Interview – In bed with Matthew Caws (Nada Surf, Minor Alps)

Disponible, généreux et passionné… Plusieurs adjectifs qui pourraient définir la personnalité de Matthew Caws. À quelques jours de la sortie de ‘Get There’, le premier album de Minor Alps (duo qu’il forme avec Juliana Hatfield), nous l’avons rencontré dans sa minuscule chambre d’hôtel à Madrid. Jamais plaintif, toujours positif après vingt années passées au service du rock, celui que beaucoup connaissent comme le guitariste/chanteur de Nada Surf s’est prêté au jeu de l’interview, allant même jusqu’à nous gratifier d’une session acoustique.

Comment as-tu annoncé aux autres membres de Nada Surf que tu allais prendre un peu de recul pour te lancer dans ce nouveau projet qu’est Minor Alps?

Matthew Caws: Ça n’a pas été très compliqué. En fait, ça s’est fait d’un commun accord. Cela fait vingt ans que Nada Surf existe, et ça faisait déjà un moment qu’on discutait de cette possibilité de faire une pause d’un an. Cette année est déjà d’ailleurs presque écoulée donc, dans quelques mois, on va recommencer à travailler pour un nouvel album. Ira et Daniel savaient depuis un moment que j’avais de nouvelles envies que je n’allais pas forcément concrétiser avec eux. Ils savent que je suis un type curieux, fan de beaucoup de musiciens. J’ai enregistré quelques chansons avec Michael Lerner de Telekinesis il y a quelques mois, et on a la moitié d’un disque de prêt. Je crois que c’est une bonne chose pour tout le monde, ça recharge mes batteries. Je vais donc retrouver Nada Surf avec une nouvelle énergie et une entière disponibilité.

Tu avais déjà eu l’occasion de collaborer avec Juliana Hatfield sur l’un de ses disques, et elle même avait déjà posé sa voix sur une chanson de Nada Surf. D’où vient cette envie de pousser l’expérience plus loin et d’enregistrer un disque tous les deux?

Ce qui a motivé ce projet, c’est le fait d’avoir chanté ensemble lors de ces premières collaborations. C’est quelque chose que l’on a ressenti tous les deux de manière quasi instantanée. Sans pour autant planifier la chose, on s’était dit qu’on ferait quelque chose ensemble. Le sujet est revenu plusieurs fois sur la table, jusqu’au moment où l’on s’est dit que l’on en avait vraiment envie. Nada Surf commençait son break, c’était l’occasion parfaite!

Le processus de composition a t-il été différent par rapport à ce que tu as connu jusque-là avec Nada Surf?

Eh bien, on a commencé à composer ces chansons séparément. Je peux te dire pour chaque morceau de qui vient l’idée principale. Ensuite, pour les terminer, on a bossé sur chacun d’entre eux ensemble. Avec Nada Surf, on fonctionne vraiment comme un groupe, surtout en ce qui concerne la musique. J’apporte une ébauche de chanson et on se met tout de suite à bosser ensemble sur sa structure. On expose chacun nos idées de façon très démocratique pour arriver finalement à quelque chose qui nous plait à tous. Avec Juliana, la nouveauté réside surtout dans les textes des chansons. Là, pour le coup, c’était la première fois que l’on envisageait l’écriture de cette manière. Ça nous a pris du temps, on avait besoin de se sentir totalement en confiance pour que l’on puisse dire à l’autre: ‘j’aime bien cette phrase, mais pourquoi on ne la remplacerait pas plutôt par celle-ci?‘. Une fois cela acquis, les choses sont allées vite. Ce n’est pas comme quand je compose seul un texte, où je suis mon propre correcteur. C’est parfois compliqué, on doute, on modifie, puis on revient dessus en se disant qu’on a peut être manqué de confiance en soi. Quand tu as une autre personne à tes cotés en qui tu as confiance, tu partages, tu communiques, et tu juges plus facilement et plus rapidement.

