Interview – The Soft Pack, garage à beat

La plus grande partie de la presse musicale indé s’accorde à dire que The Soft Pack, ex The Muslims – fait véritablement partie des groupes à suivre en 2010. Fer de lance d’un revival garage qui ne cesse de faire des petits, le quatuor de San Diego, au doux nom emprunté à un sextoy, passait début mars à Paris pour un concert au Nouveau Casino, histoire de défendre un album éponyme fraichement sorti. C’est donc peu de temps avant de monter sur scène que le bassiste David Lantzman et le batteur Brian Hill ont gentiment répondu à nos questions.


Vous êtes en tournée européenne en ce moment… Il me semble que vous étiez à Bruxelles hier, puis aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, et en Allemagne avant cela… Comment ça se passe?

Brian: Ca se passe super bien…
David: Carrément, notre album vient de sortir, on a du monde aux concerts… La réaction a été positive et nous, on s’amuse vraiment… Je crois que ce soir ça va être bon aussi! J’adore venir en Europe… Ca change. On a passé trois semaines en Angleterre, c’était pas mal, mais j’avais vraiment hâte de venir ici…
Brian: On voit davantage la lumière du jour ici!  Ca fait un moment qu’on n’avait pas vu le soleil, c’était un peu déprimant. Ca fait du bien. Il y avait un beau soleil à Paris aujourd’hui.

Vous allez jouer au festival South By Southwest d’ici quelques semaines. Considérez vous qu’il s’agit là d’un cap nécessaire à franchir pour un groupe de rock désireux de devenir plus connu, pour attirer l’attention?

Brian: Je ne sais pas si c’est nécessaire… En tous cas, je trouve que c’est kiffant d’y participer. Et puis là bas, tu as l’opportunité de voir des groupes que tu n’aurais peut-être jamais découvert autrement. C’est devenu un rite de l’industrie, mais tu as aussi tout ce qui sort un peu des sentiers battus. Il y aura les trucs sortis des Todd P. Shows, des groupes dont tu as peut-être déjà entendu parler sur un blog ou un autre… Ca donne vraiment l’occasion de voir ce qu’ils valent, ce qui est toujours bon.
David: Là bas, J’ai vu The Beat avec Paul Collins, ils jouaient dans une allée de parking…
Brian: … Eux ce qu’ils font c’est mortel…
David: Grave, tu as plein de trucs comme ça tu vois… Bob Mould en train de jouer de la guitare acoustique comme ça, dans la rue… Tu ne vois jamais ces trucs là autrement. Ca prend une taille industrielle, c’est vrai, mais tu peux rester sur les petits concerts et quand même bien te marrer… et boire gratos.

Avec des groupes qui sont des potes à vous…

David: Ouais, ça c’est un des meilleurs aspects. C’est génial de pouvoir se donner rendez-vous à tel ou tel endroit, avec des potes qui font la même chose.

softpack1Je ne vais pas vous poser la question de l’histoire de votre ancien nom, mais tout de même… Sur MySpace, vous avez dit que, en changeant de nom, le groupe pourrait tourner une nouvelle page. Vous pouvez nous parler un peu des différences principales entre The Soft Pack et The Muslims?

David: Ouais, ce dernier disque est le premier qu’on ait fait tous les quatre. Le premier, c’est Matt et Matty qui l’ont entièrement écrit et enregistré, alors que nous on était seulement sur trois morceaux. C’est ça l’histoire de la nouvelle page: nous quatre qui travaillons ensemble. Mais bon, ça n’a pas changé le son qu’on voulait obtenir. Et puis, chaque album est une nouvelle page en quelques sortes.

Mais là, il y a quand même un nouveau nom…

David: Ouais, on va changer de nom à chaque album (rires) et ils seront tous éponymes…
Brian: … et ils seront de plus en plus pourris…

Qu’est ce que ça signifie pour vous « Soft Pack »? « Muslims », ça avait un sens important…

Brian: Qu’est ce que ça signifie pour nous? The Soft Pack? Je ne sais pas. J’associe juste ça au groupe. J’aime juste la sonorité, et la gueule que ça a quand tu vois ça écrit tout en majuscules. Au début, étant donné que The Soft Pack peut aussi mentionner un sextoy, ça me gênait vraiment de le prononcer, et maintenant je le sors très naturellement.

