Interview : Erik Truffaz (02-2005)

Depuis quelques années, on assiste à un renouveau du Jazz grâce à l’arrivée de nouveaux artistes aux talents aussi divers que leurs influences. Pourtant, imposer un renouveau n’était pas chose facile, à cause de l’histoire même de cette musique, si riche et ancienne, mais aussi à cause de l’élitisme du public jazz de base. Certains artistes, souvent français ou francophones, y sont parvenus. Le vrai renouveau de cette musique a eu lieu dans les années 90 avec des artistes comme Erik Truffaz, Malcolm Braff ou Booster.

Au sein du groupe Silent Majority, Truffaz expérimente et cherche de nouveaux styles. Il mélange rap, jazz, funk et Drum & Bass anglaise. Cette alchimie fera son succès. Le vrai tour de force sera de plaire aux afficionados du jazz comme aux jeunes passionnés de hip hop ou de techno. Il n y aura que la presse et les intégristes jazz pour crier au scandale: ils avaient fait la même chose avec Miles Davis….Ce trompettiste français a réellement marqué la scène musicale des années 90 et il continue encore aujourd’hui. Tout comme ses illustres prédécesseurs, Miles Davis ou Donald Byrd, son besoin d’innovation est bien réel. Mais on ne peut comprendre sa musique sans parler de la formation Silent Majority. Les membres de ce groupe ont fait son succès tout comme P.Muller et M.Erbetta.

Il a étudié au conservatoire de Genève avant d’intégrer l’orchestre de Suisse Romande. Ensuite, il crée le groupe Orange dans lequel on trouve le batteur Marc Erbetta. Mais sa carrière connaît un réel essor suite à sa rencontre avec les membre de Silent Majority. Erik Truffaz joue sur leur album ‘Curfew’ de 1993, tout comme le saxophoniste Cyril Bugnon, frère d’Alex Bugnon, et artiste solo avec deux albums à son actif. Suite au succès de l’oeuvre, Nya, Giuliani, Erbetta, Patrick Muller et Truffaz explorent les courants funk et drum & bass. Le son de l’artiste trouve son succès dans cette alchimie. Les albums « The Dawn » et « Bending New Corners » en sont un bon exemple. Depuis, l’artiste a toujours su se renouveler pour nous surprendre. Rencontre.

D’où vous vient ce besoin constant d’innovation?

Erik Truffaz : Je suis incapable de refaire la même chose. Le besoin de renouvellement est réel et je me creuse vraiment la tête pour essayer d’innover. Et encore, je suis loin de ce que je peux faire. Je peux aller beaucoup plus loin dans l’expérimentation. Si je ne fais pas ça, le public risque de se lasser et moi de disparaître. Mais c’est la même chose pour un écrivain ou un cinéaste, je pense.

Pourquoi avoir deux formations?

Cette décision a été prise après la tournée « Bending New Corner ». Tout ce temps passé ensemble, en studio puis sur scène… Certains étaient vraiment fatigués et nous avons décidé d’une pause de deux ans. Du coup, j’avais besoin d’une nouvelle équipe! J’ai commencé par le guitariste. J’ai invité Manu Codjia pour le festival de La Défense de la ville de Paris. Le premier musicien que j ai connu, c’est Philippe Garcia qui a remplacé Erbetta en Tunisie à Tabarca. Pour Mounir, je l’avais entendu en Tunisie et je voulais travailler avec lui.

Quoi de nouveau ou de différent sur le nouvel album?

Et bien tout d’abord cette ‘confrontation’ Mounir/Nya. C’est assez intéressant cette parabole, un texte traitant du problème israélien chanté par Mounir et Nya. Et puis l’introduction du dub est une première pour moi avec ce « Dubophone » composé par Pipon Garcia.

Toutes ces idées de nouveaux sons, de mélanges entre les genres, ça vous vient d’où? De votre culture musicale?

Probablement. J’écoute beaucoup de musique, surtout en voiture parce que le son y est bon et c’est un moment où je suis disponible pour l’écoute. En ce moment, par exemple, j’écoute les Rolling Stones, le requiem de Faure, le deuxième album de Genesis, Souchon, Bjork, Stevie Wonder, le ‘Songs In The Key Of Life’, Led Zep., et parfois The Roots. Ils me rappellent un peu les De La Soul, A Tribe Called Quest, toute cette période rap que j’affectionne particulièrement.

Pourquoi pas plus de productions pour d’autres artistes? Pourquoi ne pas « exploiter » davantage votre inspiration pour d’autres?

De la production pour d’autres artistes… Oui, j’aimerais bien le faire. Pour ce qui est des collaborations avec d’autres, je le fais déjà mais je ne veux pas ‘banaliser’ mon nom. Je ne veux pas non plus que d’autres se servent de mon nom. Je me retiens un peu sinon je le ferais davantage mais le risque, là encore, est de lasser mon public par trop de présence.

Quelle est votre méthode pour l’élaboration d’un nouvel album?

C’est d’abord un travail très personnel qui passe par l’isolement. Pour « Yabous », ça m’a pris tout le mois d’août! Je compose beaucoup chez moi, je cherche… Ensuite, je retrouve le groupe et c’est un travail d’équipe sur mon travail et le leur.

Que voulez vous transmettre avec la musique?

De l’émotion! C’est aussi pour l’émotion que j’ai la même équipe autour de moi depuis le début. Je suis très fidèle et l’émotion est très importante dans ma vie. S’il n’y a plus d’émotions… L’émotion en ce moment me rappelle la Thaïlande lorsque j’écoutais ce que nous avions fait pour « The Dawn ». L’album n’était pas encore sorti. J’étais devant un paysage somptueux et j’ai su qu’il allait se passer quelque chose avec cet album.

« Saloua », ca veut dire quoi?

« Miel Du Paradis ». C’est un texte de Mounir pour son amie.

Les projets à court et moyen terme?

A court terme, c’est la tournée pour cet album. Ensuite, mon prochain projet différent, autre que Ladyland, sera un concert avec un orchestre classique et ‘Mobile In Motion’ le 24 juin a Lyon. Nous jouerons des titres de ‘Mobile’ et des titres de Truffaz , un de Léo Ferré, un d’Aznavour ….

À lire ou écouter également:

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire