Interview : Antipop Consortium (12-2007)

L’annonce de la reformation de Antipop Consortium a suscité un frisson d’excitation chez les amateurs de hip hop extraterrestre. Alors qu’ils commencent tout juste les sessions de travail pour ce nouvel album prévu en 2008, M. Sayyid et High Priest ont pris un peu de leur temps pour répondre à nos questions.

antipop

C’est peut-être dû à la façon dont les journalistes ont relaté les choses, mais on a l’impression que vous ne vous êtes pas séparés en très bons termes. Qu’est-ce qui fait qu’on a envie de se remettre ensemble après toutes ces années?

M. Sayyid: Je ne parlerai que pour moi, mais je pense que j’étais très immature à l’époque. Ajoute à cela une grosse dose d’ego, et tu obtiens les conditions d’un désastre assuré. Mais comme pour tout, je crois que le temps aide à prendre du recul et à mieux appréhender les choses.

High Priest: Honnêtement, je pense que le groupe avait besoin de décompresser et de régler quelques conflits artistiques. Ca n’a pas été facile, mais on avait besoin de temps pour se retrouver.

Album “Shopping Carts Crashing” des Antipop Consortium
A quel point le Antipop Consortium d’aujourd’hui est-il différent de celui de 2002? Vos expériences solos vous ont-elles apporté quelque chose. Vous avez par exemple tous touché à la production depuis… Est-ce que ça a redistribué les cartes dans la façon de travailler de l’équipe?

M. Sayyid: De mon côté, je n’ai sorti qu’une mixtape, donc je suis peut-être pas le mieux placé pour parler, mais j’aurais tendance à dire qu’on a gardé la même façon de procéder que depuis nos débuts.

High Priest: Oui, les choses n’ont pas drastiquement changé. Nos expériences solos nous ont surtout permis d’améliorer notre technique.

Vous pouvez nous parler du prochain album que vous préparez? Doit-on s’attendre à la suite de « Arrhythmia » ou à quelque chose de musicalement très différent?

M. Sayyid: Pour l’instant, il est trop tôt pour te dire à quoi l’album va ressembler puisqu’on commence tout juste à bosser dessus. Il sera la suite de « Arrhythmia » dans le sens où c’est effectivement l’album qui arrive derrière lui, mais je n’ai pas le sentiment qu’on reprenne les choses là où on les avait laissées en 2002 pour autant.

High Priest: On se tient au courant de ce qui se fait, mais on a jamais couru après la tendance de toute façon. Le nouvel album continuera notre exploration personnelle de la musique, comme nous le faisions déjà par le passé, mais sans se restreindre aux codes d’un genre précis.

Quand APC est apparu, vous étiez un peu les précurseurs de cette scène hip hop electro. Aujourd’hui, des tas de groupes se sont engouffrés dans la brèche que vous avez percée. Est-ce que vous ressentez une quelconque pression, dans le sens où le public a désormais de multiples points de comparaison?

M. Sayyid: De mon côté, je pense que la musique est infiniment ouverte en termes d’écriture et de production, et qu’il reste encore énormément de choses à expérimenter. Ce n’est pas parce que d’autres groupes utilisent désormais l’électronique que je vais me sentir menacé ou challengé.

High Priest: Les noms changent mais le jeu reste le même. Il y a toujours les modernes et les conservateurs. Nous, nous penchons plus naturellement vers une approche post-moderne des choses. Notre style s’inscrit dans une continuité mais nous essayons perpétuellement de hisser les choses à un niveau supérieur. Après le décès du vénérable Max Roach (NdR: immense batteur de free jazz récemment disparu), je me suis mis à relire certaines de ses interviews. A plusieurs occasions, il explique qu’on devrait cesser d’étiqueter la musique sous forme de genres, mais simplement d’en parler comme de la musique d’untel ou untel. C’est un point de vue que je partage complètement.

