Interview – Agoria, le guide du potard

Dans le cadre du Festival Fantastic et ses nuits électriques, Agoria venait présenter à l’Aéronef de Lille son show audiovisuel « Forms » , un mélange de vidéos imposantes et de DJ set électro bien rodé à trois platines. Apparemment lassé des questions récurrentes des journalistes, ce fer de lance de la scène techno française – juste derrière Laurent Garnier – nous accorde une interview à la seule condition qu’on sorte un peu de l’exercice classique. Ce qui nous envoie en orbite autour du globe pour un entretien bourré de bons tuyaux, basé sur ses expériences de routard.

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Dans quel pays trouve t-on les meilleurs clubs?

Agoria: Je ne sais pas s’ils sont dans un pays en particulier. Comme on fait une musique universelle, je ne pense pas que ce soit le pays qui soit le vecteur des meilleurs clubs.

Alors sur quelle planète?

(rires) Non, on n’en est pas là, je vais enfoncer des portes ouvertes mais je pense que le meilleur club reste le Panorama Bar de Berlin.  J’y ai encore joué il y a trois semaines, un dimanche soir de 21h à 1h, il y avait genre 4000 personnes, c’était incroyable, une faune magnifique! Ça reste le meilleur club pour moi. Après il y a le Womb et le Ageha à Tokyo qui sont extraordinaires. Souvent, c’est une histoire d’organisateurs. Il y a des mecs qui ont un vrai réseau et qui ramènent un public fantastique. Dans un même club, tu peux avoir des soirées moyennes et des soirées fantastiques, ça dépend des promoteurs, pas seulement du club. Je place le mot « fantastique » car on est à Lille!

Dans quel pays trouve t-on les meilleurs DJs?

cita1Ça dépend des goûts de chacun. Mais je pense qu’aujourd’hui les anglais sont au-dessus du lot. Des mecs comme Ben UFO ou Blawan incarnent un peu la nouvelle génération anglaise et sont hyper intéressants. J’ai toujours été fan d’Andrew Weatherall qui est aussi anglais. Il est toujours là, toujours aussi percutant et pertinent! Ils ont une vraie culture club dans ce pays, c’est sans doute pour ça aussi qu’ils ont encore quelques magasins de disques, des radios spécialisées… Tout ce qui manque un peu chez nous.

ago2Dans quel pays as-tu trouvé le meilleur public?

De façon générale, j’ai l’impression que le public qui m’excite le plus est le public japonais. Ils sont connaisseurs de la musique, hystériques, ils sont à l’écoute, ils suivent ta carrière de A à Z, ils sont toujours fidèles! Par exemple, j’ai une amie du Japon qui est là ce soir, elle vient exprès d’Amsterdam. Ce sont des choses qui font plaisir! Le public le plus agréable reste celui du Japon mais après, le public lyonnais n’est pas trop mal non plus (rires).

Chauvin!

Malgré tout, je trouve que la France possède un public de mieux en mieux éduqué. L’Ouest de la France et Lyon ont des publics particuliers. En ce moment, j’hallucine à Lyon: il y a une soirée intéressante chaque semaine, ce qui n’était pas arrivé depuis des années. Il y a Deetron, Rone… Chaque semaine, il y a des trucs intéressants, il y a des organisateurs qui se bougent. Je suis content de voir que plein d’artistes intéressants viennent aujourd’hui jouer en France. On sort un peu du carcan franco-français, de cette french touch qui tournait un peu en rond. La Belgique est aussi un pays fantastique, j’adore. J’ai fait plein de dates cet été là-bas, et Dour festival restera l’une des meilleures dates estivales. J’y ai joué cinq heures! Le Trouw à Amsterdam était aussi une super date et, en passant, c’est aussi l’un des meilleurs clubs.

A l’inverse, où trouve-t-on le pire public?

Le pire public, c’est quand tu joues quelque part où les gens n’en ont rien à faire. Il peut y avoir des erreurs de casting, ça peut arriver dans n’importe quelle ville du monde. Tu joues, les gens s’en foutent, ils ne comprennent pas… Mais ça fait longtemps que je ne me suis pas retrouvé dans une soirée en me disant « putain, qu’est-ce que je fous là?« . Cet été, j’ai fait des festivals et, avant de jouer, on s’est dit que ça pouvait être très bancal et difficile. Programmation très différente, très éclectique…

Comme à Rock en Seine cet été?

