Le Villejuif Underground n’attrape pas les meufs avec des kebabs

Le Villejuif Underground n’attrape pas les meufs avec des kebabs

Tenter de tenir une discussion avec le Villejuif Underground, c’est espérer d’attraper au vol des anges qui passent et des mouches qui pètent‘ disait récemment Noisey. ‘Si vous voulez rencontrer le groupe, c’est maintenant ou jamais. Ils sont ingérables‘ avouait son label au moment de nous proposer l’interview. De quoi donner le goût du défi.
C’est donc au milieu d’une mer de bières vides, d’une bouteille de rhum presque torchée et d’une boîte de terrine sur laquelle Nathan s’extasiera plusieurs fois, qu’on a retrouvé le Villejuif Underground en fin d’après-midi dans les locaux de La Station le temps d’une interview pour la sortie de son deuxième album. Dernière sensation Born Bad, le groupe se montre à l’image de son histoire personnelle, qui oscille entre coïncidences géniales, incompréhensions majeures et alchimie profonde.
Au niveau du discours, les choses sont un peu différentes. Dans un ping pong verbal bourré de jeux de mots absurdes et d’un gros volume de conneries incessantes (et tout à fait drôles cela dit), les questions ne tardent pas à disparaître sous l’impulsion du quatuor, ses anecdotes et réflexions (parfois) sérieuses qu’il faut s’empresser de capter avant la rechute intervenant deux phrases plus loin. Pour autant, l’absence de discours laisse la sensation d’un groupe sans calcul, qui semble prendre chaque nouvelle minute à bord de son petit rafiot comme le prolongement d’une aventure sans quête ou (l’excellente) musique composée serait le seul objectif à atteindre.

Adam (basse) : Alors, est-ce que t’es un bon journaliste ?

Je sais pas trop.

Antonio (claviers, guitare) : Est-ce que tu as entendu parler des journalopes ?
Adam : Est-ce que tu as entendu parler des merdias ? Est-ce que tu as entendu parler de la mort de Daniel Balavoine ?

Bon première question : c’est quoi le problème avec les backpackers ?

Nathan (chant) : Non mais ce n’est pas forcément un problème. J’ai fait beaucoup de voyages avec mon putain de sac, mais c’est plus un problème de coutume quand il y en a, à Phuket par exemple.
Adam : Ouais, les australiens mettent des backpackers partout. Quand tu vas en Grèce tu vois des australiens bodybuildés.
Nathan : Oui, tu en vois beaucoup en Angleterre ou aux Etats Unis aussi.
Adam : Tu ne comprends même pas ce qu’ils disent, ils parlent un anglais du 12ème siècle.
Nathan : Franchement, c’est la fin du monde, les mecs sont juste là pour les Free Party, la Full Moon Party.
Adam : Nous, on boit beaucoup, très vite, mais on ne baise pas les filles. On va se coucher, on regarde YouTube.
Nathan : Oui, à la fin de la chanson, le backpacker il est toujours “ouais la vie c’est le meilleur”, mais à la fin c’est la déprime.

Est-ce que vous sentez un changement de statut depuis vos débuts ? Avec cet album sur Born Bad ? Est ce que vous sentez qu’il y a une plus grosse attente ?

Adam : La question, c’est plutôt ‘est ce qu’on arrive à payer des kebabs à nos meufs avec le rock ?

Exactement.

La réponse est non. Moi, j’aimerais bien lui payer des assiettes.

C’est elle qui te paye du coup ?

On n’a pas assez d’argent. Non, mais on a bien évolué hein…
Antonio : Avant, Adam, il avait un bouton sur sa pédale de fuzz. Maintenant, il en a quelques-uns en plus.
Adam : C’est vrai. Maintenant, j’ai même un pédalier d’orgue pour faire des infrabasses.
Antonio : Quand j’ai commencé le rock, je n’avais pas de clavier, je l’empruntais toujours au groupe qui jouait avant ou après nous. Maintenant, j’en ai trois.
Adam : Nathan a un micro HF aussi.
Antonio : Et Thomas, il est sourd.

Est-ce que vous avez senti que l’enregistrement de ce nouvel album était différent ? Est-ce que vous avez changé des habitudes dans votre manière de faire ?

Adam : Alors ça, on peut te répondre sérieusement. Avec ce nouveau statut de merde, l’enregistrement de l’album a été très compliqué. On avait l’impression que l’industrie du rock attendait quelque chose de nous, alors qu’on a réussi à tourner dans toute la France, en étant assez bien payé et en logeant à l’hôtel. On a quand même bâti un truc de merde sur un quatre titres qu’on a enregistré en quatre jours et, du coup, on s’est senti attendu.
Antonio : C’est vrai, c’est vrai.

Qu’est-ce qui t’a fait sentir que vous étiez attendus ?

Adam : Bah tout, la presse…

C’est les merdias qui sont revenus à la charge ?

Adam : (rires) En fait, tu as l’impression d’une mini imposture, genre ‘ah ouais quand même‘. On a réussi à avoir ce qu’on a, ce qui n’est pas incroyable, mais on est là, on a des passe droits.
Antonio : Il y a des groupes qui sont là depuis 15 ans, et ils n’ont pas la moitié de ce qu’on a.