High Priest a connecté APC avec le label Wordsound il y a quelques années. Ce label est toujours resté dans l’ombre malgré le fait que beaucoup d’artistes reconnus ont ajouté des disques à son catalogue (Dj Vadim, Dj Spooky, Prince Paul, Rob Swift, Bill Laswell…). Beaucoup de musiciens reconnaissent volontiers aujourd’hui que les albums de Spectre ou Sensational ont été déterminants dans leur parcours musical. Qu’est-ce qui fait que le travail de quelqu’un peut devenir populaire ou pas? Etre en avance sur son temps semble ne pas forcément être un avantage pour le business… Est-ce que ça a été une des causes de la séparation de APC?

M. Sayyid: La musique n’est pas un concours de popularité à mes yeux, c’est un moyen d’expression. Quand tu commences à te focaliser davantage sur le fait d’être aimé que sur l’impact de ce que tu essaies de créer, tu finis par te perdre. J’en parle en connaissance de cause… J’ai pris mes distance avec tout ce cirque des myspace/téléphone portable/mondanités du business pour mieux me consacrer à mon travail d’écriture et de production, ainsi qu’à Zwapp, une structure web que je dois lancer prochainement.

High Priest: Avec le recul, je pense que l’expression « en avance sur son temps » n’a finalement pas de sens, car nous ne réfléchissons pas de manière linéaire. Certains musiciens sont sans doute trop obsédés par la célébrité, cela crée une atmosphère néfaste à la création.

High Priest, tu as récemment donné un concert à São Paulo avec quelques musiciens locaux (dont quelques membres de Hurtmold, Nação Zumbi ou Maquinado). Le plupart de ces musiciens avaient eux aussi enregistré avec Wordsound sur la compile « Made In Brasil« . C’est une coïncidence?

High Priest: Je n’étais pas au courant pour cette compilation, mais finalement ça ne m’étonne pas tant que ça. Ca respecte une certaine logique… En tout cas, le Brésil, c’était une super expérience. Enorme respect à toute la scène de São Paulo!

Vous faîtes régulièrement des featurings sur les disques des autres. Pouvez-vous nous expliquer comment vous en êtes venus à travailler avec des artistes comme Reverse Engineering, Techno Animal ou MF Doom?

M.Sayyid: Doom aimait ce que je faisais et m’a invité sur son album de Viktor Vaughn, tout simplement. J’adore le travail de ce type, donc ça a été un vrai plaisir. J’ai rencontré les gars de Reverse Engineering pendant un séjour en Suisse. On s’est bien entendus, ils m’ont demandé si ça me branchait de bosser avec eux, et voilà. J’aime vraiment beaucoup leur son. Pour Techno Animal, on est potes avec Kevin Martin (NdR: aujourd’hui plus connu des dubsteppers sous le nom de The Bug) depuis des lustres. Là encore, ça s’est fait dans le plus grand naturel…

Est-ce qu’il y a d’autres artistes avec qui vous aimeriez un jour collaborer (Public Enemy, De La Soul, Battles, Subtitle, Mike Patton, Beastie Boys…)?

M.Sayyid: Beastieesssss!

High Priest: En ce qui me concerne, tous les noms que tu cites me brancheraient…

CX Kidtronik a été l’un de vos proches collaborateurs dans Airborn Audio. Il vient de participer activement au nouvel album de Saul Williams. Que pensez-vous de la façon dont Saul Williams et Trent Reznor ont décidé de sortir ce disque? Est-ce que le disque en tant qu’objet est toujours important à vos yeux? Et est-ce que la qualité sonore fait toujours partie intégrante du processus de création?

M.Sayyid: Je pense qu’on est beaucoup à être un peu nostalgique de l’objet comparé aux mp3, mais d’un autre côté, j’essaie de ne pas trop me focaliser là-dessus. Le plus important étant de réussir à faire sonner ça de la meilleure manière possible pour faire hurler l’autoradio pendant que tu traverses la ville…

High Priest: Le format album t’emprisonne dans une séquence. Les gens aujourd’hui veulent toujours davantage de la souplesse. Le format mp3 leur permet de mieux personnaliser leur discothèque.

Le mot de la fin?

M.Sayyid: Ca fait du bien d’être de retour avec mes homies… On a beaucoup appris. Et j’ai l’impression que nous sommes tous (consommateurs et créateurs de musique) entrés dans une nouvelle ère, c’est très excitant.

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