Il me semble que vous êtes de San Diego à l’origine, puis vous avez bougé à Los Angeles. Pourquoi avez vous déménagé là bas?

David: Au début, on est parti là bas en raison d’opportunités professionnelles, et parce qu’on voulait vivre dans une plus grande ville. On a tous grandi à San Diego et puis on avait envie de changer de rythme, d’endroit… Rien de plus que ça en fait. Mais on se considère toujours comme un groupe de San Diego, parce que c’est là que le groupe est né. Et puis nos familles vivent là bas. C’est vraiment cool, les deux villes sont super proches, tu peux faire des allers-retours assez facilement. Mais c’est bien Los Angeles, j’aime beaucoup.

C’est une ville plus importante artistiquement parlant? Est-ce plus difficile pour les groupes de percer, d’attirer l’attention?

Brian: C’est clair qu’il y a plus de choses qui s’y passent. Mais je crois que l’erreur que font les gens, c’est de vouloir aller là bas pour devenir un groupe connu alors qu’avec internet, c’est possible de l’être partout, dans n’importe quelle ville. Si les gens aiment ta musique, ils te suivront. Maintenant, c’est excellent, les Etats Unis ne se résument plus à New York et Los Angeles…
David: Le truc cool musicalement à Los Angeles, c’est cette bonne scène punk qui a vu le jour avec des groupes comme No Age, Mika Miko, et tout ce qui tourne autour de The Smell. Il y a pas mal de groupes qui sont nés de ce mouvement et qui deviennent de plus en plus connus.

Est-ce aussi une source d’inspiration pour vous? Ca vous inspire de vous retrouver au milieu de cette scène punk, avec des groupes que vous aimez?

Brian: Je ne sais pas ça si ça nous inspire directement, mais on est devenu amis avec des gens de ce milieu. Ils sont vraiment cool, très relax et décontractés, ce qui est sympa. En ce qui nous concerne, je crois qu’on a toujours fait ça à notre manière, sans tenir compte de ce qui nous entourait.
David: Je pense qu’on s’identifie à cette scène parce qu’elle est très do it yourself. Nous, au début, on fonctionnait beaucoup comme ça. Quand on a sorti le premier disque, on a fait notre pochette nous mêmes par exemple. Bon, on n’avait pas vraiment le choix vu qu’on n’avait pas une thune, mais… On comprend bien cette façon de faire.
Brian: Et puis il y a des gens bien au sein de cette scène… Ils sont marrants, intelligents, et ils font des trucs cool, comme le groupe Abe Vigoda… Leur nouvel album est une tuerie. Ecoute le, tu vas halluciner.

Vous avez envie de travailler et de collaborer avec d’autres groupes?

David: Je ne sais pas, c’est vrai que c’est toujours une idée sympa ça, mais il faut pouvoir le faire. En plus, il y a des gens vraiment cool qui font des truc super intéressants en ce moment.  Mais là, on est super occupé. On a beaucoup tourné dernièrement, et notre album vient de sortir alors on va encore être pas mal sur la route. En même temps, moi je suis toujours partant pour taper un délire comme ça au coup par coup. A San Diego, ces délires là finissaient souvent par devenir des groupes à part entière! C’est comme ça que certains musiciens se retrouvent impliqués dans autant de formations. Moi, je préfère me concentrer sur une seule chose à la fois. Peut être que quand les choses vont se calmer un peu, je ferai quelque chose d’autre…
Brian: … haha, l’homme qui n’avait qu’un groupe…
David: Oui, c’est tellement plus facile d’organiser ta vie autour d’un seul groupe!!

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C’est vous qui écrivez les textes?

David: Non, c’est Matt, mais tu peux nous demander, on te donnera notre interprétation si tu veux. Ou on inventera quelque chose!