Vous vous sentez coupables du coup ?

Adam : Pas du tout. Thomas ouais, mais pas moi. Tu as l’impression que tu as fait 4 titres, tu tournes, enfin surtout avec un titre qui est sur YouTube et tout le bordel.
Antonio : Un joli titre.
Adam : Un très joli titre. Mais toujours est-il que, dans la fabrication de l’album, ça a rendu le truc parfois un peu pénible parce que tu es beaucoup moins impulsif dans ton travail. L’album, on a mis deux ans pour le faire.

C’est pas vrai ?

Adam : Si si… Enfin, on a mis un an et demi.
Antonio : Après, on n’a pas mis deux ans au charbon H24, mais le process a duré. On l’a mis sur le feu pendant deux ans, parce qu’Adam aime beaucoup les plats avec une cuisson très lente.

Du coup, vous êtes sortis au bord de l’implosion de cet enregistrement ?

Adam : Ouais, au bord des larmes.
Antonio : Il y avait un peu des crises de nerfs, des petites tensions assez agréables qui nous réveillaient, nous donnaient des coups de fouets.

Mais du coup, comment ça se passait vu que vous habitez tous ensemble ?

Adam : Oula, on n’habite plus ensemble.
Antonio : Plus personne habite dans la même ville en vrai.
Adam : Moi, je suis parti de Villejuif il y a trois mois, la maison était très très proche de l’écroulement, mais abusé, très gros problème d’humidité, le plafond qui s’effrondrait… Du coup, Antonio est parti vivre en Bretagne.
Antonio : Parce que je suis un artiste.
Nathan : Moi, j’habite à Marseille maintenant.

Et vous ne vous manquez pas trop les uns les autres ?

Adam : Bah, on se voit tout le temps. Là, on était en Italie au mois de décembre. C’est insupportable, on dirait de la torture mentale.

Et vous allez vous rendre visite les uns les autres ?

Adam : Pas encore, parce que je n’ai pas le permis, mais bientôt.

Et ça va Bretagne, Marseille, ça vous plait, c’est cool ?

Nathan : Incroyable.
Antonio : C’est cool. On est avec nos femmes respectives.

Hum, j’avais une autre question avec une citation que j’ai trouvé dans une interview. Une citation de JB qui disait : ‘pas de prétention, mais un peu d’ambition‘. Du coup, elle en est ou votre ambition ?

Putain, je n’aurais jamais du dire ça. Tu sais que j’ai fait un rêve de ça, ou je rêvais que je disais à JB : ‘Oh nous on s’en bat les couilles, on ne veut pas être ambitieux, on veut juste être prétentieux‘. Et là, le rêve s’est terminé.
Nathan : On est prêt pour n’importe quelle expérience. Tourner dans des pays ou tu ne gagnes rien, ou tu restes sur le par terre… Ca, c’est une expérience. Parce que le concert à Dour ou le putain de Rock en Seine avec 10 000 personnes, ou un concert avec dix personnes en Espagne, c’est pareil.
Adam : Il veut dire qu’on donne un spectacle de qualité supérieure, et cela qu’on soit devant deux personnes ou qu’on soit dans un festival de 10 000 personnes.
Nathan : Merci pour la traduction.

Vous êtes prêts pour une nouvelle tournée exotique en Chine ?

Adam : Bah ou aller ailleurs peut être…
Nathan : Au Japon, peut être. Ca a plus de sens, la musique rock en Chine, ça n’existe pas. Ou a Phuket, on fait la Full Moon Party.
Adam : Ouais, avec Seth Gueko.

Et pourquoi tu t’excuses auprès de John Cale sur I’m sorry JC ?

Nathan : J’ai regardé un concert de John Cale à Brisbane, et j’étais complètement défoncé en face de la scène. Il a fait une dédicace à un ami à lui qui nageait dans l’Hudson à New York et qui s’est noyé. Je pensais que c’était une blague, j’ai éclaté de rire, j’étais le seul mec dans le public à le faire. Tout le monde s’est arrêté, et m’a dévisagé.
Adam : Surtout que Nathan a un rire particulier, très très décibélé.

Vous aviez reçu des consignes de JB pour ce nouvel album ?

Adam : Aucune.
Antonio : Tracez une droite d’un point A à un point B.
Adam : Il en nous dit plus rien. Juste ‘fais ta merde‘.

Il vous parle comme ça ?

Adam : Non.
Nathan : Il parle comme ça des fois.
Adam : JB ne dit aucun gros mot.
Antonio : ‘Fais ta merde s’il te plait‘.
Adam : Il est fier de nous.
Antonio : Apparement, on est le fer de lance de Born Bad.

Quelle est la pire question qu’on vous ait posé en interview ?

Adam : Attends, ça sort quand ?

Pour la sortie de l’album je pense.

Adam : Parce que, du coup, il ne faut pas qu’on taille les autres trucs qu’on a fait aujourd’hui.
Thomas : La question qui nous a fait taper du poing sur la table, c’était : quelle est la fin du livre ?
Antonio : Et la réponse était Adam.

ECOUTE INTEGRALE


No Comments

Post A Comment