Interview – Usé, pas brisé

Stridences de synthé en descente, guitare soumise à la question, batterie molestée. De loin, Usé ressemble à une boule hirsute, mise en œuvre par un homme-orchestre hystérique. De près, il s’agit du nouveau projet de Nicolas Belvalette, amiénois d’origine et vétéran underground, qui officie dans les milieux associatifs et autres squats au gré de ses projets (Headwar, Les Morts Vont Bien) dès lors qu’il s’agit de jouer sur le triturage et la distorsion afin d’envoyer, pour finir, une flopée d’échardes sur les courageux du premier rang. Pour interroger l’homme, on s’est rendu à Clichy à l’occasion du petit festival Ondes & Fluides, ou Usé mettait en branle son artillerie le temps d’un concert. Quelques instants avant, on a intercepté Nico dans son van pour lui poser quelques questions sur ses projets, sa présentation aux élection municipales 2014, et récolter quelques anecdotes pleines de coups durs et d’énergie insubmersible.

Tu as plein de projets, que ce soit avec Headwar, Les Morts Vont Bien… Pourrais-tu présenter les principaux pour commencer ?

Headwar, ça fait dix ans, c’est celui avec lequel j’ai le plus tourné. Après, Les Morts Vont Bien, on a commencé en 2004. Il y a eu plusieurs guitaristes, dont un qui était le membre fondateur aussi et qui s’est barré pendant une tournée. Du coup, on a choisi plein de guitaristes après, et on a eu pas mal de batteurs aussi, jusqu’en 2006 avec Romain qui est toujours là. On a fait ça après s’être fait rouler dessus par une caisse dans un festival avec Karine, ma copine de l’époque. C’est elle qui joue dans Headwar aussi.

Qu’est ce qui s’est passé ?

Bah, c’est un mec qui nous a roulé dessus dans le camping d’un festival. Il a traversé le village à fond de balle. J’ai failli crever et être paralysé, mais en fait je m’en suis sorti nickel. C’est pour ça qu’on a fait Les Morts Vont Bien, parce qu’on a failli claquer à deux. Par la suite, on a fait plein de groupes.

Usé dans tout ça, c’est né quand ?

En 2009, un truc comme ça.

Ça t’est venu comment cette idée, cette disposition façon homme orchestre ?

Je ne sais plus. Avant, j’avais plein de guitares, et je ne savais pas trop quoi faire. J’avais une grosse caisse aussi et je jouais assis, mais ça ne marchait pas, je n’y arrivais pas. J’ai essayé debout, ça ne marchait pas non plus. Après, j’ai du mettre à peu près cinq ans pour trouver le système avec les claviers en plus, pour que ce soit plus rentre-dedans. Je savais que je voulais un truc comme ça, mais je n’arrivais pas à le faire.

J’ai vu dans la bio du disque que tu avais appris à jouer avec des instruments pour enfants aux Nouvelles Galeries. Tu peux revenir sur ça ?

C’est comme ça que j’ai appris à jouer de la guitare. Je n’avais pas de thune, mes parents n’en avaient pas, mais ils m’offraient 500 francs à Noël pour m’acheter un jean. Et moi, je voulais une gratte. À l’époque, j’allais dans les Nouvelles Galeries, et je faisais de la guitare dans les rayons.

Tu gères un lieu associatif à Amiens, l’Accueil Froid, qui a connu pas mal de péripéties. Ça a fermé, puis réouvert. Tu peux nous en parler ?

Le premier a fermé, et c’est pour ça qu’on s’est présenté aux élections municipales. C’est un peu une vengeance.

Pourquoi ça a été fermé ?

Une commission de sécurité… En gros, la ville ne voulait pas fermer le lieu, mais la nana de cette commission était là. Donc elle a choisi de faire son boulot, mais toute seule, sans prévenir le maire. Du coup, elle a fermé sans prévenir alors qu’elle n’avait pas le droit de faire ça.

C’est difficile de gérer une salle comme ça ?

Là, on est beaucoup à la gérer, entre 20 et 30 personnes. C’est une autre énergie, il y a beaucoup plus de monde et beaucoup plus d’idées du coup, ce qui est assez cool.

Tu es dans le circuit underground depuis tes débuts. Est-ce que ça t’a fait bizarre, avec ce dernier projet, d’être plus médiatisé avec la sortie sur Born Bad. As-tu trouvé ça naturel ou est-ce que ça t’a surpris ?

