Interview – Fink, populaire mais pas trop

Jeudi 12 juin 2014, nous sommes à un mois de la sortie de son nouvel album ‘Hard Believer’, et Fink débarque de Berlin, sa ville d’adoption, pour le défendre auprès des médias français. A Paris, il fait beau et chaud, le temps idéal pour s’offrir le luxe d’une session acoustique de Fin Greenall, soudainement délaissé par ses deux musiciens, dans l’obligation de traverser la capitale un jour de grève des taxis pour y prendre leur train pour Londres. C’est donc à la sortie de Radio France, et après une longue journée d’interviews, que l’anglais se plie à l’exercice tout en faisant comprendre qu’il aurait amplement préféré ne pas la faire en extérieur. Ambiance. Deux titres impeccablement interprétés plus tard, le bonhomme se détend, comme soulagé, et emballé à l’idée de terminer cette rencontre par une interview en terrasse, la troisième pour le compte de vos serviteurs. Bavard, avenant, aussi intéressé qu’intéressant, plus modeste dans son attitude qu’il l’est parfois dans ses mots, Fin écumera finalement tous les sujets de conversation le temps de quelques bières et près de 80 minutes d’interview. Une disponibilité jamais vue en une quinzaine d’années d’exercice.

C’est déjà la troisième fois que l’on t’interviewe. La première, c’était avant ton premier concert à Paris, au Triptyque…

Fin Greenall: J’ai rencontré ma femme ce soir là, en backstage. C’est dingue…

Sur ce nouvel album, il y a comme deux extrêmes: une assez folk et minimale qui rappelle un peu ton premier opus, puis une autre plus pop et rock. Ça fait de lui ton oeuvre la plus ouverte…

Oui, je le pense aussi, les deux faces sont assez différentes. On a changé de management pour ce disque, et il nous a laissés faire absolument ce qu’on voulait. Il était trop occupé pour intervenir. Du coup, quand il a fallu élaborer le tracklisting, je m’en suis chargé et j’ai voulu mettre les morceaux les plus profonds d’abord, puis les autres ensuite. Je ne dirais pas qu’ils sont plus commerciaux, juste plus pop et plus ambitieux. En fait, j’ai au moins voulu que la première face soit un album que je puisse écouter. La seule difficulté a été de placer le titre ‘Hard Believer’ car il est vraiment différent du reste. Je l’ai donc mis en premier.

Vous l’avez enregistré à Los Angeles avec le même producteur que le précédent, c’est ça?

Oui, Billy Bush est génial. On voulait l’enregistrer rapidement pour capturer l’énergie, la vibe, le moment. Nous sommes un trio donc on peut faire les choses assez vite. Mais si le producteur est lent, ça peut prendre une éternité. Billy ne l’est pas, donc tout a été bouclé en une quinzaine de jours. On a même eu le temps de composer deux titres quand nous étions là bas. Putain, je me demande vraiment ce que font les groupes qui dépensent des sommes astronomiques pour passer des années en studio!

Du coup, tu pourrais presque pondre un album tous les mois…

Non, parce que ça a quand même pris un an pour l’écrire. Je ne pense pas qu’un studio soit un environnement propice pour la composition, contrairement à un appartement à Berlin par exemple. Un studio, c’est juste une salle avec des instruments dedans que tu peux trouver n’importe ou, et ou tu ne peux pas t’empêcher de penser aux centaines d’euros que ça te coûte tous les jours. Du coup, tu n’es jamais détendu. Si tu es productif ou que tu ne l’es pas, le prix est le même. Avoir la pression du temps, c’est pas mal. Mais on en a quand même eu assez pour nous interroger, pour échanger afin d’améliorer certaines choses. On a même pensé à ajouter des cordes. On a essayé, on en a enregistré, mais ça ne collait pas au final. Ça rendait les morceaux beaucoup trop commerciaux.

A quel moment considères tu qu’un album est prêt?

Je pense que plus tu passes de temps sur quelque chose, plus tu as de risques de mal faire. A un moment donné, tu dois être capable de dire que c’est assez bon pour t’arrêter là, et de te rendre compte que tout travail supplémentaire peut tout gâcher. On cherche toujours à faire l’album parfait. Quand on en finit un, il faut qu’on le considère bon à 100%. Peu importe la note qu’on lui attribuera. Quand tu es à la fac, tu cherches à avoir la mention. En musique, si tu es heureux et satisfait de tout ce que tu as fait, alors c’est que tu as obtenu la meilleure musique que tu pouvais faire. J’aimerais bien que plus de personnes raisonnent comme ça. Tous les groupes que nous aimons abordent les choses ainsi, il n’y a pas de raison que ce soit autrement. On parlait de Son Lux avant l’interview. Il ne fait pas de musique pour passer à la radio, pour s’acheter un appartement. Pour Thom Yorke, je pense que c’est la même chose. Radiohead a sorti neuf albums, et il n’est certainement plus question d’argent depuis le second.

