Interview : Bigg Jus (01-2006)

« Imperial Letters Of Protection » devait sortir juste après « Whoe To Thee… ». Pourquoi avez-vous finalement attendu deux ans?

Jus: Parce que Big Dada voulait d’abord sortir « Black Mamba Serums ». Mais, trois albums en trois ans, ce n’est quand même pas si mal…

D’ailleurs, cet album est assez différent de l’idée avec laquelle vous étiez partis. Est-ce vraiment les évènements mondiaux qui ont modifié votre créativité musicale?

Bien sûr. Surtout que les évènements du 11 septembre ont eu lieu exactement ou mon label Subverse était localisé. J’ai donc été directement affecté par tout cela.

Comment expliquez-vous le fait que cet album soit finalement moins expérimental qu’il devait l’être?

Nous étions partagés entre le fait d’enregistrer un disque que nous voulions vraiment faire et ce que notre conscience nous permettait de faire. Notre processus de création doit avoir une certaine forme de plaisir et de défi. L’expérimentation nous a permis de protester tout en défiant notre créativité, ce qui est un bon compromis.

Quelques-uns de ses morceaux n’ont même pas de beat, critère pourtant très important dans la musique hip hop. Avez-vous l’impression de remettre en cause le genre? Est-ce une réelle volonté de votre part?

Je pense que j’ai toujours fait de la musique novatrice depuis mes débuts. Je suis un BBoy new yorkais pur et dur, un « original bboy », définitivement imprégné par un style et une culture. Il ne faut pas confondre émulation et Zulu Nation. Surtout pas.

Vos paroles sont politiquement très engagées. Selon vous, quelles sont les solutions pour remettre les USA dans le droit chemin?

Il faut accuser l’administration Bush de crimes de guerre. Plus particulièrement en ce qui concerne les évènements du 11 septembre. Toutes les raisons énoncées pour justifier cette guerre contre l’Irak se sont révélées fausses. Tous ceux qui se penchent sérieusement sur ces évènements tragiques que New York a connu, peuvent clairement en conclure que les analyses du gouvernement sont bancales. Le 11 septembre a changé le monde et les Etats Unis à jamais. Seule une véritable enquête sur cet évènement peut redonner des couleurs à tout le monde.

Dans le passé, les artistes hip hop étaient les premiers à monter au créneau, à être sur le front de la révolte. Récemment, Kanye West s’est exprimé en public sur les évènements de la Nouvelle-Orléans. Quelle est votre opinion à ce sujet? Ne pensez-vous pas qu’il soit grand temps que les artistes actuels se fassent entendre et soient très engagés politiquement?

Orko: La Nouvelle Orléans était une bénédiction déguisée. D’abord, cela a remis les relations inter-raciales sur le devant de la scène. Même le président indien a dit: « Je ne comprends pas comment cela a pu se passer. Quand le tsunami nous a frappé, vous étiez là en dix huit heure avec de l’aide et de la nourriture. Chose que vous n’avez pas faite avec votre propre population ».

Jus, il y a deux ans, tu as quitté New York pour la Georgie. Peux-tu nous expliquer pourquoi? Etait-ce une manière de faire un bilan et de relancer ta carrière?

J’avais vraiment besoin de quitter ground zéro, le décor apocalyptique du 11 septembre. Le fait d’arriver en Georgie m’a permis d’être très productif, autant pour NMS que pour mon nouvel album solo « Poor People’s Day », étant donné la vie plus paisible, plus provinciale, et l’hospitalité du sud du pays. La Georgie est un état avant tout républicain. Pour la dernière réélection présidentielle, l’état a enregistré plus de votes pour Bush que le Texas. Il était donc temps de partir. Désormais, je suis en Californie, avec son fun et son soleil.

Comment as tu rencontré Orko Elohiem? Etant donné que tu es beaucoup plus connu que lui en France, peux tu nous le présenter?

Je l’ai rencontré en 1996 lors de la première tournée de Company Flow sur la côte Ouest. Il a fait notre première partie à San Diego avec un tambourin. J’ai ensuite acheté quelques-unes de ses démos cassettes après le concert. Je les ai écoutées pendant des mois. Ce mec est incroyable.

Peut-on comparer NMS et Company Flow dans la manière de travailler et d’aborder la musique en général?

Pas vraiment, puisque les personnalités sont vraiment différentes. Mais l’éthique de travail est exactement la même, tout comme le désire d’innover.

Tu as créé Subverse Music qui n’existe plus aujourd’hui. Quels sont les avantages et les inconvénients de gérer un label? Est-ce quelque chose que tu referas dans le futur?

Comme je te l’ai dit, le 11 septembre a beaucoup joué sur le label. Nous n’étions qu’à quelques blocs. Cela nous a ruiné, a tanké l’économie. Encore plus à New York que dans le reste du pays. Mais il faut rebondir et je suis actuellement en train de travailler sur un projet intéressant.

Tu viens juste de sortir « Poor People’s Day » sur Mush Records qui sonne beaucoup plus conventionnel que ce tu fais avec NMS. Comment l’as-tu abordé par rapport à un album avec Orko?

« Poor People’s Day » est un commentaire social qui va droit au but, qui ne fait pas de pli. En général, quand je sais que l’audience va être importante comme c’est le cas avec NMS, je préfère placer un message dans une ambiance créative. Mais cela n’empêche pas que j’essaye de me rapprocher le plus possible de la perfection, que ce soit d’une manière ou d’une autre.

Quels sont vos projets à venir? Un autre disque? Une autre collaboration?

Le troisième album de NMS est déjà en chantier, tout comme mon troisième album solo. Un DVD devrait également voir le jour, tout comme quelques titres de Company Flow (reste à savoir si le bonhomme est sérieux ou s’il s’agit d’une mauvaise blague…, ndlr), ainsi que quelques autres sucreries…

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Une réponse à Interview : Bigg Jus (01-2006)

  1. The funky Magic Mix 24 août 2009 à 2 h 06 min #

    Bigg Jus Number 1 Most underrated rapper/producer/bboy EVER!

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