Interview : Cypress Hill (01-2000)

Votre précédent album était chanté en espagnol. Qu’en est-il sur scène?

Sur scène, nous faisons quelques morceaux en espagnol mais ils ne sont pas majoritaires. Nous avons voulu faire « Grandes Exitos » pour nos fans américains et surtout pour ceux issus de la communauté hispanique car ils peuvent ainsi pour la première fois tout comprendre des paroles. Nous tournons énormément en Amérique du Sud et c’est un moyen pour nous de nous rapprocher de ce public. Nous avons mis du temps à le faire mais c’est désormais fait.

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La langue espagnole était-elle également un moyen de faire passer un quelconque message politique?

Ce n’était pas du tout notre intention. Nous voulions juste satisfaire la population chicanos qui est très importante dans le hip hop. II y a des gens qui aiment ce que nous faisons même s’ils ne comprennent pas les paroles. Ils aiment comment nos compositions sonnent. Nous n’avions pas de but précis en le faisant hors mis de rendre hommage à cette communauté et de lui permettre de comprendre pour une fois, toutes les paroles.

Vous êtes quand même un groupe qui a un message important à transmettre…

C’est en effet ce que nous sommes et l’image que nous donnons.

Les groupes chantant en espagnol sont ils rares à cause du peu d’intérêt qui leur est porté de la part des majors ?

Oui, c’est vrai que la plupart sont sur des labels indépendants mais cela ne les empêchent pas de vendre des albums. Nous avons la meilleure scène hip hop du monde et les américains n’ont besoin de personne. Nous avons le Wu-Tang, JayZ, 2 Pac, Ghostface Killah, Cypress Hill. Ou voulez-vous qu’on aille pour avoir mieux? II y a trop de groupes aux USA donc les labels indépendants sont nombreux, aussi efficaces que les majors, et permettent à des groupes hispaniques de prendre un peu leur part du gateau

Pensez-vous que le hip hop peut avoir un poids sur les idéologies politiques ?

Toutes les musiques ont un poids. Le hip hop est désormais pris plus au sérieux car de nombreux artistes parlent des problèmes sociaux. Le hip hop peut inculquer le respect et autres valeurs aux gamins qui auront des conséquences sur leur manière de penser et d’agir. La musique détient un véritable pouvoir qui rassemble les gens de tous les horizons.

Vous sentez vous concerné par l’affaire Mummia Abou Jamal. Si oui, étes vous optimiste ?

C’est difficile à dire. Le gouvernement, comme tous les autres, n’aime pas avouer qu’il a tort donc… La peine de mort ne devrait pas exister de nos jours et ils ne veulent pas l’admettre. Nous espérons que cela finira bien pour lui mais tout le monde a fait ce qu’il pouvait pour l’aider, notamment Rage Against The Machine. Maintenant, son sort est entre les mains du gouvernement et malheureusement il fallait que quelqu’un paye et c’est tombé sur lui.

cypress2Pensez-vous jouer un rôle d’éducateur pour les kids des quartiers américains ?

Le hip hop vient de la rue. Nous en venons également et c’est le hip hop que nous avons toujours joué. Nous ne sommes pas seuls non plus. Des gens comme Chuck D, KRS One sont importants pour les gosses. Après il y a un phénomène social qui fait que les gangs, la drogues et les armes sont quasiment inévitables pour les jeunes des quartiers. Là dessus, on a beau parler, je ne sais pas si on pourra y changer grand chose. Nous avons quand même un peu de pression car nous sommes un peu leurs porte-paroles et ce que nous disons doit être clair afin qu’ils ne l’interprètent pas à l’envers. II y a des artistes qui n’oublient pas ce qu’ils ont fait ou font toujours et ne pensent pas aux répercussions de leurs paroles sur les mômes.

Au sujet de votre dernier album « Skull & Bones », vous avez dit qu’il était pour vous une sorte de challenge. Quel est-il ?

Nous sommes dans le business depuis longtemps et nous avons toujours produit du pur hip hop. Nous avons fait quelques expériences rock avec notamment la participation à la B O de Judgment Night en 93 avec Pearl Jam et Sonic Youth, nous avons réédité l’expérience en 98. Des gens ont vraiment aimé ces morceaux et nous avons décidé de persévérer dans ce style musical. Notre challenge est d’être dans les meilleurs quel que soit le style que nous jouons. De toutes façons, nous sommes assez proches de la scène hardcore car nous travaillons de la même manière que les groupes de cette scène.

Vous jouez sur scène avec un line-up métal. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Nous mélangeons sur scène les morceaux de pur hip hop auxquels les gens sont habitués et les morceaux plus métal avec des musiciens. Mais cela ne correspond pas forcément à l’album car durant les concerts, nous reprenons parfois de vieux morceaux des premiers albums en version hardcore.

Ce nouveau concept était-il aussi un moyen de se démarquer des nombreux groupes hip hop américains ?

