Interview : Karaté (01-2008)

Il y a comme un vide depuis que Karate a annoncé sa séparation en 2005. Heureusement, ses membres n’en ont pas fini avec la musique. C’est le cas de Geoff Farina, par lequel l’occasion s’est présentée de revenir sur cette belle épopée…

Karate jouait rock à ses débuts et a progressivement évolué vers le jazz. Peux-tu revenir sur les raisons de cette évolution? Etait-ce un réel choix de votre part ou est-ce venu tout naturellement?

Lalbum “595?de Karate

Geoff Farina: Et bien, je dirais déjà que nous avons toujours été un groupe de rock avec des influences jazz et blues. Pour moi, il n’y a pas de doute que nos derniers disques (« 595« , « Pockets« , « Some Boots« ) étaient des albums rock. Cela dit, nous avons beaucoup expérimenté en nous tournant vers le jazz et le blues, simplement parce que ces deux styles musicaux ont toujours eu autant d’influence sur nous que les groupes de rock. Notre évolution s’est donc faite à la fois consciemment et inconsciemment, certains choix étaient plus délibérés que d’autres. De mon point de vue de compositeur, je n’essaye jamais de me cantonner à un genre, j’aime beaucoup tenter des choses. Je me fiche totalement de ne pas pouvoir être identifié clairement sous une quelconque catégorie musicale.

Quand on lit vos paroles dans « In Place Of Real Insight » et « The Bed Is In The Ocean« , elles sont toutes écrites d’un bloc, comme pour former une histoire. Étiez vous habitués à les travailler avant la musique ou le contraire?

Lalbum de Karate “The Bed Is In The Ocean”Ça dépendait. Encore aujourd’hui, je développe à la fois la musique et les textes de manière séparée, puis je rassemble le tout à un moment du processus de composition. Je n’ai pas vraiment de règle qui me pousse à travailler l’un ou l’autre en premier. Je me colle à chacun séparément, et tu finis par ressentir le moment propice pour marier tout cela.

Etiez vous tous impliqués dans la composition où étais-tu le principal maître d’oeuvre?

J’établissais les bases, mais nous apportions les finitions et arrangements tous ensemble.

Vous étiez quatre musiciens sur « In Place Of Real Insight« . Pourquoi avoir fait ce choix? Et surtout, pourquoi ne pas avoir continué sous forme de quatuor?

Lalbum de Karate “In Place Of Real Insight”Il y a eu un moment où Eamonn a voulu jouer de la guitare, donc il nous est venue l’idée de demander à Jeff de prendre la basse et d’essayer d’enregistrer un album à quatre. Nous avons beaucoup apprécié certains aspects de ce format, mais la plupart de nos disques ont été composés et joués à trois, et au final, c’est ce qui s’est révélé être le plus fructueux.

Vous n’avez jamais vraiment ajouté d’autres instruments à votre musique. Je pense à des claviers, des cordes ou des machines. Aviez-vous pensé à cela à un moment de votre carrière? Pourquoi ne pas l’avoir fait?

Je ne te cache pas que nous y avons pensé, mais n’est jamais apparu comme quelque chose d’absolument nécessaire. Il y a tellement de groupes qui peaufinent leurs disques, qui apportent une tonne d’orchestration qu’ils ne parviennent pas à retranscrire tout cela sur scène, ni à sonner aussi intéressant que sur bandes. Nous avions des idées bien arrêtées en termes d’arrangements, mais nous ne voulions surtout pas que cela dénature notre son et notre identité de trio pour que le tout sonne quasiment pareil sur disque comme en concerts. Ce qui nous intéressait était d’avoir une section rythmique forte et très précise pour que les morceaux aient des bases solides. Loin de nous était l’idée d’accumuler les couches d’instruments en studio…

Comme je le disais, chaque album semblait raconter une histoire. Etait-ce vraiment le cas? Avez-vous toujours composé vos titres pour qu’ils la souligne? Comment?

Je dirais que c’était le cas uniquement parce que tous les morceaux d’un album étaient écrits et arrangés durant un laps de temps allant de six mois à un ou deux ans. Etant donné que nous avons sorti six ou sept disques en douze ans, je pense qu’il était inévitable que chacun raconte plus ou moins une histoire reflétant qui nous étions à ces moments-là de nos vies et de notre carrière.

Etiez vous intéressés par l’art en général. Par exemple, les arts visuels, les performances, le cinéma… Avez-vous déjà travaillé au profit de telles créations? Quelles sont les principales différences entre le fait de travailler au sein d’un groupe, et pour de tels projets?

J’ai fait quelques lives pour des films durant ces dernières années, et j’ai beaucoup apprécié l’exercice. Le différence principale est que, dans ce cas de figure, tu travailles pour quelque chose ou pour les idées créatrices de quelqu’un, et tu essayes d’améliorer ou soutenir des idées qui existent déjà. C’est très instructif parce que tu peux te lancer dans un jeu qui ne serait pas du tout approprié au contexte de groupe.

Selon moi, Karate était beaucoup plus intense sur scène quand vous jouiez dans de petites salles. Que préfériez-vous?

Je pense aussi que nous nous sentions vraiment à l’aise dans des lieux de taille modeste, principalement parce que c’est dans ceux-là que nous nous sommes le plus produits. C’était facile d’y communiquer notre énergie, parce que c’est quelque chose que nous avons fait des centaines de fois, et qu’il était plus simple d’y maîtriser le son. En même temps, plus nous avancions, plus nous apprécions les plus grandes scènes du fait qu’elles étaient souvent dotées d’un matériel de sonorisation très plaisant. Il y a des fois où nous étions vraiment frustrés par les petites salles qui n’avaient pas une bonne acoustique, et qui avaient un ingénieur du son qui se foutait totalement de l’améliorer, ou de limiter les dégâts. Du coup, c’était bon de jouer sur de grosses scènes, avec du vrai matériel et un vrai ingénieur.

Avez vous déjà joué dans des festivals de jazz? Quelle était la réaction des puristes lors de telles prestations?

Nous l’avons fait une fois ou deux. Je ne suis pas sur de me souvenir qu’il y ait bien eu des puristes dans le public. Mais il est souvent arrivé que des gens n’apprécient pas notre musique quand elle était jouée dans un contexte différent. C’est le genre de chose qui arrive à chaque groupe qui tourne.

Vous venez tout juste de sortir un album live composé de seulement huit titres. A t-il été difficile de faire un choix dans toute votre discographie? Penses-tu que ces morceaux sont ceux que le public gardera toujours en mémoire?

Non, ça a été assez facile. En fait, on a gardé nos meilleures performances quand on jouait ce set qui est, de surcroît, un bon résumé de notre discographie. Ce sont des titres que nous avons beaucoup joués en live, et que les gens qui venaient nous voir avaient l’habitude d’entendre. Tout le monde voulait qu’on joue « Sever », « There Are Ghosts », et « Caffeine Or Me », y compris le soir où nous avons enregistré ce concert. Il nous a donc enlevé une bonne épine du pied.

Si tu devais choisir un seul album de Karate, lequel serait-ce et pourquoi?

C’est vraiment difficile à dire puisque, pour moi, ils sont tous différents. Je dirais quand même « Pockets » puisqu’il reflétait beaucoup d’expérimentations faites auparavant, et qu’il représente encore aujourd’hui ce son hybride que nous avons développé au fil du temps. C’est le plus raffiné, et c’est une belle fin étant donné qu’il représente ce que nous sommes devenus.

Karate sur la route

Qu’écoutes tu en ce moment?

Ces dernières années, j’ai beaucoup écouté de vieille musique, de la musique américaine des années 20, début des années 30. J’écoute aussi beaucoup de blues et de ragtime, mes artistes favoris sont Charlie Patton, Blind Willie Johnson, John Hurt, Gary Davis, et Blind Blake. Récemment, j’ai aussi beaucoup écouté Doc Watson et Norman Blake.