Je n’ai pas trouvé ça naturel. Être médiatisé, de base, je ne sais pas si c’est naturel en fait. Je ne sais pas, je ne fais pas attention, je fais mon truc. En fait, je crois que j’ai du avoir des traumatismes à cause des couilles d’hôpital. J’ai failli mourir plusieurs fois et, du coup, je n’ai pas envie de rester dans le même milieu. J’avais aussi envie de voir autre chose. Comme ça fait dix ans qu’on tourne avec Headwar, toujours dans les mêmes lieux, on avait des propositions à droite à gauche qui changeaient, mais ça ne faisait pas beaucoup évoluer les choses. Là, ça fait un peu plaisir, ça m’aère un peu la tronche d’avoir d’autres plans, ou de rencontrer d’autres organisateurs. C’est assez cool, c’est juste un changement d’air. Après, la médiatisation, je m’en passerais, je m’en fous.

Mais tu ne crois pas que ce changement d’air puisse être lié à la sortie de l’album sur Born Bad ?

Non, je pense que c’était plus le boulot avec le tourneur. Je pense que ça a changé un peu les milieux. Je ne sais pas trop en fait.

C’était quoi ces mêmes milieux dont tu parles ?

Quand tu tournes dans les lieux associatifs, autogérés, les squats en gros, il y en a plus beaucoup. Au début des années 2000, il y en avait plein, donc tu arrivais à trouver pas mal de concerts assez facilement, tandis qu’aujourd’hui ça ferme vraiment beaucoup, et il en reste peu. En gros, les squats se transforment en lieux associatifs.

Du coup, sens-tu une évolution de la mentalité dans ces lieux ?

Oui un peu, les gens ont envie que leurs lieux durent un peu. Quand tu as un squat, c’est beaucoup d’énergie. Moi, ça m’a fait ça en tout cas.

Il y a un morceau sur l’album qui est un peu a part, c’est ‘Sous Les Draps’, une sorte d’accalmie. Est-ce que tu as eu une démarche particulière pour écrire ce morceau ?

Oui, une rupture. Ça me touche, donc je fais des morceaux. J’adore les chansons d’amour.

Quel rôle attribues-tu aux paroles dans tes chansons ?

Des fois, il y a quand même des paroles qui me plaisent dans ce que j’écris, mais vraiment pas souvent. J’écris super mal. Je suis quand même plus centré sur la musique. Après, si j’arrive à voir que les paroles sont assez cools, je les balance sur un morceau.

Tu as été candidat aux élections municipales à Amiens. Ton programme était vraiment super. J’ai réécouté l’émission de France Bleue ou tu as été invité, et j’ai trouvé qu’il y avait vraiment un décalage entre les animateurs et toi…

Déjà, ça s’est fait à 7h du mat, et nous, on a fait notre campagne entièrement dans les bars. Moi, j’avais pas dormi, on s’est pointé à la radio complètement allumé, et je supportais pas trop. Je crois que je n’étais vraiment pas fait pour faire des interviews à 7h du matin.

Mais quand on écoute l’émission, tout le monde trouve ton programme très drôle, alors que tu le décris comme glauque. C’est ça aussi qui m’a interpellé…

Oui, en gros les gens trouvent ça marrant, mais quand tu lis bien le programme, ce n’est pas drôle.

Un peu quand même…

Bah moi, je trouve ça glauque.

Pourquoi ?

Parce que ça veut dire plein de choses quand même. Je préférerais dire que c’était glauque pour faire comprendre cet aspect là, et ne pas dire tout le temps que c’était drôle. Après, ça me faisait marrer aussi de dire que c’était glauque.

Tu as retenu quoi de cette petite expérience ?

J’étais un peu naïf en fait. Tout au début, je disais à mon colloc’ : ‘Putain, j’y crois pas trop que les politiques puissent être noir comme ça. Qu’ils soient juste fourbes‘. Je me disais que c’était des êtres humains, qu’ils avaient quand même du cœur. Et bah non ! C’est vraiment un putain de monde de requins, de carriéristes. Tout ce qu’ils veulent, c’est avoir un poste. C’est vraiment ça, ils sont tous en train de dire qu’il pense plus à la population alors qu’ils ne pensent juste qu’à leur gueule.

Tu as rencontré certains candidats ?

Non, pas tous.

Tu as toujours été dans une veine indépendante. Qu’est ce que tu as appris avec le recul ?

J’étais vachement content de me barrer de chez mes parents, à 17 ans. On se retrouvait entre bandes de potes et on se défonçait la tête, avec des champis, tout ça, et on faisait de la musique sous drogue. On faisait du psyché au sein d’un groupe qui s’appelait Le Laboratoire Expérimental.

Quels sont tes projets désormais ?

Tourner avec Usé et Roberto Succo, avec Geoff de Jessica 93, et Naafi de Noir Boy Georges. On enregistre en août dans la Drome. Ça sonne bien. J’ai la même installation que dans Usé, je joue par dessus une boite à rythme, et Naafi est à la basse, Geoff au clavier et à la gratte aussi des fois. Et on chante tous les 3.

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