Interview : Warsawpack (11-2002)

Vous venez tous de différentes scènes musicales. Comment vous êtes vous rencontré?

Ca s’est vraiment fait par connaissances interposées, genre un mec qui connaît un mec qui a un ami qui… En fait, j’ai rencontré Scott (guitariste à cette époque) à une teuf ou ça jouait; lui et la section rythmique m’ont invité à jouer avec eux et ça s’est bien passé. Jari (bassiste) a rencontré Simon (sax tenor et flûte), l’a également invité et celui-ci a amené avec lui Adam (sax bariton). Moi, je connaissais un bon Dj, nous lui avons également proposé de venir avec nous pour compléter le line up. Ce processus de recrutement a commencé en août 1999 et nous avons débuté les concerts en octobre de cette même année. En fait, notre groupe est né d’une rencontre chanceuse entre musiciens de trois genres différents (rock garage, jazz, hip hop) qui voulait faire quelque chose de différent de ce qu’il faisait à cette époque. Nous ne nous connaissions pas mais ce début d’expérience nous a tous réuni.

G7 Welcoming Committee est réputé pour être un bon label de punk rock. Comment vous sentez vous en son sein en tant que groupe de hip hop? Comment vous ont-ils contactés?

C’est clair que G7 a une image très punk mais en même temps, leur catalogue est très diversifié. Nous les avons contactés, les avons assommés d’emails et de coups de téléphone pour qu’ils écoutent notre album. Nous ne prêtions pas vraiment attention à leur image car nous aimions beaucoup leur engagement politique. Nous savions que nous y serions bien représentés et qu’ils ne nous signeraient pas en se servant de nos idées anti-mondialistes comme d’un plan marketing. A la fin de l’enregistrement, nous avons établi une liste de labels indépendants qui nous semblaient intègres et justes et ils sont arrivés en première ligne. On a beaucoup insisté auprès d’eux et ils ont fini par venir voir quelques uns de nos concerts. Suite à cela et à notre plus grande joie, ils nous ont signés et leur rencontre a effacé tous les doutes que l’on pouvait encore avoir à leur sujet. Nous avons été très impressionnés par leur manière de gérer leur business et de traiter les groupes. Cela fait un peu bizarre d’être le seul groupe de hip hop sur leur catalogue mais cela ne nous dessert pas. En fait, je pense que cela attire plus l’attention sur nous qu’autre chose. G7 a une grosse réputation dans le milieu indépendant et plus particulièrement ici au Canada ou les critiques à notre sujet sont assez bonnes, et meilleures que si nous avions suivi une autre route.

Quels sujets abordez-vous dans vos paroles?

Eh bien, nous avons un large éventail de sujets dans nos paroles. L’album aborde la dépendance envers le pétrole, la pharmacologie, les affaires, la culture des armes, l’impérialisme et plein de choses de ce genre. J’ai écrit également beaucoup de textes sur la soi disante guerre contre le terrorisme, le conflit au moyen orient, les dommages collatéraux, les cibles manquées, les propagandes télévisuelles, le nationalisme américain, les prisons américaines, la domination, la liberté. Je pense que l’on ne manque pas de sujets en ce moment. A chaque fois que je regarde la télévision ou lis un journal, je pourrais écrire l’équivalent d’un album. Nous vivons dans un putain de roman de science fiction.

Peux tu nous expliquer le message derrière le titre de votre album « Gross Domestic Product » (produit intérieur brut en français, ndr)?

C’est juste un jeu de mot sur « Gross », qui en anglais peut aussi vouloir dire « dégoûtant » ou « repoussant ». Le produit intérieur brut est une unité de mesure pour évaluer les progrès d’un pays ou son niveau de réussite et nous incitons les auditeurs à reconsidérer cette manière de penser afin de discerner les liens entre cette formule capitaliste et l’état du monde dans lequel on vit.

Votre musique est assez inspirée par le jazz ou la funk qui peuvent être perçus comme des musiques élitistes. Pensez-vous que cela rajoute de la crédibilité à vos textes?

Je vois ce que tu veux dire mais je crois que nous utilisons le jazz et la funk d’une autre manière que la manière classique. Les compositions sont influencées par ces deux écoles mais en réalité, je pense que nous créons quelque chose d’assez différent. Concernant l’élitisme, je ne pense pas que Warsawpack soit concerné par ce qualificatif car les cuivres restent originaux et la musique convient parfaitement aux paroles.

