Interview – Civil Civic, 30 millions d’amis ?

On peut parler de quoi ?

Ben (basse) : J’ai une idée. A chaque interview, je devrais dire que je suis gay, puis dire que je ne le suis plus à la suivante, et le redevenir ensuite. Les gens seraient complètement paumés. Ensuite peut-être que je peux dire que j’aime les animaux ? Les chiens, les chats…
 Est-ce que je peux dire que je suis pédophile ? S’il te plait, on raconte que je suis pédophile…

Raconte tout ce que tu veux, mais je n’ai pas du tout envie d’écrire que tu es pédophile.

Alors je peux parler des rapports bestiaux ? Non, plutôt les rapports avec les animaux ? Je peux raconter au monde que j’ai des rapports très particuliers avec les animaux ? Peut-être qu’on ne parle pas de choses si intimes. Tu sais que je raconte des grosses conneries là ?

Evidemment. Bon, restons sérieux. On connaît bien l’histoire du groupe. Vous êtes tous les deux australiens, on sait que Ben vit à Barcelone, que toi Aaron, tu es à Londres. Vous vous envoyez des mails, puis Ben vient à Londres, vous enregistrez, et ça aboutit à un album. Mais j’ai surtout envie de parler de ton tee-shirt, Ben. Pourquoi portes-tu le tee-shirt de ton propre groupe juste avant ton concert ?

Je vais te dire pourquoi j’ai un tee-shirt Civil Civic. Je n’ai que trois tee-shirts, dont un avec des trous à certains endroits, mais il ne ressemble en rien à un tee shirt de guitariste ou de bassiste. Mais si seulement quelqu’un se disait que c’est un tee shirt spécifique aux musiciens, on pourrait en faire un super business et devenir riche en vendant des tee-shirts troués. En le portant, tu pourrais faire croire au monde entier que tu es musicien. N’est-ce pas ? Ce serait pas super ? Sinon j’ai un tee-shirt de scène, celui que je portais hier et que je porte pour tous mes concerts de Civil Civic.

Est-ce que tu es en train de me dire que tu portes toujours le même tee-shirt sur scène depuis 7 ans ?

Oui c’est ça. Il est dégueulasse, il est répugnant même. Hier soir à Lille, je l’ai enlevé après le concert pour essorer la sueur. Je t’assure, c’est à vomir. Du coup, je suis allé au stand de merchandising, j’ai pris un tee shirt sec et propre, c’était un moment magique. Voilà pourquoi je porte un tee-shirt Civil Civic. Mais je remettrai le sale tout à l’heure avant de monter sur scène. Tu sais Aaron, on devrait faire un nouveau business où on vendrait nos tee-shirts post concert. Tu crois qu’on aurait suffisamment de vrais fans pour les acheter ?

Ne faites pas ça s’il vous plait. Ca faisait un petit bout de temps que vous n’étiez pas montés sur scène. Vous avez fait deux concerts avant ce soir pour présenter votre nouvel album ‘The Test’. Comment ça s’est passé ?

C’était pas mal. On était au Silencio à Paris, et à La Malterie à Lille. Lille était insensé. Un peu timide au départ, et les gens étaient de plus en plus enthousiastes chanson après chanson. A la fin, c’était complètement dingue. C’est vraiment cool quand ça se passe comme ça, les gens sautaient partout mais c’était très intimiste en même temps. Ca donne envie de repartir en tournée.
Aaron (guitare) : Les gens montaient sur la scène. Je suis finalement descendu dans le public parce qu’il n’y avait plus de place. Les gens ont bien accueilli nos nouveaux morceaux. ‘We still got it !’

Parlons un peu de ce nouvel album. Quel est son état d’esprit ?

Ben : Il est  plus dark que l’album précédent. Un petit peu plus sérieux d’une certaine manière, mais c’est toujours une fête. Je pense qu’il a beaucoup de caractère, mais avec plus de sérieux. Peut-être qu’on devrait utiliser l’expression ‘plus adulte’.

Votre premier album ‘Rules’ est sorti en 2010. Six ans plus tard, vous sentez vous plus vieux, plus mature ?

Aaron : Au départ, un groupe, c’est un peu comme un enfant. Tu donnes naissance, tu es super excité, tu rigoles tout le temps, tu fais des choses stupides… Ton premier album sonne un peu comme ça. Maintenant, c’est plus complexe, on est comme dans une période adolescente. Ce disque, c’est un peu la rébellion, on est en pleine crise d’ado et on se dit ‘je veux expérimenter la vie’.

Vous êtes en colère?

Non, pas tellement en colère. Nous sommes juste un peu paumés, désorientés.
Ben : Nous sommes dans la confrontation, un peu agressifs.

Pourquoi vous êtes un peu paumés ?

