Interview : 2 Many Dj’s (12-2002)

Nous sommes le 07 décembre 2002, il est 23h et nous nous apprêtons à participer à ce qui sera, selon les bénévoles du festival, une des plus mémorables conférences de presse jamais vécue depuis la création des Transmusicales. Avant l’entrevue avec le duo belge, se déroulait l’interview de la sensation Homelife du label Ninja Tune. Les organisateurs en charge du bon déroulement de ces rendez vous calés avec les médias sont apparemment dépassés par les évènements et ne réussissent pas à faire comprendre à la formation précédente qu’il faut évacuer les lieux. Résignés, ils laissent les 2 Many Dj’s débuter leur interview dans une salle ou les artistes sont donc plus nombreux que les journalistes. Voici donc un aperçu de cette rencontre mémorable car surréaliste menée de « mains de maître » par un intervenant bénévole qui, entre vapeurs d’alcool et obstination irrespectueuse, a bien failli tout gâcher si les 2 Many Dj’s n’étaient pas dotés d’un humour et d’une patience hors du commun. Fort heureusement, la véritable révélation de ces Transmusicales s’est appliquée à apporter quelques réponses intéressantes dans une ambiance rare, pour le plus grand bonheur des trop peu nombreux journalistes sortis honorés d’avoir, eux, une volonté du travail bien fait et une conscience professionnelle à toute épreuve… Extraits…

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Vous avez été confrontés à des problèmes de déclarations des morceaux. L’avez vous fait pour répondre à une certaine éthique ou était-ce parce que vous y étiez obligés?

Nous n’avons pas pu faire autrement. Si tu veux vendre des disques, il faut payer les droits inhérents. Ca a été quelque chose de chiant mais nous ne nous en sommes pas occupés car cela n’a rien à voir avec la musique. La maison de disque s’est attelée à cette tâche car c’est elle après tout qui a voulu commercialiser ce disque. Quand on a fait l’album, on ne pensait pas que ce serait un tel succès. On fait ce genre de chose depuis trois ou quatre ans juste pour nous ou des potes. Jusqu’à ce disque, on avait jamais demandé les droits. Là, on a été obligé pour ne pas être dans l’illégalité vis à vis des artistes utilisés. Par exemple, pour « Cannonball » des Breeders, nous voulions le mixer avec « Eye Of The Tiger » de Survivor mais ils ont refusé car Bush l’avait déjà utilisé pour sa campagne électorale alors qu’ils n’étaient pas d’accord. Donc a du se replier sur Maurice Fulton et Skeelo.

Dans un journal quotidien, tu disais que Negativeland par exemple refusait les copywrites. Etant donné que tu les cites, cela semble montrer un certain désaccord envers cette pratique…

Ce que j’aime dans Negativeland, c’est l’humour noir mais pas forcément le fait qu’ils ne demandent pas les droits. Je suis autant consommateur que toi, donc je me fous de cette histoire de droit. Tout cela appartient à l’industrie. Nous, on s’occupe de la musique et la maison de disque s’occupe de droits.

Le disque a très bien marché. Avez vous peur d’être condamnés à sortir un deuxième volume de 2 Many Dj’s?

C’est bizarre car, même ce soir, nous jouons dans la grande salle. Beaucoup de gens s’attendent à un show alors que nous ne sommes que deux dj’s devant des platines. On joue pour que les gens fassent la fête. Si les gens ne dansent pas, c’est que notre set était mauvais. Le disque est un succès mais il n’y a pas un seul morceau de Soulwax dedans donc ce sont tous les artistes qui en tirent les bénéfices. Nous ne sommes pas vraiment victimes non plus car nous gérons notre carrière comme on le veut. Je ne pense pas que ce soit le cas mais, si nous devons faire un deuxième volume de 2 Many Dj’s, ça ne sera pas pour faire plaisir à Pias.

Vous êtes maîtres de ce que vous faîtes mais ressentez vous parfois une frustration de ne pouvoir faire plus à cause des platines?

Oui, quand tu es dj, tu es limité. Nous n’avons que trois platines, deux lecteurs CD et pas une seule machine. L’album a été entièrement fait avec Protools. Nous testons pas mal de trucs et nous les rentrons dans l’ordinateur une fois que nous sommes satisfaits. A force de les jouer, on les inclue sans problème dans un set live à partir de versions instrumentales et d’accapelas. On fait ça trois ou quatre fois par semaine donc…

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Votre père était producteur. Quel a été son avis sur l’album? A t-il l’impression que ses enfants ont repris le flambeau?

Non, pas du tout. Il est fier de ce que l’on a fait mais il ne nous le dit jamais. On l’apprend toujours par quelqu’un d’autre. A nous, il nous fait plutôt des critiques, nous dit qu’il y a trop de morceaux electros. C’est un père… Il ne nous a jamais dit non plus ce qu’il fallait qu’on écoute. De toutes façons, il n’a plus de disques, on lui a tout volé.