Penses-tu que le jazz ou la funk peuvent être aussi politiquement engagés que le hip hop ou le punk?

A mon avis, cela dépend de la manière avec laquelle tu les abordes. le jazz a été scolarisé, est devenu académique, institutionnel mais ses racines sont loin d’être élitistes. Parfois, le hip hop peut également être étudié et profondément analysé. Ses activistes vont lentement l’homogénéiser (ça a déjà commencé), et ses paroles vont devenir banales. Je ne pense pas qu’un genre musical puisse être plus engagé qu’un autre, tout dépend vraiment de l’approche artistique des musiciens. La country peut être férocement engagée (comme l’étaient Bob Dylan, John Prine, Steve Earle à leurs débuts) mais on ne peut pas dire que ce soit un courant engagé. Tout dépend des individus et de la manière dont ils utilisent leur musique pour véhiculer leurs idées politiques. Je ne pense pas que ce soit le genre musical qui dicte cela.

Comment composez-vous? Qui amène les idées?

Le groupe compose collectivement. On commence sur une ligne de basse, de guitare ou de cuivre et on improvise tous dessus. Autant que je me souvienne, aucun morceau n’est terminé tant que tout le monde n’a pas joué dessus. Nous enregistrons nos répétitions, nos boeufs, on garde les parties que nous aimons et on les retravaille. C’est vraiment un processus collectif. Au sujet des textes, je les écris tous mais je travaille d’une manière assez similaire, en essayant diverses choses et en ne retenant que le meilleur.

Comment réagit votre public? De quelle scène est-il issu principalement?

Les gens ne savent pas toujours comment nous prendre ou comment nous étiqueter. Je dirais que notre public est assez large, il est issu du hip hop, du rock alternatif, de l’indie, du jazz, il est vieux ou jeune. En fait, il est aussi large que notre musique. Nous essayons de ne pas être perçus comme des artistes hip hop. Il y a beaucoup de fans de hip hop qui aiment ce que nous faisons, mais généralement la scène hip hop reste très fermée à la fusion des genres. Je ne pense pas que nous soyons plus appréciés que cela par les puristes. En bref, nous nous foutons d’ou viennent les gens et apprécions la diversité de notre public. Nous aimons bien le fait que les gens ne sachent pas comment qualifier notre musique.

Etes vous en contact avec des artistes hip hop canadiens comme Josh Martinez, Buck 65 ou The Goods? Y a t-il une forte solidarité au sein de la scène hip hop canadienne?

Nous ne sommes pas vraiment en contact avec des Mcs canadiens réputés. Nous côtoyons juste notre scène locale à Hamilton. La solidarité est flagrante au niveau régional mais est loin de l’être au niveau national.

Comment vois-tu Warsawpack évoluer dans le futur tant au niveau musical qu’au niveau du line up?

Je pense que nous avons encore besoin d’un peu de temps pour être vraiment matures. Tenir sept mecs ensemble sur la même mission est assez difficile, mais nous sommes tous très motivés. Nous avons travaillé dur jusque là et nous apprécions vraiment la tournure que prennent les choses. Le line up est assez stable depuis la création du groupe, nous avons seulement perdu un sax lors de la première année et notre guitariste du début est parti l’été dernier. Il a été remplacé par Ajit Rao. Tout va assez bien aujourd’hui pour maintenir le groupe tel qu’il est. Nous espérons sortir un nouvel album l’année prochaine et tourner beaucoup. Du point de vue musical, je ne vois pas quels changements opérer puisque nous sommes déjà très ouverts. Nous allons certainement tous nous améliorer pour que le groupe soit encore meilleur.

Quels sont vos projets pour les mois à venir?

La neige va nous obliger à rester dans l’Ontario pour quelques répétitions et concerts. Une fois le printemps revenu, nous essayerons de tourner dans tous le pays.

Pensez vous déjà à l’Europe?

Nous rêvons de jouer en Europe. Nous commençons tout juste à étudier cela pour que cela se fasse dans de bonnes conditions. J’adorerais dire que nous y serons le mois prochain mais nous avons encore beaucoup de pain sur la planche pour que quelqu’un nous envoie sereinement là-bas. Le jour où cela se fait, je vous tiens au courant.

Le mot de la fin?

Merci à vous de parler de nous. C’est notre première interview pour la France alors merci de nous avoir consacré un peu de votre temps.

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