Oui, où j’ai joué après Noel Gallagher et The Black Keys. Mais finalement ça l’a fait! Il y avait 15 000 personnes, c’était un truc de fou. Avant de commencer, je ne faisais pas le fier, j’étais vraiment en stress et j’ai été content de l’accueil du public. Il y a eu un vrai échange pendant tout le set. Je pense que le concept « Forms » m’a aidé. Si j’étais arrivé en faisant juste un DJ set de techno de Detroit très pointu, ça n’aurait pas marché. Avec « Forms », j’essaye d’amener les gens à aimer la musique électronique en passant par des trucs plus faciles, pour des publics à la base pas forcément connaisseurs. Cet été, je me suis aussi retrouvé entre New Order et David Guetta… Ca l’a fait aussi, ce sont des bons challenges! Mais avant de jouer, on ne sait jamais, c’est aussi pour ça que ça nous excite, ça fait partie du jeu!

Dans quel pays as-tu joué « Forms » pour la première fois?

C’était en France, à Toulouse, et on n’était pas du tout prêt… Je m’en excuse d’ailleurs! Comme tout projet, on a eu besoin de le roder. On l’a fait deux ou trois fois cette semaine-là, et chaque fois j’avais envie de dire « peut-être qu’on devrait arrêter tout de suite, non? » (rires). On a bien fait de continuer! L’un des vrais déclics, ça a été le festival de Dour. Il s’est vraiment passé quelque chose! Il y a eu un moment mystique, n’importe quel disque tombait au bon moment, c’était magique. Toutes les dates qu’on a faites après, c’était grâce à ça.

Dans quel pays trouve-t-on les plus belles filles?

(il se met dans le fond du canapé et lève les bras, ndlr) Putain, j’étais à Moscou hier soir! Je dois avouer que c’était quelque chose! Maintenant, je suis un homme marié, mais pour le plaisir et l’atmosphère du club, c’était quelque chose. Ce club s’appelle Krysha Mira. Si un jour vous allez à Moscou, je vous conseille d’y aller, c’est un truc de tarés! Je sais pas, ils font une sélection à l’entrée, c’est même plus du faciès! Si t’es pas une bombe, tu ne rentres pas!

Dans quel pays as-tu rencontré Kid A?

Sur Myspace! Je ne l’ai pas rencontrée en Virginie, elle est originaire de là-bas. J’ai presque fini de mixer son album qui va bientôt sortir sur Ninja Tune. C’est son premier album et je l’ai vraiment mixé, sans produire beaucoup de choses dessus. Je voulais vraiment que ça soit son disque à elle, j’ai juste fait un ou deux petits arrangements.

ago3C’est la première fois que tu produis quelqu’un?

Oui, ça m’a appris beaucoup de choses. Tu vois comment quelqu’un d’autre travaille, la manière de faire les arrangements, c’est intéressant. Elle avait collaboré avec moi sur deux morceaux sur « Impermanence« . Mais la première fois que je l’ai entendue, c’était sur un morceau avec les Spitzer qui viennent de sortir leur album sur InFiné. Je me suis dit qu’il y avait quand même quelque chose! Elle a un look de mama gospel, vraiment la chanteuse black assez imposante que tu peux imaginer à Harlem plus que dans les fjörds norvégiens (rires).

Dans quel pays parle t-on la plus belle langue?

L’Italie. L’italien est beau! Sinon je trouve que la langue française est une langue riche. J’adore écrire, et c’est une langue qui reste foisonnante. Mais bon, on est toujours un peu chauvin ici!

Dans quel pays as-tu goûté la meilleure bouffe?

Les deux meilleurs pays, ça reste pour moi l’Italie et le Japon. En France, on cache souvent les aliments avec les sauces. Chez les italiens, l’aliment est souvent roi. J’ai un ami – le rédacteur en chef de Groove Magazine – avec qui on aime bien se faire des trips dans les restaurants deux ou trois étoiles dans les différents pays. Il m’a emmené à Berlin, et on a très bien mangé, même si je me disais qu’on y mangeait très mal! Pour la bouffe la plus surprenante, je suis allé une fois à Okinawa, sur une petite île à deux heures d’avion du Japon. J’y ai mangé des trucs… Tu ne sais même pas ce que c’est! Je ne sais pas dire si c’est bon ou pas, c’est juste totalement différent. Je me rappelle avoir mangé une sorte de petit carré rouge, un truc minuscule. Je suis parti en vrille, tellement c’était fort et alcoolisé! C’était juste l’apéro, et eux mangeaient ça par poignées… J’adore la bouffe japonaise, tout ce qui est sushis, sashimis. Mon plat préféré, c’est le Sukiyaki avec la viande de Kobe. Un des meilleurs repas de ma vie, c’était à Kyoto! Il y a trois semaines, on a mangé à la pointe du Cap, en Afrique du Sud. J’étais avec un ami qui est le directeur du Transbordeur de Lyon, et j’y ai mangé les meilleurs poissons et crustacés de ma vie. Ce sont des petits plaisirs de tournée!