Aaron : Parce qu’on est comme des ados.
Ben : Tu sais, un peu comme lorsqu’on commence nos premières relations et que ça ne marche pas. On expérimente tout ce merdier dans ‘The Test’.
Aaron : Un peu comme si on était en guerre contre les parents. Mais même si nous sommes un peu perdus, nous restons très conscients de ce qui se passe autour. Et surtout, nous restons très vigilants.
Ben : Et le plus important, comme nous sommes très jeunes, on veut s’amuser. ‘The Test’, c’est un peu tout ça en même temps finalement.
Aaron : Bien sûr, ce n’est qu’une métaphore, on peut en trouver plein d’autres.
Ben : Le prochain album ça va être ‘j’ai deux enfants, une maison et une voiture’. Ensuite, ce sera des grands parents qui se plaindront de tout.
Aaron : Retenons que Civil Civic, c’est juste Civil Civic sur sa propre planète, où vivent deux mecs et une boîte à rythme qui vieillissent ensemble.

D’ailleurs comment va-t-elle la Box ? Elle est le troisième membre du groupe finalement.

Attention, la Box est neutre. Ce n’est ni une femelle, ni un mâle.
Ben : La box ne nous parle plus vraiment. On a eu de très grosses disputes ces derniers temps. C’est plutôt chaotique entre nous. Peut-être parce qu’on est dans des phases d’adolescents attardés. Mais elle fait toujours son job. Une fois sur scène, ça va, elle fait ce qu’elle a à faire. Mais c’est après le concert qu’arrivent les problèmes. Elle boit, elle drague les garçons, les filles. Elle est vraiment embarrassante. It’s a real shit.
Aaron : Peut-être qu’elle est aussi dans sa phase adolescente. L’âge de la box est différent de l’âge humain. Elle a 6 ans, mais en âge de box, ça fait 16 ans. Tu vois la merde que ça peut être ?
Ben : On espère qu’elle va s’assagir et qu’on repartira du bon pied pour la prochaine tournée.

En attendant que la box se calme, vous parliez de collaborations. Vous avez sorti un morceau avec R Steevie More. Vous projetez de faire un side-project ?

Aaron : On a enregistré plusieurs chansons avec différentes personnes, mais le nouvel album, c’est juste Civil Civic: la Box, Ben et moi. C’est plus simple pour tourner, même si ça pourrait être super de tourner avec tous nos copains. Mais ces collaborations resteront des C-sides entre deux albums, pour les occasions spéciales.

Civil Civic restera donc sans paroles…

Oui, tu ne peux pas enfreindre les règles.
Ben : Pas de paroles, pas de chanteur, pas de batteur. Ca n’arrivera jamais.
Aaron : Civil Civic, c’est sans paroles parce que c’est à ceux qui nous écoutent de choisir de quoi on parle.
Ben : On indique un peu le chemin à prendre. Les titres des chansons sont des indices. Tout est une question d’émotions. On te guide avec un mot ou deux pour te donner certaines images, puis c’est à toi de voir ce que tu veux entendre et ce qu’il se passe dans un morceau.
Aaron : C’est à celui qui l’écoute de remplir les blancs… Un peu comme si c’était incomplet. Faire de l’instrumental, c’est notre manière à nous de nous exprimer.
Ben : Finalement, on a envie de créer quelque chose que tu as envie d’écouter. Je pense que c’est la base de la musique. C’est là où les gens se trompent souvent : ils essaient d’entendre la même chose que quelqu’un d’autre, ou même essaient de comprendre ce que dit le musicien. Surtout pas ! Il faut se laisser porter par ses propres émotions.

Vos chansons sont évolutives et changent selon le moment où on les écoute finalement…

Aaron : C’est ce qu’on cherche à faire. Je n’écoute pas le disque mais, avec le temps, en live, les chansons évoluent lentement dans la forme et dans le son. Quand on enregistre un disque, on capte juste une chanson à un moment précis. Comme une photo, ça ne révèle pas toujours le moment parfait. La chanson sur un disque, c’est comme un document. Les morceaux évoluent aussi dans ce sens là.
Ben : Les versions live du premier album sont tellement différentes aujourd’hui qu’elles l’étaient sur le disque !

A côté de Civil Civic, vous travaillez sur d’autres projets ?

Je passe ma vie à faire de la musique. On verra ce qui sortira ou restera dans mon disque dur.
Aaron : Je produis des disques pour d’autres artistes. On a sorti l’album de The Drones, un groupe australien (l’excellent ‘Feelin Kinda Free chroniqué ici, ndr). Pour votre bien être, il faut que vous l’écoutiez. Sinon je travaille avec Kirin J. Callinan. En attendant d’écouter sa superbe musique, vous pouvez le trouver à poil sur Google Images. Ca va changer votre vie.

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