Comment s’est fait votre choix pour la sélection des morceaux? Est-ce que ce sont les disques de votre père?

Il n’y a aucun disque à lui. Quand Pias a demandé un album de mix, c’était un peu bizarre. Ils pensaient qu’il allait y avoir douze morceaux. Nous, on leur a donné une liste de près de 200 titres en pensant qu’ils allaient abandonner devant une telle tâche de sélection. On a pas entendu parler d’eux pendant près de six mois et ils nous ont recontacté en nous disant qu’il y avait quelqu’un chez eux qui voulait absolument sortir cet album. Dans cette liste, il y avait Salt n’ Pepa, The Stooges, etc… et cela nous a motivé de voir qu’on pouvait faire un mix de tout cela. On l’a enregistré en une semaine et demie, à chaque fois on ressentait le besoin de mettre tel ou tel morceau dont on n’avait pas les droits. Pias s’est vraiment débrouillé pour en avoir une quinzaine comme cela en deux ou trois jours, donc ça nous a vraiment donné envie de faire quelque chose d’intéressant. Il y a beaucoup de morceaux que l’on n’a pas eu et quand on a rencontré les artistes en question, ils nous ont dit que personne ne leur avait demandé. Pour tous les artistes sur Virgin Benelux, on a eu des refus. Des gens comme Cassius ou Daft Punk nous ont dit que pour eux cela ne posait pas de problème. Ca nous a prouvé que les autorisations étaient plus délivrées par les maisons de disque et les avocats que par les artistes eux-mêmes.

Vous avez fait plusieurs albums sous le nom de Soulwax. N’êtes vous pas un peu déçu que cela soit votre projet le moins personnel qui remporte le plus de succès?

Non parce que nous ne sommes pas du tout contre la culture Dj. Le morceau « 2 Many Dj’s » n’allait pas à l’encontre de cette culture mais plutôt contre le système. Là, on travaille sur le prochain album de Soulwax et je suis content de faire quelque chose d’autre.

Réussissez-vous à gérer ce succès?

On n’avait pas du tout prévu un tel succès ni le fait de se retrouver là avec vous. On voit des posters mentionnant « le mythe electro rock » alors qu’on a jamais décidé de faire cela. Il y a un autocollant sur le disque qui met « bandant ». C’est cool mais c’est la maison de disque qui a voulu mettre cela. Donc d’un certain côté nous assumons mais nous n’avons rien à voir avec toute cette communication.
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Est-ce que ce nouveau Soulwax sera inspiré de 2 Many Dj’s?

Oui mais pas dans le sampling et les déclarations de droit. Nous avons nos influences et notre manière de mixer. Beaucoup de gens ont découvert Soulwax grâce à 2 Many Dj’s et comprennent mieux maintenant le délire de ce dernier album.

Tu parlais toute à l’heure du music business. Tu es ici aux Transmusicales dans une conférence de presse un petit peu surréaliste. Quel est ton sentiment sur l’évènement et tout ce qui gravite autour?

C’est cool. Il y a beaucoup de gens. Nous sommes venus parce que nous connaissons des gens qui ont joué ici et qui nous en ont dit du bien.

La Belgique est très présente cette année. Quel est ton sentiment envers cela?

C’est super. De plus en plus de groupes belges sont appréciés dans de nombreux pays d’Europe. C’est plutôt bon mais je ne fais pas de nationalisme exagéré car il y a aussi des artistes belges que je ne trouve pas bons du tout. Nous sommes fans de Millionnaire…

Pour en revenir à votre album, a t-il une dimension ironique?

La musique que j’aime est cynique, humoristique. Des groupes comme les Beatles ou Kraftwerk ne sont pas toujours sérieux. C’est important que la musique ne se prenne pas toujours au sérieux. En tous les cas, la nôtre reflète un peu notre caractère. Nous exprimons cela par le biais de la pochette mais pas par rapport au contenu de l’album. Tous les morceaux présents, nous les adorons. Nous utilisons l’humour noir car on aime ça dans les livres, la musique ou les films.

Que voulez vous que les gens retiennent de votre set ce soir?

Nous voulons que les gens dansent. Qu’ils soient nus ou bourrés si ils veulent mais qu’ils dansent!!! Quant à nous, nous allons mettre l’ambiance et mixer la musique que nous voulons entendre c’est à dire Dj Shadow, Queens Of The Stone Age… Nous suivons également le public en quelques sortes. Si le public s’amuse, nous allons mixer de mieux en mieux, l’ambiance va monter. Nous communions avec les gens. C’est pour cela que nous ne voulions pas vraiment mixer sur la grande scène. J’ai demandé hier à l’organisateur si on ne pouvait pas jouer dans la plus petite salle. J’ai une certaine crainte car il va vraiment falloir tenir beaucoup de gens en haleine.
et un petit retour 7 ans après des 2 Many Dj’s sur les Transmusicales de 2002 … :

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