Interview : Winston McAnuff (01-2007)

« A Drop » a marqué ton retour et a été très bien accueilli par la presse française. Peux-tu revenir sur les circonstances de cette rencontre avec Camille Baz Baz? Dans quel état d’esprit étais-tu avant l’enregistrement de cet album?

J’ai rencontré Bazbaz au New Morning en 2002 à l’occasion d’un concert pour la promo de mon premier album réédité par Makasound. Après le concert, il est venu me voir pour me féliciter et m’a proposé de venir dans son studio car il avait apprécié mon énergie. Avant l’enregistrement, je me sentais « neutre ».

Tu as toujours baigné dans le reggae pourtant, contrairement à pas mal de tes pairs, tu ne te prives pas de t’en écarter. Est-ce selon toi une nécessité afin que le genre ne s’éteigne pas progressivement? Quel regard portes-tu sur les artistes jamaïcains de l’ancienne génération évoluant encore aujourd’hui?

Winston McAnuff

Ça n’a rien à voir, c’est juste des coïncidences, des rencontres. J’ai exploré ces coïncidences tout au long de ma vie, et je regarde la magie de ces nouvelles voies qui se créent. J’apprends beaucoup de ces rencontres, c’est une philosophie. Les racines sont en moi, je compose en France comme je composerais en Jamaïque. Donc c’est une pure fusion, comme mélanger de l’eau et de l’huile, chacun garde sa particularité. Je pense que se préserver des autres courant n’est pas nécessaire.

Certains artistes Jamaïquains se croient au top, ils sont tous très forts, mais je pense qu’ils n’évoluent pas assez, car ces gens pensent que ce qu’ils font est assez bon. Alors que pour être au top, il faut explorer. S’ils voulaient, ils pourraient faire des choses différentes du reggae. Mais s’ils ne le font pas, c’est qu’ils ne veulent pas s’en défaire, ni le faire. Chaque artiste a la possibilité de sortir de sa ligne de conduite musicale car la musique est un monde avec plusieurs lignes, plusieurs voies possibles.

Est-ce la série « Inna De Yard » qui vous a donné envie de vous réunir entre musiciens avant même que l’idée de « Paris Rockin » ne surgisse?

« Paris Rockin » est venu comme ça, comme une idée, après le succès de l’album « A Drop » avec Bazbaz… Quand j’ai pu me faire une idée de l’accueil d’un tel projet, et la joie que ça procurait aux gens, j’ai dit: « Paris Rockin’! ». Mais ce genre de collaboration, j’en ai fait toute ma vie! Là, c’est R-Wan de Java qui a proposé que je rencontre ses musiciens, et c’est comme ça que l’aventure « Paris Rockin' » a commencé.Album “Paris Rockin”

Collaborer avec d’autres musiciens, quelle que soit leur provenance, m’a toujours intéressé. La musique est un langage international, universel.

D’après toi, quels sont les principaux points communs entre tous ces artistes avec qui tu travailles?

La plupart sont de vrais musiciens, c’est leur vie, comme Bazbaz, Fixi, Christiane Prince, -M-, The Congos… Tout simplement…

Quelles sont les choses qui t’ont le plus marqué en travaillant avec Baz Baz et Java?

Ce qui m’a le plus impressionné a été d’écouter le résultat quand on a joint les deux extrêmes, la force du métissage musical. C’est comme ça qu’on trouve un parfait juste milieu entre différentes cultures et langues… C’est en quelques sortes une révélation, une philosophie, une fusion artistique grâce à des gens qui ont chacun fait leur chemin jusqu’à ce juste milieu.

En deux albums, tu as travaillé des influences rock, soul, et musette. Quels sont les genres ou sonorités que tu aimerais encore marier au reggae?

Quand j’ai grandi en Jamaïque, les artistes locaux n’avaient pas assez d’argent pour passer à la radio, donc elle diffusait Marvin Gaye, James Brown, Sam Cooke, Desmond Dekker, The Beatles, Elvis Presley, Diana Ross, Barry White, Isaac Hayes, The Rolling Stones… et ce ne sont que quelques exemples. Donc j’ai toujours été habitué à écouter de tout. Le reggae est un enfant des racines, donc quand tu fais partie de la famille du reggae, toutes les sonorités, tous les genres sont des branches pouvant s’y accrocher. Je ne fais pas de plan, ce sont des coïncidences, comme ma rencontre avec DJ Blue aux Vieilles Charrues.

Que dois-tu au label Makasound? T’a t-il fallu du temps pour avoir pleinement confiance en eux?

Ils me doivent bien plus que je ne leur dois. Je les ai aidés à monter leur label, je leur ai présenté plusieurs de mes amis artistes Jamaïcains, je les ai connectés ensemble, alors que pour la plupart, la connexion aurait été plus difficile. Je n’ai pris aucun pourcentage à Makasound sur les albums de mes amis, alors que j’aurais pu le faire. Avec Nicolas et Romain, on est comme une famille. Les gens que je peux aider, je les aide. Je suis quelqu’un de loyal. Ce qu’on me donne je le rends toujours. Aujourd’hui, je suis l’ambassadeur de Makasound en France et en Jamaïque. Et la confiance est venue très rapidement, car j’étais très motivé à l’idée de travailler avec des gens frais, nouveaux. J’avais eu des problèmes avec des gens qui avaient piraté mon album, donc je ne voulais pas avoir à faire aux vieilles têtes du business

Comment est l’accueil en tournée? Quel souvenir le plus marquant garderas-tu de cette tournée française de novembre et décembre?

C’était fantastique, on a été très bien accueillis! De loin la meilleure tournée! Le plus marquant pour moi, c’était l’Elysée Montmartre qui affichait complet dix jours avant le concert. 99% des dates sur toute la tournée étaient presque complètes. C’est le tour le plus populaire que j’ai fait. Paris, Toulouse, Montpellier: sold out!!

Selon toi, sur quoi ou qui toute ta carrière repose t-elle?

Je la dois à la source de la vie, à Dieu, Jah, « to Jah the solid rock ». Jah travaille à travers d’autres personnes, que ce soit Nicolas, Romain, Makasound, les journalistes… À travers les entreprises positives.

Ton frère Tony est au Japon depuis 15 ans. Comptes tu un jour monter un projet avec lui ou avez-vous pris deux chemins trop différents?Tu joues aussi avec tes enfants. Quel effet cela fait-il? Les regardes-tu serein, le devoir accompli quant à la pérennité de la famille dans le reggae? Etait-ce une évidence que ta descendance prenne le relais?

« You learn from the young ». On apprend toujours des jeunes et inversement. Oui, je les regarde toujours serein, je ne les bats ou de temps en temps quand ils le méritent. La vie est un relais. On vient d’où l’on vient et l’on va où l’on va.

Quels sont tes projets à venir et que peut-on te souhaiter pour 2007?

J’ai plusieurs projets sur le feu, mais je ne sais pas lequel va jaillir en premier. De nombreuses surprises arrivent pour 2007. « Jah Blessings and Guidance » pour montrer la bonne voie.

C’est la tradition, le mot de la fin…

No more war!

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2 réponses à Interview : Winston McAnuff (01-2007)

  1. primat 27 avril 2009 à 15 h 19 min #

    so nice !

    • admin 28 avril 2009 à 0 h 31 min #

      isn’t it ?

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