Hormis sur le titre ‘White Flag’, les arrangements electro dub ont quasiment disparu. Est-ce que c’était une volonté de marquer un tournant dans ta discographie?

A nos débuts, on a toujours assumé nos influences dub, celles de King Tubby ou Mad Professor par exemple. En fait, on donnait toujours nos albums au label avec pas mal d’arrangements de ce type, mais à chaque fois il nous suggérait de les virer. Cette fois, on a donc décidé de ne pas en mettre. ‘White Flag’ est un peu une exception. Tim, le batteur, a ce talent rare de pouvoir transformer un beat reggae en quelque chose d’indie. Stewart Copeland (Police) l’avait aussi.

Copeland était une sorte de précurseur dans sa manière de jouer de la batterie…

Oui, c’était un génie. Dans un stade, il te jouait des morceaux presque reggae, pratiquement ska, qui avaient une sacrée puissance. Donc on voulait un morceau de ce type, qui soit évolutif en commençant sur quelque chose d’assez dub. J’ai donc planché dessus en studio, et ce n’était pas terrible. On adorait le morceau, la ligne de basse, la vibe, le beat… Tout était bon, seules les paroles laissaient à désirer. En revenant de Los Angeles, je suis revenu dessus et j’ai viré les lyrics. Je me suis dit, ‘Fuck, ce sera un titre instrumental‘, même si j’ai quand même gardé les meilleurs passages des paroles. On aime bien ce titre parce que, en troisième position sur l’album, c’est un peu un suicide commercial.

La plupart des morceaux sur ‘Hard Believer’ sont tout en progression. Est ce qu’ils sont le reflet d’un Fink qui ne se refuse plus rien, qui est désormais totalement libre de jouer sa musique comme elle vient, de capturer tous ses désirs?

Non, non. Ce que tu décris là, être capable de penser et d’accomplir, avec rien entre les deux, c’est le nirvana. En ce qui nous concerne, je pense que ce sont les concerts qui influencent la composition. On voulait que chaque titre contienne tout ce que l’on sait faire de bien. Peut être que ça peut être interprété comme de la fainéantise, mais la plupart des morceaux commencent doucement pour libérer toute l’énergie ensuite. Seulement, même si tu n’en écoutes qu’un seul, tout Fink sera dedans: une bonne chanson, un bon beat, une bonne ligne de basse, une bonne structure, de bons accords, un bon voyage… Ça a été dur de ne pas dupliquer cela à chaque fois, même si c’est peut être critiquable.

A vous voir vous laisser aller, c’est aussi une façon de se rendre compte à quel point vous prenez plaisir à jouer votre musique…

Oui, c’est sûr. Plus tu t’impliques dans ton art, plus tu le rends unique. Et seuls les artistes uniques parviennent à durer. Aujourd’hui, trop de musiciens, trop de groupes pensent à ce qui va se passer pour eux ensuite, plutôt que de se focaliser sur ce qui leur arrive maintenant. Ils se demandent si les radios vont les jouer, modifient leurs morceaux si ce n’est pas le cas. Tout cela n’a rien avoir avec la création. Plus tu crois en toi, plus tu auras de succès. Et succès ne veut pas forcément dire argent. En fait, ceux qui gagnent le mieux leur vie de nos jours sont ceux qui cherchent le moins à faire de l’argent. Regarde Banksy, c’est un putain de génie. Ce qu’il fait est gratuit, et certains découpent des murs pour vendre ses oeuvres aux enchères. C’est ridicule mais, grâce à ça, il est devenu un artiste moderne aussi riche que fantastique, sans jamais avoir rien vendu. J’ai également réalisé ça quand j’ai écouté Aphex Twin à l’époque ou j’étais producteur electro. Je l’admirais énormément, je rêvais d’avoir son matériel pour faire comme lui. Puis je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas atteindre un tel niveau seulement grâce à l’équipement. J’ai du revoir toute ma carrière pour être quelqu’un de nouveau. Je me suis retiré de la musique électronique pour mieux me retrouver dans quelque chose d’autre. C’est là que j’ai pris conscience que j’étais moi-même mon seul équipement en studio, que je devais m’utiliser moi tout le temps, parce que personne d’autre n’a un moi de branché à son matériel. C’est toute la raison de chanter et d’être dans un groupe. Je n’envie pas mes amis qui sont assis devant leur ordinateur et qui cliquent sans cesse. Parfois, j’envie l’argent qu’ils gagnent, parce qu’ils en gagnent pas mal… Mais ils passent un temps fou, seuls dans une piaule, comme je le faisais dans les années 90, à placer des caisses claires ou des cymbales, à les déplacer. Ce n’est pas drôle. Je me souviens qu’à l’époque, je gardais tout mon argent dans une boite à chaussures. Je me suis levé un matin, je l’ai sortie de sous le lit pour m’acheter des clopes. Elle était pleine, mais j’ai réalisé que ca ne me rendait pas heureux du tout.