Nous travaillons toujours de manière personnelle. Je pense que nous avons notre propre identité au sein de cette scène, nous avons notre son. De toutes façons, il y a toujours une compétition car un artiste veut toujours être meilleur que les autres. Le but n’est pas d’être aussi bon mais meilleur. Nous laissons toutes les rumeurs et les gamineries à la porte à chaque fois que nous rentrons en studio pour un nouvel album. C’est là, quand nous sommes entre nous, que l’on repousse nos limites pour se placer devant et faire la meilleure musique que nous pouvons.

Sean Dogg a travaillé sur cet album avec Biohazard et Fear Factory. Pourquoi ne sont-ils pas avec vous en tournée ?

Ils travaillent en ce moment sur leur nouvel album respectif et n’ont donc pas pu nous accompagner en Europe. Peut être que nous collaborerons sur scène dans le futur, pour l’instant ils sont trop occupés.

Vous avez tourné avec Slayer dans le passé. Allez-vous rééditer cela avec d’autres groupes du même style ?

Sûrement. Pour l’instant, nous sommes dans notre tournée européenne et nous avons peu de temps pour penser au futur. Nous retournons cet été aux USA (été 2000, ndr) et il se peut qu’on joue avec d’autres groupes métal tels que Limp Bizkit…

Est-ce que la mort de Big Punisher vous a affecté ?

Nous le connaissions un tout petit peu en effet. II était de la côte Est et nous sommes à l’Ouest donc nous n’avons pas eu beaucoup l’occasion de nous rencontrer. Il était très bon et inspirait de nombreux gosses, les motivait afin qu’ils réalisent leurs rêves. C’est dommage que quelqu’un comme lui nous ait quitté.

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Comment réagissez vous face au succès que peut avoir un blanc comme Eminem ?

Eminem est très bon et peu importe qu’il soit blanc ou noir. Certains le dénigrent parce qu’il est blanc, c’est ridicule. II fait de très bonnes choses, il est créatif, il est drôle mais les gens ne sont pas habitués à voir un blanc réussir dans le hip hop. Pourquoi pas?

Pensez vous que la division Est-Ouest peut aussi séparer le mouvement hip hop en deux clans ?

Non, ça a toujours été comme ça. Les sons sont différents, les artistes sont différents et les deux côtés des Etats Unis sont complètement différents. Nous avons un langage différent, une manière de se vêtir qui n’est pas la même. Nous ne sommes pas rivaux, nous collaborons parfois avec des artistes de l’Est mais il faut qu’il y ait une distinction entre les deux, juste pour une question d’identité. Cela n’empêche pas que des groupes de Los Angeles jouent à New York et inversement.

Connaissez-vous la scène hip hop française ?

Nous la connaissons moins qu’eux connaissent la nôtre. II doit y avoir de très bons artistes français. Nous sommes allés à un concert hier à Paris ou Cut Killer se produisait et c’était très bien. Nous avons traversé Paris hier soir pour aller dans des radios. II a l’air de se passer pas mal de choses mais je ne comprends pas les paroles…

Que pensez-vous de la scène hip hop anglaise qui se développe énormément aujourd’hui ?

Nous ne pouvons que constater son importance grandissante. Aux Etats Unis, le hip hop anglais subit à peu près le même traitement que le hip hop français. II y a tellement d’artistes chez nous, nous ne pouvons même pas les connaître tous, alors les artistes européens… Nous pouvons l’apprécier que lorsque nous y allons. Mais le hip hop grandit partout, pas seulement en Angleterre. Pour être reconnu aux USA, un groupe européen doit être vraiment super bon ou novateur pour émerger au sein des groupes US.

Vous venez assez rarement en France…

C’est que la Terre est grande. Nous jouons dans beaucoup de pays, nous travaillons beaucoup et nous ne pouvons pas être partout à la fois! Nous tournons pas mal aux USA car le pays est grand, les fans y sont nombreux et c’est là-bas que tout se passe en ce qui concerne le hip hop. Ensuite nous nous attaquons à l’Amérique du Sud, l’Europe..

Vous jouez ce soir avec L7. Est-ce pour vous un bon plateau ?

Pourquoi pas. Nous nous sommes déjà rencontrés quelques fois auparavant. Elles font du hardcore, nous aimons cela et nous en jouons un peu alors il n’y a pas de raison pour que ça ne le fasse pas.

Vous avez un site internet. Est-ce que ce nouveau moyen de communication est important pour vous ?

Oui car cela permet de diffuser des informations dans le monde entier: dates et lieux de concerts, avec qui nous jouons, sorties d’albums .. Beaucoup de groupes ont leur site et cela permet de connaître des artistes dont on aurait jamais entendu parler sans internet. Cela élève la scène indépendante au rang mondial.

Qu’en est-il du projet Psycho Realm ?

Psycho Realm est en train de travailler sur un second album mais nous ne savons pas ou ils en sont car plus aucun membre de Cypress Hill n’est concerné par ce projet. Sean Dogg travaille sur son projet SX10 qui sortira à la fin d’année. B Real travaille avec deux membres de Fear Factory, Muggs sort le deuxième volet de Soul Assassins… Nous ne pouvons être partout alors nous faisons les choix qui nous semblent les plus appropriés.

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