Elle me paraissent parfois très cyniques… Je ne sais pas par quoi elles sont inspirées, mais est ce que la musique s’en ressent? Ok, Matt les écrit, mais vous, comment les interprétez vous?

David: Je crois que Matt écrit des textes qui tournent autour des sentiments humains, et parfois elles sonnent un peu plus agressives qu’il n’en a l’intention. On essaie juste d’écrire des paroles qui parlent aux gens. « Answer To Yourself » par exemple est un morceau dont les paroles sont relativement positives. On en a suffisamment discuté pour pouvoir dire ça… Il dit qu’il faut croire en toi-même, contrôler ton destin, aller de l’avant et tenter de faire ce que tu as envie de faire.

C’est comme ça que voyez votre propre vie?

Brian: Je pense que la sienne inspire ses paroles. Sur ce nouvel album, il a vraiment fait l’effort d’écrire des choses plus positives. Mais, en fait, c’est difficile là de répondre à sa place. Lui, il a pas intérêt à faire des commentaires sur ma batterie, putain… Non, je déconne.

A l’époque de The Muslims, j’ai lu que votre premier EP ne sonnait pas exactement comme vous le vouliez…

David: Je ne pense pas qu’on était vraiment déçus du son de ce premier disque. Finalement, il représentait le groupe à ce moment précis. Je sais qu’ils n’essayaient pas de lui donner un son lo-fi ou quoique ce soit, ils utilisaient vraiment le meilleur équipement disponible à l’époque.
Brian: Il y a des morceaux là dessus qui n’auraient jamais dus être réenregistrés.
David: Ouais, ouais, c’est clair.

thesoftpacksoftpack110918C’était donc différent avec Eli Janney qui s’est chargé de ce dernier album…

David: Oui, notre truc, c’est d’enregistrer en condition live. On veut pouvoir capturer cette énergie brute sur l’album. On a donc fait les prises basse, batterie, et guitares en live. On a seulement apporté quelques effets par petites touches, comme sur les voix et sur une ou deux autres pistes, mais toujours en restant le plus proche possible du vrai son du groupe.
Brian: Moi, j’ai enregistré des trucs au click un peu… Oh putain les pistes au click… Pffffff… Tu vois, c’est une petite impulsion électronique dans ton casque. Ca te rend fou parce que tu sais tout de suite quand tu n’es plus calé. Dans ce cas, tu es obligé de tout arrêter… Mais inutile de s’étendre là dessus, on ne répond pas à une interview pour le magazine « Modern Drummer »!

Désormais, vous êtes donc satisfaits de votre nouveau son?

Brian: Oui, oui! Mais là on commence déjà à écrire pour le prochain, mais on ne sait pas encore comment il sonnera. Ca va être excitant de le voir prendre forme, et d’enfin savoir quelle direction on va prendre par rapport à ça. Pour le dernier, on n’a pas eu beaucoup de temps pour enregistrer, ni pour finir d’écrire certains morceaux. On a du faire ça très rapidement. C’est pour ça qu’il fait à peine plus d’une demi heure, et qu’il est vraiment rapide. C’est un peu là où on en était l’année dernière, quand on tournait sans cesse et qu’on n’avait que quelques moments de répit pour pouvoir écrire pendant une semaine ou deux d’affilée. Il n’a pas été bâclé ni rien, mais c’est comme quand tu étais à l’école, que tu avais une dissertation à rendre le lendemain matin, que tu la faisais rapidement et qu’au final elle était plutôt réussie. Pour le suivant, ce sera autre chose…
David: Je pense que ça sera un peu plus expérimental, qu’on va plus utiliser le clavier… On va plus s’échanger les instruments, être moins attachés au modèle type du morceau pop de deux minutes. On atteindra peut être les quatre minutes…
Brian: Quatre minutes, c’est long quand même !..
David: …plus de meltdowns psychédéliques… Ouais on va plus se lancer et vraiment y aller, quoi, haha!
Brian: Le prochain album fera peut-être… trente cinq minutes.
David: Ouais, on va faire un double CD!! C’est comme un disque qui vient de sortir là, il dure genre deux heures, deux heures et demie! Ca fait long ça, c’est beaucoup de musique..
Brian: Ouais, il fait trois CD le truc!