Aujourd’hui, on sent une osmose encore plus forte entre vous trois. Peut-on parler définitivement de Fink en tant que groupe désormais? De quelle manière tes musiciens sont impliqués dans la composition?

On s’implique tous les trois pour créer un environnement ou tout le monde peut avoir une idée et la défendre. Parfois, on loue un appartement à Los Angeles, à Amsterdam, à Berlin, ou peu importe. Chacun vient quand il veut pour contribuer quand il le veut. Je n’ai pas d’enfant donc je suis disponible tout le temps, pour les deux autres c’est plus compliqué, ils ne raisonnent pas pareil. Pour eux, plus tu amènes d’idées à l’album, plus tu gagnes d’argent, et plus ta vie est sécurisée. Je n’ai pas besoin de ça pour être créatif parce que je n’ai pas de bouches à nourrir, mais je les comprends. Tim est un musicien qui m’inspire: c’est un super batteur, un très bon guitariste, et il adore la musique, autant que moi. Du coup, il compose tout le temps. Ces deux mecs sont les seuls avec qui je peux partager mes démos, autrement je ne joue jamais rien à personne. Ils sont très utiles car ils entendent tout et sont capables de me dire qu’une idée n’est pas bonne. Toutes ne le sont pas. Sans eux, je ne ferais peut être pas cette musique aujourd’hui, c’est pour cela que nous sommes devenus un groupe. Peut être qu’au début, Fink était mon projet. Mais dès que les concerts ont commencé à devenir plus gros, dès qu’on a commencé à découvrir cela ensemble, nous sommes tous devenus égaux. C’est beau, c’est presque de l’amour fraternel. C’est super de connaitre ça après avoir passé des années en tant que dj pendant lesquelles je ne comprenais pas pourquoi des mecs jouaient en groupe pour ne rien gagner. Etre dj, ça rapporte, mais au final, je serais bien incapable de te dire quel dj peut être aussi considéré comme un artiste. Peut être que Justice s’en rapproche beaucoup. Ils ont amené la dance music à un autre niveau, beaucoup plus intéressant.

La grosse différence, c’est qu’un dj joue pour les gens. Alors que l’artiste joue pour eux, mais aussi pour lui…

C’est vrai. Tu joues toujours pour toi-même d’abord, y compris lors des concerts les plus pourris, dans les endroits les plus dégueulasses, dans des festivals ou il pleut des trombes… Tu veux toujours bien faire et essayer d’en tirer quelque chose de positif. Etre Dj, c’est fun, être dans un groupe ne l’est pas toujours. Mais un musicien est définitivement plus un artiste qu’un dj selon moi. Tu as beaucoup moins de limites, tu ne dois pas forcément respecter des règles comme un producteur de house music par exemple. Moi, je n’en ai aucune, hormis ma voix, mes compétences pour composer, et le budget qu’on m’accorde pour cela. Donne-moi des millions et je ferai un putain de disque avant de me reposer tout le reste de ma vie (rires). Mais c’est cool d’avoir connu quelque chose de nouveau et d’avant gardiste comme l’electro avant d’en venir à un style de musique plus ancien. Avant, il fallait que je me compare avec Aphex Twin, Squarepusher ou Dj Shadow; maintenant c’est avec Dylan, Rolling Stones, Radiohead, ou Hendrix. C’est autre chose! Ca, c’est excitant parce que tout le monde n’est pas à l’abri un jour de composer un ‘Fake Plastic Trees’ ou un ‘Hey Jude’ par accident. Je ne pense pas que Paul McCartney réalisait à quel point ce serait un tube au moment ou il l’a composé.

