Interview – Camilla Sparksss, mi-ange mi-démon

Camilla Sparksss n’en finit plus d’affoler le petit monde de la musique underground. Et pour cause, au delà de compter déjà deux excellents singles à son actif, ce projet n’est autre que le fruit de l’hyperactivité de deux suisses déjà croisés au sein de Peter Kernel, en particulier celle de sa bassiste/chanteuse Barbara Lehnhoff. Couple à la ville comme à la scène, et accompagnés de Miriam Vile, Aris et Barbara fuient donc un temps le rock dans lequel ils excellent pour tenter une aventure plus franchement placée sous le signe de l’electro et des synthés. Alors qu’elle est actuellement en tournée pour définitivement convertir le public français à son intriguant mélange de synth pop, cold wave, et autres friandises, le demoiselle répond à nos questions et nous ouvre sa discothèque.

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Barbara, quand et comment le projet Camilla Sparksss t’est-il venu à l’esprit? Quelles étaient tes motivations à la base?

Barbara: J’ai toujours été attirée par l’idée de faire quelque chose de plus électronique, même si je n’ai jamais été très douée avec les ordinateurs et autres technologies. Donc, pendant des années, Aris et moi avons juste joué à l’occasion avec de simples synthétiseurs et autres instruments de ce type. Mais le moment exact ou j’ai décidé de me lancer fut pendant une tournée de Peter Kernel. Nous étions en train de sortir mon ampli Ampeg 810 du camion pour la quinzième fois et là, je me suis dit: « Quel enfer, pourquoi ne pas faire quelque chose d’électronique avec très peu de matériel…?« . C’est ainsi que Camilla Sparksss est né.

Etait-ce aussi une manière de varier les plaisirs et de ne pas toujours être focalisé sur Peter Kernel?

J’aime le fait que Camilla Sparksss soit totalement différent de Peter Kernel d’un point de vue technique. Mais je n’ai jamais ressenti le besoin de faire quelque chose d’autre. L’âme des deux projets est très similaire, pratiquement la même. Je pense juste que l’habit est différent, en raison de l’approche particulière de chacun.

cs2Aris, qui joue également dans Peter Kernel et partage ta vie, est aussi impliqué dans Camilla Sparksss. Alors qu’on aurait pu penser que ce projet était une façon de t’émanciper, vous apparaissez plus inséparables que jamais. Quel est son rôle exact?

Aris et moi composons ensemble pour Camilla Sparksss. Quelques morceaux sont intégralement de lui, d’autres entièrement de moi ou de nous deux. Nous avons étudié l’image et les prestations live ensemble, tout comme la performance et la chorégraphie. On a choisi de ne pas avoir Aris sur scène parce que nous ne pouvions pas vraiment justifier sa présence. Et puis les leggings ne lui vont pas très bien. Il préfère amplement partir en tournée avec deux filles.

Est ce que la méthode de travail est la même pour les deux groupes? Comment arrivez-vous à gérer la parallèle des deux projets?

La méthode est complètement différente pour chacun. Camilla Sparksss est beaucoup plus « light ». Nous ne nous préoccupons pas trop du résultat final, on cherche surtout à bien sonner et à inventer une chorégraphie pour chaque son. Et le fait que ce soit électro rend les choses beaucoup plus faciles pour rapidement essayer différentes variations. Peter Kernel est plus « contrôlé ». Avant d’opter pour la structure finale d’un morceau, nous essayons des centaines de variations, on se triture sans cesse l’esprit. C’est un procédé beaucoup plus long.

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Récemment, Miriam a rejoint Camilla Sparksss. Quel est son rôle? Est ce que c’est une façon de renforcer les prestations live? En général, considères-tu que c’est trop difficile pour toi d’avoir à affronter le public seule?

cita13Je travaille avec différentes soi-disant « danseuses », et Miriam est l’une d’entre elles. Quand j’ai commencé Camilla Sparksss, j’ai un peu observé les autres projets electro, et quelque chose m’a toujours dérangé: le manque de présence physique au milieu des boites à rythme et des visages des musiciens illuminées par les écrans d’ordinateur. J’étais persuadé qu’il fallait trouver quelque chose avant d’amener Camilla Sparksss sur scène. C’est ainsi qu’est venue l’idée d’avoir une « danseuse ». Je ne voulais pas une vraie danseuse ou quelqu’un qui sache véritablement danser. Ce n’était pas l’idée. Selon moi, Miriam apporte l’impact physique qu’un batteur amène sur scène. Et elle peut même faire le grand écart… Et pour ce qui est des écrans d’ordinateur, je n’utilise qu’un sampler.

Au fait, Suisse ou Canada?

Suisse-canadienne. Parce que les suisses sont neutres, et parce que tout le monde adore les canadiens. J’ai grandi au Canada jusqu’à l’âge de dix-sept ans, puis j’ai bougé en Suisse ou j’étais autorisé à aller dans les bars et fumer des clopes. Donc je ne peux pas choisir. Le Canada, c’est chez moi, mais la Suisse est en plein milieu de l’Europe, et c’est franchement parfait stratégiquement parlant quand il s’agit de partir en tournée. Et, bien sûr, Aris est suisse, donc désormais mon coeur est ici.

cs10Le projet est encore jeune mais es-tu déjà capable de nous faire partager tes meilleurs et pires souvenirs de scène?