Ca fait des années que vous tournez. Vous êtes attentifs à l’endroit ou vous jouez, ou pas du tout?

Brian: On essaie. Souvent c’est dur de vraiment se rendre compte de l’endroit ou tu es parce que tu ne vois que la salle. Tu arrives, tu décharges le matos, tu fais la balance, tu traînes un peu, puis tu joues et tu t’en vas, alors… C’est dommage. Heureusement, la dernière fois qu’on était sur Paris, on jouait à La Cigale et on a eu quelques journées de libre après. On a pu voir Paris pour la première fois, on est allé se perdre en ville, c’était génial. Ca ne nous arrive plus très souvent d’avoir ce luxe, on a un planning très serré donc… Quand ça arrive, c’est quelque chose qu’on apprécie énormément.
David: Je crois que le fait de prendre le temps de parler à ceux qui viennent au concert te permet aussi de mieux sentir la ville dans laquelle tu joues.

Vous n’allez plus dans les fêtes après les concerts?

David: Depuis qu’on est arrivé en Europe, enfin depuis Amsterdam où on a joué il y a quelques jours, on se marre bien. On est dans un bon mood là en ce moment. Je suis un peu crevé là à vrai dire, j’ai du dormir quatre heures la nuit dernière…

C’est ça la vie de bohémiens…

David: Ouais un peu, c’est la vie de nomades.

C’est comme ça que vous le voyez? Ca vous inspire quelque part?

David: Ouais, un peu, carrément même.

C’est à dire?

Brian: Tout ça, ce style de vie transitoire, de passage… Je ne sais pas si ça m’inspire d’un point de vue créatif, mais c’est inspirant de voir autant d’endroits différents. J’adore ça.
David: Ce n’est pas toujours confort, surtout quand tu ne dors pas… Et puis j’adore mes potes hein, mais quand tu es entouré des mêmes personnes en permanence… Je pense plutôt que c’est l’inconfort qui m’inspire, le fait de l’accepter, que ca fasse partie de ton monde.Si tu peux accepter cet inconfort, rentrer dans ton propre monde. Ca peut paraître un peu abstrait, mais je pense qu’il y a de l’inspiration partout. A toi de la chercher, ou simplement de la vouloir, si tu vois ce que je veux dire.

Vous composez en tournée?

David: Oui… On travaille quelques idées, même si on n’a pas vraiment le temps. Mais oui, les gars ont leur laptops, et je vais m’en prendre un bientôt aussi… Ils enregistrent des riffs à la guitare, des choses comme ça. Après notre tournée aux Etats Unis et le festival South By Southwest, on aura environ un mois pour travailler tout ça comme il faut. On bosse déjà un peu, on rassemble des idées, mais on n’a pas encore de morceaux complètement terminés.
Brian: Quand ce sera le cas, on les répètera aux balances…

Vous avez dû pas mal réfléchir à internet et à l’impact des réseaux sociaux sur la musique. En tant que groupe de la nouvelle scène indie rock, considérez vous les blogs et sites référence comme des éléments incontournables de communication? Sont ils importants pour vous?

Brian: Clairement. Enormément de gens qui nous écoutent sont arrivés à nous par le biais d’internet. Pour ma part, je n’avais même pas vraiment lu de blogs de musique avant de faire partie du groupe, et même maintenant j’en lis pas des masses. Ce n’est pas que ca ne m’intéresse pas, au contraire je trouve ça génial, c’est une excellente façon de découvrir des nouveaux sons et je pense que pour les nouveaux groupes, de mettre des mp3 en ligne c’est une idée de génie pour attirer l’attention. Nous d’ailleurs, ça nous a vraiment aidé. Donc oui, je pense que c’est une bonne chose. Il y en a qui s’inquiètent de tout le trip du téléchargement gratuit et des blogs qui donnent des morceaux sans contrepartie, mais ça rend les choses tellement faciles pour un nouveau groupe qui veut se faire connaître.

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