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Ca y est, j’ai faim… Quel est le pays du meilleur cinéma?

Je ne connais pas assez bien le cinéma indien. C’est tellement prolifique que je ne sais pas si c’est un cinéma merdique, fleuve, avec des films interminables… Malgré tout, je dois dire que j’aime bien le cinéma américain. Mais, je ne suis pas sûr que l’industrie du cinéma fabrique tellement de bons films aujourd’hui. En ce moment à Lyon, il y a le festival Lumière organisé par Thierry Frémaux, aussi directeur du festival de Cannes. Ils amènent plein de bons films et, cette année en clôture, il y a « Les Portes du Paradis » de Michael Cimino. C’est un film fantastique que je vous conseille! Pendant longtemps, j’ai aussi été fan du cinéma japonais, même si j’ai été un peu lassé dernièrement. J’adore Takeshi Kitano et « Hana-bi » reste un des films qui m’ont le plus marqué. C’est difficile de résumer par pays, c’est surtout l’auteur qui est important. Par exemple, j’ai eu le plaisir de rencontrer Emir Kusturica, et on ne peut pas dire que le cinéma serbe soit très prolifique! C’est quand même le mec qui a fait « Chat Noir Chat Blanc », un chef d’œuvre.

Es-tu encore attiré par les B.O. de films? As-tu des projets de ce type?

Oui, à fond, ça m’intéresse toujours. Dans le cinéma, il y a toujours des projets, des scénarios, des trucs en route, mais c’est toujours très long, tu ne sais jamais quand ça va aboutir. Ça dépend souvent d’un acteur star qui dit « oui, on le fait« , et les mecs débloquent les financements parce qu’ils parient sur l’acteur. Mais oui, il y a des projets.

ago5Dans quel pays as-tu vendu le plus de disques?

Je crois que c’est en France. Je pense que c’est l’un des pays où l’on achète encore le plus de disques. La Fnac est encore assez forte et, en Angleterre par exemple, les ventes se sont écroulées bien avant chez nous. Le Japon est encore un pays où je vends aussi beaucoup de disques, parce que les mecs sont hyper fans de l’objet, du collector, de l’édition spéciale…

Pour terminer, quel est le plus beau pays du Monde?

Tu me regardes comme si la réponse était évidente (rires)!

Tu vas dire le Japon!

(petit instant de réflexion, ndr) … et non, je ne crois pas! Je trouve le Brésil fascinant. Et l’Afrique du Sud m’a vraiment marqué. C’est magnifique! A la pointe du Cap, tu te balades sur la plage au milieu des pingouins! (il nous montre une vidéo sur son téléphone, ndr). Tu as des babouins, des autruches, et c’est la nature, ils vivent à proximité de l’Homme. Tu es au milieu des montagnes, tu as la mer en face, ça m’a beaucoup fait penser à Rio qui est aussi une ville magnifique, même si je n’y vivrais pas parce que ça reste chaud… Johannesburg ne m’a pas trop marqué parce que c’est plus dur, mais Le Cap, c’est extraordinaire. Je pense même que ça a été élu la huitième merveille du monde, cette année. Je vous le conseille!

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Une réponse à Interview – Agoria, le guide du potard

  1. Carmen 15 novembre 2012 à 23 h 46 min #

    Interview intéressante et originale. Qui sort des sentiers battus et nous fait découvrir d’autres facettes de la personnalité d’Agoria ainsi que sur son actu et ses projets. Étant belge, je suis contente d’apprendre qu’Agoria est fan du plat pays!;o) « La Belgique est aussi un pays fantastique, j’adore. J’ai fait plein de dates cet été là-bas, et Dour festival restera l’une des meilleures dates estivales. J’y ai joué cinq heures! […] L’un des vrais déclics, ça a été le festival de Dour. Il s’est vraiment passé quelque chose! Il y a eu un moment mystique, n’importe quel disque tombait au bon moment, c’était magique. Toutes les dates qu’on a faites après, c’était grâce à ça.» Et puis, ça m’a (re)donné envie de voyager et de (re)découvrir la musique de cet artiste français incontournable de la scène électronique de qualité. Merci pour cet article!

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