Ce nouvel album marque aussi la naissance de ton label R’Coup D. Pourquoi t’être embarqué dans cette aventure? Quelles sont ses ambitions? Pourquoi ne plus vouloir profiter de la crédibilité apportée par l’identité Ninja Tune?

En fait, R’Coup D fait partie de Ninja Tune, au même titre que Big Dada ou Counter. Et, à vrai dire, la renommée du label n’est plus ce qu’elle était à l’époque de Herbaliser, Dj Food, Coldcut… Elle tient désormais en partie à Brainfeeder, à Actress… Entre temps il y a eu ma génération, celle de Bonobo, Cinematic Orchestra, Up Bustle & Out et pendant laquelle le label a eu comme une crise d’identité. Du coup, d’une certaine manière, on a du se créer notre propre espace: Cinematic Orchestra a amené les voix de Fontella Bass et Patrick Watson à sa musique, Bonobo a fait pareil… Alors, Ninja Tune n’a plus su ce qu’il était. Pour autant, je ne me suis jamais senti comme un intrus, jusqu’à ‘Perfect Darkness‘. A sa sortie, ils m’ont dit que c’était un bon album mais que ca ne correspondait pas vraiment au label. Comme ils l’avaient payé, ils l’ont sorti. Donc pour ‘Hard Believer’, ce fut différent même si eux comme moi voulions rester liés. R’Coup D est donc un nouveau label de Ninja Tune qui pourrait lui permettre de trouver le prochain Jack Johnson si je suis d’accord. Ils n’ont donc plus à penser à la cohérence musicale de leur catalogue. Avec Counter, ils voulaient signer des groupes indie comme Warp l’a fait avec Maximo Park ou Chk Chk Chk (!!!). Ils ont eu Pop Levi, The Death Set, The Heavy, mais ça n’a pas marché. Honnêtement, sortir des albums indie ou rock, c’est beaucoup plus compliqué que de sortir des disques de dance par exemple pour lesquels les frais de studio, de producteur, de tournée, de logistique sont moins importants. Ninja a appris cela sur le tas, en dépensant beaucoup sans forcément rentrer plus d’argent. Je pense qu’ils voulaient que j’aille sur Counter, mais j’ai refusé, préférant créer mon propre label. On verra ce que ça donnera. Préserver une loyauté et une amitié dans le business de la musique pendant plus de quelques mois est assez rare. Je suis avec eux depuis dix sept ans! Alors même si je change, qu’ils changent aussi, qu’on a tous beaucoup appris depuis, il n’était pas concevable qu’on se sépare.

Etant donné que tu écris pour d’autres artistes, on pouvait aussi voir ce nouveau label comme une façon de concrétiser certaines collaborations…

Le but est de signer des artistes, évidemment. Ce serait cool d’être le nouveau David Geffen (rires). Je pense que quand j’aimerai assez un musicien et dépenserai de l’argent pour défendre un album, c’est qu’il sera bon. Ninja Tune me laisse le droit à trois erreurs avant de débrancher la prise et couper les budgets. Il y en a déjà quelques-uns que j’aimerais convaincre, certains que j’ai vus en première partie. Parfois tu tombes sur des mecs incroyables. Ça a été le cas avec Ben Howard, qui est connu maintenant. Au deuxième titre, j’ai su qu’il avait beaucoup de talent et qu’il avait une importante marge de progression. Il est bon chanteur, ses chansons sont superbes, son jeu de guitare aussi, il est jeune… J’ai joué avec lui au Point Ephémère, c’était son premier concert sold out en France. Les gens dans le public étaient bluffés. C’est un mec qui ne peut pas échouer, qu’il fasse un album commercial ou super avant gardiste, façon Jon Martyn.

La plupart des salles dans lesquelles tu joues sont sold out, pourtant on ne peut pas encore te considérer comme un artiste populaire.

Non, pas encore. Mais quelle est la limite entre un artiste populaire et celui qui ne l’est pas?

Je ne sais pas, quand tu es arrêté dans la rue par des fans ou…

…Mais ca m’arrive tous les jours, même en France! Enfin je ne suis pas en train de dire que je suis une star, mais je vois très bien ce que tu veux dire. Mais ou est la limite?

La télé?

Oui, la télé, c’est une bonne limite. Quand tu passes à Taratata par exemple en France.

