Interview : Benjamin Zephaniah (03-2005)

Il est assez difficile de qualifier ta musique car elle sonne comme un mix de reggae, de hip hop, et d’electro. Quelles influences aboutissent sur un tel résultat?Benjamin Zephaniah: C’est quelque chose de zen, qui peut être musique comme ne pas l’être. Tout est dans les textes, et peu importe le moyen pour leur donner plus de puissance. Mon style est en fait de ne pas en avoir. Je voulais juste raconter l’histoire avec le strict nécessaire. C’est pourquoi je suis entré en studio habité d’un sentiment de liberté, sans penser à ma maison de disque, mon public, ou mes racines reggae. J’ai juste oublié mon passé et enregistré ce qui illustre mes craintes et mes rêves d’aujourd’hui.Est ce que la complexité de ta musique est un souhait ou juste le reflet de ta personnalité?Ma musique est comme moi, faite d’amour avec un but. C’est à la fois l’image de ma personnalité et de mon environnement. Je peux danser et penser en même temps, tout comme je peux être pesant et tendre.Trevor Morais a joué un rôle important dans cet album. Lequel exactement excepté la production?Le rôle le plus important que Trevoir ait joué est de s’être assuré que j’étais content. Parfois, je partais travailler avec lui en Espagne et je dormais pendant deux jours. Lui disait simplement: « dors si tu en as besoin, ton travail n’en sera que meilleur ». Des fois, j’imaginais un son et il le faisait sortir mais le plus important vraiment est qu’il voulait que je fasse ce que je sentais, tout comme il fallait que je lui dise d’aller faire un tour si je ne le voulais pas à côté de moi.La lecture et l’écriture semblent t’avoir sauvé de la délinquance…Je me sens toujours délinquant. Il en est de même pour ma mère. Je suis en colère mais je sais que je ne peux pas exprimer mon mécontentement d’une manière négative. Si cela avait été le contraire, je serais en prison à l’heure qu’il est. Il y a quelques années, j’ai tout simplement résisté à la tentation de démolir les immeubles et j’ai utilisé les mots pour soulever les gens, et ils m’ont entendu. Ils en voulaient même plus. Il y avait des racistes dans les rues, et les flics traitaient les blacks avec beaucoup de violence. J’ai beaucoup à dire au sujet de nos conditions de vie et de mort, et j’y ai trouvé mon but dans la vie…Préfèrerais tu être lu par deux millions de personnes, ou seulement par deux nommées Nelson Mandela et Bob Marley? Quel effet cela fait il de les compter parmi tes lecteurs?Je préfèrerais que deux millions de personnes m’entendent car n’avoir que Nelson Mandela et Bob Marley dans son public serait comme convaincre des convertis. Ils sauraient déjà d’ou je viens. Moi, je veux de nouveaux esprits, marquer les intellectuels vierges.On te compare souvent à des artistes comme LKJ ou Saul Williams, eux mêmes pluridisciplinaires. Acceptes tu ce rapprochement? Avec lequel te sens tu le plus proche?LKJ, Saul Williams, The Last Poets, Gill Scott Heron, nous sommes tous de la même famille. Nous reconnaissons tous l’importance des mots, nous savons tous qu’ils ont un énorme pouvoir, et c’est pourquoi il n’y a jamais de compétition entre nous. Nous ne sommes pas des suiveurs d’une quelconque mode musicale ou autre. Nous sommes des libres penseurs. Te sens tu dans le même esprit que Bansky qui a illustré le livret de « Naked »? Est-ce pour toi un révolté hérité de ta génération?Je ne peux qu’exprimer ce que je ressens, il faudra demander à Bansky pour ce qui le concerne. Je sens que la révolte dans nos deux coeurs traverse les générations. Nous ne pouvons plus juste rester assis, bien sages, et la garder à la maison. Donc nous l’amenons dans la rue. Les rues sont notre toile, le peuple notre muse.Peux tu nous décrire le monde idéal de Benjamin Zephaniah?Il n’y aurait déjà pas d’armées. Personne ne mangerait des corps morts. Nous pourrions tous être Dieu au moins pour un jour. Et nous serions tous « Naked ».Tu dis qu’une partie de tes textes est influencée par la politique de la rue. Que veux tu dire par là?La politique de la rue signifie juste les choses qui comptent: comment nous nous comportons avec les gens, comment nous sommes contrôlés, la liberté de respirer l’air pur, les choses qui ont un impact direct sur nous, et pas les politiques abstraites qui ne sont là que pour couvrir la corruption et les excuses de la guerre.Tu as 46 ans aujourd’hui. Quel regard portes tu sur tes années passées?Mon passé, c’est mon éducation. J’ai tellement fait de choses durant les années passées que, si tout s’arrêtait maintenant, je serais impressionné par mes faits. Mais j’adore la vie, je veux vivre et être en forme encore longtemps. Le fait de vieillir ne me rend pas nostalgique, j’adore la jeunesse et les jeunes. Je n’ai pas l’impression d’avoir 46 ans, mais on dit tous cela. Je veux finir ma vie sans être oppressé.Par simple curiosité, quels sont les derniers disques que tu ais acheté?« Musicology » de Prince et « The Hour Of Two Lights » de Terry Hall And Mushtaq. Quels sont tes projets à venir?Je suis en train d’adapter mon roman « Gangsta Rap » en comédie musicale. Je suis en train de faire un film aussi au sujet de l’Angleterre. Et je veux serrer ma mère dans mes bras autant que je le peux. Le mot de la fin…Vivez la vie que vous aimez, et aimez la vie que vous vivez.

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