Interview : Dag Nasty (09-2002)

Comment vous est venue cette idée de reformation?

Il y a deux ans, nous avons enregistré un morceau pour une compilation caritative sur Fastmusic. Le résultat nous a vraiment tous enthousiasmé, le morceau correspondait complètement aux attentes que nous, notre tête et notre coeur avions à ce moment précis. Nous avons tous ressenti le besoin de faire un nouvel album et savions que nous étions fins prêts pour cela. Cela a mis du temps pour que nous puissions tous nous engager dans ce projet mais à force de travail et de persévérance chez chacun, le groupe, le studio ainsi que le label étaient prêts pour cette nouvelle aventure.

Comment les membres d’origine ont-ils réagi?

D’après ce que je sais, tout le monde nous a encouragé dans ce sens. C’est vraiment une situation dans laquelle quatre potes adorent jouer ensemble et ça, tout le monde le sait et en a conscience. Dag Nasty a une éthique et ne se reformerait pas sans une raison valable.

Comment et pourquoi Revelation s’est montré intéressé par un nouvel album de Dag Nasty?

Eh bien, Revelation a une longue et cool histoire, s’est toujours investi dans le punk rock et le hardcore américain en particulier. Beaucoup des membres de son staff devaient apprécier Dag Nasty lors de leur adolescence et nous étions également à fond derrière leurs groupes donc c’est plutôt un bon deal basé sur un respect mutuel. Ils ont conscience du fait que nous ne sortons pas un nouvel album dans le vent mais bien que nous voulons que ce soit le meilleur album de nos carrières respectives. C’est le genre de raisonnement que tout le monde devrait avoir, je pense, quelle que soit l’activité en question. Revelation agit et pense ainsi. Ce label est juste ce que nous voulions: un label de qualité avec des motivations saines et respectables, capable de proposer le disque aux bonnes personnes.

Brian a écrit la majeure partie des compositions. N’est ce pas difficile ou dangereux d’avoir à assumer tout le poids artistique de l’album de la reformation?

Brian a toujours été le compositeur principal de Dag Nasty. C’est un guitariste au talent hors pair. Il m’inspire beaucoup dans l’écriture et la mélodie du chant, tout comme il le fait avec Colin et Roger pour les parties rythmiques. Sans un seul de nous quatre, il ne s’agirait pas du même album de Dag Nasty. Ce n’est pas un dictateur artistique, mais une grande source d’inspiration pour nous tous. Nous ne serions pas un groupe sans lui.

Est-ce que ce come-back et les remasterings de Dischord vous donnent l’impression d’être un vieux groupe ?

En ce moment, oui c’est vrai que l’on a un peu cette impression. Tout est différent par rapport à notre début de carrière, nous approchons tous doucement de la quarantaine. Sur un morceau comme « Twisted Again » qui parle de relations humaines consumées, du fait de payer des factures et autres choses comme cela, c’est le genre de sujet que nous n’abordions pas à l’époque de « Can I Say » ou même de « Four On The Floor ». Mais, depuis que nous nous sommes retrouvés tous les quatre une nouvelle fois, que nous avons enregistré de nouveaux morceaux pour Dag Nasty au Inner Ear Studio, c’est vraiment comme un second souffle d’autant plus que nos motivations sont sincères, comme elle l’ont toujours été.

Alors, est-ce que tout cela vous rajeunit ou vous vieillit ?

La vie peut te rajeunir et te vieillir en même temps, tu sais… Payer des factures, trouver du boulot en temps et en heure, les divorces, avoir des parents malades dont il faut s’occuper, tout cela aurait tendance à te vieillir. Mais en contrepartie, avoir des enfants, faire ce que tu aimes, s’adonner à un art ou à la musique sont des éléments qui te font rester jeune. La vie, avec ses hauts et ses bas, peut être un éclat de lumière ou une couverture humide et froide.

Comment organisez-vous votre emploi du temps entre Dag Nasty, Down By Law et Bad Religion? Qui est prioritaire ?

Sans hésitation, Down By Law et Bad Religion. Pour le moment, Dag Nasty est loin d’être un groupe à temps complet. J’espère qu’un jour cela puisse être le cas mais il faudrait alors un petit break de Down By Law et un gros de Bad Religion pour que cela puisse arriver.

Comment passez vous outre l’éloignement géographique?

Dans le monde moderne, c’est assez facile. Avec les livraisons en 24h, les graveurs de CDs, les faxes, emails et téléphones, ce n’est pour l’instant pas un problème. Le cas est le même pour Down By Law et Bad Religion qui ont des membres vivant dans différentes villes. Je pense que c’est même meilleur pour le processus d’écriture car tu peux t’organiser comme tu veux et travailler les morceaux le jour et l’heure que tu veux. Tu ne te lasses pas des autres membres du groupe, tu n’es pas en retard aux répétitions, tu n’as pas à te soucier des groupes qui prennent le relais dans le local… Actuellement, je préfère cette situation, elle nous permet de garder la flamme qui est en nous. Nous écrivons les morceaux, les envoyons à chacun et lorsque nous nous retrouvons, tout est en place et sonne comme tu l’avais prévu.

Est-ce que l’osmose du groupe a changé avec la maturité que vous avez tous pris avec les années?

C’est sûr que nous sommes tous plus âgés et plus matures, mais j’ai vraiment l’impression que les choses sont comme si nous n’avions jamais grandi, si tant est que nous ayons grandi un jour. Ecouter ou jouer du punk nous rend toujours une âme d’enfant. Plus mature ? Oui mais nous sommes toujours la même bande de potes de Washington DC/Virginie qui est toujours resté en contact et qui a toujours pris soin des uns et des autres.

Est-ce que la carrière de Dag Nasty va continuer après cet album?

Je l’espère. Cet album nous a mis les choses au clair : nous adorons toujours jouer ensemble et nous avons toujours quelque chose de bon et d’honnête à proposer et faire partager. Nous ne ferons rien par obligation. Nous jouerons la musique qui nous intéresse, nous et nos fans.

En tant que vétérans, quel regard portez-vous sur la nouvelle génération punk ?

Il y a de très bons groupes. Honnêtement, le punk que j’écoute et que je préfère est celui de notre époque et de groupes tels que Pennywise, Sick Of It All, Bad Religion, The Clash, les Sex Pistols et autres groupes de cette trempe. Ce qu’il faut que les gosses sachent, c’est qu’il y a de la très bonne musique en dehors du punk. Il faut être ouvert à tout. Les meilleurs punk rockers sont ceux qui ont beaucoup d’influences différentes. Si tu n’as pas écouté le premier disque de Boston des centaines de fois, tu ne connais rien au rock n’roll. Cependant, il y a de très bons groupes. Ils grandiront tous. Même si un groupe ne sonne pas super bien à ses débuts, il s’améliorera avec le temps. C’est pourquoi je suis toujours patient avec les jeunes formations. Rome ne s’est pas construite en un jour. Donnez une chance aux jeunes et ils vous surprendront.

Le mot de la fin…(en français dans le texte) Merci bien pour l’interview. C’était super cool, avec des bonnes questions. J’espère que tout va bien avec des amis français de Down By Law et Dag Nasty, et j’espère que nous pouvons jouer encore en France dans l’année prochaine. Excuse-moi mes fautes de grammaire; c’était longtemps que j’ai parle français. Merci.

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