Venons en au présent. Pourquoi avoir débuté une carrière solo alors que Karate existait toujours? Ton but était-il de composer des morceaux qui ne pouvaient pas être joués par le groupe? Etait ce véritablement une approche différente?

Je ne peux pas dire que j’ai commencé une carrière solo étant donné que je joue de la guitare et chante depuis que je suis adolescent. J’ai toujours apprécié cette intimité. Quand le bon moment se présente, c’est parfois beaucoup plus excitant et enrichissant que cela peut l’être avec un groupe. C’est vraiment quelque chose que je ferai toujours.

Il a été dit au moment de la séparation du groupe que Karate s’arrêtait en raison de tes problèmes d’ouïe. Etait-ce vraiment le cas ou seulement une excuse pour ne pas s’étendre plus profondément sur les véritables raisons? Comment te portes-tu aujourd’hui?

Il y a beaucoup de raisons qui m’ont poussées à arrêter, et mes problèmes d’oreille en étaient une parmi d’autres. Je voulais vraiment démarrer un nouveau groupe, tout raser et recommencer quelque chose de différent comme je le fais maintenant avec les Glorytellers. Gavin et Jeff sont aussi des musiciens très flexibles, capables de rebondir sur de nouvelles idées musicales. J’ai comme ressenti que nous avions fait le tour de la question et que nous pouvions très difficilement aller plus loin. Nous n’avons jamais considéré Karate comme un groupe immortel, et douze ans c’est finalement beaucoup plus que la plupart des combos. Il y a eu un moment ou nous avons tous senti que la fin approchait. Il n’y avait donc pas qu’une seule raison à tout cela, et mes problèmes personnels n’ont fait qu’attirer l’attention et oublier le reste.

Les Glorytellers backstage pendant leur passage à Paris

Tu joues donc maintenant avec les Glorytellers qui sortira un premier album fin février 2008. Peux-tu nous en parler brièvement? Que trouves-tu dans ce groupe que tu ne trouvais plus à la fin de Karate?

Je chante et joue de la guitare acoustique avec ce groupe, et les morceaux sont beaucoup plus orientés vers les textes que ne le faisait Karate. Cela fait donc deux différences importantes. Le groupe est donc composé d’une guitare acoustique, d’une guitare électrique, et d’une batterie, et le ton général est logiquement plus acoustique. Pourtant, ce sont mes compositions, Gavin joue de la batterie lors de nos concerts, donc ça sonne parfois inévitablement comme Karate. Mais les titres sont tous nouveaux, plus ciblés et plus raffinés. Sans compter sur quelques autres petites différences que le public saura déceler.

Tu as toujours dit que tourner était quelque chose que tu n’appréciais pas particulièrement. Aurons-nous quand même la chance de voir Glorytellers en France?

Écoutes, ta question tombe un peu au mauvais moment puisque je reviens tout juste d’une tournée italienne, et j’espère bien avoir la motivation pour repartir au Japon dés lundi prochain. C’est vrai que je n’ai jamais aimé tourner, mais ça fait partie de mon boulot et je continuerai à le faire. J’aime me produire, et j’ai appris à faire quelques concessions avec le temps. Nous espérons donc faire une tournée européenne en fin d’année, tu nous verras donc peut être à ce moment-là.

Enfin, Karate est-il vraiment une histoire définitivement révolue, où est ce possible qu’on vous revoit ensemble dans le futur?

Qui sait, mais il n’y a vraiment aucun projet de rejouer ensemble pour l’instant. Vu que, actuellement, pas mal de groupes des années 80/90 se reforment régulièrement, il ne semble pas y avoir besoin d’un énième retour aux affaires.

Écoutez Karate.
Plus d’infos sur Geoff Farina en solo.
Écoutez Glorytellers.

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