique et le refrain, mais je n’arrivais pas à écrire les paroles de la chanson. Ça a duré un bon moment, je buttais complètement, et c’est finalement Mimi qui s’en est chargée. La mélodie l’avait inspirée, elle en a écrit les paroles, et c’est donc elle qui la chante finalement. On n’écrit pas ensemble, on travaille généralement séparément avant de présenter chacun nos propositions à l’autre.

Justement, comment fonctionnez-vous dans ces moments-là? Êtes-vous très critiques vis à vis du travail de l’autre? Peut-il y avoir des discussions tendues lorsque le travail de l’un ne plait pas à l’autre?

Mimi: De nous deux, Alan est la personne la plus prolifique. C’est donc finalement très souvent moi qui dois donner mon avis sur ses chansons. En général, je n’ai vraiment pas grand chose à redire, j’ai confiance en lui et en sa musique.
Alan: (Il la coupe) Je ne suis pas vraiment d’accord, j’ai besoin de ses critiques, et elle sont toujours constructives. Elles me permettent de m’améliorer, d’aller plus loin…
Mimi: Je crois que c’est Alan lui-même qui est plus plus critique vis à vis de son travail. Il me le présente mais le remet en question rapidement en cherchant à obtenir mon sentiment sur ses idées.

« C’Mon » a été enregistré dans une église. Est-ce pour l’aspect acoustique du lieu ou ce choix s’est-il fait pour des raisons beaucoup plus mystiques?

Les deux. On a toujours voulu enregistrer dans des endroits un peu particuliers. Ça a une influence importante sur le disque. Parfois, tu ressens le besoin d’être le plus loin possible de chez toi, de t’imprégner d’un nouvel environnement. D’autres fois, tu ne vas pas ressentir ce besoin d’isolement, et tu vas enregistrer dans ton garage ou dans une église où le son est très particulier. Dans le cas présent, cette église est très proche de là où l’on vit. Ça faisait déjà un moment qu’on bossait sur le montage d’un studio d’enregistrement dans ce lieu. C’était plutôt pratique pour nous d’avoir ça à côté de la maison, en plus du fait que le son qui ressort d’une église nous inspire beaucoup. On a fait pas mal de concerts au cours de notre carrière dans des lieux de ce genre. On apprécie, et que l’on soit croyant ou pas, l’église est un lieu de rassemblement pour des personnes en recherches de réponses, d’espoir…

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Vous êtes également en couple depuis dix-sept ans, ce qui sonne comme un exploit aujourd’hui, encore plus étant donné vos vies de musiciens qui ne facilitent généralement pas la longévité. Quel est votre secret? On dit qu’il est difficile de travailler avec son conjoint, en est-il de même quand il s’agit de musique?

Alan: C’est très compliqué (rire en coin), c’est intense. C’est vraiment difficile car cela crée un environnement particulier fait de création, de périodes de doutes artistiques partagés, de voyages en tournées qui paraissent parfois interminables…
Mimi: Ce qui est vraiment compliqué, c’est de séparer le mariage du groupe.
Alan: C’est complètement impossible…
Mimi: Quand il y a un problème dans le groupe, qu’on le veuille ou non, cela se ressent sur le mariage. Et quand il y a un problème dans le couple, c’est la même chose, le groupe peut en pâtir. Mais finalement, c’est ce dont on a toujours rêvé. C’est ce que l’on voulait: être ensemble, créer ensemble…
Alan: On aurait vraiment du mal à avoir nos activités professionnelles respectives,  quelque chose du style « bisous ma chérie, on se voit ce soir, et on se raconte notre journée de boulot…« 

Pensez-vous que le fait que vous soyez en couple a quelque chose à voir avec les nombreux changements de bassiste que le groupe a connu? Etes-vous un couple facile à vivre pour le troisième musicien de Low?

cita2De manière générale, c’est un peu toujours moi contre le bassiste, ce n’est jamais Mimi et moi contre lui… Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas non plus très facile de bosser avec nous.
Mimi: Je crois qu’on peut dire que cela y a pas mal contribué, mais je ne pense pas que ce soit la cause principale. On est marié depuis dix-huit ans, mais eux ne sont pas mariés avec nous… Les bassistes qui sont passés dans Low ont tous eu également l’envie de faire autre chose. Low, c’est notre projet à Alan et à moi. Ce n’est pas que l’on ne veut pas y inclure les bassistes, bien au contraire. On le fait, mais tout est différent pour eux.
Alan: On a besoin de cette troisième personne pour bosser sur des idées, mais aussi pour nous aider à communiquer…
Mimi: Et si l’on devait partir seulement tous les deux en tournée, je pense que ça se passerait mal. On a besoin de ça pour l’équilibre du groupe, pour notre relation.
Alan: En se mettant à leur place, on souffre aussi parfois. C’est une carrière compliquée du fait qu’on est très souvent loin de chez soi, et qu’on est souvent très seul… Mais on les aime tous!

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Vous êtes les parents de deux enfants. Quel est leur rapport à la musique? Y sont-ils sensibilisés? Quel regard portent ils sur la musique de Low?

Mimi: Nos enfant adorent tout ce que l’on fait (rires).
Alan: C’est vrai, ils aiment beaucoup notre musique, ils vivent avec tous les jours, et ils nous encouragent toujours…
Mimi: On les a même fait chanter sur « C’Mon »: ils ont fait des choeurs, et ils ont adoré ça. On est toujours en train de bosser ou répéter à la maison, donc le groupe fait partie de leurs vies à eux aussi.

Alan, qu’en est il de The Retribution Gospel Choir? Cette expérience est elle revigorante pour toi? Considères-tu que son existence soit bénéfique à la longévité de Low, dans le sens ou elle te permet d’assouvir d’autres envies sans compromettre les projets existants?

Alan: C’est différent, mais c’est toujours moi. Je ne change pas ma façon de composer pour ce groupe, c’est juste une dynamique différente. La musique est plus lourde, plus forte, le batteur est différent. C’est juste un autre groupe avec trois personnes qui bossent ensemble sur des chansons…
Mimi: C’est le groupe des mecs!
Alan: C’est ça, c’est le groupe des mecs, des gars qui jouent ensemble et essaient de faire de la musique cool. On planche d’ailleurs sur un prochain disque…

Vous êtes à la tête d’un studio ainsi que d’un petit label appelé Chairkicker’s Union. Cherchez-vous à lui donner une certaine envergure? Quels sont les futurs projets le concernant? Tout cela a t-il pour but d’atteindre un certain degré d’autonomie?

Quand on a crée le label, c’était vraiment pour nous. A travers cette structure, on pouvait publier plus librement des disques, ou des singles de Noël par exemple. On a ensuite pu publier des projets de gens proches, des amis qui faisaient aussi de la musique. Ça a principalement été créé pour la communauté qui nous entoure, pour essayer d’aider d’autres groupes. En ce qui concerne le studio, on va dire qu’on a mis nos ressources au service de la communauté, et des personnes gèrent ce lieu en essayant d’y enregistrer les amis, ou des groupes qui n’ont pas vraiment les moyens de se payer un studio. C’est intéressant aussi pour nous d’avoir un lieu à nous, pour développer n’importe quelle idée à n’importe quel moment, sans aucune contrainte.

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2 réponses à Interview – Low, tous les oeufs dans le même panier

  1. chRisA 9 septembre 2011 à 14 h 48 min #

    Sous la pluie, à Saint-MaLOW, c’était grandiose!

  2. monkey 6 octobre 2011 à 13 h 19 min #

    faible pluie, mais quelle ouverture !
    J’en ai encore les poils dressés…

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