Interview : Ghinzu (01-2005)

La Belgique a créé sa propre identité avec un certain éclectisme. Penses-tu que Ghinzu soit un pur produit musical belge? En quoi la scène belge aurait-elle influencé le groupe?

John Stargasm: Je pense qu’en Belgique, il y a quelque chose de merveilleux… Tout est à faire. Nous n’avons pas cinquante années d’albums de légende sur notre tête. Pas cent années de patrimoine rock à défendre et à faire perdurer de manière intacte dans le temps. Pas d’Elvis, pas de Stooges, pas de Electric Ladyland, pas de James Brown, pas de Beatles, nous ne sommes pas les pionniers initiateurs d’un mouvement qui a révolutionné le monde occidental. Bref, il y a de l’air et cette sensation de fraîcheur, ce sentiment de faire avec ce qu’on a sans se prendre la tête. Pour que Ghinzu puisse exister, on a du se transporter dans un univers qui n’est pas intrinsèque à notre pays. Nos ressources ont été puisé à travers les clips, les lives, les groupes américains ou anglais qui débarquaient chez nous comme des ovnis, des bêtes de scène, des guerriers du rock. C’est eux qui nous ont donné l’envie, l’envie de faire cette musique avec tout ce qui va avec. Pour ce qui est de la scène belge, je crois qu’un groupe comme Deus nous a autorisé à y croire. En signant en Angleterre avec un contrat magnifique, ils ont connu un succès de notoriété indiscutable. L’autre face cachée, c’est que je ne sais pas si ils sont rentables, et donc ils auraient pu refroidir directement les maisons de disque anglaises à signer du belge. Bref, on ne va pas polémiquer, de toute manière nous ne faisons pas la même musique. Ils font de la musique pour que les gens se sentent intellectuels, on fait de la musique pour que les gens se sentent invincibles.

La scène française semble être le contraire de la Belgique qui semble détenir peu de groupes mais le peu étant efficace et intéressant. A quoi cela est-il du selon vous?

Il y a tout simplement plus de groupes, mais rassurez-vous, il y a des perles rares. L’explication pour moi, c’est que ces perles rares sont noyées par des médias ultra formatés qui donnent naissance à d’innombrables groupes ultra formatés, ultra sans intérêt… Une sorte de grand Château-loft version tout le territoire français.

D’où naît la musique de Ghinzu? Quelles sont les références de chacun?

Notre musique naît d’un mélange de caractères, de styles, d’une rencontre de cinq personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, mais qui se mettent entièrement d’accord sur un point: la musique que nous faisons ne doit laisser aucune chance à celui qui l’écoute. Elle s’exécute dans le sang froid, la folie en toute légèreté, et a pour mission de vous donner cette sensation unique que tout est possible, que vous venez d’apprendre que chacune de vos cellules est libre.

Comment vis tu ton statut de leader de Ghinzu dans la vie quotidienne et par rapport aux autres membres? Quel est le degré d’implication du reste du groupe dans le processus de composition?

Pour ce qui est du fonctionnement de Ghinzu, il y a un décideur qui a une vision et qui tranche. Ca aide, ça nous permet d’éviter les débats qui n’en finissent pas et d’aller droit au but. La difficulté de mon rôle est de trouver une place pour qu’à l’intérieur de ce processus chacun puisse y trouver son compte artistiquement et humainement. Les membres de ce groupe sont de vrais amis qui se respectent, des personnes précieuses sur lesquelles je peux compter et qui me donnent la possibilité d’aller jusqu’au bout de ce que j’imagine au niveau musical. Je construis les morceaux aussi en fonction des membres. Certaines parties sont composées par Mika Nagazaki, véritable tueur en série de riffs aux consonances punk 80’s. Pour ce qui est de ma vie quotidienne, ..mmmhhh.., je crois que vous ne voulez pas en savoir plus.

Selon vous, même si c’est mérité, quelles sont les raisons de ce soudain succès en France?

Sans hésiter, les équipes qui nous encadrent : Atmosphériques, Radical et Ephelide. Ce sont des gens formidables qui font un boulot fantastique dans un monde merveilleux aux parfums délicieux, pleins de joie et de vie.

Comment s’est déroulée votre récente tournée en France? Comment jugez vous le public par rapport aux autres pays? Une petite anecdote?

La tournée s’est super bien passée, nous avons été bien accueilli, le public est généreux et je déclare officiellement que nous aimons le public français ……mmh….surtout lorsque l’on m’a lancé un soutien-gorge mouillé de la marque Lacoste sur scène. Je me suis rendu compte qu’il y avait des sportives dans la salle.

« Electronic Jacuzzi » n’est aujourd’hui plus disponible en France. Allez vous remédier à cela? Comment jugez vous votre évolution entre ces deux albums?

« Electronic Jacuzzi » sortira un jour, c’est promis. Les deux albums sont très très différents. En réalité « Blow » est plus abouti. C’est un album qui nous a pris beaucoup de temps, nous sommes partis de 23 compos enregistrées, 16 mixées et 11 seulement ont été sélectionnés pour figurer sur l’album, Nous voulions un album avec des textures très différentes dans un univers réel, parce que logique jusque dans les moindres détails. « Electronic Jacuzzi » est plus brut et ses imperfections, ses maladresses font sa force.

Hormis tourner, quels sont vos projets pour les mois à venir?

La sortie de l’album en Allemagne, Suède, Norvège, et Finlande. En France, l’Elysée Montmartre, une nouvelle tournée en avril et l’Olympia le 14 juin 2005. Nous voulons faire un DVD aussi parce qu’on a une bonne idée. Après, on aimerait se concentrer sur l’écriture d’un autre projet… Pourquoi pas un troisième album.

Finissons dans la bonne humeur, une petite blague sur les français?

C’est l’histoire d’un Parisien qui ne s’y croyait pas.

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