Même si ce n’est pas forcément synonyme de bonne musique…

Etre populaire, c’est quand n’importe quelle personne, la plus normale qui soit, a déjà entendu parler de toi. Et la télévision contribue pleinement à cela, tout comme les radios mainstream. Quand Nova n’a cessé de passer mon premier album, j’étais tellement fier! D’autant plus que je vivais à Paris à l’époque et que j’écoutais tout le temps cette radio. ‘Pretty Little Thing’ en 2006 sur Nova a été comme un détonateur pour moi, le morceau s’est retrouvé sur leur compilation. J’adore ces mecs, Manu Katché aussi qui nous invité plusieurs fois à One Shot Not. La France a été le premier territoire ou on a pu tourner au delà du Royaume Uni.

Est ce que ‘Hard Believer’, le titre de ton album, est un clin d’oeil adressé à ceux que tu dois encore convaincre?

Bien sûr, évidemment! C’est exactement ça. Tous ces gens, mais aussi ceux qui sont déjà convaincus. Les paroles du morceau ‘Hard Believer’ parlent du fait que si tu ne crois pas en moi maintenant, il n’y a rien que je puisse faire de plus. C’est l’expression de toute la foi que j’ai en moi. Si tu pers la foi en ce que tu fais, alors que ce que tu fais est ce que tu aimes le plus au monde, tu perds toute raison d’être. J’aime vivre de la musique, j’aime la musique pour le fun, j’en joue pendant mes temps libres, pour me relaxer. Si je perds cet amour pour elle, je ne suis plus rien. C’est exactement la même chose que pour un mec qui tombe amoureux d’une fille, qu’elle devient toute sa vie, qu’elle l’absorbe complètement. Si elle s’en va, il restera complètement vide, seul dans son appartement. Quand j’ai écrit ‘Hard Believer’, que je l’ai chanté, et transformé pour qu’il soit ce qu’il est aujourd’hui, j’étais comme ce mec. Ca a été la même chose pour la plupart des morceaux, même s’ils ne sont pas tous aussi bons. Je pense que ce titre là est certainement celui que je préfère parmi tous ceux que j’ai pu faire. Il sonne blues, a des influences africaines, la voix est lourde, les paroles parlent aussi de personnes et de choses qui me sont chères, le morceau tout entier est original. Je ne vois pas qui d’autre pourrait sonner ainsi.

Tu as énormément tourné depuis tes débuts. Quel est ton souvenir de concert le plus marquant?

Le concert avec l’orchestre symphonique. C’était épique mec! Et on a été payé pour le faire! C’était tellement incroyable que je ne réalise toujours pas aujourd’hui qu’on l’ait fait. On a fait un concert symphonique! C’est dingue! Nous étions tous les trois entourés d’une centaine de musiciens. Plus, ça n’existe pas. Il devait y avoir huit contrebasses, douze violoncelles, quarante violons… C’était vraiment un orchestre symphonique au complet. Les mecs ne sont pas venus en van, mais avec une dizaine de bus! On n’avait pas les compétences pour travailler les titres avec eux en amont donc on a pris un arrangeur qui a fait le lien entre nous et l’orchestre. Ce mec pouvait à la fois parler rock et musique classique, donc il traduisait notre langage et le retranscrivait sur papier à musique pour que les musiciens puissent nous comprendre. Du coup, il m’a donné goût au classique. C’est vraiment profond, il y a tellement de choses à en apprendre. C’est comme les mathématiques et les sciences, c’est très intelligent. Avant le concert, en écouter me donnait des maux de tête, comme si mon esprit essayait de comprendre mais ne pouvait pas. Maintenant, je l’apprécie grâce au fait de l’avoir vécue.

Et ce genre de concert ne peut pas se refaire, ailleurs?

Pffff… C’est vraiment compliqué, mais on aimerait tellement. Ça doit être une telle prise de tête d’un point de vue logistique. Il faudrait s’y prendre trois ans à l’avance pour réserver les musiciens. Tout prend énormément de temps. Ça a été le cas pour l’album live, ça a pris un an. Quand il ne s’agit que de nous, il suffit de quelques emails. Avec eux, tu en envoies un… et tu attends! Trois semaines plus tard, tu peux avoir une réponse avec une question. Tu y réponds, puis tu attends de nouveau… C’est old school. Mais on a vraiment eu beaucoup de chances. Qui pourrait faire un album de musique classique aux Etats Unis? Prince? Madonna? Bowie? Je crois que Joni Mitchell l’a fait. Je crois que le seul moyen assez facile de faire, c’est la bande originale de film. J’aimerais beaucoup faire ça. Mais pas pour le moment, il faut vraiment être au niveau. Là, tu ne t’attaques plus à Hendrix ou Dylan, mais à Chopin. Pas de paroles, pas de batteur… Oh mon Dieu! J’aime trop écrire des paroles et j’aime trop le beat.

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