Nada Surf s’est toujours caractérisé par un son très direct, tu n’utilises que très peu de pédales d’effets. Ce projet est-il une opportunité pour toi de tester de nouvelles choses, de nouveaux instruments?

En effet, la nouveauté ici, c’est la façon dont sont exécutées les parties de batterie. Ce ne sont pas des programmations puisque Chris Egan, un ami, a ramené un jour en studio un kit de batterie Rolland TR 909. Juliana et moi, on lui montrait la structure de la chanson à la guitare, et il inventait un beat pour l’accompagner. Ensuite, pour l’enregistrement, ça s’est fait live, il interprétait les chansons entièrement. On a donc un son de machine, mais joué en live comme les autres instruments. Une autre nouveauté pour moi est l’interaction avec le piano. Juliana en joue très bien, et c’est quelque chose que l’on a rarement fait avec Nada Surf.

Concernant les textes, est-ce que ce fut aussi une occasion pour toi d’aborder des thèmes différents de ceux de Nada Surf?

Les thèmes sont presque les mêmes, je suis la même personne… Quand j’écris, avant de penser au public, j’écris pour moi et pour mes partenaires, pour Ira, Daniel et Doug… Dans certaines ébauches de textes que j’ai écris auparavant, j’ai certainement enlevé certaines lignes pour ne pas inquiéter les autres membres de Nada Surf, des phrases peut-être un peu trop dépressives ou tristes… Pour Minor Alps, étant donné que Juliana et moi avons des caractères plutôt similaires, je savais que je pouvais lui montrer ces lignes, ces émotions, qu’elle ressentirait les mêmes choses. On a été très honnête psychologiquement l’un envers l’autre. Avec Nada Surf, c’est le côté plus heureux de ma personne qui ressort, c’est une honnêteté un peu différente. Mais c’est moi, je suis la même personne…

Quand Nada Surf sort un nouveau disque, votre public a tendance à en attendre beaucoup. Pour Minor Alps, j’imagine qu’il n’y avait aucune pression…

Ouais, aucune pression, comme tu dis. On n’était pas attendu, on a fait ce disque avec seulement la volonté de faire du bon boulot. On ne se serait pas permis de le sortir s’il n’avait pas été à la hauteur de nos attentes.

Qu’est-ce qui pousse un mec comme toi à partir seul en tournée acoustique? La passion ou l’obligation de gagner sa vie?

Les deux… Je vis en Angleterre, à une demi heure de l’aéroport de Stansted donc, pour moi, c’est plutôt facile de m’embarquer dans cette tournée solo en Espagne. 18 livres pour mon billet d’avion jusqu’à Madrid, et même tarif pour ma guitare (rires)! Ça me coute moins chère de prendre un billet pour elle que de la mettre en soute! (rires) Je devrais débourser 50 livres sinon! Donc elle voyage toujours à mes côtés! L’avantage c’est qu’elle ne demande rien à manger ni à boire (rires)! On ne s’engueule jamais non plus… Plus sérieusement, c’est évidemment une nécessité pour moi: je dois payer mon loyer comme tout le monde chaque mois, cette tournée me permet donc de faire rentrer un peu d’argent pour la famille.

Avez-vous prévu de partir en tournée avec Juliana pour défendre Minor Alps?

Oui, on a déjà une tournée prévue au mois de Novembre aux USA. Si ça se passe bien et qu’on s’amuse, j’espère que l’on pourra prolonger l’expérience en Europe un peu plus tard. Le line up sera très simple: nous deux avec nos guitares acoustiques, et des beats lancés sur un iPad…

Quatre billets d’avion a acheter donc…?

(rires) Oui! C’est tout à fait ça!

As-tu eu l’occasion de lire ‘Black Postcards’, le livre de Dean Wareham (Galaxie 500, Luna)? Il y aborde la vie en tournée depuis vingt ans pour un musicien, la solitude qui va avec, comme les conditions peu idéales parfois… Te reconnais-tu dans ce portrait qu’il dresse sur le musicien indépendant?