La meilleure chose qui soit arrivée, c’était à Paris. Une fille est montée sur scène pour faire du breakdance. La pire, c’était lors d’un show à Milan ou le propriétaire du club s’est mis à balancer des effets de dj sur mes samples pendant le live. On s’est chaudement expliqué ensuite…

Vous venez seulement de sortir votre deuxième Ep et l’enthousiasme est quasi général autour de Camilla Sparksss. Comment l’expliques-tu?

Je ne sais pas. Peut être parce qu’il s’agit d’une musique musclée proposée par une fille. Avec Camilla Sparksss, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de filles au premier rang. Et j’adore ça.

D’ailleurs, pourquoi trois « S » à « Sparksss »?

Parce qu’un seul, c’est chiant. Deux, ça fait trop nazi. Trois, ça grésille et ça intrigue.

Pochettes, photos et clips illustrent toute l’importance que vous donnez à l’image dans tout ce que vous entreprenez. Pourquoi est-ce si lié à la musique chez vous?

Aris et moi sommes tous les deux designers. Lui signe tous les graphismes alors que je suis plutôt spécialisée dans la vidéo. Nous sommes tous les deux de gros maniaques! C’est donc tout à fait naturel que nous fassions très attention à l’image qu’on dégage. Ça fait partie de ce qu’on fait. La musique, les vidéos, les photos et les graphismes font tous partie intégrante du projet.

On dit parfois que la musique reflète l’âme de celui qui la joue. Donc, pouvons nous considérer que, comme le dit la biographie, tu es quelqu’un de « chaud à l’intérieur, froid à l’extérieur »?

Je suis quelqu’un de timide. D’apparence, je peux avoir l’air froide mais, intérieurement, j’ai juste envie de crier, sauter, et foutre le bordel. Je suis un canard chanceux et, sur scène, je me révèle, je me sens libre.

Si tu pouvais être quelqu’un d’autre, qui serais-tu?

J’ai beaucoup travaillé pour devenir qui je suis aujourd’hui. Même chose avec Aris, nous avons tellement fait pour vivre de notre musique… Tellement que, honnêtement, je ne peux pas vraiment imaginer être quelqu’un d’autre. Malgré tout, il y a parfois des personnages dont tu aimerais avoir la vie, comme l’Inspecteur Gadget. Quand je suis vraiment paresseuse, que je ne veux pas me lever, j’aimerais pouvoir dire « go go Gadget au bras » et le tendre. Ce serait cool.

cs111D’un point de vue général, qu’est ce qui te rend heureuse?

J’adore jouer live et être sur scène. Ça me fait me sentir vivante. Aussi, j’adore les bains thermaux. Ce sont les deux choses sans lesquelles je ne peux pas vivre.

L’attente sera encore longue avant le premier album. Peux tu néanmoins déjà nous en parler?

Pour le moment, je me concentre uniquement sur des singles à sortir en 45t ainsi que sur YouTube. Je ne peux vraiment rien te dire au sujet de l’album puisqu’il n’y a rien encore.

Miriam, Aris, Barbara… Qu’est ce que les gens ne doivent absolument pas savoir à votre sujet?

Aris: Je ne conduis pas dans les longs tunnels quand il n’y a que deux voies de circulation.
Barbara: Je préfère les spaghettis avec du ketchup, plutôt qu’avec de la sauce tomate faite maison.
Miriam: Je parle toute seule. Beaucoup.

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THE POLICE – « Roxanne »

C’est le morceau que j’aimerais le plus reprendre.

BAT FOR LASHES – « Oh Yeah »

J’adore chanter le refrain au début de « Oh Yeah ». Après, je zappe.

THE GUN CLUB – « Carry Home »

J’adore comme il chante. Il a l’air tellement distrait ou gavé…

TWEET feat Missy Elliott – « Oops (Oh My »)


La version originale est cool, mais celle de Hudson Mohawke est une vraie bombe. Je suis amoureuse du son de caisse claire. Il botte le cul.

NICK CAVE & THE BAD SEEDS – « Push The Sky Away »

J’ai tellement écouté cet album récemment… Je crois que c’est le morceau que je préfère.

MORPHINE – « You Speak My Language »

Chaque fois que je l’écoute, ça me donne envie d’apprendre à jouer du saxophone. Je trouve ça tellement sexy.

MOONFACE – « Dreamland EP: Marimba and Shit-Drums »

C’est mon numéro un dans mon player mp3 waterproof. C’est parfait pour faire des longueurs à la nage.

VON SPAR – « Xaxapoya »

C’est un trip. Ce morceaux me deconnecte totalement de la surface de cette Terre.

TLC – « Waterfalls »

Ca me rappelle quand j’avais onze ans. Je mettais mon ghetto blaster (jouant ce titre) sur le bord de la fenêtre de ma chambre pendant que je jouais au basket sur un petit terrain dégueulasse que nous avions fait, mon frère et moi.

PIERO CIAMPI – « Adius »

Lui est capable de dire « vaffanculo » à n’importe qui. C’est un génie.

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