J’ai un enfant, je vis en Angleterre, mais j’ai aussi un appartement tout petit à Brooklyn. Tu connais le groupe XTC? Après voir publié ‘Black Sea’, ils ont décidé de ne plus tourner. Aujourd’hui, je ne sais pas s’il existe un seul artiste de la scène indépendante qui puisse se permettre ce genre de chose. Comme je te le disais auparavant, on doit tous payer le loyer à la fin du mois. J’ai deux appartements, c’est une vie chère! J’aime tourner, mais oui, comme Dean le décrit si bien dans son bouquin, c’est parfois galère… La fatigue, les voyages incessants… Mais après tout, c’est la vie qu’on a choisi, celle qu’on aime… Cette tournée pour moi, c’est comme un road trip, j’ai personne sur mon dos pour me dire de me lever à telle ou telle heure. C’est la liberté, un peu de solitude mais, une fois de plus, je l’ai choisie… Les expériences que raconte Dean nous sont très familières évidemment.

Thom Yorke a récemment déclaré que, en tant que musiciens, vous devriez tous lutter contre Spotify. Il dit que ce n’est pas nécessaire, que l’on peut faire sans. Es-tu d’accord avec ce genre de propos?

Si tu es Thom Yorke, tu peux te permettre ce genre de position… J’aimerais pouvoir me la permettre, mais c’est impossible, je ne peux pas dire non à un outil qui permet le diffusion de ma musique…

Tu consommes toi-même beaucoup de musique? Si oui, sous quel format?

Oui, j’écoute pas mal de choses. En général, j’achète des vinyls, mais je n’achète pas tout ce que j’aime… Parfois, j’écoute certaines chansons une ou deux fois sur YouTube… J’achète quelques CDs de temps en temps, même si ma préférence est vraiment le vinyl. J’achète aussi pas mal sur l’Itunes Store, je ne télécharge pas illégalement, certainement par principe, sûrement par fainéantise (rires).

Tu peux nous montrer ce que tu as en ce moment dans ton Ipod?

Voyons voir… Father John Misty par exemple, j’ai beaucoup aimé son disque, je l’ai écouté des tonnes de fois. Ce que j’ai sur cette iPod ne reflète pas forcément ce que je préfère, mais c’est ma playlist du moment: Adele, parce que j’ai écris quelques chansons avec Dan Wilson (ndr: chanteur de Semisonic) l’été dernier. Il a composé entre autres ‘Someone Like You’ avec elle… Charlie Boyer, Mark Miller, Mikal Cronin que j’aime aussi beaucoup… Phosphorescent aussi. Voilà tout ce que j’ai sur cet iPhone…

Que font les autres membres de Nada Surf en ce moment? J’imagine que vous êtes en contact malgré cette année de break…

Daniel vit sur l’île d’Ibiza, il a une maison là-bas et c’est maintenant sa résidence principale. Ira, quant à lui, vit à New York, il joue dans un autre groupe – très bon d’ailleurs – qui s’appelle Bambi Kino. Il est papa d’un p’tit gars de deux ans…

Pour quand peut-on attendre le prochain album alors?

On va se remettre au taf vers la fin de l’hiver puis au printemps. En janvier, je vais essayer de finir le disque que j’ai commencé avec Michael Lerner de Telekinesis, puis entre février et mars on reprendra avec Nada Surf. L’idée étant de sortir un nouvel album le plus rapidement possible…

Si tu devais choisir une chanson pour laquelle tu aimerais que l’on se souvienne de toi, laquelle serait-elle?

Mmm… Même si c’est l’un de nos plus grand succès, je choisirais certainement ‘Always Love’. Les sentiments que j’ai voulu exprimer dans cette chanson sont très positifs, elle venait du coeur, j’avais besoin de l’écrire. Ce serait chouette que l’on se souvienne de moi à travers elle…

Crédit photos: Juan Perez Fajardo

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